Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Archive du mois de octobre 2006

Mardi 31 octobre 2006

Rien de nouveau

Posté dans Politique, Droit pĂ©nal par groM

Suite Ă  l’incendie d’un bus a Marseille, agression au cours de laquelle une jeune femme a Ă©tĂ© grièvement brĂ»lĂ©e, le Monde nous informe que le Premier Ministre, Dominique de Villepin, a annoncĂ© “l’Ă©largissement des poursuites pour “tous ceux qui participent Ă  un guet-apens”, qui “pourront ĂŞtre dĂ©sormais poursuivis et sanctionnĂ©s“.

Encore une fois s’agissant de la politique pĂ©nale du gouvernement, et risquant pour ma part courageusement les sanctions prĂ©vues pour la rĂ©cidive en matière de violence volontaire faite Ă  la procĂ©dure pĂ©nale, j’ai du mal Ă  voir quelle est la nouveautĂ© ici.

La loi permet Ă©videmment de punir le ou les auteurs d’une infraction. En outre, l’article 121-6 du code pĂ©nal indique dĂ©jĂ  que “sera puni comme auteur le complice de l’infraction.” L’article 121-7 dispose pour sa part qu’”est complice d’un crime ou d’un dĂ©lit la personne qui sciemment, par aide ou assistance, en a facilitĂ© la prĂ©paration ou la consommation. Est Ă©galement complice la personne qui par don, promesse, menace, ordre, abus d’autoritĂ© ou de pouvoir aura provoquĂ© Ă  une infraction ou donnĂ© des instructions pour la commettre.

VoilĂ  qui permet dĂ©jĂ  de punir ceux qui, activement, participent Ă  la prĂ©paration ou Ă  l’action des incendies de bus, qu’ils soient coauteurs ou complices. Celui qui “aide“, c’est Ă  dire celui qui tend le bidon d’essence est un complice de celui qui jette l’allumette. Dans un tel cas, avec une victime qui risque la mort ou qui, dans le meilleur des cas, restera mutilĂ©e Ă  vie, je gage que les juges traiteront les complices avec la mĂŞme sĂ©vĂ©ritĂ© que les auteurs principaux. L’infraction retenue dĂ©pendra alors du sort de la victime et de l’Ă©lĂ©ment moral retenu. Dans le “meilleur” des cas, c’est Ă  dire si la victime survit et s’il est reconnu que les auteurs n’avaient pas l’intention d’aller plus loin que l’incendie du bus, la qualification comprendra l’incendie volontaire ayant entraĂ®nĂ© une infirmitĂ© permanente, crime prĂ©vu par l’article 322-9 du code pĂ©nal et rĂ©primĂ© par 30 ans de rĂ©clusion et 150.000 euros d’amende.

Il est Ă©galement possible de sanctionner les suiveurs, ceux qui sont sur place sans qu’il soit possible de dĂ©montrer qu’ils ont participĂ© activement Ă  la chose, ne serait-ce que du chef de non-assistance Ă  personne en danger. La sanction est moins forte, mais sur l’Ă©chelle des responsabilitĂ©s, ceux-lĂ  ont sur les Ă©paules un poids moins lourd. La tâche dĂ©licate ici sera bien sĂ»r de dĂ©partager ceux qui ont Ă©tĂ© acteurs de ceux qui ont Ă©tĂ© simples spectateurs, voire simple passants.

On peut s’Ă©tonner par ailleurs que le Premier Ministre n’ait pas proposĂ© de faire figurer parmi les circonstances aggravantes de l’article 322-9 celle qui consiste Ă  s’attaquer Ă  un moyen de transport public. On voit mal en foi de quoi l’atteinte Ă  des forĂŞts dĂ©sertes serait plus sĂ©vèrement sanctionnĂ©e que l’atteinte Ă  un moyen de transport oĂą se trouvent un nombre potentiellement grand de passagers.

Dans tous les cas, la dĂ©claration du Premier Ministre laisse entendre qu’il faut un changement de la loi pour permettre la rĂ©pression de tels actes. C’est inexact et peu honnĂŞte.

Mardi 31 octobre 2006

Dépression

Posté dans Autres par groM

Devinez quel billet a battu tous les records d’audience prĂ©cĂ©demment Ă©tablis sur ce blog avec plus de 1000 consultations, loin devant le suivant qui n’en a que 500.

Celui-ci.

Déprimant, non ?

Dimanche 29 octobre 2006

Impressions d’audience: de la procĂ©dure pĂ©nale

Posté dans Droit pĂ©nal par groM

L’affaire de Porcheville est maintenant appelĂ©e par l’huissier. Les deux avocates s’avancent, suivies du prĂ©venu.

AussitĂ´t s’engage un dĂ©bat sur deux exception in limine litis: avant que l’examen de l’affaire ne commence, les avocates souhaitent soulever des points de procĂ©dure. Mais pour comprendre tout le sel de ces exceptions, il nous faut rĂ©sumer un peu l’affaire. La suite

Samedi 28 octobre 2006

Une idée pour engager la responsabilité du Président

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Paxatagore Ă©voquait rĂ©cemment le changement de position de Dominique Strauss-Kahn par rapport Ă  la question institutionnel. Alors qu’il se dĂ©clarait prĂ©alablement partisan d’un rĂ©gime prĂ©sidentiel, il prĂ´ne dĂ©sormais une “parlementarisation” de la Vème RĂ©publique, couplĂ©e Ă  un changement de rĂ´le du PrĂ©sident de la RĂ©publique, pour que celui-ci soit “acteur” plutĂ´t qu’”arbitre“. Paxatagore pense que DSK “ passera les habits de prĂ©sident dans les mensurations de la Ve RĂ©publique avec le mĂŞme plaisir que François Mitterrand“. Ayant l’occasion de poser la question au principal interessĂ© directement, j’aimerais apporter quelques prĂ©cisions. La suite

Samedi 28 octobre 2006

Impressions d’audience: suite mais pas fin

Posté dans Droit pĂ©nal par groM

Je me suis rendu hier au tribunal correctionnel de Versailles pour assister au jugement sur le fond dans l’affaire de l’agression de Porcheville, affaire qui, comme l’auront compris les plus perspicaces de mes lecteurs, m’intĂ©resse Ă  titre indirect. Contrairement Ă  la dernière fois, l’audience fut très intĂ©ressante. En voici un rapide compte-rendu, en espĂ©rant ne pas trop prĂŞter le flanc aux critiques des pĂ©nalistes de l’audience … La suite

Jeudi 19 octobre 2006

Un complément sur le domaine public

Posté dans Droit civil, Droit privĂ© par groM

Mon cours de droit des biens me fait dĂ©couvrir un bel arrĂŞt de la 1ère chambre civile de la cour de cassation, en date du 13 Novembre 1973 (Dalloz Sirey 1974, n. 32, p. 534, note Colombet) et qui illustre bien le caractère imprescriptible de la composante patrimoniale du droit d’auteur. Pas de nouvelle fraĂ®che sous le soleil, mais matière Ă  rĂ©flĂ©chir pour ceux qui pensent que la seule volontĂ© de l’auteur Ă  un moment donnĂ© peut suffire Ă  rendre “libre de droits” son oeuvre.

A la fin de sa vie, le peintre Renoir avait fait appel Ă  un jeune sculpteur du nom de Guino pour rĂ©aliser des sculptures que son grand âge l’empĂŞchait de rĂ©aliser lui-mĂŞme. Renoir indiquait et Guino rĂ©alisait, poussant parfois le zèle jusqu’Ă  Ă  travailler seul. C’est toutefois sous le seul nom de Renoir que ces sculptures furent exploitĂ©es durant les quarantes annĂ©es suivantes, jusqu’Ă  ce que le malheureux Guino, vieux et indigent, ne revendique finalement la paternitĂ© de son oeuvre face aux opulants hĂ©ritiers de Renoir.

Ceux-ci tentèrent alors de lui opposer la prescription trentenaire de droit commun posĂ©e par l’article 2262 du code civil, mais la cour de cassation, notant sur le fondement de la loi du 11 mars 1957 (dĂ©sormais codifĂ©e dans le code de la propriĂ©tĂ© intellectuelle) qu’”un auteur [a] le droit d’exploiter sa vie durant les oeuvres qu’il a exĂ©cutĂ©es seul ou en collaboration“, a donnĂ© raison au disciple malheureux.

Comme quoi le droit d’auteur peut servir Ă  une fin utile.

L’arrĂŞt prĂ©sente d’autres mĂ©rites, comme celui de montrer le domaine de l’oeuvre de collaboration ou de prouver que, malgrĂ© le principe d’unitĂ© de l’art, la condition d’originalitĂ© requise pour bĂ©nĂ©ficier de la protection du droit d’auteur est plus sĂ©vère quand on est pauvre et inconnu que quand on est riche et cĂ©lèbre.

Bonne lecture.

Jeudi 19 octobre 2006

Trop ou pas assez ?

Posté dans Autres par groM

Quelques livres au Conseil d'Etat Le dernier numĂ©ro de la Lettre de la Justice Administrative, nous offre, comme le signale StĂ©phane Cottin, une rare photo montrant deux Vice-PrĂ©sidents du Conseil d’Etat se livrant Ă  des manifestations de joie sans commune mesure avec la dignitĂ© requise par leurs hautes fonctions.

L’occasion de se pencher sur la dĂ©coration du bureau du Vice-PrĂ©sident de la haute juridiction, et de constater, comme le montre l’extrait ci-contre, que les quelques ouvrages qu’il garde près de lui, code Dalloz ou bouquins de chez Litec, n’ont rien d’extraordinaire et vont sans doute droit Ă  l’essentiel.

Un exemple Ă  mĂ©diter pour l’Ă©tudiant en droit craignant de ne pas connaĂ®tre ses cours: l’esprit de synthèse est ta meilleur arme, camarade. Mais un exemple Ă  mĂ©diter aussi pour l’enseignant. Puisque le juriste doit savoir trouver rapidement de la documentation, pourquoi ne pas laisser aux Ă©tudiants la libertĂ© d’amener la leur ? L’Ă©cueil d’en avoir trop est Ă  peine moins redoutable que celui de n’en pas avoir assez.

Bon, ceci dit, autant je veux bien croire que ça ne serait pas souhaitable pour les questions de cours (non, mais, sans blague, il faut bien apprendre un truc de temps en temps, bande de faignasses !), autant cela ajouterait un petit piment aux disserts.

PS: j’aime pas les photos couleur.

Lundi 16 octobre 2006

C’est le coup de feu !

Posté dans Autres par groM

Non, je ne fais pas rĂ©fĂ©rence Ă  la situation dans les banlieue, pas plus que je ne me suis reconverti dans la restauration. Je fais simplement rĂ©fĂ©rence Ă  mes activitĂ©s du moment, qui me laissent malheureusement bien peu de temps pour un article de fond sur des sujets graves. Cette activitĂ© inhabituelle est dĂ»e Ă  la reprise de mes Ă©tudes Ă  plein rĂ©gime (Ă  dĂ©faut de plein temps), Ă  la campagne interne du PS, et Ă  mon fils adorĂ©, qui marche presque et sur la tĂŞte duquel je suis plus courbĂ© que sur le clavier de mon ordinateur ou mes livres de cours. Ce billet est donc le premier d’un type que vous risquez de voir revenir rĂ©gulièrement: rĂ©flexions Ă©parses que je n’ai pas le temps d’approfondir. La suite

Mercredi 4 octobre 2006

Convergences

Posté dans Autres, Etranger, Droit privĂ© par groM

Entendant pas plus tard qu’hier un avocat, par ailleurs brillant, opposer, sans doute Ă  des fins pĂ©dagogiques, le droit d’auteur au copyright, j’aimerais dĂ©fendre exactement la thèse inverse et illustrer les points de convergence qui existent entre les deux modèles. La suite

Dimanche 1 octobre 2006

On va pas en faire un fromage …

Posté dans Autres, Droit pĂ©nal par groM

Ce matin, muni de ma liste de commissions et de ma progĂ©niture, j’errais dans les allĂ©es peu hospitalières d’un supermarchĂ© de banlieue parisienne, quand, arrivĂ© au rayon fromage, j’avisai un camembert artisanal de bonne apparence, dont je m’emparai bientĂ´t. LĂ , stupeur: un examen rapide de l’emballage m’apprit que celui-ci n’Ă©tait point de fabrication normande, mais bien d’origine rambolitaine. Moi qui Ă©tait persuadĂ© que le Camembert Ă©tait protĂ©gĂ© par une AOC … dieu merci, le droit et LĂ©gifrance volèrent Ă  mon secours et Ă©clairèrent bientĂ´t ma lanterne. La suite