Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Samedi 25 février 2006

A Zlabia

Posté dans Politique, Droits de l'homme par groM

Dans un commentaire, une lectrice, Zlabia, fait grief à l’occident d’invoquer la liberté d’expression comme une arme pour opprimer les musulmans. J’aimerais ici réagir à son propos.

Je passerai sur la dénonciation que vous faites de la liberté d’expression à géométrie variable, car je la partage, Zlabia. Il est facile - et vendeur - de défendre la liberté contre l’intégrisme, il est beaucoup plus risqué par contre de contrarier les lobbies qui remplissent vos pages de pub. Je ne défendrai pas non plus les caricatures en elles-mêmes, qui me semblent douteuses au moins et haïssables au plus, pas plus que je ne contesterai le désir de provocation qui a présidé à leur publication dans certains médias. Mais nos convergences s’arrêtent à peu près là.

Je conteste, tout d’abord, l’amalgame que vous pratiquez. Vous parlez de l’occident comme d’un front uni, monolithique, alors que la culture, les références communes, les intérêts politiques et la culture religieuse de pays comme la France, l’Italie ou la Norvège sont bien différents. Vous parlez également des musulmans - ensemble auquel vous vous identifiez - comme d’un ensemble homogène lui aussi, d’un milliard et demi d’individus. Ce n’est pas à vous que je vais apprendre qu’il n’y a pas grand-chose à voir, mis à part la religion, entre un Algérien et un Sénégalais, entre un Libanais et un Malais. Même la question de savoir s’ils partagent une même religion est sujette à caution. Sans être un théologien de l’Islam - et pour cause - il me semble qu’il y a des différences significatives entre chiites et sunnites, entre les manières de vivre la religion dans ces pays, sans même évoquer l’existence de mouvements marginaux comme le soufisme. Bref votre démonstration souffre de l’amalgame que vous pratiquez, et que par ailleurs vous reprochez implicitement aux occidents quand ils “cassent du musulman” et “stigmatisent perfidement” ces mêmes musulmans.

Cet amalgame est clairement partagée par un certain nombre des brûleurs d’ambassades: si un obscure journal Danois publie des caricactures insultantes pour Mahommet, c’est la faute de toute l’Union européenne et de tout l’occident. Brûlons-donc aussi un drapeau américain, si nous ne savons pas pourquoi, eux savent pourquoi. Et Brûlons donc aussi Sharon en effigie, ça fait jamais de mal, tout ça c’est du pareil au même. Je regrette sincèrement que les masses, dans des pays comme l’Iran ou la Syrie, soient aussi aisément manipulables et agissent avec une telle violence trois mois après les faits, comme par hasard à un moment où leur gouvernements respectifs sont en difficulté, l’un dans le dossier nucléaire, l’autre dans le dossier libanais. Permettez-moi de ne pas y voir une marque de maturité politique.

Je conteste ensuite férocemment votre propos quand vous écrivez que sont “lourdement condamnés [des historiens] lorsqu’ils tentent de discuter ou de vérifier l’authenticité de certains aspects entourant tout ce qui a été dit à propos de l’holocauste”. Les gens qui sont condamnés ne sont pas ceux qui discuent ou vérifient certains aspects de l’holocauste, mais ceux qui contestent son existence même. La différence est fondamentale: c’est celle qui distingue la recherche scientifique de l’antisémitisme. Le négationnisme de certains musulmans, s’il peut s’expliquer par le problème palestinien et les humiliations successives face à Israël, ne s’excuse pas plus que le négationnisme des post-fascistes européens. Et le concours de dessins sur l’holocauste organisé en Iran, qui prend à partie les juifs - qui n’ont rien à y voir - dans cette affaire, est proprement nauséabond.

J’aimerais comprendre, ensuite, pourquoi vous n’envisagez pas d’utiliser les armes que le droit vous donne pour faire valoir votre point de vue. L’injure et l’incitation à la haine en fonction de l’appartenance à une race ou une religion sont des délits prévus et réprimés depuis longtemps par le droit Français (c’est la fameuse loi de 1881 sur la liberté de la presse) et Européen (c’est la Convention européenne des droits de l’homme de 1950). Les tribunaux font respecter ces lois: ainsi une campagne de presse qui détournait la Cène en mettant des personnages féminins légèrements vêtus au lieu des personnages bibliques a été interdite il y a peu. La cour européenne des droits de l’homme a elle jugé conforme à la convention européenne le fait que la Turquie dispose dans son code pénal de mesures réprimant “l’insulte au prophète”. Si vous alliez en justice - avec des avocats un peu plus compétents que ceux choisis par la CFCM - vous auriez de bonnes chances de gagner.

J’ai deux explications à cette réticence à recourir au droit. La première est qu’elle contredit l’image de victime que vous vous êtes construite. Quand on agit en justice, on ne peut plus se plaindre d’être victime, on est sur un plan d’égalité avec son adversaire. La seconde est plus idéologique: dénoncer la “liberté d’expression” n’est pas compatible avec son utilisation pour défendre ses idées. Et nous tombons là dans le vif du débat.

Historiquement, les droits de l’Homme ont été pensés et revendiqués dans le but d’établir l’autonomie de l’individu vis-à-vis de l’état. Et dans la France du XVIIIème siècle, l’Etat et l’église étaient intimement liés. Les droits de l’Homme permettent donc aussi, et c’est très important, d’assurer l’autonomie des hommes vis-à-vis de la religion. C’est significativement qu’un des délits supprimés par le premier code pénal post-révolutionnaire, celui de 1790, a été le blasphème. Et oui, les droits de l’Homme sont universels, car la question de l’autonomie de l’Homme vis-à-vis du groupe - que celui-ci soit incarné par l’état ou la religion, est une problématique universelle dans les sociétés humaines.

Les religions révélées, elles, ont une tendance naturelle à l’hégémonie idéologique. Il ne faut pas s’en étonner: quand on s’estime porteur du message divin, il est difficile d’accepter que des hommes puissent avoir une opinion opposée. Dès lors, le message devient global; on parle d’une communauté totale, complète des croyants, qui transcende les frontières terrestres. Qu’on l’appelle “la sainte église” ou “l’Ouma” n’a pas d’importance réelle: c’est le même refus de l’autonomie de l’individu dont il s’agit, et donc, directement une volonté d’emprise sur les affaires terrestres. La laïcité est donc un des premiers droits de l’Homme à mon sens, en ce qu’elle garantit que les religions n’ont pas à se mêler de la gestion des affaires publiques.

Il est par contre évident que la liberté de culte doit être préservée à tout prix, car il n’y a pas plus de raison d’empêcher quelqu’un de pratiquer une religion que forcer quelqu’un à en pratiquer une. Mais la liberté de culte n’emporte pas obligatoirement confort de la pensée, et critiquer une religion, son corpus idéologique, son organisation, doit demeurer possible, y compris pour ceux qui n’y appartiennent pas, comme il doit être possible de critiquer les opinions politiques ou philosophiques, dans les limites imposées par la loi. La loi des hommes et pas celle de Dieu; ça aussi, c’est quelque chose que certains tolèrent mal.

Il y a donc ici un conflit de valeurs. Ne déformez pas mon propos, je n’ai pas dit “conflit de civilisations”. Ce conflit de valeur opposent ceux qui font passer, dans la vie publique, les valeurs religieuses avant les valeurs civiques. Je me définis comme citoyen, vous vous définissez comme musulmane. Il n’y a rien de spécifique à l’Islam ici, même si beaucoup de citoyens des pays à dominante musulmane, face à l’échec de ceux qui se réclamaient du socialisme et de la nation - FLN en Algérie, Baas en Syrie - trouvent une identité de substitution dans l’Islam, et je vous prie de croire que les débats du début du siècle sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat étaient autrement moins politiquement correctes que ceux qui nous opposent ici. Mais maintenant comme alors, la défense des droits de l’Homme n’est pas négociable.

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15 commentaires

  1. Philippe Martin a dit :

    J’ai eu le même commentaire mot à mot sur mon blog. Au début je me suis dit « Whoahh, une personne qui me laisse un commentaire si long et bien écrit sir mon blog qui est quasiment inconnu!!»
    C’est décidé, à partir de maintenant je ne réponds qu’à ceux qui indiquent l’adresse de leur blog, sinon c’est trop facile de livrer sa morale en se planquant. Qui es-tu Zlabia?

    Samedi 25 fév 2006 à 16:29

  2. groM a dit :

    A la limite, ce n’est pas très grave. Je méditais un billet sur la question et ce commentaire (pardon, ce copier-coller) m’a donné l’occasion de sauter le pas.

    Merci au fait pour le lien évoquant la “censure” d’une lecture de Voltaire sous la pression de Tariq Ramadan. Le vieux chenapan est toujours aussi corrosif, à ce que je vois :-)

    Samedi 25 fév 2006 à 16:56

  3. cyril^^ a dit :

    excellent billet. Comme par magie les commentaires arrivent dès que l’on parle islam. A ce que je vois ici et là, pas très constructifs dans la majorité. Mais le plus decevant c’est l’impression de se voir ramener au rang de personne qui n’a pas plus de jugeote qu’une huitre. ramené au rang de l’idiot du village qui n’a rien compris a l’islam parce que l’on adhère pas; tout en écartant le fait que l’on ne soit pas forcement contre!

    Lundi 27 fév 2006 à 00:20

  4. Pierre-Selim a dit :

    Moi plus j’y pense plus il y a une caricature que je trouve excellente: c’est celle ou l’on voit un dessinateur qui se cache pour dessiner le prophète. J’avoue que les autres sont assez bof je trouve voir même très bof.

    Ensuite comme disais Beaumarchais: Sans liberté de blamé, il n’est point d’éloges flatteuses.

    Bon ensuite il faut bien faire attention à la manipulation médiatique et aux amalgammes. Car il ne faudrait pas croire que tous les muslmans de la terre réclame la tête des Danois.

    Lundi 27 fév 2006 à 04:16

  5. groM a dit :

    @Cyril: je ne comprends pas trop comment on peut “être contre” une religion - ou “être pour”, d’ailleurs … Une religion n’est pas une idée, et c’est un système de croyances, que l’on partage - on a alors la foi, ou plutôt on a cette foi - ou pas.

    @Pierre-Selim: tout à fait, l’amalgame que je dénonçais chez Zlabia existe aussi de l’autre côté, et il est tout aussi nuisible.

    Lundi 27 fév 2006 à 10:49

  6. somni a dit :

    Moi aussi, j’ai reçu le même. Il est indiqué aussi dans l’article que “Même la politique génocidaire de Sharon contre les palestiniens n’est pas critiquable de nos jours.”
    Je ne savais pas que le politique de Sharon n’avait pas été critiquée. Elle est même souvent critiquée par de nombreux gouvernements de pays démocratiques, et non pas seulement par de simples citoyens. Mais de là à trouver “génocidaire” cette politique, il faut quand même le faire. Et même si je trouve une telle déclaration, non seulement totalement erronée mais aussi grave dans le sens où elle tend à relativiser l’existence de vrais génocides, et bien, je ne songe même pas à à l’effacer de mon blog. Et oui, c’est aussi ça, en fait, la liberté d’expression : on peut dire aussi d’énormes con…c’est la possibilité de choquer..
    De tels messages, sont pour moi envoyés par des gens qui tentent de faire advenir “le choc de civilisations”. C’est leur fond de commerce, ils prospèrent seulement dans la victimisation. Et ils sont en plus les premiers à pratiquer l’amalgame. Ils ont une vision simple et binaire : occident/Islam, qu’ils (nous/me) accuseent nous seulement de partager, mais en plus d’en être les instigateurs. je me demande comment sortir de ce piège qui nous est tendu, car ce qui est aussi en jeu, c’est que les valeurs que l’on peut défendre, qui sont par essence universelles, sont à leurs yeux des valeurs d’occidentaux arrogants (ce que je récuse, bien entendu).

    Mardi 28 fév 2006 à 19:21

  7. groM a dit :

    Je vois que nous sommes tout à fait sur la même longueur d’onde :-)

    Nous souffrons, à titre collectif, d’un syndrôme de culpabilité que ces gens-là savent malheureusement parfaitement exploiter.

    Mardi 28 fév 2006 à 19:45

  8. mowglii a dit :

    en tout cas en algerie , c’est pas la joie ni la liberté :

    algérie. Le Parlement d’Algérie, pays où l’islam est religion d’Etat, a adopté hier une loi prévoyant des peines de prison pour les tentatives de «convertir un musulman à une autre religion». Elle prévoit aussi des sanctions contre toute personne qui «fabrique, entrepose, ou distribue des documents (…) qui visent à ébranler la foi musulmane».

    aah la là , le voilà le retour de l’inquisition qui m’effrayait au moment de l’affaire des caricatures … le mufle hideux de la barbarie ….

    Jeudi 23 mar 2006 à 01:51

  9. mowglii a dit :

    info du meme jour , cad mardi :

    Les Etats-Unis ont indiqué mardi “suivre avec attention” le cas d’un Afghan menacé d’exécution dans son pays pour s’être converti au christianisme, tout en soulignant qu’il s’agissait d’un problème d’interprétation de la Constitution afghane.

    “Nous allons surveiller ceci très attentivement et avons parlé de ce sujet avec le ministre afghan des Affaires étrangères. Il s’agit d’un problème d’interprétation de la Constitution (…). Nous en sommes encore à une toute première étape et attendons de voir l’évolution de la situation”, a souligné Sean McCormack, porte-parole du département d’Etat.

    M. McCormack était interrogé sur le cas de Abdul Rahman emprisonné il y a deux semaines après avoir été dénoncé par des proches à la police pour sa conversion, intervenue il y a une quinzaine d’années. Il avait longtemps vécu en Allemagne et avait regagné l’Afghanistan l’an dernier, selon la presse allemande.

    Conformément à la loi islamique de la charia en Afghanistan, il risque la peine de mort s’il refuse de redevenir musulman.

    http://koztoujours.free.fr/

    Jeudi 23 mar 2006 à 01:52

  10. clic a dit :

    Dommage que dans un billet qui fait grand cas du thème “vous prenez le monde occidental comme un ensemble alors qu’il est divers”, vous continuez en utilisant des vous tout aussi réducteurs “vous refusez d’utiliser les armes parce que cela vous obligerait à ne plus vous considérer comme des victimes”…
    De même ce n’est pas l’essence de la religion de refuser l’autonomie qui explique que la révolution française soit anticléricale, c’est la particularité de l’histoire française dans laquelle l’Eglise avait un poids tout à fait particulier. Si vous ne comprenez pas ça, vous ne pourrez jamais comprendre pourquoi les Etats-Unis sont si démocratiques et si religieux. L’idée d’autonomie personnelle est une idée magnifique, mais qui s’est en partie développée au sein de pensées religieuses (ainsi, dans l’ancien testament, la célèbre phrase: “tu es un peuple à la nuque raide”. L’idée d’alliance suppose d’ailleurs une forme d’égalité, de capacité d’engagement autonome des croyants vis-à-vis de Dieu). L’autonomie ne s’est pas construite contre, mais à partir de la religion ( à partir et pour en partir, d’ailleurs).
    Par ailleurs, je suis complètement athée, mais ça n’empêche pas de reconnaître la part qu’a eu la religion dans la construction de la pensée européenne.

    Vendredi 21 avr 2006 à 11:42

  11. groM a dit :

    “vous continuez en utilisant des vous tout aussi réducteurs “vous refusez d’utiliser les armes parce que cela vous obligerait à ne plus vous considérer comme des victimes”…”

    Non. Ma phrase utilise un “vous” de politesse à destination de “Zlabia”, et non un “vous” qui vise tous les musulmans. C’est d’ailleurs le cas dans tout l’article. Et comme “Zlabia” considère tous les musulmans en bloc … Moralité, j’aurais mieux fait de la tutoyer.

    Par ailleurs, pour répondre à votre autre commentaire, les Etat-Unis ont longtemps été à majorité protestante, donc sans église centralisée à vocation universelle; l’église catholique elle-même a été minoritaire et pouvait difficilement prétendre à la domination. Cela a sans aucun doute influencé leur conception du religieux. Leur évolution récente montre quand même les limites de cette situation, avec notamment des intégristes qui prétendent imposer dans le débat public leur conception de la morale.

    Par ailleurs, si ce que vous dites sur l’autonomie dans la pensée religieuse est vrai, n’oubliez pas que les lumières ont permis surtout aux individus de se déterminer en dehors de la foi. C’est aussi ce qui est remis en question ici.

    Vendredi 21 avr 2006 à 12:59

  12. clic a dit :

    Il y a une conception très étrange du protestantisme en France lié, à mon avis, à une lecture trop hative de Max Weber (ou plus probablement à sa non lecture). C’est devenu une analyse très commune de considérer que le protestantisme a été un moment clé d’individuation dans l’histoire occidentale. On explique cela par le fait que les protestants auraient un rapport individuel à Dieu, non intermédié par une organisation, ce qui les amène à être plus individualistes et plus libres.
    Or Weber ne dit jamais ça. Il insiste au contraire sur le caractère très rigoureux, extrèmement contraint et régulé, du mode de vie des calvinistes notamment. Il montre que l’éthique protestante a permis le développement du capitalisme, mais pas à travers l’individuation, il ne chante pas la liberté d’entreprendre, mais le travail ascétique (pour faire court).
    D’ailleurs observez les débats ayant lieu lors de la contre-réforme. Le désaccord central porte justement sur la place de la volonté humaine (ce point a toujours interrogé les religieux). Les protestants ont réaffirmé que la capacité à justifier l’existence humaine était complètement du ressort de Dieu, que le croyant ne peut que recevoir la grâce. Au contraire, les chrétiens vont affirmer, dans la contre-réforme, que si c’est bien Dieu qui apporter la grâce et la justification, celle-ci ne va pas sans que le croyant manifeste activement son inclination vers Dieu.
    Je schématise quelque peu, mais on ne peut en tout cas pas dire qu’il y ait d’un côté les protestants adeptent de la liberté et d’un autre les catholiques adeptes de la soumission. On pourrait tout aussi bien défendre le contraire le contraire (il n’y a quà lire Hawthorn pour être convaincu du contraire). Je ferais la distinction suivante: la plupart des mouvements religieux ont permis des réflexions très riches qui ont permis à l’occident de développer de façon très forte des notions tels qu’autonomie, individu, volonté sans lesquelles les lumières n’auraient été tout simplement pas possible. Mais en tant que corps organisés, elles ont également permis à des groupes sectaires et à des monstres bureaucratiques de se mettre en place et de régenter la vie de leurs membres, souvent au nom de la liberté, de l’épanouissement individuel, etc. c’est d’ailleurs une “constante” que les organisations sociales se font au nom des meilleures idées et les méprisent allégrement…
    Par ailleurs, je suis bien d’accord que les lumières françaises sont un moment d’une grande importance. Mais certains des philosophes qui ont eu la plus grande importance dans le développement de la notion d’autonomie ont été marqués par la religion et l’enseignement religieux: Descartes, Hegel ou, parmi les contemporains, Levinas ou Ricoeur ont été marqués par la religion, cela n’en fait pas des philosophes obscurantistes au contraire…

    Vendredi 21 avr 2006 à 18:14

  13. groM a dit :

    Je vous fais toute confiance pour les interprétations théologiques.

    D’un point de vue sociologique, je pense que le protestantisme a introduit un changement fondamental: il a supprimé le monopole de l’église catholique, et substitué à une conception absolutiste et monarchisée du pouvoir religieux une organisation décentralisée, où s’articulent des “églises” ou “chapelles” de légitimité équivalentes (en tout cas pour ceux qui n’en sont pas membres).

    Pour en revenir à mon billet, je pense qu’il est utile de distinguer eglise et religion, particulièrement sur le plan du droit. Les eglises - mêmes minoritaires, comme certaines sectes portestantes - ont toujours la tentation d’intervenir dans la sphère publique.

    Vendredi 21 avr 2006 à 18:28

  14. clic a dit :

    Pour dire les choses plus rapidement: je crois que nous avions d’excellentes raisons pour critiquer les réactions aux caricatures. Car il vaut mieux une liberté mal défendue en occident que pas de liberté du tout dans les pays de loi religieuse (pour voir en quoi je crois que nous avons mal défendu la liberté d’opinion, voir le billet sur mon blog). Mais je crois que le drame est là que nous avons toujours des bonnes raisons pour nous justifier de comportements qui ne manqueraient pas d’être reçues comme du mépris par des gens comme Zlabia. Car effectivement, les sociétés occidentales sont indéniablement mille fois plus démocratiques que les sociétés du maghreb ou “du sud”. Je ne le remets pas en doute. Et évidemment, je condamne tous les mouvements violents des sociétés musulmanes et des fanatiques musulmans. Mais on peut aussi critiquer les réactions européennes qui à mon avis étaient mauvaises sans que cela excuse les violences dans les pays musulmans: c’est à mon avis sur cette ligne qu’il faut essayer de se tenir. Je pense toujours que la façon dont nous avons défendu ces caricatures relevait d’une conception caricaturale de la liberté d’opinion, je comprends que cela suscite des réactions tel que le texte de Zlabia (qu’il vaut mieux essayer de comprendre même dans ses errements, dans la mesure ou, si Zlabia n’utilise pas le moyen législatif, ce que certains musulmans ont fait, au moins elle utilise le discours, ce qui signifie qu’elle se considère comme participant avec nous d’un même univers, celui de la raison, du débat, des idées et non celui de la violence) et d’ailleurs, je comprends votre réaction aussi. Mais je trouve qu’en disant “liberté d’expression” nous avions tendance à mettre fin à cette discussion (puisque la liberté d’expression ne se discute pas) au lieu de la continuer et de comprendre, non pas les violences, mais ces discours ou quand même, il n’est pas difficile d’être grand clair pour sentir, certes une certaine tendance à la victimisation, mais également une certaine amertume et le sentiment d’être méprisé…
    Comme d’habitude, j’ai fait trop long… désolé

    Vendredi 21 avr 2006 à 18:36

  15. clic a dit :

    cette fois, c’est la réponse…
    j’ai beau ergotter, je ne connais pas très bien, en réalité, ces questions théologiques, et je suis d’accord avec vous sur certains changements que le protestantisme a permis. Ceci dit, je suis trop attaché à la liberté d’opinion pour refuser aux Eglises la liberté de prendre position dans l’espace public. Là encore il faut revenir à la particularité historique de la France du XVIII “fille aînée de l’Eglise”.
    L’Eglise était religion d’Etat, elle s’occupait de l’enseignement. La laïcité a consisté à dire: l’enseignement ne sera pas religieux, nous allons former des individus raisonnables. Et pour cela, il a fallut être intransigeant, car l’Eglise, comme corps politique, refusait de lâcher son monopole intellectuel et son poids sur l’enseignement.
    Mais qu’un individu puisse EN RAISON (comme je ne peux pas écrire en gras ou en italique, désolé d’utiliser les majuscules qui font un peu aggressif) décider de se reconnaître dans un discours religieux, c’est quelque chose qui me semble absolument impossible à refuser. Du coup, je suis favorable aux prises de paroles des religieux dans l’espace public, par contre, ce qui est essentiel, c’est que LES REGLES qui organisent le débat public soient neutres. Ces règles sont simples: les individus débattent devant la raison qui est universelle, leurs “temps de parole”, ou plutôt leurs accès à la parole, les types d’arguments utilisés, ne peuvent relever d’une tradition. Mais on ne doit pas, on tout cas, je ne comprends pas au nom de quoi, on peut empêcher des opinions religieux de s’exprimer…

    Vendredi 21 avr 2006 à 18:48

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