10ème Chambre
Hier Ă©tait diffusĂ© 10ème Chambre, instants d’audience, un documentaire de Raymond Depardon qui prĂ©sente le quotidien d’une des chambres correctionnelles du TGI de Paris. Je ne m’Ă©tendrai pas sur la manière dont Depardon a obtenu le droit de filmer: au regard du droit positif, ce film est une bizarrerie.
Si ce document est assez agrĂ©able - sentiment Ă©trange s’agissant de violences conjugales, de port d’armes prohibĂ©es ou bien de conduite en Ă©tat d’ivresse, on le doit sans doute Ă la sĂ©lection faite des prĂ©venus. Entre ceux qui dĂ©tonnent et ceux qui touchent, peu laissent indiffĂ©rents, d’autant que les dĂ©bats mettent particulièrement bien en lumière leur personnalitĂ©.
A vrai dire, c’est lĂ une diffĂ©rence notable avec les audiences correctionnelles auxquelles j’ai pu assister, oĂą les mĂŞmes faits sont souvent expĂ©diĂ©s bien plus rapidement, oĂą les prĂ©venus sont souvent beaucoup moins bavards, oĂą les rĂ©quisitions du ministère public sont moins pĂ©dagogiques, et oĂą les juges passent moins de temps Ă Ă©couter les prĂ©venus ou les victimes.
Que l’on me comprenne bien: je ne dis pas que les gens de justice sont d’affreux cabots qui fignolent le travail devant les camĂ©ras pour mieux l’expĂ©dier lorsqu’elles sont Ă©teintes. Non, mon impression est que leur approche est ici clairement pĂ©dagogique. Profitant de la prĂ©sence inhabituelle de la camĂ©ra, ils veulent montrer le fonctionnement de la justice pĂ©nale Ă tous, et dĂ©ploient pour cela un effort particulier.
“Est-ce que je peux m’approcher Madame le juge ? J’ai quelque chose Ă vous dire …
- Non, je prĂ©fèrerai pas. L’audience est publique et Mme le procureur de la RĂ©publique doit entendre tout ce que vous dites
- Alors je prĂ©fère pas.”
Plus que le parquet, c’est bien la sociĂ©tĂ© tout entière qui doit entendre ce qui se passe dans les tribunaux. 10ème Chambre est un premier pas.