10ème Chambre
Hier Ă©tait diffusĂ© 10ème Chambre, instants d’audience, un documentaire de Raymond Depardon qui prĂ©sente le quotidien d’une des chambres correctionnelles du TGI de Paris. Je ne m’Ă©tendrai pas sur la manière dont Depardon a obtenu le droit de filmer: au regard du droit positif, ce film est une bizarrerie.
Si ce document est assez agrĂ©able - sentiment Ă©trange s’agissant de violences conjugales, de port d’armes prohibĂ©es ou bien de conduite en Ă©tat d’ivresse, on le doit sans doute Ă la sĂ©lection faite des prĂ©venus. Entre ceux qui dĂ©tonnent et ceux qui touchent, peu laissent indiffĂ©rents, d’autant que les dĂ©bats mettent particulièrement bien en lumière leur personnalitĂ©.
A vrai dire, c’est lĂ une diffĂ©rence notable avec les audiences correctionnelles auxquelles j’ai pu assister, oĂą les mĂŞmes faits sont souvent expĂ©diĂ©s bien plus rapidement, oĂą les prĂ©venus sont souvent beaucoup moins bavards, oĂą les rĂ©quisitions du ministère public sont moins pĂ©dagogiques, et oĂą les juges passent moins de temps Ă Ă©couter les prĂ©venus ou les victimes.
Que l’on me comprenne bien: je ne dis pas que les gens de justice sont d’affreux cabots qui fignolent le travail devant les camĂ©ras pour mieux l’expĂ©dier lorsqu’elles sont Ă©teintes. Non, mon impression est que leur approche est ici clairement pĂ©dagogique. Profitant de la prĂ©sence inhabituelle de la camĂ©ra, ils veulent montrer le fonctionnement de la justice pĂ©nale Ă tous, et dĂ©ploient pour cela un effort particulier.
“Est-ce que je peux m’approcher Madame le juge ? J’ai quelque chose Ă vous dire …
- Non, je prĂ©fèrerai pas. L’audience est publique et Mme le procureur de la RĂ©publique doit entendre tout ce que vous dites
- Alors je prĂ©fère pas.”
Plus que le parquet, c’est bien la sociĂ©tĂ© tout entière qui doit entendre ce qui se passe dans les tribunaux. 10ème Chambre est un premier pas.
brigetoun a dit :
Depardon a tournĂ© ou assistĂ© Ă des heures d’audience - il Ă©tait fatal, faisant un film, qu’il retienne au montage ce qu’il y avait de plus intĂ©ressant - mais tout de mĂŞme l’image est elle aussi faussĂ©e que vous semblez le penser ?
Samedi 30 sept 2006 à 10:40
Paxatagore a dit :
Il semblerait toutefois que la prĂ©sidente considĂ©rĂ©e soit reconnue pour ses qualitĂ©s professionnelles et sa capacitĂ© Ă avoir une approche pĂ©dagogique. (Je reste dubitatif Ă titre personnel sur le fait qu’une pĂ©dagogie utile puisse se dĂ©livrer dans une salle d’audience.)
Samedi 30 sept 2006 à 11:40
groM a dit :
@Brigetoun: j’ai trouvĂ© qu’il y avait dans le film un cĂ´tĂ© “sĂ©duisant” que je n’ai jamais vu dans un tribunal correctionnel, souvent beaucoup plus ordinaire, banal et … glauque. MĂŞme l’Ă©clairage m’a semblĂ© inhabituellement chaleureux. Est-ce dĂ» Ă une tendresse particulière de Depardon pour le genre humain, ou est-ce un simple effet dĂ©formant dĂ» Ă la technique du cinĂ©ma ? Je vous laisse juge
@Paxatagore: je ne serai pas aussi catĂ©gorique que vous. La justice fait encore peur Ă certains, et ceux-lĂ sont accessibles Ă la pĂ©dagogie, qu’ils soient prĂ©venus ou tĂ©lĂ©spectateurs. Pour les autres ma foi, il y a la rĂ©pression … Question annexe: comme juge d’instruction, en charge des 6 ou 7% de crimes et dĂ©lits les plus graves, est-ce que vous ne frĂ©quentez pas surtout les membres de la deuxième catĂ©gorie ?
Samedi 30 sept 2006 à 12:49
Anonymous a dit :
Ce documentaire m’a captivĂ©.
En tant que citoyen lambda et non juriste, j’ai Ă©tĂ© particulièrement Ă©tonnĂ© par la rĂ©action de la juge lorsqu’un prĂ©venu, un sociologue si mes souvenirs sont bons, a voulu assurer sa propre dĂ©fense en citant des articles de textes de lois.
J’ai trouvĂ© que la rĂ©action de la juge, sans doute surbookĂ©e et fatiguĂ©e, Ă©tait disproportionnĂ©e et pouvait apparaĂ®tre comme corporatiste…: du style, vous n’ĂŞtes du sĂ©rail…
Lundi 2 oct 2006 à 11:53
groM a dit :
Il a effectivement dĂ» l’agacer un peu, dans le genre je vous apprends la loi et surtout tomber au moment qui fallait pas.
C’est pour ça que si j’Ă©tais prĂ©venu devant un tribunal correctionnel, je n’hĂ©siterais pas une seconde Ă prendre un avocat … autant avoir les corporatismes avec soi.
Lundi 2 oct 2006 à 12:16
Donneur de leçons anonyme. a dit :
Corporatisme qu’il est Ă©ventuellement question d’exposer en refusant quelque moyen fĂ»t-il honnĂŞte de se soustaire Ă l’invocation de sa responsabilitĂ© personnelle.
Lundi 2 oct 2006 à 12:37
groM a dit :
Encore la vieille opposition entre dĂ©fense de connivence et dĂ©fense de rupture. Pour un port d’arme (blanche) prohibĂ©e, je ne suis pas sĂ»r que la dĂ©fense de rupture soit très rentable.
Lundi 2 oct 2006 à 12:40
Donneur de leçons anonyme. a dit :
Je conçois que vous le pensiez, puisque Sartre ne se lit plus guère. J’aurais pourtant pensĂ© que le discours de Marc-Aurèle touvait encore quelques auditeurs
Lundi 2 oct 2006 à 12:49