Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Samedi 28 octobre 2006

Une idée pour engager la responsabilité du Président

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Paxatagore Ă©voquait rĂ©cemment le changement de position de Dominique Strauss-Kahn par rapport Ă  la question institutionnel. Alors qu’il se dĂ©clarait prĂ©alablement partisan d’un rĂ©gime prĂ©sidentiel, il prĂ´ne dĂ©sormais une “parlementarisation” de la Vème RĂ©publique, couplĂ©e Ă  un changement de rĂ´le du PrĂ©sident de la RĂ©publique, pour que celui-ci soit “acteur” plutĂ´t qu’”arbitre“. Paxatagore pense que DSK “ passera les habits de prĂ©sident dans les mensurations de la Ve RĂ©publique avec le mĂŞme plaisir que François Mitterrand“. Ayant l’occasion de poser la question au principal interessĂ© directement, j’aimerais apporter quelques prĂ©cisions.

J’indique en passant aux lecteurs qui songeraient dĂ©jĂ , au cas oĂą le dĂ©putĂ© du Val d’Oise emporterait l’investiture socialiste, Ă  faire transiter par ce blog les demandes de prĂ©bendes diverses, que DSK et moi ne sommes pas intimes, et qu’il leur est possible, moyennant un dĂ©placement sur l’un quelconque de ses meetings, de poser eux-mĂŞmes les questions qu’ils jugent pertinentes, s’affranchissant ainsi du filtre imparfait de mes Ă©crits. Pour en finir avec les prĂ©cisions, ma question Ă©tait un peu diffĂ©rente en fait, pusqu’elle touchait plutĂ´t la question de la responsabilitĂ© politique du PrĂ©sident de la RĂ©publique. Elle a permis Ă  DSK de dĂ©velopper un certain nombre d’idĂ©es dans le domaine institutionnel, idĂ©es que je rĂ©sume ci-dessous avec mes mots Ă  moi:

  • Les Français ne sont pas prĂŞts Ă  renoncer Ă  l’Ă©lection du PrĂ©sident de la RĂ©publique au suffrage universel. On est dès lors condamnĂ© Ă  vivre avec une double lĂ©gitimitĂ©: d’une part celle du PrĂ©sident de la RĂ©publique, d’autre part celle des dĂ©putĂ©s.
  • Il faut renforcer la lĂ©gitimitĂ© du Parlement pour lui permettre d’exercer un contrĂ´le plus efficace du gouvernement. Cela doit passer par l’interdiction du cumul du mandat parlementaire avec tout autre mandat, notamment celui de maire. “Je ne suis pas opposĂ© Ă  d’autres mesures techniques” pour renforcer le rĂ´le du parlement, dit par ailleurs DSK.
  • Pour ce qui est de sa responsabilitĂ© politique, elle pèse, du fait de la logique des institutions, sur le sens moral du PrĂ©sident de la RĂ©publique. Chirac a complètement dĂ©voyĂ© cette exigence en refusant de prendre en compte l’Ă©chec du rĂ©fĂ©rendum sur la constitution EuropĂ©enne, et DSK veut la remettre Ă  l’honneur, sans forcĂ©ment changer de constitution ou changer la constitution.

Si j’ai apprĂ©ciĂ© la franchise des rĂ©ponses, je dois avouer que je ne partage pas les consĂ©quences que DSK tire des faits. Si les institutions actuelles Ă©chouent car elles reposent sur le seul sens moral du PrĂ©sident, il me semble un peu lĂ©ger de partir du principe que tous les futurs prĂ©sidents auront un sens moral supĂ©rieur. Ceci dit, l’approche de DSK me semble infiniment plus rĂ©aliste que les visĂ©es d’un Montebourg, qui ne propose rien d’autre, sous l’Ă©tiquette de VIème RĂ©publique, qu’un retour de la IVème RĂ©publique. Mais ceci est une autre histoire.

Je me suis donc penchĂ© sur la question, et j’ai trouvĂ© une solution. Si, si. Les partis, les universitaires, les citoyens, tout le monde cherchait la solution du problème de la responsabilitĂ© du PrĂ©sident, et bien moi, ce problème, je l’ai rĂ©solu. Ma-thĂ©-ma-ti-que-ment.

Que fait un PrĂ©sident de la RĂ©publique quand ça va mal ? Non, il ne dĂ©missionne pas, mauvaise rĂ©ponse Ă  l’extrĂŞme-gauche. Il change de Premier Ministre. D’ailleurs, le Premier Ministre, il est fait pour ça, c’est un consommable. Donc il faut trouver un mĂ©canisme qui force le PrĂ©sident Ă  changer de Premier Ministre quand ça chauffe les circonstances politiques changent.

Quand est-ce que ça va mal pour un Président ? Plusieurs motifs sont possibles:

  • Le gouvernement s’essoufle; dans ce cas, le PrĂ©sident est assez grand pour changer tout seul de Premier Ministre.
  • La majoritĂ© change du fait d’une Ă©lection lĂ©gislative, par exemple lors d’une dissolution particulièrement malheureuse: la logique parlementaire reprend ses droits et le gouvernement change Ă©videmment.
  • L’AssemblĂ©e n’est vraiment pas contente du gouvernement et engage la responsabilitĂ© de celui-ci au titre de l’une des modalitĂ©s prĂ©vues par l’article 49 de la constitution. Problème: par la magie du système de scrutin, l’AssemblĂ©e a toujours des majoritĂ©s telles que rĂ©diger une motion de censure est un exercice aussi vain que de soumettre un manuscrit de SAS Ă  la Pléïade. Un tout petit peu moins vain, en fait, puisqu’une motion de censure, une seule, a Ă©tĂ© votĂ©e en 1962 contre le gouvernement de Georges Pompidou; encore s’agissait-il d’atteindre le GĂ©nĂ©ral de Gaulle au travers de son Premier Ministre, et le rĂ©fĂ©rendum qui a suivi a sonnĂ© la fin de la rĂ©crĂ©. On peut donc considĂ©rer que le mĂ©canisme traditionnel de la responsabilitĂ© parlementaire est mort en France, et qu’il faut autre chose pour compenser. D’oĂą l’idĂ©e de rendre le parlement plus pugnace en renforçant ses pouvoirs de contrĂ´le.
  • Le PrĂ©sident a convoquĂ© un rĂ©fĂ©rendum qui a mal tournĂ©. Depuis celui de 69 oĂą de Gaulle avait mis son fauteuil dans la balance, on pensait naĂŻvement qu’un Ă©chec entraĂ®nait automatiquement des consĂ©quences terribles. Depuis le 29 mai 2005 on sait que c’est pas peine de se stresser. Et c’est lĂ  qu’on est dans la panade: les Ă©lecteurs disent “zut Ă  celui qui le lira“, et justement, personne ne lit rien.

L’idĂ©e est simple: changeons les articles 11, 88-5 et 89 de la constitution, articles qui dĂ©crivent les cas oĂą il est possible de recourir Ă  un rĂ©fĂ©rendum, pour que la responsabililtĂ© du Gouvernement soit engagĂ©e si le peuple ne suit pas le PrĂ©sident de la RĂ©publique.

Ce lien entre l’adoption de la loi rĂ©fĂ©rendaire et le maintien du gouvernement n’est d’ailleurs pas une innovation: il ne s’agit que d’adapter au rĂ©fĂ©rendum l’idĂ©e introduite par l’article 49 alinĂ©a 3.

PS: Le prochain prĂ©sident a eu chaud: j’avais mĂŞme envisagĂ© un temps d’engager la responsabillitĂ© du prĂ©sident lui-mĂŞme en cas d’Ă©chec au rĂ©fĂ©rendum, au lieu de celle du Premier Ministre. Seul mon respect proverbial des institutions de la Vème m’a empĂŞchĂ© de passer Ă  l’acte.

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6 commentaires

  1. didier a dit :

    Il me semble que la dĂ©mission d’un Premier ministre non Ă©lu est une consĂ©quence assez rĂ©duite, point trop gĂŞnante pour le prĂ©sident (d’ailleurs J.P.R a bien dĂ©missionnĂ©) - en poussant le vice et en assumant le foutage de geule, le prĂ©sident pourrait nommer le mĂŞme Ă  nouveau. Si on veut une consĂ©quence sĂ©rieuse, ce pourrait ĂŞtre la dissolution de l’AssemblĂ©e. LĂ , le prĂ©sident risque sinon son fauteuil, du moins son pouvoir. Au total, il me semble que c’est serait davantage une incitation Ă  ne pas faire de rĂ©fĂ©rendum qu’un changement sĂ©rieux de l’Ă©quilibre des institutions.

    Samedi 28 oct 2006 à 21:50

  2. groM a dit :

    L’idĂ©e est justement de trouver une sanction significative mais qui ne dissuade pas d’utiliser le rĂ©fĂ©rendum.

    Samedi 28 oct 2006 à 22:03

  3. Paxatagore a dit :

    Si on suit l’exemple de MongĂ©nĂ©ral, la sanction du rĂ©fĂ©rendum perdu, c’est la dĂ©mission du prĂ©sident de la RĂ©publique.

    Dimanche 29 oct 2006 à 08:04

  4. groM a dit :

    Oui, mais pour le coup, cela dissuaderait durablement d’utiliser le rĂ©fĂ©rendum. A moins de rendre celui-ci obligatoire pour certains sujets, mais cela me semble un pente glissante …

    Dimanche 29 oct 2006 à 09:39

  5. Passant a dit :

    En actant quelques conclusions de la dernière rĂ©forme institutionnelle (de 2000) qui avait clairement pour vocation de subordonner l’assemblĂ©e au prĂ©sident, je propose une solution plus simple : renouvellement de l’assemblĂ©e par cinquième tous les ans.

    Dimanche 29 oct 2006 à 15:14

  6. BloghorrĂ©e » SĂ©golèèèèèèèèèèèèèèèèèène !! Sans façon, merci. a dit :

    […] PS: En plus, il est bien DSK, il rĂ©pond aux questions qu’on lui pose, il aime les dĂ©bats, et il ne dit pas trop de bĂŞtises. Vous pouvez déposer un commentaire, ou un rétrolien depuis votre site. RSS 2.0 […]

    Lundi 13 nov 2006 à 17:26

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