Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Vendredi 29 septembre 2006

10ème Chambre

Posté dans Autres, Droit pĂ©nal par groM

Hier Ă©tait diffusĂ© 10ème Chambre, instants d’audience, un documentaire de Raymond Depardon qui prĂ©sente le quotidien d’une des chambres correctionnelles du TGI de Paris. Je ne m’Ă©tendrai pas sur la manière dont Depardon a obtenu le droit de filmer: au regard du droit positif, ce film est une bizarrerie.

Si ce document est assez agrĂ©able - sentiment Ă©trange s’agissant de violences conjugales, de port d’armes prohibĂ©es ou bien de conduite en Ă©tat d’ivresse, on le doit sans doute Ă  la sĂ©lection faite des prĂ©venus. Entre ceux qui dĂ©tonnent et ceux qui touchent, peu laissent indiffĂ©rents, d’autant que les dĂ©bats mettent particulièrement bien en lumière leur personnalitĂ©.

A vrai dire, c’est lĂ  une diffĂ©rence notable avec les audiences correctionnelles auxquelles j’ai pu assister, oĂą les mĂŞmes faits sont souvent expĂ©diĂ©s bien plus rapidement, oĂą les prĂ©venus sont souvent beaucoup moins bavards, oĂą les rĂ©quisitions du ministère public sont moins pĂ©dagogiques, et oĂą les juges passent moins de temps Ă  Ă©couter les prĂ©venus ou les victimes.

Que l’on me comprenne bien: je ne dis pas que les gens de justice sont d’affreux cabots qui fignolent le travail devant les camĂ©ras pour mieux l’expĂ©dier lorsqu’elles sont Ă©teintes. Non, mon impression est que leur approche est ici clairement pĂ©dagogique. Profitant de la prĂ©sence inhabituelle de la camĂ©ra, ils veulent montrer le fonctionnement de la justice pĂ©nale Ă  tous, et dĂ©ploient pour cela un effort particulier.

Est-ce que je peux m’approcher Madame le juge ? J’ai quelque chose Ă  vous dire …
- Non, je prĂ©fèrerai pas. L’audience est publique et Mme le procureur de la RĂ©publique doit entendre tout ce que vous dites
- Alors je préfère pas.

Plus que le parquet, c’est bien la sociĂ©tĂ© tout entière qui doit entendre ce qui se passe dans les tribunaux. 10ème Chambre est un premier pas.

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8 commentaires

  1. brigetoun a dit :

    Depardon a tournĂ© ou assistĂ© Ă  des heures d’audience - il Ă©tait fatal, faisant un film, qu’il retienne au montage ce qu’il y avait de plus intĂ©ressant - mais tout de mĂŞme l’image est elle aussi faussĂ©e que vous semblez le penser ?

    Samedi 30 sept 2006 à 10:40

  2. Paxatagore a dit :

    Il semblerait toutefois que la prĂ©sidente considĂ©rĂ©e soit reconnue pour ses qualitĂ©s professionnelles et sa capacitĂ© Ă  avoir une approche pĂ©dagogique. (Je reste dubitatif Ă  titre personnel sur le fait qu’une pĂ©dagogie utile puisse se dĂ©livrer dans une salle d’audience.)

    Samedi 30 sept 2006 à 11:40

  3. groM a dit :

    @Brigetoun: j’ai trouvĂ© qu’il y avait dans le film un cĂ´tĂ© “sĂ©duisant” que je n’ai jamais vu dans un tribunal correctionnel, souvent beaucoup plus ordinaire, banal et … glauque. MĂŞme l’Ă©clairage m’a semblĂ© inhabituellement chaleureux. Est-ce dĂ» Ă  une tendresse particulière de Depardon pour le genre humain, ou est-ce un simple effet dĂ©formant dĂ» Ă  la technique du cinĂ©ma ? Je vous laisse juge :-)

    @Paxatagore: je ne serai pas aussi catĂ©gorique que vous. La justice fait encore peur Ă  certains, et ceux-lĂ  sont accessibles Ă  la pĂ©dagogie, qu’ils soient prĂ©venus ou tĂ©lĂ©spectateurs. Pour les autres ma foi, il y a la rĂ©pression … Question annexe: comme juge d’instruction, en charge des 6 ou 7% de crimes et dĂ©lits les plus graves, est-ce que vous ne frĂ©quentez pas surtout les membres de la deuxième catĂ©gorie ?

    Samedi 30 sept 2006 à 12:49

  4. Anonymous a dit :

    Ce documentaire m’a captivĂ©.

    En tant que citoyen lambda et non juriste, j’ai Ă©tĂ© particulièrement Ă©tonnĂ© par la rĂ©action de la juge lorsqu’un prĂ©venu, un sociologue si mes souvenirs sont bons, a voulu assurer sa propre dĂ©fense en citant des articles de textes de lois.

    J’ai trouvĂ© que la rĂ©action de la juge, sans doute surbookĂ©e et fatiguĂ©e, Ă©tait disproportionnĂ©e et pouvait apparaĂ®tre comme corporatiste…: du style, vous n’ĂŞtes du sĂ©rail…

    Lundi 2 oct 2006 à 11:53

  5. groM a dit :

    Il a effectivement dĂ» l’agacer un peu, dans le genre je vous apprends la loi et surtout tomber au moment qui fallait pas.

    C’est pour ça que si j’Ă©tais prĂ©venu devant un tribunal correctionnel, je n’hĂ©siterais pas une seconde Ă  prendre un avocat … autant avoir les corporatismes avec soi.

    Lundi 2 oct 2006 à 12:16

  6. Donneur de leçons anonyme. a dit :

    Corporatisme qu’il est Ă©ventuellement question d’exposer en refusant quelque moyen fĂ»t-il honnĂŞte de se soustaire Ă  l’invocation de sa responsabilitĂ© personnelle.

    Lundi 2 oct 2006 à 12:37

  7. groM a dit :

    Encore la vieille opposition entre dĂ©fense de connivence et dĂ©fense de rupture. Pour un port d’arme (blanche) prohibĂ©e, je ne suis pas sĂ»r que la dĂ©fense de rupture soit très rentable.

    Lundi 2 oct 2006 à 12:40

  8. Donneur de leçons anonyme. a dit :

    Je conçois que vous le pensiez, puisque Sartre ne se lit plus guère. J’aurais pourtant pensĂ© que le discours de Marc-Aurèle touvait encore quelques auditeurs :-)

    Lundi 2 oct 2006 à 12:49

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