Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Archive du mois de avril 2006

Dimanche 30 avril 2006

Les circonstances exceptionnelles

Posté dans Droit administratif par groM

Dans un billet prĂ©cĂ©dent, relatif Ă  l’arrĂȘtĂ© municipal de Montfermeil, j’Ă©cartai d’un trait de plume un peu rapide la possibilitĂ© pour le maire de se prĂ©valoir de circonstances exceptionnelles au sens de la jurisprudence du Conseil d’Etat pour justifier l’atteinte grave aux libertĂ©s que met en oeuvre son arrĂȘtĂ©. Un petit dĂ©tour dans le GAJA permet de confirmer cette position, notamment la note publiĂ©e sous le n°33, relative Ă  l’arrĂȘt du 28 juin 1918 du Conseil d’Etat, HeyriĂšs.

Pour rĂ©sumer, pour que la thĂ©orie des circonstances exceptionnelles s’applique, il faut la conjonction de quatre Ă©lĂ©ments:

  • la survenance d’Ă©vĂšnements graves et imprĂ©vus. On observera que ce cas se distingue Ă  la fois de la situation d’urgence et de la situation de force majeure:
    • La situation d’urgence est celle oĂč un pĂ©ril immĂ©diat justifie le recours Ă  des mesures qui pourraient par ailleurs ĂȘtre illĂ©gales; alors que dans les circonstances exceptionnelles, le pĂ©ril n’a pas Ă  ĂȘtre immĂ©diat. C’est ainsi que l’administration pourrait procĂ©der manu militari Ă  des rĂ©quisitions de vivres en temps de guerre, sans accord prĂ©alable des propriĂ©taires de ces vivres, et alors mĂȘme qu’il serait difficile de soutenir que les populations qui vont bĂ©nĂ©ficier de ces rĂ©quisitions courrent le pĂ©ril imminent de mourir de faim.
    • La situation de force majeure est celle oĂč la survenance de circonstances imprĂ©visibles, insurmontables et indĂ©pendantes de la volontĂ© des acteurs concernĂ©s leur permet de s’exhonĂ©rer de leurs obligations. Lorsqu’il dĂ©clare la guerre et dĂ©termine donc par sa propre action l’entrĂ©e dans des circonstances exceptionnelles, l’Etat est bien en peine d’arguer qu’il n’y est pour rien.

    Dans le cas de Montfermeil, si on admet les chiffres du maire (dont on attend cependant une confirmation un peu plus scientifique que les affirmations martiales d’un Ă©lu en mal de notoriĂ©tĂ©), il est indĂ©niable que la situation est “grave”. Est-elle “imprĂ©visible” ? Il est dĂ©licat de rĂ©pondre Ă  cette question, faute d’une Ă©tude attentive des informations disponibles. Les Ă©meutes de novembre, le caractĂšre continu de la dĂ©gradation rendent toutefois ce caractĂšre imprĂ©visible douteux.

  • L’impossibilitĂ© d’agir dans le cadre de la lĂ©galitĂ© ordinaire. Le maire aurait pu prendre des arrĂȘtĂ©s restreignants la circulation des mineurs le soir; il aurait pu Ă©galement embaucher des policiers municipaux supplĂ©mentaires pour assurer la surveillance de la ville; il aurait pu Ă©galement mettre en place un systĂšme de vidĂ©o-surveillance; tout cela sans prĂ©judice des mesures que mon ignorance m’empĂȘche de citer. Difficile donc de soutenir que le maire Ă©tait dĂ©sarmĂ© et a dĂ» recourir Ă  des mesures exceptionnelles faute de mieux.
  • La persistance des circonstances exceptionnelles Ă  la date de l’acte litigieux. Il s’agit ici d’Ă©viter que des mesures prises lors des circonstances exceptionnelles puissent former la base d’actes pris en dehors de ces mĂȘmes circonstances exceptionnelles, lorsque le retour Ă  la lĂ©galitĂ© de droit commun est garanti.
  • Le caractĂšre d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral de l’action effectuĂ©e. Il faut que l’action litigieuse ait eu pour but l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, et ne soit pas dĂ©pourvue de relation avec les circonstances exceptionelles considĂ©rĂ©es. L’autoritĂ© administrative ne dipose pas d’un blanc-seing du seul fait de l’existence de ces circonstances.

On le voit, la thĂ©orie des circonstances exceptionnelles est relativement bien encadrĂ©e et peut difficilement trouver Ă  s’appliquer dans les circonstances de l’espĂšce.

Mercredi 26 avril 2006

Montfermeil: le MJS dépose un recours

Posté dans Droits de l'homme, Droit administratif par groM

Le Mouvement des Jeunes Socialistes dĂ©pose un recours pour excĂšs de pouvoir contre l’arrĂȘtĂ© municipal qui interdit la circulation des groupes de plus de trois jeunes de 15 Ă  18 ans au centre-ville de Montfermeil.

La libertĂ© de rĂ©union, la libertĂ© d’aller et venir et la libertĂ© d’expression sont d’un coup de plume balayĂ©es alors mĂȘme que cette dĂ©cision n’a fait l’objet d’aucune dĂ©libĂ©ration en conseil municipal” dĂ©clare le communiquĂ© du mouvement. J’espĂšre pour eux que la non-consultation du Conseil Municipal ne fait pas l’objet d’un grief particulier dans leur recours, puisque cet arrĂȘtĂ© est pris au titre des pouvoirs de police, qui sont de la compĂ©tence du seul maire (CE 24 juill. 1934, Souillac).

Nous allons donc bientĂŽt savoir si l’argumentation dĂ©veloppĂ©e dans un billet prĂ©cĂ©dent est suivie par le Tribunal Administratif de Cergy.

Lundi 24 avril 2006

Montfermeil: R.E.P. et R.I.P.

Posté dans Droits de l'homme, Droit administratif par groM

J’Ă©voquais dans un billet prĂ©cĂ©dent un arrĂȘtĂ© municipal pris par le maire de Montfermeil (Vous noterez que j’ai rĂ©sistĂ© Ă  la tentation de coller au substantif “arrĂȘtĂ©” un adjectif peu flatteur mais, pour paraphraser certains lieu-communards, nous faisons du droit, pas de la littĂ©rature). Examinons donc l’arrĂȘtĂ© en question dans la perspective d’un recours pour excĂšs de pouvoir. Nous laisserons de cotĂ© les autres possibilitĂ©s pour attaquer cet acte: le rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ©, le dĂ©fĂ©rĂ© prefectoral ou l’exception d’illĂ©galitĂ© devant le tribunal de police. La suite

Lundi 24 avril 2006

Le prix du jour

Posté dans Droits de l'homme, Droit administratif par groM

Le prix du scandale juridique du jour est attribuĂ© sans hĂ©sitation Ă  M. Xavier Lemoine, maire de Montfermeil, pour son arrĂȘtĂ© interdisant au “jeunes” de 15 Ă  18 ans de se dĂ©placer Ă  tout heure du jour et de la nuit dans le centre-ville de sa commune.

EspĂ©rons que cet arrĂȘtĂ© ignoble fera rapidement l’objet d’un recours pour excĂšs de pouvoir (ou d’un rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© ?) devant le tribunal administratif. La course Ă©lectorale pour 2008 prend dĂ©cidemment des accents bien poujadistes.

Un prochain billet devrait suivre ce soir sur les raisons qui devraient pousser le tribunal administratif Ă  annuler ou suspendre l’acte en question.

Dimanche 23 avril 2006

Les langues régionales

“LANNION, LANNUON 32 km”, “GUINGAMP, GWENGAMP 17km”: n’ayant pas mis les pieds en CĂŽtes-du-Nord - pardon, en CĂŽtes-d’Armor - depuis longtemps, j’ai Ă©tĂ© assez surpris de voir fleurir dans cette rĂ©gion les panneaux billingues Français-Breton, en particulier autour de Lannion. Avec en prime le sentiment d’ĂȘtre un peu Ă  l’Ă©tranger, puisque les doubles indications m’ont rappelĂ© la Belgique. Sentiment d’absurditĂ© Ă©galement, puisque nous n’avons pas croisĂ© un seul locuteur Breton durant notre sĂ©jour. Ces panneaux routiers m’ont en tout cas donnĂ© envie de m’intĂ©resser au statut juridique des langues rĂ©gionales. On commence donc ici avec les aspects constitutionnels et conventionnels; de prochains billets traiterons des autres aspects.

Quand Ă  l’inscription en langue rĂ©gionale sur les panneaux routiers (en particulier les panneaux d’entrĂ©e et de sortie d’agglomĂ©ration, rĂ©fĂ©rence EB10 et EB20), le texte d’autoritĂ© semble ĂȘtre une lettre circulaire de 1979 publiĂ©e au bulletin officiel du ministĂšre chargĂ© de l’Ă©quipement. Malheureusement, l’Ă©dification de nos bons lecteurs s’arrĂȘtera lĂ , puisque ce texte est introuvable en ligne, et que les informations glĂąnĂ©es sur Internet sont discordantes, certaines sources faisant Ă©tat d’une autorisation, d’autres d’une interdiction de cette pratique. La suite

Mardi 18 avril 2006

Âge canonique

Posté dans Autres par groM

Un court billet pour m’excuser auprĂšs de “mes bons lecteurs”, pour reprendre le terme de Jules, de mon inactivitĂ© rĂ©cente. Une semaine de vacances en Bretagne l’explique, mais devrait en contrepartie fournir la matiĂšre Ă  un prochain billet sur les langues rĂ©gionales.

A part ça, j’ai atteint aujourd’hui les deux derniĂšres conditions qui me manquaient pour ĂȘtre Ă©ligible aux sĂ©natoriales, Ă  savoir l’Ăąge de 30 ans rĂ©volus et la possession d’un joli costume, cadeau de Madame GroM et de Maman GroM, pour bien passer au journal rĂ©gional. Qu’elles en soient remerciĂ©es.

Dimanche 9 avril 2006

Consommation en bande organisée

Posté dans Droit civil, Droit privĂ© par groM

Ecartons-nous quelques instants de la cĂ©rĂ©monie d’enterrement du CPE pour nous intĂ©resser Ă  un sujet passionant, celui des Class Actions, au sujet duquel le SĂ©nat a rĂ©cemment publiĂ© un rapport trĂšs intĂ©ressant mais bien peu consensuel.

Tout le monde a entendu parler de ces procĂ©dure introduites dans le droit amĂ©ricain en 1966 qui permettent de regrouper, souvent face Ă  une entreprise, plusieurs milliers de plaignants dans une unique action du droit de la consommation, de la santĂ© ou de l’environement, et qui peuvent parfois aboutir Ă  des dommage-intĂ©rĂȘts spectaculaires. Tout le monde a Ă©galement entendu parler des dĂ©rives de ce systĂšme aux Etats-Unis, oĂč certains cabinets d’avocat se sont fait une spĂ©cialitĂ© de ce type d’actions et en vivent largement, parfois au dĂ©triment des plaignants. Pour ceux qui n’en ont pas entendu parler, le film culte est Erin Brokowitch. La suite

Mardi 4 avril 2006

La VÚme République et demi

Posté dans Droit constitutionnel, CPE par groM

Le Parlement écarté,
Le Conseil Constitutionnel et le Conseil d’Etat ignorĂ©s,
Le Président de la République promulgue la loi Constitutionnelle dont la teneur suit:

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Lundi 3 avril 2006

Et les ordonnances de Mitterrand ?

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Je dois avouer que je suis surpris qu’aucun constitutionnaliste avisĂ© ne m’ait jetĂ©, en rĂ©ponse au billet prĂ©cĂ©dent, une phrase perfide du style “Suspendre une loi promulguĂ©e, c’est pas pire que de refuser de signer une ordonnance“, en rĂ©fĂ©rence au refus du PrĂ©sident Mitterrand de signer, en 1986, certaines des ordonnances Ă©dictĂ©es par le gouvernement Chirac.
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