Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Mardi 4 octobre 2005

Bilan des juges de proximité (1)

Posté dans Droit pĂ©nal par groM

Dans le numĂ©ro n°665 du BICC (Bulletin Internet de la Cour de Cassation), Pascal Lemoine tire un premier bilan de l’activitĂ© des juges de proximitĂ©, sous l’angle des pourvois en cassation formĂ©s contre leurs dĂ©cisions en matière pĂ©nale.

Mises Ă  part les dispositions transitoires dont Eolas souligne avec son talent habituel les difficultĂ©s d’application, les juridictions de proximitĂ© sont maintenant compĂ©tentes en matière pĂ©nale pour les 4 premières classes de contraventions (Ă  l’exception des contraventions de presse et de celles connexes aux contraventions qui sont de la compĂ©tence du tribunal de police). Les juges de proximitĂ© sont aussi compĂ©tents en matière civile et “en dernier ressort, [pour les] actions personnelles ou mobilières jusqu’Ă  la valeur de 4 000 euros. [ils connaissent] aussi Ă  charge d’appel des demandes indĂ©terminĂ©es qui ont pour origine l’exĂ©cution d’une obligation dont le montant n’excède pas 4 000 euros.” (art. L331-2 du Code de l’organisation judiciaire)

En ce qui concerne leur recrutement, la loi organique du 26 fĂ©vrier 2003 relative au statut de la magistrature pose en prĂ©requis qu’ils doivent ĂŞtre issus d’une profession juridique reconnue et avoir suffisamment d’expĂ©rience. Une fois choisis sur dossier, les juges de proximitĂ© sont en CDD pour 7 ans et payĂ©s Ă  la vacation. On retrouve donc par exemple dans le dĂ©cret du 19 septembre 2003, qui nomme un certain nombre d’entre eux, des professions telles que maĂ®tre de confĂ©rence en facultĂ© de droit, magistrat honoraire, officier de gendarmerie … Les difficultĂ©s de recrutement sont rĂ©elles: alors que la loi de programmation quinquennale de la justice votĂ©e en 2002 prĂ©voyait la crĂ©ation de 3300 postes, on ne comptait au bout de deux ans que 300 magistrats en exercice. PrĂ©voyant, ou lucide sur les difficultĂ©s qui attendaient l’application de la loi, le lĂ©gislateur a attribuĂ© aux juges d’instance le rĂ´le de juge de proximitĂ© lĂ  oĂą celui-ci n’est pas encore disponible.

C’est donc logiquement que la justice de proximitĂ© a Ă©tĂ© mise en cause: justice au rabais, justice de notables, justice d’incompĂ©tents … d’autant que les journaux se sont abondamment faits l’Ă©cho des difficultĂ©s, parfois cocasses, rencontrĂ©es par ces magistrats. Je dois avouer que je partage, jusqu’Ă  preuve du contraire, beaucoup de ces prĂ©ventions. J’ai de manière gĂ©nĂ©rale beaucoup plus confiance dans les concours de recrutement que dans le copinage sur dossier, en particulier quand il s’agit de recruter des magistrats. J’ai aussi des doutes sur la formation de ces magistrats: comment expliquer qu’un juge de proximitĂ© passe par une formation initiale de 21 jours (5 jours de formation initiale, 16 jours de stage en juridiction) quand on estime nĂ©cessaire qu’un juge professionnel ait une formation de 31 mois (sauf ceux recrutĂ©s sur titres, pour lesquels la formation est rĂ©duite Ă  28 mois) ?

Dans ce cadre, l’Ă©tude de Pascal Lemoine est intĂ©ressante, puisqu’elle essaye d’Ă©valuer si les dĂ©cisions des juges de proximitĂ© donnent lieu Ă  plus de pourvois en cassation. Nous verrons dans un prochain billet quels en sont les rĂ©sultats et quelle peut en ĂŞtre la critique.

[Suite …]

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5 commentaires

  1. Anonymous a dit :

    Bonjour,

    Je vous informe que depuis trois que j’exeerce cette honorable fonction, je n’ai jamais vu aux auidences de police, de policiers, hauts fonctionnares, Ă©lus de tous les genres commettre des infractions du code de la route. Ce sont des citoyens remarquables. Il ne faut pas oublier que quelques 50 000 contraventions passent la trappe. pas pour le citoyen ordinaire. Lorsque vous pensez que M. de VILLEPIN aurait perdu sur 700 mètres près de 75 points, que les corps diplĂ´matiques ont commis près de 4400 contravations ( Ă  la trappe, que la prĂ©sidence de la rĂ©publique Ă  ete flaschĂ©e cinq fois et Matigono quatre fois, qu’un vĂ©hicule de la DGGN a Ă©tĂ© pris Ă  212 KM, que les vĂ©hicules de la police ont Ă©tĂ© flaschĂ© 3660 fois. Face Ă  ces dĂ©lis impunis commentvoulez vous juger en bonne conscience du droit.

    Certains pourront dire que je crache dans la soupe, mais une triste réalité.

    Le citoyen commun paye, ceux de la haute s’en tire les cuisse propres.

    Ou est la justice, celle ou chaque citoyan quel que soit son rang doit rendre des comptes losqu’il transgresse les lois et rĂ©glement.

    Ne aps s’Ă©tonner si parfois la banliue s’enflemme parfois.

    Bien cordialement

    Jeudi 6 juil 2006 à 14:42

  2. A. Busé a dit :

    Bonjour,

    Comme d’habitude, les pouvoirs publics s’auto-satisfont de cette institution qui permet d’exĂ©cuter rapidement la besogne des tribunaux, et limite les recours, s’agissant de tribunaux de dernière instance.
    Quand on est un citoyen victime de l’incompĂ©tence d’un JP, recrutĂ© parmi les avocats, Ă©trangement nommĂ© Ă  ce poste après avoir Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  1 an d’inĂ©ligibilitĂ© par le CC, pour avoir fraudĂ© aux lĂ©gislatives de 2002, on a un regard bien diffĂ©rent…
    Les droits Ă©lĂ©mentaires Ă  un procès Ă©quitable ont Ă©tĂ© piĂ©tinĂ©s par ce pseudo-magistrat, qui m’a condamnĂ© en rĂ©futant une demande reconventionnelle parfaitement valable, en statuant avant que j’ai pu obtenir les pièces pour ma dĂ©fense, pour cause de recours Ă  la CADA, en n’examinant pas au fond l’objet du litige, en faisant une regrettable confusion entre jouissance provisoire et jouissance de propriĂ©taire.
    L’avocat en Cassation demandait 5.000 € pour un recours sur 2.000 € !
    Mais il était pressé (par les statistiques, les congés,.. ?) de statuer en méconnaissance totale du droit élémentaire.

    N’importe quel employĂ© aurait reçu un blâme ou une mise Ă  pied pour une telle faute professionnelle, mais celui-lĂ  continue son parcours sans que sa responsabilitĂ© puisse ĂŞtre contestĂ©e ou mise en cause !

    Nul doute que le bilan n’en tire pas les leçons, puisqu’il n’y a pas eu de recours ….;-)

    Mardi 31 juil 2007 à 09:58

  3. Anonymous a dit :

    Bonjour, je dĂ©couvre ce blog, j’ai dĂ©posĂ© un dossier en juin 2007 et doit passer l’entretien avec le 1er prĂ©sident fin novembre 2007 est-ce un dĂ©lai normal ou suis-je privilĂ©giĂ©e ? parce qu’Ă  la lecture des diffĂ©rents commentaires il semblerait que ce soit très long ?

    Jeudi 8 nov 2007 à 15:50

  4. Anonymous a dit :

    Bonjour,
    Je suis Commandant de Police Ă  la retraite et la fonction de Juge de proximitĂ© m’intèresse.J’ai exercĂ© les attributions de DĂ©lĂ©guĂ© du procureur.Ce rĂ´le ne permet pas de juger mais d’apporter des solutions aux primo dĂ©linquants. Mais je m’aperçois que le recrutement cible surtout les anciens avocats et magistrats.J’ai bien Ă©tudiĂ© le droit, surtout droit pĂ©nal et procĂ©dure pĂ©nale. Mais est-ce que ma culture juridique n’est-elle pas trop “limite” pour exercer cette fonction?. Je pense qu’il s’agit plus d’une mission de Juge de Paix orientĂ©e vers des solutions que vers la rĂ©pression. Si un Juge de proximitĂ© peut me donner des prĂ©cisions, je l’en remercie. Cordialement.

    Jeudi 12 juin 2008 à 13:57

  5. groM a dit :

    @Anonymous: sans prĂ©juger de ce que vous rĂ©pondrons les JProx du secteur, je crois qu’une part non nĂ©gligeable de leurs attribution couvre des petits litiges en matière civile pour lesquels la connaissance du droit des obligations et de la consommation est requise.

    Jeudi 12 juin 2008 à 14:04

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