Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Samedi 28 octobre 2006

Impressions d’audience: suite mais pas fin

Posté dans Droit pĂ©nal par groM

Je me suis rendu hier au tribunal correctionnel de Versailles pour assister au jugement sur le fond dans l’affaire de l’agression de Porcheville, affaire qui, comme l’auront compris les plus perspicaces de mes lecteurs, m’intĂ©resse Ă  titre indirect. Contrairement Ă  la derniĂšre fois, l’audience fut trĂšs intĂ©ressante. En voici un rapide compte-rendu, en espĂ©rant ne pas trop prĂȘter le flanc aux critiques des pĂ©nalistes de l’audience …

Chapeau d’abord Ă  la prĂ©sidente pour la maniĂšre dont elle a menĂ© les dĂ©bats. Contrairement ce qui se pratique souvent, elle a rendu la plupart de ses dĂ©cisions sans recourir Ă  une mise en dĂ©libĂ©rĂ© Ă  la fin de l’audience, Ă©vitant ainsi aux prĂ©venus commes aux parties civiles une attente qui peut ĂȘtre longue et Ă©prouvante, permettant au public de connaĂźtre le fin mot des affaires sans avoir Ă  attendre la fin de l’audience, Ă©conomisant, enfin, le temps des avocats (mĂȘme si, comme chacun sait, celui-ci a peu de valeur) Le rythme de l’audience Ă©tait Ă©galement tout Ă  fait raisonnable: on Ă©tait loin de ces audiences d’abattage si frĂ©quentes.

Mais se ne sont pas seuls mĂ©rites de cette prĂ©sidente. En rendant ses dĂ©cisions, souvent assorties de sursis simple ou de sursis avec mise Ă  l’Ă©preuve, elle a systĂ©matiquement expliquĂ©, dans une langue accessible et dĂ©pourvue d’oripeaux juridiques, quelles Ă©taient les obligations du condamnĂ© et les consĂ©quences d’un Ă©ventuel manquement. Ainsi, pour une condamnation a trois mois avec sursis simple pour violences volontaires a-t-elle expliquĂ© qu’il ne fallait ne pas commettre d’autre dĂ©lit pendant 5 ans, faute de quoi le sursis pourrait sauter; mais qu’en cas de nouvelles violences volontaires, la dĂ©tention devenait la rĂšgle, sauf motivation spĂ©ciale du tribunal, Ă  cause de la loi du 12 dĂ©cembre 2005. Simple et de bon goĂ»t.

Nous avons eu droit, avant l’affaire n°4, respectivement et dans le dĂ©sordre, Ă :

  • Une affaire de violence volontaires avec arme par destination, l’arme se trouvant ĂȘtre un pittbull, assortie d’une infraction de non dĂ©claration de chien d’attaque de 1Ăšre catĂ©gorie. VoilĂ  pour la dĂ©finition juridique. Pour la dĂ©finition humaine, c’est beaucoup plus simple: la misĂšre intĂ©grale, en l’occurence une altercation aux causes mal cernĂ©es entre d’une part une femme sans ressources et alcoolique et d’autre part un jeune homme au chĂŽmage dont la soeur Ă©tĂ© avait assassinĂ©e, dans des conditions que je passe, quelques semaines auparavant. 6 mois avec sursis plus 400 euros d’amende pour la non-dĂ©claration et des dommages-intĂ©rĂȘts Ă  la victime.
  • Une affaire de recel de piĂšce mĂ©canique, oĂč le receleur, sur la BMW duquel a Ă©tĂ© retrouvĂ©e la piĂšce volĂ©e, refuse de donner le nom de l’auteur principal des faits, un “copain” Ă  qui il avait prĂȘtĂ© sa voiture, car “dans les citĂ©s, on donne pas les noms, sinon y nous arrive des violences.” 3 mois avec sursis, et un clin d’oeil Ă  quelques sympathiques garçons assis au fond de la salle en repartant. Commentaire de la PrĂ©sidente: “Et changez de copains !
  • Une affaire d’outrage Ă  agents assortie de violences volontaires sur ceux-ci alors qu’ils intervenaient, sur demande de la femme du prĂ©venu, pour empĂȘcher que celui-ci, sous l’emprise de l’alcool, ne transforme son mobilier en allumettes . Par le miracle de la garde Ă  vue, celui-ci a, selon son avocate, pris conscience de la gravitĂ© de son addiction alcoolique et dĂ©cidĂ© de s’inscrire dans la foulĂ©e aux alcooliques anonymes, d’Ă©crires Ă  ses amis pour leur expliquer son Ă©tat et d’en parler Ă  ses collĂšgues. Depuis un an, il ne boit plus et sa femme et lui sont toujours ensemble. Celle-ci dĂ©cide tout de mĂȘme de se constituer partie civile Ă  l’audience, sans exiger de dommage-intĂ©rĂȘts, juste pour marquer le coup. Trois mois avec sursis simple. La prĂ©sidente ne lui impose pas de sursis-mise Ă  l’Ă©preuve car les mesures qu’il a prise de sa propre initiative sont suffisantes. Pas d’inscription au bulletin n°2 non plus, pour des motifs professionnels. Une affaire qui rĂ©concilie presque avec la nature humaine.
  • Une autre affaire de violences volontaires, cette fois ci motivĂ©e par “des raisons culturelles“: un homme, chauffeur de bus Ă  la RATP, apprenant qu’un ami de trente ans avait parlĂ© Ă  sa femme d’un peu trop prĂšs, a Ă©tĂ© sonner chez celui-ci, l’a emmenĂ© en voiture dans un coin isolĂ©, et lĂ  tranquillement, lui a expliquĂ© sa façon de penser. RĂ©sultat: un hĂ©matome sous-dural, et trois os de la face fracturĂ©s. AprĂšs avoir dĂ©crit les violences comme “un vĂ©ritable massacre“, le procureur s’enquiert de la culture d’origine du prĂ©venu: “Je suis musulman, monsieur“. RĂ©ponse du procureur: “Avec tout le respect que je dois aux musulmans, mon outil de travail ce n’est pas le Coran, mais c’est le code pĂ©nal, et le fait qu’on parle Ă  sa femme n’est pas une excuse absolutoire !” 6 mois avec sursis, malgrĂ© … le retrait de la plainte de la victime.

Pour ĂȘtre complĂštement prĂ©cis, notons que tous les prĂ©venus en cause disposaient de casiers judiciaires virginaux.

A suivre …

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3 commentaires

  1. Paxatagore a dit :

    Ca chaque quelque chose, pour vous, le retrait de plainte de la victime ?

    Dimanche 29 oct 2006 à 08:01

  2. groM a dit :

    Non, au contraire ! Si pour le prĂ©venu cela Ă©tait censĂ© montrer que celle-ci lui pardonnait ou ne lui en voulait pas, j’aurais tendance au contraire Ă  supposer qu’elle a fait l’objet de pressions pour retirer sa plainte …

    Dimanche 29 oct 2006 à 09:37

  3. Paxatagore a dit :

    Un point pour vous groM : vous raisonnez comme les juges. Combien de fois n’entend on pas cet argument, pourtant, dans les prĂ©toires !

    Dimanche 29 oct 2006 à 14:17

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