Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Archive du mois de septembre 2006

Vendredi 29 septembre 2006

10ème Chambre

Posté dans Autres, Droit pĂ©nal par groM

Hier Ă©tait diffusĂ© 10ème Chambre, instants d’audience, un documentaire de Raymond Depardon qui prĂ©sente le quotidien d’une des chambres correctionnelles du TGI de Paris. Je ne m’Ă©tendrai pas sur la manière dont Depardon a obtenu le droit de filmer: au regard du droit positif, ce film est une bizarrerie.

Si ce document est assez agrĂ©able - sentiment Ă©trange s’agissant de violences conjugales, de port d’armes prohibĂ©es ou bien de conduite en Ă©tat d’ivresse, on le doit sans doute Ă  la sĂ©lection faite des prĂ©venus. Entre ceux qui dĂ©tonnent et ceux qui touchent, peu laissent indiffĂ©rents, d’autant que les dĂ©bats mettent particulièrement bien en lumière leur personnalitĂ©.

A vrai dire, c’est lĂ  une diffĂ©rence notable avec les audiences correctionnelles auxquelles j’ai pu assister, oĂą les mĂŞmes faits sont souvent expĂ©diĂ©s bien plus rapidement, oĂą les prĂ©venus sont souvent beaucoup moins bavards, oĂą les rĂ©quisitions du ministère public sont moins pĂ©dagogiques, et oĂą les juges passent moins de temps Ă  Ă©couter les prĂ©venus ou les victimes.

Que l’on me comprenne bien: je ne dis pas que les gens de justice sont d’affreux cabots qui fignolent le travail devant les camĂ©ras pour mieux l’expĂ©dier lorsqu’elles sont Ă©teintes. Non, mon impression est que leur approche est ici clairement pĂ©dagogique. Profitant de la prĂ©sence inhabituelle de la camĂ©ra, ils veulent montrer le fonctionnement de la justice pĂ©nale Ă  tous, et dĂ©ploient pour cela un effort particulier.

Est-ce que je peux m’approcher Madame le juge ? J’ai quelque chose Ă  vous dire …
- Non, je prĂ©fèrerai pas. L’audience est publique et Mme le procureur de la RĂ©publique doit entendre tout ce que vous dites
- Alors je préfère pas.

Plus que le parquet, c’est bien la sociĂ©tĂ© tout entière qui doit entendre ce qui se passe dans les tribunaux. 10ème Chambre est un premier pas.

Mercredi 27 septembre 2006

Saine lecture, mauvais programme

Posté dans Autres, Politique par groM

Je viens de relire The illustrated history of Copyright de Edward Samuels. Un excellent ouvrage sur le droit amĂ©ricain du copyight, pas très technique mais rigolo. Un commentateur demandait rĂ©cemment comment on en Ă©tait arrivĂ© Ă  une durĂ©e de protection de 70 ans après la mort de l’auteur: la rĂ©ponse est dans le livre.

Par ailleurs, pendant que d’autres accomplissent des libations en passe de devenir rituelles, je suis en train de regarder d’un oeil morne Etat de Grâce, le tĂ©lĂ©film qui met en scène une femme prĂ©sidente de la RĂ©publique. Je ne peux m’empĂŞcher de ressentir un malaise, tant cela est cousu de fil blanc pour SĂ©golène Royal. Mais cela n’a, paraĂ®t-il, rien Ă  voir.

En attendant, si on gagne les élections avec la télé, on peut toujours perdre sa crédibilité en piétinant le droit, ou ses nerfs en piétinant les commissaires séquanodyonisiens.

Vendredi 22 septembre 2006

Légifrance, trop cher !

Posté dans Autres par groM

Je vais commencer par vous parler d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, un temps où le bizutage n’avait pas fait son entrée par la grande porte dans le code pénal, un temps où il était loisible à des troupeaux d’étudiants de parcourir le quartier Latin sous la direction, suivant la filière considérée, de carrés, de cubes, de trois-demis ou de tout autre fraction de taupin d’une valeur supérieure à 1.

En cette époque bénie, donc, nous autres bizuts fûmes conduit, sous les acclamations et des produits organiques divers, devant une célèbre librairie du Boulevard Saint-Michel dont je tairai le nom, où nous fûmes invités à crier de concert : « Gibert, trop cher ! ». La suite

Vendredi 22 septembre 2006

CNE: mais Ă  quel jeu joue le gouvernement ?

Posté dans Politique, ActualitĂ© du droit, CPE par groM

FrĂ©dĂ©ric Rolin se faisait rĂ©cemment l’Ă©cho du dĂ©clinatoire de compĂ©tence que le PrĂ©fet de l’Essonne a soumis Ă  la Cour d’Appel de Paris dans l’affaire du jugement du tribunal des Prud’hommes de Longjumeau. Rappelons-le, ce jugement dĂ©clarait le CNE contraire Ă  la convention n°158 de l’OIT, position opposĂ©e Ă  celle du Conseil d’Etat. Le gouvernement avait donc tout intĂ©rĂŞt Ă  confier l’affaire Ă  la juridiction administrative pour confirmer la validitĂ© du CNE par rapport Ă  la convention, et c’est donc logiquement sur instruction directe du ministre de l’emploi qu’a agi le prĂ©fet.

Aujourd’hui, la Cour d’Appel de Paris examinait la question et, surprise, le Parquet s’est prononcĂ© pour la compĂ©tence de l’ordre judiciaire.

Je dois avouer mon incomprĂ©hension. Le Parquet, on le sait, est subordonnĂ© hiĂ©rarchiquement au Garde des sceaux, membre du mĂŞme gouvernement que le ministre de l’emploi, et peut obĂ©ir Ă  ses instructions. Soit qu’il ait reçu une instruction dans ce sens, soit qu’il n’en ait pas reçu, on se retrouve avec deux branches du mĂŞme gouvernement qui, sur une question de droit et une question de politique importantes, prennent deux positions diffĂ©rentes et contradictoires.

Il y a lĂ  peut-ĂŞtre quelque subtile manoeuvre, mais l’intĂ©rĂŞt de la chose m’Ă©chappe, et je ne trouve pas que l’Etat en sorte grandi.

Mardi 19 septembre 2006

La citation du jour

Posté dans Citations par groM

Le dĂ©partement, c’est vrai, sĂ©duit peu les fonctionnaires.” (Le Monde, Ă  propos des fonctionnaires de police en Seine-Saint-Denis)

Et la sĂ©duction Dyonisequenoise qu’en faites-vous, bande d’ingrats ?

(Edit du 20 Septembre: correction d’un adjectif un peu hasardeux, par un autre, aussi hasardeux)

Mardi 19 septembre 2006

Le combat est encore long

Posté dans Politique, Droit pĂ©nal par groM

Il y a 25 ans, Robert Badinter demandait Ă  l’AssemblĂ©e Nationale d’abolir la peine de mort en France, accomplissant ainsi une promesse de campagne dont certains avaient prĂ©dit qu’elle couterait la victoire Ă  François Mitterrand.

Il en finissait ainsi avec ces petits matins blĂŞmes qu’il avait trop bien connus, ces derniers verres de rhum, ces seaux d’eau jetĂ©s sur le pavĂ© pour enlever les traces de sang de la violence d’Etat.

A cette occasion, nous avons eu Ă©videmment droit Ă  la traditionnelle interview de Robert Badinter sur TF1. Si j’ai toujours plaisir Ă  l’entendre raconter son combat, les pĂ©ripĂ©ties en sont maintenant bien connues et cette interview a, comme disent les journalistes, un petit goĂ»t de marronnier.

Cette annĂ©e toutefois, je perçois un changement dans le traitement mĂ©diatique de la peine de mort. Pour la première fois, les mĂ©dias m’ont semblĂ© la tenir pour acquise, et mettre en Ă©vidence les statistiques qui plaident en sa faveur, comme la diminution d’un facteur 2 du taux d’homicide dans les pays abolitionnistes comme la France, le Canada ou la Belgique. Nous n’avons pas eu droit aux hystĂ©riques qui veulent la rĂ©tablir “pour les meurtiers d’enfants, bien sĂ»r”.

Mais le combat est encore long. En IndonĂ©sie, trois paysans vont bientĂ´t ĂŞtre exĂ©cutĂ©s. Un exemple, parmi tant d’autres, en Arabie Saoudite, en Chine, en Lybie, aux Etats-Unis, qui montre comment la peine de mort est instrumentalisĂ©e Ă  des fins politiques.

Lundi 11 septembre 2006

Dure, dure, la durée

Posté dans Droit civil, Droit privĂ© par groM

Nous continuons notre série de billets sur le droit d’auteur avec une courte note sur la problématique de la durée du droit d’auteur.

En France, la durĂ©e pendant laquelle une Ĺ“uvre de l’esprit est protĂ©gĂ©e, c’est-Ă -dire la pĂ©riode au cours de laquelle l’auteur ou ses descendants disposent d’un monopole d’exploitation, est celle du vivant de l’auteur, Ă  laquelle s’ajoute soixante dix annĂ©es. Elle est fixĂ©e par l’article L. 123-1 du code de la propriĂ©tĂ© intellectuelle.

Si un auteur rédige un livre à 30 ans, et a le bon goût de mourir à 80, son œuvre est donc protégée pour une durée totale de 120 ans. Sur ces 120 ans, 50 bénéficieront à l’auteur, et 70 – 20 ans de plus – bénéficieront à ses ayants-droit. Et ces ayants-droit pourront être nombreux : avec une espérance de vie de 80 ans et un écart entre les générations de 30 ans, ce sont bien 3 générations qui profiteront successivement de la rente du glorieux aïeul.

La constitution des Etats-Unis résume assez bien l’équilibre à trouver entre d’une part les intérêts de l’auteur, et d’autre part l’intérêt du public : « To promote the Progress of Science and useful Arts, by securing for limited Times to Authors and Inventors the exclusive Right to their respective Writings and Discoveries »

Notre droit d’auteur lui oublie cet équilibre, et en voulant protéger les auteurs, il crée une forte incitation à la non-création. L’auteur d’une œuvre réussie n’a aucune intérêt matériel à en créer de nouvelle : il est assuré de jouir, pour le restant de son existence, des fruits de l’exploitation de ses travaux antérieurs. Les héritiers sont tout autant « désincités », puisqu’ils profitent même des fruits des travaux des autres. Est ainsi créée une trappe à stérilité pour les auteurs à succès et leurs descendants.

Encore pourrait-on justifier une telle durée si l’exploitation des œuvres artistiques nécessitait de gros investissements. Mais, comparée à des industries comme la chimie ou l’industrie du médicament, qui rappelons-le, sont protégées principalement par des brevets d’une durée bien inférieure (20 ans), les investissements nécessaires pour publier un livre ou disque sont dérisoires. En 120 ans, on ose espérer qu’ils seront rentabilisés ! Dans la pratique, je soupçonne même que l’essentiel des bénéfices d’une œuvre soit, sauf cas de celles qui deviennent des « classiques », essentiellement tirés dans la période qui suit immédiatement la première parution.

Pour que le droit d’auteur retrouve la fonction d’encouragement qui est la sienne tout en permettant aux auteurs de vivre de leur œuvre, pour qu’il ne serve pas à légitimer des rentes de situation pour les industries du divertissement, il est donc impératif de raccourcir la durée de la protection et de l’attacher non pas à la personne de l’auteur mais à l’œuvre.

Vendredi 8 septembre 2006

Le domaine public en matière de droit d’auteur

Posté dans Droit civil, Droit privĂ© par groM

Nous allons ici nous intĂ©resser au domaine public au sens du droit de la propriĂ©tĂ© intellectuelle. Bizarrement, si ce terme fait l’objet d’une consĂ©cration assez large, comme en tĂ©moignent les nombreux arrĂŞts de la Cour de Cassation qui l’utilisent en la matière, il n’est dĂ©fini nulle part dans le code de la propriĂ©tĂ© intellectuelle. Tout au plus celui-ci y fait-il rĂ©fĂ©rence de manière incidente Ă  deux reprises, ici et lĂ . Nous allons donc d’abord le dĂ©finir, avant de voir s’il est possible pour un auteur de mettre de sa propre initiative ses oeuvres dans le domaine public; question intĂ©ressante, notamment pour les commentateurs de Laurent Guerby. La suite

Dimanche 3 septembre 2006

C’est la rentrĂ©e !

Posté dans Autres par groM

Après une longue pĂ©riode de silence, dĂ»e Ă  la pĂ©riode estivale et Ă  des obligations professionnelles, c’est de nouveau la rentrĂ©e. Je vais dĂ©cevoir mes fidèles lecteurs: il est peu probable que je sois très actif dans les jours qui viennent, du fait de nouvelles obligations professionnelles. Cependant, je vous mĂ©dite un petit article sur le domaine public dans le droit d’auteur qui ne devrait pas tarder.

Par ailleurs, c’est bientĂ´t le moment de se rĂ©inscrire Ă  la fac. Après une annĂ©e sabbatique bien employĂ©e Ă  pouponner, je ne dĂ©sespère pas de passer enfin ma deuxième annĂ©e de licence, au CAVEJ bien entendu. Le CAVEJ est le Centre AudioVisuel d’Etudes Juridiques de l’UniversitĂ© Paris I. Il permet Ă  toutes celles et Ă  tous ceux qui ne peuvent suivre le rĂ©gime prĂ©sentiel de faire des Ă©tudes de droit par correspondance, au moyen de cours imprimĂ©s et de CD audio/MP3. Il existe aussi des “confĂ©rences de mĂ©thode” pour voir (1) la tĂŞte des profs (2) voir la tĂŞte de ses condisciples et (3) poser des questions sur ce qu’on a pas compris.

Les cours sont, je trouve, d’un bon niveau. L’ambiance entre Ă©tudiants, sans doute du fait de l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© du recrutement, est très sympathique. Avis aux amateurs.