La Rochelle: Propositions institutionnelles
Après les vagues provoquĂ©es par les propositions du PS en matière de droit civil (j’attends d’ailleurs toujours des commentaires sur l’indĂ©pendance du parquet), voici l’Ă©tat de la discussion en matière institutionnelle. Soyons ambitueux, la question est: quelle RĂ©publique pour la France ?
Deux grandes tendances s’opposent: les parlementaristes d’une part, les prĂ©sidentialistes d’autre part. Le second camp est nettement moins garni, et ne compte que deux tĂ©nors: DSK et Lang, qui veulent tout deux une Ă©volution de notre système vers le système amĂ©ricain. S’ils poussent jusqu’au bout la logique des Ă©volutions rĂ©centes (quinquennat et “remise en ordre du calendrier institutionnel”), force est de constater que l’adaptation du système prĂ©sidentiel chez nous reste un pari.
- Les mentalitĂ©s sont marquĂ©es par l’empreinte du cĂ©sarisme façon NapolĂ©on 1er ou NapolĂ©on III, voire dans une moindre mesure celui de de Gaulle, et l’ascension de Sarkozy me laisse Ă penser que nous avons une faiblesse congĂ©nitale pour les hommes providentiels. L’histoire montre parfois que la providence peut se foutre des peuples, et je ne suis pas sĂ»r qu’un système qui organise l’irresponsabilitĂ© politique soit très souhaitable dans ce contexte.
- Le système prĂ©sidentiel demande des Ă©quilibres subtiles et une coopĂ©ration des organes qui n’est pas dans notre culture dĂ©mocratique. Nous avons une tendance nĂ©vrotique, en France, Ă ne croire que dans les vertus salvatrices de la crise. Je ne veux viser personne, mais le rĂ©fĂ©rendum du 29 mai en est un exemple topique. Le système prĂ©sidentiel aboutirait donc sans doute chez nous Ă des blocages.
Je fais donc mienne l’approche de la majoritĂ©, qui veut un renouvellement de nos institutions qui, pour reprendre la formule consacrĂ©e, “revalorise le rĂ´le du parlement”. Il y a, lĂ aussi, plusieurs Ă©coles:
- Marc Dolez, le premier fĂ©dĂ©ral du Nord, prĂ´ne un retour aux Ă©quilibres institutionnels de la IVème RĂ©publique. Pour lui, il faut mĂŞme revenir sur l’Ă©lection du PrĂ©sident de la RĂ©publique au suffrage universel direct, et donner la plĂ©nitude du pouvoir exĂ©cutif au Premier Ministre.
- Montebourg a une position lĂ©gèrement diffĂ©rente: pour lui, le PrĂ©sident doit toujours ĂŞtre Ă©lu au suffrage universel direct pour 7 ans, mais ses pouvoirs doivent effectivement ĂŞtre proches de ceux qu’il avait sous la IVème. L’idĂ©e est que les Français ne comprendraient pas que l’on revienne sur cette Ă©lection.
Pour ces deux-lĂ , le mode de scrutin doit garantir que le système ne sera pas en proie Ă l’instabilitĂ© gouvernementale comme c’Ă©tait le cas sous la IVème.
La majoritĂ© elle, prĂ´ne une RĂ©publique “Ă la Portugaise” avec un prĂ©sident Ă©lu au suffrage universel direct mais dotĂ© de pouvoir relativement Ă©tendus. Si je connais pas grand’chose sur la constitution portugaise, je dois avouer que je suis un peu perplexe sur ce que celle-ci apporterait: d’après ce que j’en ai entendu dire (je sais, la source est peu fiable …) elle est quand mĂŞme très proche de celle de la Vème RĂ©publique.
Il me semble par ailleurs observer un consensus en faveur d’une “dĂ©politisation” partielle du conseil constitutionnel par le biais d’une rĂ©forme qui en ferait une cour constitutionnelle. Proposition dont je ne peux que me rĂ©jouir.
Je suis pour ma part plutĂ´t partisan d’un rĂ©gime parlementaire “pur”, d’une part car il a fait ses preuves un peu partout, d’autre part car il est en quelques sortes un standard en Europe. L’Ă©pouvantail du “retour Ă la IVème impuissante” sera agitĂ©, mais tout le monde sait que la question fondamentale Ă©tait bien celle du mode de scrutin, et non de l’organisation des pouvoirs publics. Quant Ă la question de l’Ă©lection du prĂ©sident, je partage pour une fois les vues de Marc Dolez:
- Il ne sert pas Ă grand’chose d’Ă©lire au suffrage universel direct un prĂ©sident qui n’a pas de pouvoirs significatifs, sauf Ă lui donner une lĂ©gitimitĂ© telle qu’un jour celui-ci aura certainement envie d’augmenter ses pouvoirs, revenant ainsi Ă la Vème;
- Si on constate la personnalisation des pouvoirs modernes, et que l’on regrette que le PrĂ©sident perde cet atout, il est tout Ă fait possible de reporter cette focalisation sur la personne du Premier Ministre. C’est exactement ce qui se passe en Allemagne ou en France, et je ne pense pas qu’un Tony Blair soit moins lĂ©gitime qu’un Chirac.
La question institutionnelle est donc Ă marquer d’une pierre blanche pour moi: je partage sur ce point-lĂ davantage les vues des minoritaires que celles de mes Ă©lĂ©phants prĂ©fĂ©rĂ©s !
Paxatagore a dit :
Je partage tout Ă fait cette opinion. J’ajouterai comme pierre Ă l’Ă©difice dressĂ© contre le rĂ©gime prĂ©sidentiel l’argument suivant : c’est un rĂ©gime de strict sĂ©paration des pouvoirs destinĂ© Ă empĂŞcher l’Etat de grossir (chaque pouvoir arrĂŞtant l’autre), mais absolument inadaptĂ© Ă gouverner ou rĂ©former un Etat qui a maintenant la taille du notre. Toute rĂ©forme de l’Etat deviendrait totalement impossible avec un tel rĂ©gime.
Mercredi 14 sept 2005 à 19:34