Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Vendredi 3 février 2006

Expression et répression

Posté dans Droits de l'homme par groM

La libertĂ© d’expression est Ă  la une de l’actualitĂ©. Nous avons tous entendu parler, la blogosphère et la presse bruissant de cette question, de la polĂ©mique créée par la publication dans un journal Danois de caricatures reprĂ©sentant Mahommet dans des postures peu avantageuses. Il y a quelques jours, Philippe Bilger se faisait par ailleurs le dĂ©fenseur acharnĂ© de cette mĂŞme libertĂ© dans un autre contexte, celui de la rĂ©pression du dĂ©lit de nĂ©gation de crime contre l’humanitĂ©. Je dĂ©clarais alors en commentaire sur son billet, « comme tout libertĂ©, la libertĂ© d’expression peut gĂ©nĂ©rer des excès, et causer des troubles Ă  l’ordre public. Il convient alors au lĂ©gislateur de prendre des mesures qui concilient le maintien de l’ordre public avec les libertĂ©s considĂ©rĂ©es. C’est exactement ce que fait la loi Gayssot […] On peut juger que l’Ă©quilibre formulĂ© par [cette loi] n’est pas le bon. Je pense pour ma part qu’il l’est, juridiquement et humainement. […] La Shoah est, qu’on le veuille ou non, un des points de focalisation de la construction de la haine, et cette menace rĂ©elle de trouble Ă  l’ordre public justifie son statut particulier ».

Mais la polémique sur les caricatures de Mahommet illustre la fragilité de la motivation par le trouble à l’ordre public des restrictions à la liberté d’expression. Si on se fondait sur cette seule base, il faudrait certainement interdire ces fameuses caricatures car l’agitation qu’elles semblent créer dans le monde musulman pourrait potentiellement causer un grave trouble à l’ordre public en France. L’ordre public est par ailleurs aussi un ordre social - on le sait depuis Marx - et interdire les formes d’expression qui troublent l’ordre social c’est attaquer directement les droits politiques. Bref, qualifier ce qui dépasse la liberté d’expression est une question délicate et éminemment politique.

Pour discuter sereinement, voici donc un petit tour du cadre juridique de la liberté d’expression à venir dans les jours qui viennent.

  • Le cadre constitutionnel
  • Le cadre conventionnel
  • Le cadre lĂ©gislatif
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6 commentaires

  1. annales histoire société christianisme a dit :

    Les réactions contre les caricatures de mahomet posent brutalement la question de la liberté de pensée.
    Pour l’islam la vérité de Dieu doit dominer, même chez ceux qui n’y sont pas encore entièrement soumis. Accepter de renoncer à publier des caricatures de Mahomet revient à se soumettre à l’Islam, mais résister face à cette révélation du sectarisme islamique ne va pas sans poser quelques questions.
    Certains veulent défendre une absolue liberté d’expression au nom d’une liberté de pensée qui refuserait toute forme de morale issue de l’expérience des psychologues, de la nature ou de la Bible
    De mon point de vue, c’est parce que la vérité se recherche qu’il faut pouvoir entendre des critiques de tel ou telle philosophie, et c’est parce qu’on peut la rejoindre dans le christianisme que le relativisme n’est pas notre idéal ultime. Des idées qui peuvent conduire au meutre ou à la destruction peuvent et doivent être critiquées au nom du nécessaire respect de la personne humaine

    [Edit du 03/02: j’enlève le lien car je n’ai pas envie d’aiguiller quiconque vers un site aussi dĂ©lirant et rĂ©actionnaire. Avis]

    Vendredi 3 fĂ©v 2006 à 18:55

  2. pikipoki a dit :

    Tiens, le commentaire que annales…etc fait ici me rappelle vaguement celui fait chez moi…

    Vendredi 3 fĂ©v 2006 à 19:06

  3. Thomas a dit :

    Je me demande si Annales… aurait Ă©tĂ© du mĂŞme avis en ce qui concerne la publicitĂ© rĂ©cemment interdite (par ordonnance de rĂ©fĂ©rĂ© confirmĂ©e en appel) qui dĂ©tournait la Cène de LĂ©onard de Vinci, dont la ConfĂ©rence des Ă©vĂŞques de France s’Ă©tait indignĂ©.

    Samedi 4 fĂ©v 2006 à 15:29

  4. Rémi a dit :

    Les deux interdictions sont aussi scandaleuses l’une que l’autre : la France doit rĂ©sister Ă  cette version religieuse du “politiquement correct” qui revient Ă  tout simplement rĂ©duire les espaces de libertĂ© de chacun. La laĂŻcitĂ©, c’est aussi la non-immiscion du religieux dans le politique…

    Mardi 7 fĂ©v 2006 à 22:11

  5. Lucygure a dit :

    Bonjour Ă  tous,

    Je vous envoie un article publiĂ© sur mon site, au sujet de l’affaire des caricatures de Mahommet. C’est encore le seul, Ă  ma connaissance, qui retrace correctement la gĂ©nèse de l’affaire, son Ă©volution, et la replace dans son contexte. Je ne prĂ©tend pas tout savoir mieux que tout le monde, je trouve tout simplement scandaleux qu’aucun mĂ©dia ne se soit donnĂ© la peine de faire ces recherches alors qu’ils sont en première ligne dans cette affaire.

    “La polĂ©mique autour de l’affaire des caricatures du prophète est officiellement devenue, depuis ce week-end, une guerre.

    Du boycott des produits danois et norvĂ©giens, le monde musulman est passĂ© aux Ă©meutes et Ă  l’incendie d’ambassades en Syrie, les Ă©meutes libanaises ont aussi fait, au passage, un mort et une cinquantaine de blessĂ©s.

    “Le monde musulman”, ‘”L’Islam insultĂ©e”, “Les musulmans, unanimes et indivisibles”… autant de grande gĂ©nĂ©ralitĂ©s qu’affectionnent les mĂ©dias.
    Mais dans la réalité, les manifestations ne réunissent que quelques centaines de personnes, derniers remparts de systèmes totalitaires vieillissants.

    Les mĂ©dias, c’est quoi?

    Le rĂ´le des mĂ©dias dans cette affaire est primordial. Ils sont notre ultime rempart dans le choc des civilisations qui s’annonce. Eux seuls peuvent dĂ©fendre la libertĂ© d’expression contre les attaques de cette religion totalitaire et agressive…

    Et on aimerait bien les aider les médias, si seulement ils faisaient leur boulot.
    Un boulot d’enquĂŞte, d’investigation, des colonnes qui nous retransmettent le plus fidèlement possible ce qui se passe rĂ©ellement juste Ă  cotĂ© de notre canapĂ©. Qu’ils se posent des questions AVANT de trouver les rĂ©ponses.
    Ce n’est pas le cas.

    Et il y en a des questions qu’ils pourraient se poser:
    Qui? Qui instrumentalise et oriente cette haine? Qui proteste exactement?
    OĂą? Comment? Pourquoi?
    Messieurs, votre libertĂ© d’expression ne tient qu’Ă  ce prix. On ne pourra la dĂ©fendre que tant que vous rĂ©pondrez Ă  ces questions.

    Pour l’instant, après plusieurs mois de polĂ©mique danoise et deux semaines de polĂ©mique internationale, la seule rĂ©ponse qu’on ait se rĂ©sume au “choc des civilisations” et “l’Islam insultĂ©e”

    Ca fait bien en première page avec de belles photos de drapeaux qui crament. Ca rappelle le 11 septembre et les prophĂ©ties de Paco Rabane. A quand la fin du monde messieurs? Qui sera le premier Ă  avoir la une ultime de la fin de l’humanitĂ©? L’Ă©ditorial unique de toute l’histoire de la presse?

    Nous n’en sommes pas passĂ©s bien loin ces derniers jours mais, bien vite, les mĂ©dias, loin de rĂ©aliser l’immense Ă©tendue de leur connerie, ont aperçus oĂą est-ce qu’elle Ă©tait en train de les emmener.
    Ils se rĂ©tractent donc derrière la “libertĂ© d’expression” histoire de se planquer en seconde ligne et d’envoyer les affaires Ă©trangères rĂ©parer les dĂ©gâts.

    Bravo messieurs et encore merci de votre courage et de votre engagement Ă  dĂ©fendre le monde libre: c’est notre libertĂ© d’expression Ă  tous que vous livrez aujourd’hui en pâture aux religieux les plus rigoristes et rĂ©trograde.

    Naissance d’une polĂ©mique

    Bien peu de journaux sont vĂ©ritablement revenus sur l’origine de la polĂ©mique qui remonte Ă  la genèse mĂŞme des caricatures.

    Kaare Bluitgen, auteur danois d’un livre sur la vie du prophète (destinĂ© aux enfants) cherche Ă  faire rĂ©aliser l’illustration de la couverture.
    Et ce brave monsieur ne trouve personne pour s’attaquer Ă  ce dĂ©fi si anodin.

    Pourquoi? Car dans ce petit royaume du Danemark, les artistes et auteurs sont menacés de morts par des fanatiques.
    En novembre 2004, le cinĂ©aste Theo van Gogh est Ă©gorgĂ© en pleine rue par un jeune islamiste. Le court film de Theo (en ligne sur ce site) intitulĂ© “submission” et dĂ©nonçant les mariages forcĂ©s ne plait pas du tout au jeune fanatique.
    Pour information, les propos de l’assassin sont assez Ă©clairants sur sa vision très personnelle de l’Islam: il dĂ©clarera Ă  son procès le 2 fĂ©vrier dernier: “Ceux qui affirment que Mahomet Ă©tait pacifiste sont des menteurs et des incultes, (…) Il a usĂ© de la violence et l’a prĂŞchĂ©e.”

    En septembre, un quotidien danois relève le dĂ©fi lancĂ© par Karl Bluitgen. Le Jyllands-Posten demande Ă  quarante caricaturistes d’illustrer le livre, pour vĂ©rifier si les caricaturistes allaient s’autocensurer. Le 30 septembre, le journal publie 12 dessins intitulĂ©s les douzes visages de Mahommet (en ligne ici).

    A ce contexte particulier, s’ajoute celui du Danemark proprement dit: comme tout les pays d’Europe, le Danemark subit les assauts de l’extrĂŞme droite. Les dernières lĂ©gislatives de fevrier 2005 ont portĂ© le Parti du Peuple Danois au rang de troisième force politique du Pays et la droite libĂ©rale de Rasmussen, le premier ministre actuel a fait ce que la droite fait dans tous les pays: elle pactise.

    Le Jyllands Posten, qui flirtait dans l’entre deux guerres avec le fascisme et aujourd’hui avec les neo-conservateurs amĂ©ricains, est en fait liĂ© avec le premier ministre Rasmussen. Ces liens ainsi que le soutien du premier ministre au Jyllands sont dĂ©noncĂ©s par d’autres journaux danois (tel que Politiken, journal proche des sociaux-dĂ©mocrates).
    En fait, l’affaire Ă©meut l’ensemble de la presse danoise qui s’accorde Ă  dire que, mĂŞme si la libertĂ© de la presse et la libertĂ© d’expression accordaient probablement au Jyllands-Posten le droit de publier de tels dessins, rien ne l’y obligeait. Et qu’il s’agissait avant tout d’un coup d’Ă©clat publicitaire maladroit visant Ă  faire parler du quotidien - ce qui a incontestablement rĂ©ussi.

    Le premier ministre Danois dĂ©fend donc le Jyllands, dans un premier temps (en refusant de rĂ©pondre aux protestations des ambassadeurs de pays musulmans) et le Jyllands, de son cotĂ©, flatte dans son Ă©ditorial du 31 dĂ©cembre, l’”intransigeance” du Premier ministre et la manière dont il a fait face aux “attaques contre la dĂ©mocratie et la libertĂ© d’expression qui ont suivi la publication des dessins du prophète Mahomet”

    Les islamistes savent faire la cuisine

    La mayonnaise est une de leur spécialité. (une bonne chronologie des évènements par le nouvel-obs)

    Un groupe: la CommunautĂ© Islamique de la foi (ouvertement islamique donc) prend les rĂŞnes de la contestation. Il demande le retrait des caricatures et des excuses officielles. Refus, bien sur, au nom de la sacro-sainte libertĂ© d’expression.

    Octobre rouge après septembre noir: les islamistes organisent des manifestations, d’autres lancent des menaces de morts contre le Jyllands, d’autres encore, menacent d’attentats le Danemark tout entier. La communautĂ© islamique de la foi dĂ©marche les ambassades d’une douzaine de pays musulmans qui protestent officiellement auprès du premier ministre vers la mi-octobre. Il y a des oeufs, de la moutarde et de l’huile sur le feu.

    RĂ©ponse officielle: on ne touche pas Ă  la libertĂ© d’expression, fondement de la dĂ©mocratie. Dans nos grandes dĂ©mocraties, la presse (d’extrĂŞme droite) est libre et indĂ©pendante. Et surtout, le pauvre Rasmussen est complètement coincĂ© puisqu’il est obligĂ© de condamner les menaces de mort: on ne cède pas devant les menaces terroristes.

    L’affaire passe donc dans les pays musulmans dĂ©but novembre. Sommet Islamique de la Mecque et ligue arabe, si les diplomaties musulmanes et danoises trouvent rapidement une fin Ă  la crise dĂ©but dĂ©cembre, la presse europĂ©enne, libre, indĂ©pendante et Ă©videmment en retard, enchaĂ®ne et un quotidien norvĂ©gien (magazinet) publie les caricatures (au nom de la libertĂ© d’expression) et on repart pour un second tour.

    Plus musclé

    Encore plus musclĂ© le second tour: l’Organisation de la ConfĂ©rence Islamique condamne en ces termes: “En blessant profondĂ©ment le cinquième de l’humanitĂ©, ces agissements islamophobes et peu judicieux vont au delĂ  de la libertĂ© d’expression ou de la presse. Ils violent les principes, valeurs et l’Ă©thique internationaux contenus dans les diverses rĂ©solutions et dĂ©clarations des Nations unies”, l’Union internationale des oulĂ©mas musulmans (qui justifiait en son temps les attentas du 11 septembre) appelle au boycott des produits danois.

    Mais les chefs d’Etats et les gouvernements musulmans ne veulent surtout pas ĂŞtre en reste. Avoir l’air de se soumettre Ă  l’occident lĂ  bas, c’est un peu comme avoir l’air de se soumettre aux islamistes ici…

    Surenchère donc, ça permet aussi de détourner les opinions publiques de la déliquescence des régimes totalitaires dans le monde musulman.
    Le parlement du Yemen exige des excuses. En Jordanie, il demande mĂŞme le châtiement des caricaturistes, la Syrie demande au gouvernement Danois de punir les fautifs, un groupe armĂ©e irakien se propose de faire le boulot. l’Irak qui se met Ă  la page en fin dĂ©cembre: demande d’excuse et condamnation officielle du pays.

    La diplomatie danoise multiplie les regrets et les excuses mais ça ne suffit plus: les ministres de l’intĂ©rieur des Etats-Arabes rĂ©unis Ă  Tunis le 31 janvier demandent que le Danemark “sanctionne fermement” les caricaturistes.

    En tant que “pays des droits de l’homme”, on ne pouvait pas la rater. Le 1er fĂ©vrier, c’est France-soir qui publie les caricatures au nom de…

    la libertĂ© d’expression…

    Pourquoi le choc des civilisations?

    Deux visions du monde s’affrontent effectivement dans cette crise:

    D’un cotĂ©: l’occident. DĂ©mocraties en crise, subissants le populisme d’extrĂŞme droite qui utilise la peur de l’islam pour gagner des points. Modèle capitaliste aussi qui oblige certains journaux qui n’ont rien Ă  dire Ă  augmenter leur tirages Ă  coup de polĂ©mique publicitaire (au nom de la libertĂ© d’expression, bien entendu)

    De l’autre cotĂ©, des dictatures arabes et musulmanes qui exhibent depuis 1967 la faillite de leurs systèmes politique. La seule opposition “tolĂ©rĂ©e” de ces rĂ©gimes est la contestation islamiste puisqu’elle pose des bombes et assassine les dirigeants. Les dictatures du Proche-Orient font ce qu’elles ont toujours fait: tĂ©lĂ©guider des manifestations pour dĂ©fouler leur opinion publique. CondamnĂ©es Ă  la surenchère par l’opposition islamistes, les gouvernements sont obligĂ©s de jouer sur le mĂŞme terrain: condamnations et menaces contre l’occident, ça rĂ©concilie tout le monde.

    La Syrie, cas d’Ă©cole, en profite mĂŞme pour essayer d’enflammer le Liban Ă  coup d’Ă©meutes (les chiffres des personnes arrĂŞtĂ©es impliquĂ©es dans les Ă©meutes de dimanche indiquent une majoritĂ© ecrasante de syriens.)

    Mais les dictatures arabo-musulmanes montrent clairement des signes de faiblesse. Cas d’Ă©cole toujours, et encore la Syrie: Damas, en essayant de s’opposer au nationalisme libanais n’en finis plus de perdre ses pions. Son implication trop visible dans les Ă©meutes de dimanche a obligĂ© le ministre de l’Interieur libanais (pro-syrien) Ă  la dĂ©mission et l’opposition anti-syrienne n’en finis plus de dĂ©noncer les tentatives syriennes de ressusciter les tensions confessionnelles au Liban.

    Mais si les gouvernements ont bien du mal à se mettre à la page, les islamistes, eux, règlent leurs montres.

    Les islamistes lisent l’heure en HĂ©breux…

    Les islamistes ont beau ĂŞtre extrĂŞmement rĂ©trogrades, ils savent lire l’heure et s’adaptent admirablement Ă  l’occident. Ils apprivoisent le concept très occidental de libertĂ© d’expression et nous le font manger avec une petite sauce de leur composition.

    C’est dans cette optique que le plus fort tirage iranien (le quotidien Hamshahri) invite ses lecteurs Ă  un concours de caricatures sur l’holocauste. Ceux qui croyaient que la “libertĂ© d’expression” Ă©tait exclusivement rĂ©servĂ©e Ă  la presse occidentale risque d’ĂŞtre surpris du nombre de journaux islamistes qui publieront Ă  leur tour les dessins “au nom de la libertĂ© d’expression”.
    CelĂ  dit, le concours offre une incroyable opportunitĂ© au rĂ©dac’chef de France Soir de rĂ©cupĂ©rer son poste en publiant les dessins iraniens “au nom de la libertĂ© d’expression”.

    La position des islamistes en occident mĂŞme (Tariq Ramadan et sa clique de l’UOIF) est un cri unanime contre l’islamophobie. Ca permet de faire semblant d’unifier les musulmans mais surtout, ça utilise des arguments complètement occidentaux et de se donner en champions de l’anti-islamophobie.
    Le MRAP mouvement laïque est tombé en plein dans le panneau et son président porte plainte contre France Soir pour insulte envers les musulmans.

    En rĂ©alitĂ©, les islamistes jouent le mĂŞme jeu que les sionistes. En se posant systĂ©matiquement en dĂ©fenseurs de l’antisĂ©mitisme, les sionistes sont dĂ©sormais les premiers Ă  dĂ©finir ce qui est antisĂ©mite et ce qui ne l’est pas. Ce qui est contraire au sionisme et Ă  la politique d’IsraĂ«l est systĂ©matiquement dĂ©noncĂ© comme antisĂ©mite par les voix sionistes.
    Les islamistes ne font pas autre chose: tout ce qui est contre leur vision rigoriste et rĂ©trograde de l’islam est et sera dĂ©noncĂ© comme islamophobe.

    L’antisĂ©mitisme est condamnĂ© par nos lois pour les raisons historiques que tout le monde sait. Les sionistes n’ont de cesse d’essayer de faire condamner l’opposition Ă  leur politique par le biais de la condamnation de l’antisĂ©mitisme. Si condamner l’antisĂ©mitisme Ă©tait une restriction nĂ©cessaire Ă  la libertĂ© d’expression dans des pays qui sont allĂ©s très loin dans la matière, le dĂ©tournement politique de ces lois par les sionistes a créé un prĂ©cĂ©dent.

    C’est ce prĂ©cĂ©dent que les islamistes essayent d’enfoncer en portant sur un pied d’Ă©galitĂ© antisĂ©mitisme et islamophobie (mot nouveau et introuvable dans le Larousse 2006)
    Et ça marche: Bill Clinton le 31 janvier dĂ©clarait: “Vous savez en Europe que la plupart des batailles que nous avions menĂ©es durant les 50 dernières annĂ©es Ă©taient destinĂ©es Ă  combattre les prĂ©jugĂ©s contre les juifs, Ă  combattre l’antisĂ©mitisme. Et maintenant, que sommes-nous en train de faire ? Remplacer les prĂ©jugĂ©s antisĂ©mites par des prĂ©jugĂ©s anti-islamiques ? Lorsque les gens voient des informations qu’ils n’aiment pas, vont-ils s’en prendre Ă  l’ensemble d’une religion, d’une foi, d’une rĂ©gion et d’un peuple?”

    Remplacer les termes antisémite et antisioniste était un credo sioniste, remplacer les termes islamophobie et anti-terroriste (islamique) est le nouveau credo des islamiste.
    Et ce n’est pas prĂŞt de s’arrĂŞter: les sionistes jouent le jeu des islamistes et veulent faire passer tous les musulmans et arabes pour des terroristes, le prĂ©sident iranien rĂ©pond sur le mĂŞme ton en insultant tous les juifs pour les exactions israĂ©liennes.

    Nous n’avons pas le droit de rire

    Dans la rĂ©alitĂ©, qui est, rappelons le, diffĂ©rente de la propagande, les islamistes se foutent complètement de l’image du prophète. Si la reprĂ©sentation du prophète les dĂ©rangeait vraiment, laisser la polĂ©mique Ă  l’Ă©chelle danoise aurait considĂ©rablement restreint la diffusion de cette image. Si vĂ©ritablement reprĂ©senter le prophète est une insulte Ă  l’Islam, diffuser cette image relève alors du mĂŞme dĂ©lit.
    Plus grave encore, publiĂ© Ă  l’origine par des infidèles mais portĂ©e Ă  la cĂ©lĂ©britĂ© par des musulmans qui se disent meilleurs musulmans que les autres.

    En fait c’est une seule caricature qui les dĂ©range vraiment: celle de Mahommet avec un turban en forme de bombe allumĂ©e. Sur la bombe, est inscrit en caractère arabe la profession de foi que tout musulman doit prononcer (avec conviction et sincĂ©ritĂ©) pour embrasser l’Islam (”il n’y a de Dieu qu’Allah et Mahommet est son prophète”).

    Si la reprĂ©sentation du prophète (bien dessinĂ© de surcroĂ®) ainsi que l’inscription en arabe de la profession de foi sont clairement des insultes envers l’Islam dans son ensemble, la bombe, elle, est une insulte aux seuls islamistes.

    Et ils n’apprĂ©cient pas du tout. Pas que le terrorisme soit associĂ© au sacrĂ©, puisqu’ils s’Ă©vertuent Ă  se faire sauter, rĂ©pandre le sang et la mort au nom de l’Islam et a salir cette religion tous les vendredis en prononcant des fatwas de haine.
    Non ce qui les dĂ©range vraiment, c’est qu’on puisse en rire avec des caricatures.

    Nous ne devons pas rire de la bombe, nous, infidèles, devons la craindre. Nous devons trembler devant leurs menaces, nous blottir contre Bush et IsraĂ«l dès qu’un fanatique ouvre la bouche.

    Et nous devons trembler devant l’Islam tout entier. L’image du prophète avec une bombe dans la tĂŞte ne les dĂ©range pas, en fait elle leur plait beaucoup. Il faut la diffuser, la rĂ©pandre, l’imprimer dans les esprits mais surtout pas avec humour. Nous devons imprimer cette image de façon très sĂ©rieuse. Surtout pas l’extĂ©rioriser par des dessins humoristiques mais la sacraliser. On ne doit pas la sacrifier comme une idole sur l’autel de la libertĂ© d’expression mais bel et bien trembler et craindre pour nos vies tous les jours en l’imaginant plus terrifiante Ă  chaque apparition de Ben Laden ou sbire.

    Nous avons publiĂ©s cette image, ils se doivent de nous la renvoyer avec d’autres images de manifestations, d’Ă©meutes, de drapeaux brĂ»lĂ©s, d’ambassades saccagĂ©es de menaces de mort et des tirs de kalache en l’air.

    Mauvaise presse

    Faire trembler l’occident n’est pas la seule raison des protestations islamistes. En fait, vis Ă  vis de nombreux musulmans, ils doivent corriger le tir et dĂ©tourner au plus vite les masses d’une idĂ©e qui point depuis dĂ©jĂ  longtemps dans les esprits des intellectuels arabes et musulmans.

    L’insulte envers l’Islam n’a pas du tout Ă©tĂ© ressentie par les musulmans comme un effet de l’islamophobie occidentale comme voudraient nous le faire croire les islamistes. Les musulmans sont profondĂ©ment choquĂ©s par la rĂ©alitĂ© de cette caricature: l’islam a rĂ©ellement une bombe sur la tĂŞte.

    L’insulte ne viens pas des Danois islamophobes mais directement des islamistes qui tuent au nom d’Allah et rĂ©citent le Coran en se faisant exploser. Les musulmans ne se sentent pas insultĂ©s mais profondĂ©ment blessĂ©s par cette image de l’Islam. Les manifestations, qui ne rĂ©unissent que quelques centaines (quelques milliers tout au plus) de personnes, Ă  la demande du pouvoir et dans des pays sans aucune libertĂ© d’expression, ne reprĂ©sentent absolument pas la rĂ©elle colère des musulmans: on ne la connaĂ®tra jamais puisque seuls les islamistes ont droit Ă  la libertĂ© d’expression.

    Mais l’affaire des caricatures a entrouvert une porte. L’hebdomadaire jordanien Shihane a osĂ© publier, le 2 fĂ©vrier dernier, trois des caricatures danoises sous le titre “Musulmans du monde, soyez raisonnables”, le rĂ©dacteur en chef se demande dans l’article: “Qu’est ce qui porte plus prĂ©judice Ă  l’islam, ces caricatures ou bien les images d’un preneur d’otage qui Ă©gorge sa victime devant les camĂ©ras, ou encore un kamikaze qui se fait exploser au milieu d’un mariage Ă  Amman?” M. Momani avait affirmĂ© Ă  l’AFP avoir “publiĂ© volontairement ces caricatures pour que les gens sachent contre quoi ils se rĂ©voltent”. Il a Ă©tĂ© licenciĂ© et arrĂŞtĂ© ce samedi.

    Une association d’intellectuels musulmans, l’Association du Manifeste des libertĂ©s, dĂ©nonce, elle aussi, les insultes faites Ă  l’Islam par les rigoristes et les fondamentalistes. L’association publie une prise de position qui plaide clairement pour la libertĂ© et contre le fondamentalisme et le rigorisme d’une minoritĂ© de fanatiques.

    Les islamistes se doivent d’Ă©teindre ce feu de critiques contre leur doctrine. Ils se doivent d’endormir les opinions musulmanes qui leur reprocheront d’ĂŞtre les rĂ©els auteurs de la caricature. Ils doivent Ă  tout prix faire croire Ă  l’occident qu’une insulte envers le terrorisme est une insulte envers l’Islam…

    Et c’est dans ce combat que rĂ©apparaĂ®t…

    La libertĂ© d’expression…

    Au nom de la libertĂ© d’expression, les mĂ©dias doivent ĂŞtre les relais de ces prises de positions. Pas seulement Charlie Hebdo ou LibĂ©ration (les seuls pour l’instant) mais tous les mĂ©dias. Au lieu de s’intĂ©resser aux Ă©meutes des fanatiques, aux discours de Sarkozy, de Tariq Ramadan, et des reprĂ©sentants d’autres obscurantismes, ils doivent, au nom de la libertĂ© d’expression, la vraie, publier les prises de positions des intellectuels interdite dans le monde arabe.

    Il y a 114 sourates dans le Coran mais seulement 12 visages de Mahommet dans la presse mondiale. 15 siècles de religion et de culture musulmane et seule la position des islamistes est relayée dans les médias.

    Publier ces dessins “au nom de la dĂ©fense de la libertĂ© d’expression” Ă©tait une Ă©norme connerie doublĂ©e d’un mensonge rĂ©ellement insultant autant pour nous que pour l’Islam. La libertĂ© d’expression n’a Ă©tĂ© accordĂ©e, dans cette affaire qu’Ă  l’extrĂŞme droite danoise et aux islamistes Ă  qui on a donnĂ© un droit de rĂ©ponse scandaleux (et unique) par rapport Ă  leur reprĂ©sentation rĂ©elle.

    La presse s’est foutue de la libertĂ© d’expression autant que les islamistes se foutent de l’image du prophète. La seule et unique chose que la presse a dĂ©fendu c’est son nombre de tirage: utiliser la peur de l’Islam, le populisme d’extrĂŞme droite et la basse polĂ©mique pour vendre Ă  moindre frais.

    Et des frais, pour la presse il n’y en a pas eu. A part peut-ĂŞtre les excuses officielles et le limogeage du rĂ©dac’chef de France Soir: les caricatures Ă©taient gratuites et les dĂ©pèches AFP relayant les rĂ©actions tĂ©lĂ©guidĂ©s, en directe, du “monde musulman” aussi. Pas besoin non plus de se payer une investigation rĂ©elle ou une enquĂŞte sur le ressentis des français musulmans , on s’est contentĂ© des positions “officielles” de l’UOIF et du CFCM.

    Aujourd’hui cette presse lâche et honteuse se cache derrière des excuses et supplie la diplomatie de rĂ©gler le problème. Et encore, leurs excuses ne vont qu’aux islamistes qui les ont menacĂ©s.

    Si certains journaux (une revue de presse ici) commencent Ă  peine Ă  entrevoir que “la colère des foules est loin d’ĂŞtre aussi spontanĂ©e qu’on aimerait nous le faire croire” (Jacque Guillon dans la charente libre) les autres en sont encore Ă  trouver que les rĂ©actions du “monde musulman” sont disproportionnĂ©es et qu’elles illustrent ce fameux “choc des civilisations”. Cette expression digne de Bush ou de Paco Rabanne ne sert en fait qu’Ă  illustrer le mĂ©pris total de la presse pour les l’Islam sans bombe et les arabes non terroristes.

    Charlie-Hebdo, quasiment tout seul, tente de relever le niveau en publiant Ă  son tour les caricatures mais cette fois ci avec la prise de position de l’Association du Manifeste des libertĂ©s. L’UOIF et le CFCM tente dĂ©jĂ  d’empĂŞcher la parution de l’exemplaire en assignant le journal en rĂ©fĂ©rĂ©.

    Mais dĂ©jĂ  les rumeurs jadis si fortes de la “dĂ©fense de la libertĂ© d’expression” (au nom de laquelle il est bien plus honnĂŞte de dĂ©fendre Shihane et Charlie-Hebdo que France-Soir ou Jyllands Posten) ce glorieux symbole de la dĂ©mocratie et des droits de l’homme se confond en plates excuses.
    Au moment oĂą d’autres voix se font entendre, oĂą il va falloir concilier la “libertĂ© d’expression” avec des caricatures iraniennes sur l’holocauste, on assiste Ă  une dĂ©bandade gĂ©nĂ©rale de la presse qui s’enterre dans son petit trou occidental et se flagelle dĂ©jĂ  pour ses offenses.

    Brillante dĂ©monstration messieurs. Confessez-vous, pĂŞcheurs, au nom de la libertĂ© d’expression…”

    Vendredi 10 fĂ©v 2006 à 11:42

  6. zlabia a dit :

    Désolés de vous avoir ainsi… offensé !

    Finalement, c’est peut être aux musulmans de s’excuser de ne pas avoir été assez «modernes» et assez respectueux de la «liberté d’expression» après la publication de 12 caricatures injurieuses pour les musulmans et le Prophète de l’islam, Mohammed (QSSSL), au terme d’un «concours» organisé par un quotidien danois.
    A lire et à entendre les commentaires de certains hommes politiques occidentaux, observateurs, journalistes et patrons de presse à propos des réactions dans les pays musulmans contre ces caricatures, il semble bien qu’il nous est demandé à nous, musulmans, de présenter nos excuses au «monde civilisé» qui, de toute évidence, a été offensé et offusqué par notre réaction «barbare et archaïque» ainsi que par notre «profonde ignorance» des principes de la «liberté d’expression» en vigueur dans l’Occident avancé et émancipé.
    Si nous avons bien compris la leçon : exprimer son racisme, inciter à la haine de près d’un milliard et demi d’êtres humains, les fustiger, les insulter et les blesser dans ce qui constitue les fondements mêmes de leurs références identitaires, de leurs croyances et de leurs convictions, en représentant notamment leur Prophète coiffé d’un turban en forme de bombe, cela s’appelle dans le jargon de certains médias de l’Occident : de la «Liberté d’expression». Et crier sa condamnation d’une stigmatisation perfide et faire état de son rejet des injures gratuites cela s’appelle : de «l’intégrisme». Et au bout du compte, c’est «la sacro-sainte liberté d’expression» qui se retrouve subitement, par on ne sait trop quels artifices, «menacée par les fous d’Allah».
    A ce niveau de l’appréciation des événements, il n’y a aucun dialogue possible avec ceux qui considèrent qu’insulter plus d’un milliard de musulmans (et d’ailleurs, seraient-ils à ce point tous fous? Seraient-ils à ce point tous dans l’erreur? Autant qu’ils le sont? Et depuis aussi longtemps?) constitue «un droit inaliénable» qui fait partie de leur «liberté d’expression». Un principe «sacré et fondamental», érigé en «une croyance indiscutable» pour laquelle «il ne saurait être question de transiger» quoique ce soit. Pour laquelle «l’on est prêt à se sacrifier» afin d’en assurer la défense et la sauvegarde face aux «forces obscurantistes» (Et ce n’est pas là des fragments tirés du discours d’un «islamiste-intégriste-extrêmiste»)!
    Non, il n’y a aucun dialogue possible avec ceux qui dénaturent la problématique en orientant le débat vers l’idée de «l’interdiction faite aux (seuls) musulmans de représenter les prophètes» et de l’opposer au concept de la «liberté d’expression». Pourquoi se voiler la face et se dissimuler derrière ce subterfuge, ce glissement méthodologique, inédit et pernicieux, qui veut entretenir une confusion des genres en comparant l’incomparable? Vouloir absolument confronter des principes issus de croyances purement religieuses et ceux inspirés de corpus philosophiques temporels et séculiers, est à bien des égards une entreprise étrangement saugrenue. Une telle démarche demeure en effet intellectuellement aberrante et politiquement douteuse, dans sa forme comme dans son fond.
    N’aurait-il pas été plus constructif, plus productif et plus judicieux d’admettre que, tels que présentés, les thèmes des caricatures portent tout d’abord atteinte à l’image de tout un pan de l’humanité, jeté en pâture et désigné comme étant «terroriste» par essence; bien avant qu’ils ne constituent une véritable offense aux symboles identitaires et un outrage aux croyances de tous les musulmans du monde, du fidèle le plus «mou» à «l’intégriste» le plus fou?
    A défaut de pouvoir dialoguer, il est par contre possible de rappeler à certains médias occidentaux, épris de «liberté», que leur pratique de la «liberté d’expression» n’est pas aussi totale qu’ils le prétendent, et que bien des tabous subsistent et ne peuvent êtres abordés sous peine de disparaître complètement de la scène médiatique.
    Il existe une infinité de sujets que les médias occidentaux ne peuvent aborder, et encore moins permettre à ceux qui osent défier l’ordre établi d’y exprimer une quelconque opinion.
    Dans un article, publié le 4 février 2006 dans The Independent, signé par le journaliste britannique M. Robert Fisk, il est rappelé que la liberté d’expression n’est pas illimitée en Occident.
    IntitulĂ© «Ne soyez pas dupes, ceci n’est pas une question de l’Islam contre la laĂŻcité», l’article explique aux lecteurs britanniques la gravitĂ© d’avoir caricaturĂ© le Prophète de l’Islam, et dĂ©montre le degrĂ© d’hypocrisie des mĂ©dias occidentaux qui se sont offusquĂ©s de la rĂ©action des musulmans contre les caricatures.
    Pour lui, les caricatures «n’avaient d’autre but que de provoquer» et qu’elles étaient «si outrageuses, qu’elles ont provoqué une réaction».
    L’auteur rappelle aussi comment, il n’y a que «plus d’une décennie» à peine, un film de Martin Scorsese («La dernière tentation du Christ») avait choqué les chrétiens du monde entier et provoqué une vague de réprobation au point où des salles de cinéma ont été incendiées à Paris (01 mort officiellement) et dans d’autres villes du monde.
    A propos de la leçon de «liberté d’expression» donnée au monde musulman, Robert Fisk se dit étonné de la réaction de l’Union Européenne qui «clame pompeusement qu’elle ne peut contrôler la liberté d’expression et la liberté de la presse».
    Pour les besoins de la démonstration, Robert Fisk va plus loin en expliquant que les journaux auraient été traités d’anti-sémites si les caricatures montraient un rabbin avec une kippa en forme de bombe sur la tête.
    «En outre, explique-t-il encore, dans quelques nations europĂ©ennes – comme en France (loi Gayssot, ndlr), en Allemagne et en Autriche - il est interdit, de par la loi, de nier certains gĂ©nocides. En France, par exemple, il est illĂ©gal, sous peine de sanctions pĂ©nales, de dire que l’holocauste, juif ou armĂ©nien, ne s’est pas produits».
    Robert Fisk estime en conclusion que «les pays occidentaux ne peuvent pas continuer à exercer des restrictions politiques pour prévenir des écrits révisionnistes relatifs à l’holocauste, et évoquer en même temps la laïcité lorsque les musulmans s’opposent à nos provocantes et insultantes images du Prophète».
    En effet, ne s’agit-il pas là plutôt d’une «liberté d’expression» sélective et à géométrie variable, notamment quand des chercheurs et des historiens sont systématiquement poursuivis en justice, et le plus souvent lourdement condamnés, lorsqu’ils tentent de discuter ou de vérifier l’authenticité de certains aspects entourant tout ce qui a été dit à propos de l’holocauste ?
    Ce qui demeure par contre certain, c’est que le journal danois qui a publié les caricatures, ainsi que d’autres de ses confrères européens qui l’ont relayé par «esprit de solidarité», se sont payés un sacré coup de publicité qui leur a permis, par la même occasion, d’augmenter exponentiellement leurs ventes et leurs bénéfices. Comme cela a été le cas pour Charlie Hebdo qui a vu ses ventes atteindre les 500 000 exemplaires (du jamais vu dans l’histoire de cet hebdomadaire!) grâce au seul numéro consacré à ces fameuses caricatures. Quel bel esprit d’opportunisme et de mercantilisme de la part de ces néo-défenseurs, hérauts et nobles chantres de la «liberté d’expression»!
    Pour le directeur de Charlie Hebdo, M. Philippe Val, «la reproduction de ces dessins avait pour but de manifester notre solidarité au directeur limogé du journal France-Soir» qui s’était, lui aussi, empressé d’exprimer sa «solidarité» avec le journal danois dans l’espoir de tenter, un tant soit peu, de se sortir du marasme financier dans lequel baigne depuis un certain temps déjà le France-Soir.
    Casser du musulman de nos jours est devenu banal et normal. C’est dans l’air du temps … Mais pour les plus malins, il s’agit là d’un bon filon; un créneau porteur, vendeur, voire même hautement lucratif. Ça peut en effet rapporter gros, à tous les coups, et à peu de frais! Au mieux, ce sont les retombées financières qui s’en trouvent ainsi grandement améliorées; Au pire, c’est la notoriété et les projecteurs d’une publicité assurée et entièrement gratuite! Sans mentionner le capital politique que ça peut permettre d’engranger dans un contexte où la peur et le sentiment d’insécurité généralisés sont insidieusement et savamment entretenus… Que du bénéfice net en somme, et sur tous les plans!!! Pourquoi alors s’en priver ?
    Il va sans dire que M. Val nie, bien entendu, toute provocation. Pour lui, la provocation «a commencé bien avant la publication de ces fameux dessins, c’est-à-dire lors des attentats de New York en septembre 2001 puis ceux de Madrid ainsi que ceux qui ont eu lieu dans d’autres villes du monde».
    Et si l’on remontait un peu plus loin dans le temps M. Val? Les croisades, la reconquista, la colonisation, la dépossession, l’exploitation, l’humiliation, la discrimination, la torture, les viols, les exécutions, les massacres, la Palestine, l’Irak, le pétrole …etc… ?
    L’étonnant dans cette affaire c’est que ce sont ces mêmes défenseurs d’une «liberté d’expression», «intouchable et immuable», qui n’ont pas hésité à se porter en tête de peloton pour provoquer un lynchage médiatique en règle contre des gens comme l’Abbé Pierre (1996) et Dieudonné (un humoriste français, désormais quasiment interdit de presse et de télévision) qui, au travers d’un de ses sketchs, a «osé» caricaturer (sic) un colon juif extrémiste.
    Même la politique génocidaire de Sharon contre les palestiniens n’est pas critiquable de nos jours. Et les résistants, parmi la population palestinienne occupée, qui osent dire leur opposition à cette politique sont systématiquement catégorisés comme étant de «dangereux terroristes» à liquider sans le moindre scrupule (Cheikh Yacine, un vieillard aveugle et tétraplégique, en chaise roulante, visé et abattu par un … missile (!!!) de l’armée israélienne).
    Au moment où le racisme anti-musulman devient ouvertement «honorable» et l’islamophobie un fait confortablement installé dans les consciences (à l’exemple des textes incendiaires de l’écrivaine italienne Oriana Falaci et de bien d’autres encore), il est interdit de critiquer le sionisme et la politique d’Israël, sous peine d’être accusé de judéophobie ou d’anti-sémitisme, ce qui a d’ailleurs valu à la chaîne Al-Manar du Hezbollah libanais d’être bannie de diffusion en Europe.
    De même, diffuser les images de l’assassinat en direct d’un enfant palestinien, comme l’a fait France 2 durant la 2e Intifada en montrant le petit Mohamed Dourra, âgé à peine de 10 ans, mourir en direct sous les balles de soldats israéliens, c’est faire de la «désinformation» car le cameraman français se «devait de faire la part des choses» et de prendre en compte la «détresse» du pauvre soldat israélien avant qu’il n’abatte l’enfant !
    Interdire la diffusion d’un documentaire sur le massacre commis par l’armée israélienne dans le camp de Jénine en Palestine occupée c’est faire preuve d’une «grande lucidité» et de «responsabilité éditoriale».
    Interdire la publication du rapport de l’Union Européenne «lourdes critiques contre l’activité coloniale israélienne à Jérusalem-Est et tout autour de la ville», c’est aussi faire preuve d’une grande «objectivité» dans le traitement du conflit du Moyen-Orient.
    Interdire la diffusion d’images montrant les insoutenables et indéfendables atrocités commises par «les forces alliées de l’axe du bien» durant leur «guerre chirurgicale», livrée aux civils Irakiens pour mieux les «libérer» et mieux leur apprendre, dans le sang, par les bombes, les assassinats, les exactions et la torture, les principes élémentaires de la «démocratie»…
    … etc… etc… etc… .
    C’est cela la «liberté d’expression», drapée des valeurs et du sceau de «l’universel», que l’Occident tient absolument à nous inculquer et avec laquelle nous devons faire. Et ça sera ainsi, car c’est la loi du plus fort… jusqu’à ce qu’il en soit autrement.
    En attendant, nous vous prions de bien vouloir accepter nos excuses… il ne faut pas trop nous en vouloir, soyez indulgents avec nous car nous sommes si incultes et si archaïques… veuillez nous pardonner nos écarts… et croyez bien que nous sommes désolés de vous avoir ainsi… offensé !!!

    Cordialement,
    Zlabia.

    Vendredi 24 fĂ©v 2006 à 04:49

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