Clément ose tout
En lisant le Libération de ce matin, je suis resté pantois.
L’article explique que le ministre de la justice Pascal ClĂ©ment, garde des sceaux et ancien avocat, se propose de faire adopter une loi qui oblige les dĂ©linquants sexuels Ă porter un bracelet Ă©lectronique. Le problème, c’est qu’une telle loi contreviendrait Ă l’article 8 de la dĂ©claration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui dispose que: “nul ne peut ĂŞtre puni qu’en vertu d’une loi Ă©tablie et promulguĂ©e antĂ©rieurement au dĂ©lit” en ce qu’elle s’appliquerait aussi aux dĂ©linquants dĂ©jĂ condamnĂ©s. Et rappelons-le, depuis la cĂ©lèbre dĂ©cision 71-44 DC du 16 juillet 1971, la dĂ©claration fait partie du “bloc de constitutionnalitĂ©” que le Conseil constitutionnel entend faire respecter.
Ce n’est certes pas la première fois qu’un gouvernement dĂ©sire prendre des mesures inconstitutionnelles. Jusqu’Ă la rĂ©forme de 1974, seuls le PrĂ©sident de la RĂ©publique, le Premier ministre, le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale et le prĂ©sident du SĂ©nat pouvaient dĂ©fĂ©rer les lois au Conseil Constitutionnel entre leur vote et leur promulgation. Et sauf erreur de casting (par exemple dans les annĂ©es 60 quand le PrĂ©sident du SĂ©nat Gaston Monerville faisait de la rĂ©sistance), le contrĂ´le du conseil est demeurĂ© extrĂŞmement … lĂ©ger. Depuis la rĂ©forme de 74, la saisine est Ă©galement ouverte Ă 60 dĂ©putĂ©s ou 60 sĂ©nateurs, ce qui a permis une extension sans prĂ©cĂ©dent du contrĂ´le de constitutionnalitĂ© dans notre pays et permis Ă l’opposition de faire entendre sa voie dans des contextes parfois difficiles. La gauche peut donc tout Ă fait saisir le Conseil sur le projet de Pascal ClĂ©ment et selon toute probabilitĂ©, obtenir la censure d’une partie significative des dispositions. On peut mĂŞme se demander Ă lire l’article s’il n’y aurait pas 60 dĂ©putĂ©s de droite pour signer une telle saisine, cironstance inhabituelle qui montre l’ineptie complète dans laquelle se trouve le ministre.
Mais Pascal ClĂ©ment a trouvĂ© la solution. Il compte bien faire endosser la responsabilitĂ© politique d’un refus Ă ceux qui feraient censurer cette loi, parlementaires ou membres du conseil constitutionnel: “je ne veux pas assumer la responsabilitĂ© politique de dire que nous ne pouvons rien faire pour les dĂ©tenus en stock“, aurait-il dĂ©clarĂ©. Notons au passage le mĂ©pris que cela implique pour l’intellect des victimes de violences sexuelles, la manière particulièrement inhumaine de parler des dĂ©tenus et l’absence totale de courage politique qui transpirent de cette dĂ©claration. Nous avons malheureusement l’habitude de telles caractĂ©ristiques dans le monde politique. Mais qu’un ministre, chargĂ© d’apposer le sceau de la RĂ©publique quand la constitution est modifiĂ©e, se permette de faire chanter la reprĂ©sentation nationale et le Conseil Constitutionnel, ça, je ne l’avais jamais entendu.
[Ajout du 28 septembre:]
un article du Monde sur cette question