Rien de nouveau
Suite Ă l’incendie d’un bus a Marseille, agression au cours de laquelle une jeune femme a Ă©tĂ© grièvement brĂ»lĂ©e, le Monde nous informe que le Premier Ministre, Dominique de Villepin, a annoncĂ© “l’Ă©largissement des poursuites pour “tous ceux qui participent Ă un guet-apens”, qui “pourront ĂŞtre dĂ©sormais poursuivis et sanctionnĂ©s“.
Encore une fois s’agissant de la politique pĂ©nale du gouvernement, et risquant pour ma part courageusement les sanctions prĂ©vues pour la rĂ©cidive en matière de violence volontaire faite Ă la procĂ©dure pĂ©nale, j’ai du mal Ă voir quelle est la nouveautĂ© ici.
La loi permet Ă©videmment de punir le ou les auteurs d’une infraction. En outre, l’article 121-6 du code pĂ©nal indique dĂ©jĂ que “sera puni comme auteur le complice de l’infraction.” L’article 121-7 dispose pour sa part qu’”est complice d’un crime ou d’un dĂ©lit la personne qui sciemment, par aide ou assistance, en a facilitĂ© la prĂ©paration ou la consommation. Est Ă©galement complice la personne qui par don, promesse, menace, ordre, abus d’autoritĂ© ou de pouvoir aura provoquĂ© Ă une infraction ou donnĂ© des instructions pour la commettre.”
VoilĂ qui permet dĂ©jĂ de punir ceux qui, activement, participent Ă la prĂ©paration ou Ă l’action des incendies de bus, qu’ils soient coauteurs ou complices. Celui qui “aide“, c’est Ă dire celui qui tend le bidon d’essence est un complice de celui qui jette l’allumette. Dans un tel cas, avec une victime qui risque la mort ou qui, dans le meilleur des cas, restera mutilĂ©e Ă vie, je gage que les juges traiteront les complices avec la mĂŞme sĂ©vĂ©ritĂ© que les auteurs principaux. L’infraction retenue dĂ©pendra alors du sort de la victime et de l’Ă©lĂ©ment moral retenu. Dans le “meilleur” des cas, c’est Ă dire si la victime survit et s’il est reconnu que les auteurs n’avaient pas l’intention d’aller plus loin que l’incendie du bus, la qualification comprendra l’incendie volontaire ayant entraĂ®nĂ© une infirmitĂ© permanente, crime prĂ©vu par l’article 322-9 du code pĂ©nal et rĂ©primĂ© par 30 ans de rĂ©clusion et 150.000 euros d’amende.
Il est Ă©galement possible de sanctionner les suiveurs, ceux qui sont sur place sans qu’il soit possible de dĂ©montrer qu’ils ont participĂ© activement Ă la chose, ne serait-ce que du chef de non-assistance Ă personne en danger. La sanction est moins forte, mais sur l’Ă©chelle des responsabilitĂ©s, ceux-lĂ ont sur les Ă©paules un poids moins lourd. La tâche dĂ©licate ici sera bien sĂ»r de dĂ©partager ceux qui ont Ă©tĂ© acteurs de ceux qui ont Ă©tĂ© simples spectateurs, voire simple passants.
On peut s’Ă©tonner par ailleurs que le Premier Ministre n’ait pas proposĂ© de faire figurer parmi les circonstances aggravantes de l’article 322-9 celle qui consiste Ă s’attaquer Ă un moyen de transport public. On voit mal en foi de quoi l’atteinte Ă des forĂŞts dĂ©sertes serait plus sĂ©vèrement sanctionnĂ©e que l’atteinte Ă un moyen de transport oĂą se trouvent un nombre potentiellement grand de passagers.
Dans tous les cas, la dĂ©claration du Premier Ministre laisse entendre qu’il faut un changement de la loi pour permettre la rĂ©pression de tels actes. C’est inexact et peu honnĂŞte.
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