Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Lundi 11 septembre 2006

Dure, dure, la durée

Posté dans Droit civil, Droit privĂ© par groM

Nous continuons notre série de billets sur le droit d’auteur avec une courte note sur la problématique de la durée du droit d’auteur.

En France, la durĂ©e pendant laquelle une Ĺ“uvre de l’esprit est protĂ©gĂ©e, c’est-Ă -dire la pĂ©riode au cours de laquelle l’auteur ou ses descendants disposent d’un monopole d’exploitation, est celle du vivant de l’auteur, Ă  laquelle s’ajoute soixante dix annĂ©es. Elle est fixĂ©e par l’article L. 123-1 du code de la propriĂ©tĂ© intellectuelle.

Si un auteur rédige un livre à 30 ans, et a le bon goût de mourir à 80, son œuvre est donc protégée pour une durée totale de 120 ans. Sur ces 120 ans, 50 bénéficieront à l’auteur, et 70 – 20 ans de plus – bénéficieront à ses ayants-droit. Et ces ayants-droit pourront être nombreux : avec une espérance de vie de 80 ans et un écart entre les générations de 30 ans, ce sont bien 3 générations qui profiteront successivement de la rente du glorieux aïeul.

La constitution des Etats-Unis résume assez bien l’équilibre à trouver entre d’une part les intérêts de l’auteur, et d’autre part l’intérêt du public : « To promote the Progress of Science and useful Arts, by securing for limited Times to Authors and Inventors the exclusive Right to their respective Writings and Discoveries »

Notre droit d’auteur lui oublie cet équilibre, et en voulant protéger les auteurs, il crée une forte incitation à la non-création. L’auteur d’une œuvre réussie n’a aucune intérêt matériel à en créer de nouvelle : il est assuré de jouir, pour le restant de son existence, des fruits de l’exploitation de ses travaux antérieurs. Les héritiers sont tout autant « désincités », puisqu’ils profitent même des fruits des travaux des autres. Est ainsi créée une trappe à stérilité pour les auteurs à succès et leurs descendants.

Encore pourrait-on justifier une telle durée si l’exploitation des œuvres artistiques nécessitait de gros investissements. Mais, comparée à des industries comme la chimie ou l’industrie du médicament, qui rappelons-le, sont protégées principalement par des brevets d’une durée bien inférieure (20 ans), les investissements nécessaires pour publier un livre ou disque sont dérisoires. En 120 ans, on ose espérer qu’ils seront rentabilisés ! Dans la pratique, je soupçonne même que l’essentiel des bénéfices d’une œuvre soit, sauf cas de celles qui deviennent des « classiques », essentiellement tirés dans la période qui suit immédiatement la première parution.

Pour que le droit d’auteur retrouve la fonction d’encouragement qui est la sienne tout en permettant aux auteurs de vivre de leur œuvre, pour qu’il ne serve pas à légitimer des rentes de situation pour les industries du divertissement, il est donc impératif de raccourcir la durée de la protection et de l’attacher non pas à la personne de l’auteur mais à l’œuvre.

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24 commentaires

  1. Charles a dit :

    Merci pour cette note. Cette disposition lĂ©gislative me scandalise, elle me rend par ricochet gĂŞnĂ© par les nombreuses dispositions visant Ă  protĂ©ger le droit d’auteur, cf. dĂ©bats rĂ©cents ou moins rĂ©cents. DĂ©barrassĂ© de cette disposition des 70 ans, ce droit me semblerait bien mieux justifiĂ© Ă©conomiquement et moralement, surtout quand le droit patrimonial a Ă©tĂ© cĂ©dĂ©. Je le dĂ©fendrais avec moins d’Ă©tats d’âme.
    Savez-vous comment le législateur en est arrivé là ? Même les 50 ans précédemment en vigueur me semblaient outranciers.

    Lundi 11 sept 2006 à 22:23

  2. Denys a dit :

    Certes, mais Albert Camus, lui, est mort Ă  47 ans, laissant une veuve et des enfants. On peut perfaitement comprendre que le droit cherche Ă  protĂ©ger leur intĂ©rĂŞts, et s’aligne sur le pire cas de figure - celui d’une jeune veuve avec un enfant posthume.
    A priori, une durĂ©e de l’ordre de 50 ans peut donc largement se justifier.

    Lundi 11 sept 2006 à 23:30

  3. somni a dit :

    cette durĂ©e paraĂ®t effectivement excessive, et comme tu le dis si bien le doit d’auteur tel qu’il est sert Ă  “lĂ©gitimer des rentes de situation pour les industries du divertissement”.
    Par contre, je ne pense pas qu’on observe concrètement de “trappe Ă  stĂ©rilitĂ©”. Les auteurs Ă  succès continuent de crĂ©er des oeuvres Ă  succès (peu importe ici que ce succès soit justifiĂ© ou pas). Et bien souvent, ceux qui n’ont pas de succès, continuent misĂ©rablement Ă  ĂŞtre ignorĂ©s, bien souvent.

    Mardi 12 sept 2006 à 06:47

  4. Laurent GUERBY a dit :

    En 1790 aux USA, le copyright Ă©tait pour 14 ans, extensible une fois de 14 ans de plus (avec enregistrement de l’oeuvre pour bĂ©nĂ©ficier de la protection si je me souviens bien).

    Mardi 12 sept 2006 à 09:27

  5. groM a dit :

    @Laurent: je crois effectivement que vous avez raison.

    @somni: j’avoue, je n’ai pas rĂ©sistĂ© Ă  l’idĂ©e de faire un peu de provocation sur le sujet avec “la trappe Ă  stĂ©rilitĂ©”. Ceci dit, la raison pour laquelle je pense on n’observe pas cette trappe dans les faits, c’est que la pression de l’industrie du disque et de l’Ă©dition rend difficile le fait de vivre de son oeuvre: l’auteur n’est pas incitĂ© Ă  produire par la protection dont il est supposĂ© jouir, mais par l’insuffisance de ses revenus.

    @Denys: vous avez tout Ă  fait raison, il ne faut pas oublier ces cas-lĂ . Une pĂ©riode de 40 ou 50 ans Ă  partir de la crĂ©ation de l’oeuvre e semblerait tout Ă  fait suffisante pour que soient protĂ©gĂ©s l’auteur et ses enfants.

    @Charles: la durĂ©e en vigueur date d’une loi de 1997, qui transposait deux directives europĂ©ennes: 93/83 et 93/98 CE. C’est cette dernière qui a harmonisĂ© la durĂ©e de la protection du droit d’auteur Ă  70 ans. Le raisonnement est le suivant: la durĂ©e minimale de 50 prĂ©vue par l’article 7 de la convention de Berne est destinĂ©e non seulement Ă  protĂ©ger l’auteur, mais deux gĂ©nĂ©rations après lui. Avec l’allongement de l’espĂ©rence de vie, cette durĂ©e n’est plus suffisante pour assurer cet objectif, il convient donc d’Ă©tendre la protection Ă  70 ans. Autant je suis tout Ă  fait d’accord pour que les conjoints et les enfants des auteurs bĂ©nĂ©ficient des fruits de son oeuvre, autant en faire bĂ©nĂ©ficier les arrière-petits enfants me semble douteux !

    Mardi 12 sept 2006 à 09:45

  6. Laurent GUERBY a dit :

    Denys, GroM, l’argument de la veuve et de l’orphelin n’en est pas un : les ouvriers qui meurent a 47 ans ont cotisĂ© Ă  des organismes d’assurance pour permettre d’assurer un revenu a leurs proches en cas de probleme, les auteurs peuvent faire pareil en utilisant leurs royalties et en Ă©tant solidaires.

    Mardi 12 sept 2006 à 12:30

  7. groM a dit :

    Bon point. On pourrait mĂŞme rendre cette cotisation obligatoire dans les contrats de cession de droits. Après tout, si on le fait bien pour les contrats de travail, il n\’y a pas de raison de ne pas le faire pour les contrats de cession de droits.

    Mardi 12 sept 2006 à 12:31

  8. Denys a dit :

    Alors là, bonne chance à ceux qui chercheront à persuader les auteurs de se considérer comme des travailleurs ordinaires.

    Mardi 12 sept 2006 à 17:28

  9. groM a dit :

    Je vous rassure Denys, je n’ai aucun doute sur la question: cela ne se produira pas de mon vivant, ni durant les soixante-dix ans qui suivront mon dĂ©cès :-)

    Ceci dit, j’attends toujours une justification valide pour justifier un tel rĂ©gime. Pourquoi faut-il prĂ©server les revenus d’une oeuvre sur trois ou quatre gĂ©nĂ©rations ?

    Mardi 12 sept 2006 à 17:36

  10. somni a dit :

    Parce que la critique est facile, mais l’art, difficle ? :-)

    Mardi 12 sept 2006 à 21:56

  11. Udd a dit :

    “il (le droit d’auteur) crĂ©e une forte incitation Ă  la non-crĂ©ation”

    Ou inversement, il incite Ă  crĂ©er car il est une activitĂ© juteuse, et l’on sait bien que les bien nantis ne le sont jamais assez (Ă  leur goĂ»t).
    L’argument que vous avancez, Grom, est parfaitement rĂ©versible.

    D’ailleurs, la dĂ©monstration ne tient pas, Ă  mon sens, pour une raison tirĂ©e de la psychologie des auteurs ; la crĂ©ation d’une oeuvre, digne de ce nom, n’est pas motivĂ©e par des raisons pĂ©cuniaires. La crĂ©ation artistique relève d’une autre sphère ; on a tous entendu des artistes parler de leur activitĂ© comme d’une sorte de boulimie; un besoin naturel presque (la première remarque de somni le prouve assez bien, cf comm 3)

    Mardi 12 sept 2006 à 23:33

  12. groM a dit :

    @somni: la critique du droit d’auteur est un art difficile, manifestement ;-)

    @Udd: c’est vrai que cet argument peut se retourner facilement. Je comprends bien que le processus de crĂ©ation artistique ne s’embarasse pas de basses considĂ©rations pĂ©cuniaires. Le pauvre Vincent en est un parfait exemple.

    Mais un des problèmes Ă  mon sens est que le droit d’auteur est utilisĂ© pour des crĂ©ations para-artistiques voire industrielles (je pense Ă  la musique - en tout cas celle qu’on entend sur les radios, au logiciel, aux oeuvres publicitaires …), et que ces domaines doivent s’aligner sur ces protections complètement dĂ©lirantes. Pour parler du logiciel seul, une telle protection est strictement Ă©gale Ă  l’infini. Et sans doute est-ce aussi le cas pour la musique type variĂ©tĂ©.

    Mercredi 13 sept 2006 à 09:22

  13. groM a dit :

    Joseph Stiglitz est du mĂŞme avis que moi :-)

    Mercredi 13 sept 2006 à 11:10

  14. Cobab a dit :

    GroM (n° Certaines mauvaises langues prĂ©tendent que la durĂ©e de protection est allongĂ©e de vingt ans chaque fois que ‘’Blanche-Neige'’ de Walt Disney menace de tomber dans le domaine public (tous les vingt ans, donc).

    Cela relève bien entendu de la théorie du complot.

    L. Guerby : Ah mais les auteurs cotisent ! Volontairement en dessous d’un plafond pas très haut, obligatoirement au-dessus. Bon, c’est une cotise plus maigre encore que les comemrçants, autant dire qu’elle ouvre pas des masses de droit non plus… mais on pourrait l’augmenter, rien que pour voir la tĂŞte que ferait Pagny (TĂŞte de Turc au hasard)

    Mercredi 13 sept 2006 à 13:07

  15. Calamo a dit :

    Bonjour, et très vite - hĂ©las (enfin, pas pour vous) - parce que cette semaine n’est dĂ©finitevement pas humaine :

    Mais un des problèmes à mon sens est que le droit d’auteur est utilisé pour des créations para-artistiques voire industrielles

    Oui, la thĂ©orie de l’unitĂ© de l’art dĂ©crĂ©dibilise le principe du monopole, depuis un siècle. On s’y est fait. A noter toutefois que la durĂ©e de protection des crĂ©ations utilitaires pose rarement de problème, la loi du marchĂ© (enfin la mode) ayant le plus souvent raison de l’intĂ©rĂŞt du monopole.

    (je pense à la musique - en tout cas celle qu’on entend sur les radios, au logiciel, aux oeuvres publicitaires …), et que ces domaines doivent s’aligner sur ces protections complètement délirantes. Pour parler du logiciel seul, une telle protection est strictement égale à l’infini. Et sans doute est-ce aussi le cas pour la musique type variété.

    La distinction entre musique lĂ©gère et musique classique est affaire de goĂ»t, et donc nullement affaire de droit : si l’apprĂ©ciation des vertus artistiques d’une oeuvre conditionnait la durĂ©e de sa protection, la plus-value culturelle que le droit d’auteur apporte Ă  l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral serait rĂ©duite Ă  peau de chagrin puisque, par dĂ©finition, les crĂ©ations les plus novatrices sont celles qui ont besoin du plus de temps pour ĂŞtre intĂ©grĂ©es par le public. N’oublions pas qu’en matière culturelle aussi, les vices d’hier sont les moeurs d’aujourd’hui.

    Enfin, le logiciel est l’anti-exemple absolu dans le cadre d’une rĂ©flexion sur le droit d’auteur : d’une part, c’est la seule crĂ©ation qui soit exclusivement utilitaire, d’autre part, il est historiquement devenu une oeuvre par dĂ©pit (lobbyiste). D’ailleurs, son rĂ©gime est en de nombreux points dĂ©rogatoire au droit d’auteur, Ă  tel point que l’on parle du droit “spĂ©cial” du logiciel.

    Promis, dès que possible, je serai moins pĂ©remptoire et plus dĂ©taillĂ©. Disons que j’ai cĂ©dĂ© Ă  la tentation d’un cri du coeur ;)

    Mercredi 13 sept 2006 à 15:35

  16. gibello a dit :

    La durĂ©e de la protection pose un autre problème : impossibilitĂ© de s’inspirer d’une oeuvre protĂ©gĂ©e pour pousser plus loin la crĂ©ation.
    Ce que L. Lessig a bien illustrĂ© dans “L’avenir des idĂ©es” : si Disney a pu largement s’inspirer des frères Grimm pour crĂ©er ses personnages, un auteur actuel qui s’inspirerait de Disney dans les mĂŞmes conditions serait immĂ©diatement sanctionnĂ© pour contrefaçon…
    La durĂ©e de la protection bloque l’oeuvre dĂ©rivĂ©e, et l’oeuvre dĂ©rivĂ©e est un des principaux moteurs de la crĂ©ation. Quand on crĂ©e, on s’inspire des idĂ©es des autres !

    Mercredi 13 sept 2006 à 16:09

  17. groM a dit :

    “La distinction entre musique lĂ©gère et musique classique est affaire de goĂ»t, et donc nullement affaire de droit : si l’apprĂ©ciation des vertus artistiques d’une oeuvre conditionnait la durĂ©e de sa protection”

    En fait mon apprĂ©ciation n’Ă©tait pas culturelle et encore moins juridique, mais Ă©conomique. Intuitivement, j’ai tendance Ă  penser que la durĂ©e de vie commerciale d’une oeuvre prĂ©formatĂ©e pour le top 50 sera, statistiquement, plus faible qu’une composition originale, ne serait-ce que parce que les “marchĂ©s” correspondants ne sont pas structurĂ©s de la mĂŞme manière.

    J’entends bien l’argument sur la durĂ©e nĂ©cessaire pour qu’une oeuvre soit acceptĂ©e, mais cela revient Ă  dire qu’il est normal que les petits-enfants bĂ©nĂ©ficient de l’oeuvre plutĂ´t que le crĂ©ateur lui-mĂŞme. Cela me laisse assez perplexe …

    Mercredi 13 sept 2006 à 16:59

  18. brigetoun a dit :

    je trouve positivement ahurissant de dire que le droit d’auteur provoquerait chez l’heureux bĂ©nĂ©ficiaire et ses descendant une incitation Ă  ne plus crĂ©er. Pensez vous rĂ©ellement qu’un auteur n’Ă©crive que dans un but financier. Si cela Ă©tait vrai le problème de la rentrĂ©e literraire et du nombre de livres serait rĂ©glĂ©

    Mercredi 13 sept 2006 à 22:45

  19. groM a dit :

    @brigetoun: je vous suggère de lire les commentaires, oĂą cette question a Ă©tĂ© abondamment discutĂ©e :-) Par ailleurs, je discute ici de l’effet incitatif possible de la loi sur la crĂ©ation artistique; je ne nie absolument pas que d’autres facteurs entrent en jeu, comme la psychologie des artistes.

    Jeudi 14 sept 2006 à 09:37

  20. Calamo a dit :

    @Gibello

    L’existence mĂŞme de l’oeuvre dĂ©rivĂ©e dans la loi dĂ©montre que sa rĂ©alisation est possible : il suffira au second crĂ©ateur de partager ses gains avec le premier auteur, ce qui semble - somme toute - assez juste.

    @GroM

    Ce n’est ni normal ni anormal, dans la mesure oĂą seul le goĂ»t du public fera que l’auteur jouira - ou non - des fruits de sa crĂ©ation de son vivant : c’est alĂ©atoire.

    Pourquoi ne pas - alors - limiter la protection Ă  la durĂ©e de la vie de l’auteur ? Parce que cette durĂ©e n’est pas tant orientĂ©e vers les successeurs de ce dernier, mais plutot vers son partenaire Ă©conomique : paradoxalement, la diffusion d’une oeuvre protĂ©gĂ©e est mieux assurĂ©e que celle d’une oeuvre libre de droit, puisque celui qui en prend l’initiative pourra percevoir une rĂ©munĂ©ration. C’est en tout cas la logique qui prĂ©valait avant la “rĂ©volution numĂ©rique”, je ne suis pas convaincu qu’elle change beaucoup après.

    Jeudi 14 sept 2006 à 12:26

  21. groM a dit :

    Calamao, tu reconnaĂ®tras qu’il y a une certaine hypocrisie dans le discours politique Ă  clamer haut et fort que l’on dĂ©fend les auteurs et l’exception culturelle, quand le droit d’auteur ne vise qu’Ă  consentir des avantages Ă©conomiques aux diffuseurs de produits culturels.

    MĂŞme si on accepte ce prĂ©dicat, je ne comprends pas pourquoi il est nĂ©cessaire d’avoir des durĂ©es d’exploitation monopolistiques si longues. Cela me semble complètement dĂ©mesurĂ© par rapport aux investissements en jeu.

    Jeudi 14 sept 2006 à 12:39

  22. Laurent GUERBY a dit :

    Calamo, oui le droit d’auteur de logiciel est bien spĂ©cial, c’est aussi un des seuls domaines ou le brevet sĂ©vit en plus du droit d’auteur.

    Pour protĂ©ger le partenaire, une durĂ©e raisonnable Ă  partir de la date de publication est suffisante, la aussi ce n’est pas un argument.

    Pour ce qui est de l’importance relative des avis et droits des auteurs et de celui du public sur le sujet, je rappelle l’opinion d’un auteur français mineur :

    “Le livre, comme livre, appartient Ă  l’auteur, mais comme pensĂ©e, il appartient - le mot n’est pas trop vaste - au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de l’Ă©crivain et le droit de l’esprit humain, devait ĂŞtre sacrifiĂ©, ce serait, certes, le droit de l’Ă©crivain, car l’intĂ©rĂŞt public est notre prĂ©occupation unique, et tous, je le dĂ©clare, doivent passer avant nous.” - Victor Hugo

    Jeudi 14 sept 2006 à 12:46

  23. Calamo a dit :

    Bon, je vais me faire l’avocat du diable (ou du bon dieu, c’est selon) :

    - les citations d’Hugo sur le droit d’auteur sont toujours très efficaces de par la plume de leur auteur… qui est mort en 1885 : Ă  cette Ă©poque, la question du droit d’auteur c’est le thĂ©atre, la littĂ©rature, la peinture. De lĂ  Ă  dire que les mots de l’illustre Ă©crivain sont un peu datĂ©s, il n’y a qu’un pas que je franchis gaillardement.

    - il ne s’agit pas non plus de “protĂ©ger” le partenaire, mais de lui donner envie d’investir dans “l’industrie culturelle”, car le monopole l’encourage Ă  commercialiser les objets sur lequel il porte. Vous connaissez une entreprise florissante qui ne commercialise que des oeuvres du domaine public ? Que reste-t-il, alors, de la visibilitĂ© de ces dernières ?

    - il n’y a donc aucune hypocrisie du cotĂ© des ayants-droits, que ce soit envers une oeuvre ou un produit culturel, puisque l’une et l’autre sont synonymes (il y a 40 ans, Brassens Ă©tait un produit culturel, aujourd’hui, c’est un poète, comparĂ© - Ă  tort ou Ă  raison, peu importe - aux plus grands auteurs en la matière) : en contrepartie du monopole, les diffuseurs investissent sur les auteurs ; plus ils amortissent, plus ils rĂ©investissent, et donc plus les crĂ©ations, qu’elles soient bonnes ou mauvaises (le lĂ©gislateur ayant eu la sagesse de renoncer Ă  en juger), sont diffusĂ©es, ce qui profite Ă  l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral… et aux auteurs, qui perçoivent des revenus.
    En revanche, il y a une rĂ©elle hypocrisie chez les tenants du libre au sens large (logiciel exclu, cf. supra), pour qui “accès Ă  la culture” = “gratuitĂ©”. Le vrai sujet n’est donc pas le principe du droit d’auteur, ni mĂŞme sa durĂ©e, mais sa mise en oeuvre, et tout simplement le prix auquel l’oeuvre est proposĂ©e Ă  l’”utilimateur”, le P2P ayant provoquĂ© un “crack” du cours du marchĂ© culturel. Avant, on payait parce qu’il n’y avait pas d’autre moyen. Puis, après la chimère P2P, certains ont tentĂ© de justifier par la raison qu’il faudrait tout passer au gratuit. Ce serait jeter le bĂ©bĂ© avec l’eau du bain, comme on dit.
    En effet, ce n’est pas parce que les Ă©volutions techniques impliquent nĂ©cessairement une réévaluation Ă©conomique du marchĂ© culturel qu’il faille pour autant boulverser un paradigme efficace depuis plus de deux siècles.

    - pour en revenir au sujet de dĂ©part, qui est la durĂ©e, le principe d’une protection post mortem auctoris n’est pas Ă  remettre en cause :
    1. l’oeuvre est un succès sur plusieurs dĂ©cennies, et ses fruits nourriront les crĂ©ations d’autres auteurs, qui pourront ĂŞtre financĂ©es ;
    2. l’oeubvre ne rencontre pas son public, et le monopole ne dĂ©range personne puisque personne ne veut de l’oeuvre.
    En revanche, une durĂ©e de 70 ans est certainement excessive, je le concède bien volontiers, mais au fond, je ne suis pas certain que ça changerait quelque chose, car une fois dans le domaine public, sauf Ă  ce qu’elle soit majeure, l’oeuvre est morte.

    Jeudi 14 sept 2006 à 14:20

  24. Laurent GUERBY a dit :

    Calamo, “un paradigme efficace depuis plus de deux siècles”. Ah oui ?

    “chimère P2P, certains ont tentĂ© de justifier par la raison qu’il faudrait tout passer au gratuit.” Les hommes de paille anonymes ont bon dos.

    Jeudi 14 sept 2006 à 23:02

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