Créativité constitutionnelle (suite)
Lu dans le Monde: “M. Chirac n’a-t-il pas, lui-mĂȘme, prĂ©fĂ©rĂ© Ă©viter au premier ministre de mesurer son crĂ©dit auprĂšs des dĂ©putĂ©s de l’UMP en lui refusant l’autorisation d’engager la responsabilitĂ© du gouvernement ?”
Lu dans la constitution, Ă l’article 49: “Le Premier Ministre, aprĂšs dĂ©libĂ©ration du Conseil des Ministres, engage devant l’AssemblĂ©e Nationale la responsabilitĂ© du Gouvernement sur son programme ou Ă©ventuellement sur une dĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale. […] Le Premier Ministre peut, aprĂšs dĂ©libĂ©ration du Conseil des Ministres, engager la responsabilitĂ© du Gouvernement devant l’AssemblĂ©e Nationale sur le vote d’un texte.”
Lu dans le TLFI: “DĂLIBĂRER, verbe trans. A. Examiner, peser tous les Ă©lĂ©ments d’une question avec d’autres personnes, ou Ă©ventuellement en soi-mĂȘme, avant de prendre une dĂ©cision, pour arriver Ă une conclusion.”
OĂč il est confirmĂ© que l’opinion du Premier Ministre pĂšse bien peu face Ă celle du PrĂ©sident de la RĂ©publique.
authueil a dit :
Et c’est une surprise pour toi ? C’est dans la parfaite logique de l’application politique des textes. On les utilise quand cela arrange, autrement, on laisse faire les rapports de force.
D’ailleurs valait mieux pas qu’il y ait vote de confiance ! Je n’ose pas imaginer.
Mardi 16 mai 2006 à 19:28
Zoopol a dit :
Oh! Un naĂŻf constitutionnel!
Mardi 16 mai 2006 à 20:14
George a dit :
Je peut ĂȘtre d’accord avec vos rapprochements , mais deux remarques :
1/ le journaliste du Monde dans son analyse prĂ©cĂšde Ă mon avis toute dĂ©libĂ©ration en conseil des ministres. Galouzeau a pu Ă©voquer le sujet avec Chirac et c’est ce point que retranscris, je pense, le journaliste. Je doute que ce point ait Ă©tĂ© mis Ă l’ordre du jour du conseil ;
2/ effectivement c’est le prĂ©sident qui dirige le conseil des ministres mais dĂ©libĂ©ration ne signifie pas nĂ©cessairement qu’il appartient au PrĂ©sident de prendre la dĂ©cision (cf. les cas de cohabitation). Je vous accorderai que Galouzeau ne ferait rien sans accord de Chirac…
Votre point de vue est peut-ĂȘtre valable dans le cas Chirac / Villepin mais pas pour toutes les situations de PrĂ©sident/Premier ministre.
GL
Mardi 16 mai 2006 à 20:36
groM a dit :
Oui, je suis un faux naĂŻf, et je comprends bien que l’autorisation dont il s’agit ici n’a rien de formelle. Je comprends bien aussi que ce type de rapport de forces (oĂč le prĂ©sident a sans doute la lettre de dĂ©mission du Premier Ministre signĂ©e dans son tiroir) ne pourrait avoir lieu en pĂ©riode de cohabitation. Il demeure que le rĂŽle de Premier Ministre est bien ingrat, oĂč l’on ne peut mĂȘme choisir sa propre fin.
Mardi 16 mai 2006 à 21:18
George a dit :
D’accord avec vous sur cette ingratitude (cf. Jospin en 2002 et plus gĂ©nĂ©ralement le fait qu’aucun premier ministre n’a dans la foulĂ©e remportĂ© la compĂ©tition prĂ©sidentielle) mais croyez vous que Villepin continue vraiment malgrĂ© lui et pour le seul bĂ©nĂ©fice d’un Chirac ? J’aurais tendance Ă croire pour ma part mais peut-ĂȘtre faussement que Villepin se sent investi d’une mission d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral pour la France (au sens gaullo-Ă©narquien), comme il n’a eu de cesse de le rĂ©pĂ©ter (Ă force il doit en ĂȘtre convaincu), et qu’il souhaite la remplir coĂ»te que coĂ»te et quoi qu’il lui pleuve sur la tĂȘte (cf. ses propos sur une annĂ©e prĂ©-Ă©lectorale utile et son positionnement au moment du CPE)
Car Chirac pouvait laisser partir son “fidĂšle” Dominique, nommer Sarkozy et mettre ce dernier Ă l’Ă©preuve avant le choc des titans (avec un petit t) de 2007. Mais il semble prĂ©fĂ©rer la cristallisation des positions.
Mardi 16 mai 2006 à 21:47
groM a dit :
Ce n’est pas forcĂ©ment contradictoire en fait: se sentant investi de cette mission sacrĂ©e, Villepin trouverait un rĂ©confort personnel et politique dans un vote de confiance de l’AssemblĂ©e. Lui refuser cela, ne serait-ce pas un moyen de l’affaiblir encore et de donc mĂ©nager un autre avenir au Chiraquisme ?
Je sais pas s’il est tard et que je fatigue ou bien si l’Ă©poque est vraiment propice aux fusĂ©es Ă plusieurs Ă©tages. Ce qui est sĂ»r, c’est que la lisibilitĂ© du monde politique devient mĂ©diocre par les temps qui courent.
Mardi 16 mai 2006 à 21:54
brigetoun a dit :
est ce la lisibilité qui devient médiocre ?
Mardi 16 mai 2006 à 22:00
groM a dit :
Oui, celle de mes commentaires aussi, manifestement
Mardi 16 mai 2006 à 22:08
George a dit :
oui il ne le prie pas de quitter la maison mais le punit en l’empĂȘchant d’aller saluer sa mĂšre nourissiĂšre avant d’aller se coucher l’annĂ©e prochaine, en quelque sorte.
Mais Villepin n’a Ă mon sens jamais Ă©tĂ© l’hĂ©ritier crĂ©dible du chiraquisme. Il ne l’a affublĂ© partiellement et tardivement de cette qualitĂ© que par dĂ©faut de JuppĂ©, lui-mĂȘme suite Ă la “trahison” de Sarkozy. N’oublions pas que la capacitĂ© d’entrainement (sans parler de l’absence de lĂ©gitimitĂ© de Villepin) des plus proches collaborateurs de Jacques Chirac n’a jamais Ă©tĂ© trĂšs vive chez les membres du RPR.
Le chiraquisme meurt de sa perte de fonction : l’accession au pouvoir.
Mardi 16 mai 2006 à 23:03