Une idée pour engager la responsabilité du Président
Paxatagore Ă©voquait rĂ©cemment le changement de position de Dominique Strauss-Kahn par rapport Ă la question institutionnel. Alors qu’il se dĂ©clarait prĂ©alablement partisan d’un rĂ©gime prĂ©sidentiel, il prĂ´ne dĂ©sormais une “parlementarisation” de la Vème RĂ©publique, couplĂ©e Ă un changement de rĂ´le du PrĂ©sident de la RĂ©publique, pour que celui-ci soit “acteur” plutĂ´t qu’”arbitre“. Paxatagore pense que DSK “ passera les habits de prĂ©sident dans les mensurations de la Ve RĂ©publique avec le mĂŞme plaisir que François Mitterrand“. Ayant l’occasion de poser la question au principal interessĂ© directement, j’aimerais apporter quelques prĂ©cisions.
J’indique en passant aux lecteurs qui songeraient dĂ©jĂ , au cas oĂą le dĂ©putĂ© du Val d’Oise emporterait l’investiture socialiste, Ă faire transiter par ce blog les demandes de prĂ©bendes diverses, que DSK et moi ne sommes pas intimes, et qu’il leur est possible, moyennant un dĂ©placement sur l’un quelconque de ses meetings, de poser eux-mĂŞmes les questions qu’ils jugent pertinentes, s’affranchissant ainsi du filtre imparfait de mes Ă©crits. Pour en finir avec les prĂ©cisions, ma question Ă©tait un peu diffĂ©rente en fait, pusqu’elle touchait plutĂ´t la question de la responsabilitĂ© politique du PrĂ©sident de la RĂ©publique. Elle a permis Ă DSK de dĂ©velopper un certain nombre d’idĂ©es dans le domaine institutionnel, idĂ©es que je rĂ©sume ci-dessous avec mes mots Ă moi:
- Les Français ne sont pas prĂŞts Ă renoncer Ă l’Ă©lection du PrĂ©sident de la RĂ©publique au suffrage universel. On est dès lors condamnĂ© Ă vivre avec une double lĂ©gitimitĂ©: d’une part celle du PrĂ©sident de la RĂ©publique, d’autre part celle des dĂ©putĂ©s.
- Il faut renforcer la lĂ©gitimitĂ© du Parlement pour lui permettre d’exercer un contrĂ´le plus efficace du gouvernement. Cela doit passer par l’interdiction du cumul du mandat parlementaire avec tout autre mandat, notamment celui de maire. “Je ne suis pas opposĂ© Ă d’autres mesures techniques” pour renforcer le rĂ´le du parlement, dit par ailleurs DSK.
- Pour ce qui est de sa responsabilitĂ© politique, elle pèse, du fait de la logique des institutions, sur le sens moral du PrĂ©sident de la RĂ©publique. Chirac a complètement dĂ©voyĂ© cette exigence en refusant de prendre en compte l’Ă©chec du rĂ©fĂ©rendum sur la constitution EuropĂ©enne, et DSK veut la remettre Ă l’honneur, sans forcĂ©ment changer de constitution ou changer la constitution.
Si j’ai apprĂ©ciĂ© la franchise des rĂ©ponses, je dois avouer que je ne partage pas les consĂ©quences que DSK tire des faits. Si les institutions actuelles Ă©chouent car elles reposent sur le seul sens moral du PrĂ©sident, il me semble un peu lĂ©ger de partir du principe que tous les futurs prĂ©sidents auront un sens moral supĂ©rieur. Ceci dit, l’approche de DSK me semble infiniment plus rĂ©aliste que les visĂ©es d’un Montebourg, qui ne propose rien d’autre, sous l’Ă©tiquette de VIème RĂ©publique, qu’un retour de la IVème RĂ©publique. Mais ceci est une autre histoire.
Je me suis donc penchĂ© sur la question, et j’ai trouvĂ© une solution. Si, si. Les partis, les universitaires, les citoyens, tout le monde cherchait la solution du problème de la responsabilitĂ© du PrĂ©sident, et bien moi, ce problème, je l’ai rĂ©solu. Ma-thĂ©-ma-ti-que-ment.
Que fait un PrĂ©sident de la RĂ©publique quand ça va mal ? Non, il ne dĂ©missionne pas, mauvaise rĂ©ponse Ă l’extrĂŞme-gauche. Il change de Premier Ministre. D’ailleurs, le Premier Ministre, il est fait pour ça, c’est un consommable. Donc il faut trouver un mĂ©canisme qui force le PrĂ©sident Ă changer de Premier Ministre quand ça chauffe les circonstances politiques changent.
Quand est-ce que ça va mal pour un Président ? Plusieurs motifs sont possibles:
- Le gouvernement s’essoufle; dans ce cas, le PrĂ©sident est assez grand pour changer tout seul de Premier Ministre.
- La majoritĂ© change du fait d’une Ă©lection lĂ©gislative, par exemple lors d’une dissolution particulièrement malheureuse: la logique parlementaire reprend ses droits et le gouvernement change Ă©videmment.
- L’AssemblĂ©e n’est vraiment pas contente du gouvernement et engage la responsabilitĂ© de celui-ci au titre de l’une des modalitĂ©s prĂ©vues par l’article 49 de la constitution. Problème: par la magie du système de scrutin, l’AssemblĂ©e a toujours des majoritĂ©s telles que rĂ©diger une motion de censure est un exercice aussi vain que de soumettre un manuscrit de SAS Ă la Pléïade. Un tout petit peu moins vain, en fait, puisqu’une motion de censure, une seule, a Ă©tĂ© votĂ©e en 1962 contre le gouvernement de Georges Pompidou; encore s’agissait-il d’atteindre le GĂ©nĂ©ral de Gaulle au travers de son Premier Ministre, et le rĂ©fĂ©rendum qui a suivi a sonnĂ© la fin de la rĂ©crĂ©. On peut donc considĂ©rer que le mĂ©canisme traditionnel de la responsabilitĂ© parlementaire est mort en France, et qu’il faut autre chose pour compenser. D’oĂą l’idĂ©e de rendre le parlement plus pugnace en renforçant ses pouvoirs de contrĂ´le.
- Le PrĂ©sident a convoquĂ© un rĂ©fĂ©rendum qui a mal tournĂ©. Depuis celui de 69 oĂą de Gaulle avait mis son fauteuil dans la balance, on pensait naĂŻvement qu’un Ă©chec entraĂ®nait automatiquement des consĂ©quences terribles. Depuis le 29 mai 2005 on sait que c’est pas peine de se stresser. Et c’est lĂ qu’on est dans la panade: les Ă©lecteurs disent “zut Ă celui qui le lira“, et justement, personne ne lit rien.
L’idĂ©e est simple: changeons les articles 11, 88-5 et 89 de la constitution, articles qui dĂ©crivent les cas oĂą il est possible de recourir Ă un rĂ©fĂ©rendum, pour que la responsabililtĂ© du Gouvernement soit engagĂ©e si le peuple ne suit pas le PrĂ©sident de la RĂ©publique.
Ce lien entre l’adoption de la loi rĂ©fĂ©rendaire et le maintien du gouvernement n’est d’ailleurs pas une innovation: il ne s’agit que d’adapter au rĂ©fĂ©rendum l’idĂ©e introduite par l’article 49 alinĂ©a 3.
PS: Le prochain prĂ©sident a eu chaud: j’avais mĂŞme envisagĂ© un temps d’engager la responsabillitĂ© du prĂ©sident lui-mĂŞme en cas d’Ă©chec au rĂ©fĂ©rendum, au lieu de celle du Premier Ministre. Seul mon respect proverbial des institutions de la Vème m’a empĂŞchĂ© de passer Ă l’acte.
didier a dit :
Il me semble que la dĂ©mission d’un Premier ministre non Ă©lu est une consĂ©quence assez rĂ©duite, point trop gĂŞnante pour le prĂ©sident (d’ailleurs J.P.R a bien dĂ©missionnĂ©) - en poussant le vice et en assumant le foutage de geule, le prĂ©sident pourrait nommer le mĂŞme Ă nouveau. Si on veut une consĂ©quence sĂ©rieuse, ce pourrait ĂŞtre la dissolution de l’AssemblĂ©e. LĂ , le prĂ©sident risque sinon son fauteuil, du moins son pouvoir. Au total, il me semble que c’est serait davantage une incitation Ă ne pas faire de rĂ©fĂ©rendum qu’un changement sĂ©rieux de l’Ă©quilibre des institutions.
Samedi 28 oct 2006 à 21:50
groM a dit :
L’idĂ©e est justement de trouver une sanction significative mais qui ne dissuade pas d’utiliser le rĂ©fĂ©rendum.
Samedi 28 oct 2006 à 22:03
Paxatagore a dit :
Si on suit l’exemple de MongĂ©nĂ©ral, la sanction du rĂ©fĂ©rendum perdu, c’est la dĂ©mission du prĂ©sident de la RĂ©publique.
Dimanche 29 oct 2006 à 08:04
groM a dit :
Oui, mais pour le coup, cela dissuaderait durablement d’utiliser le rĂ©fĂ©rendum. A moins de rendre celui-ci obligatoire pour certains sujets, mais cela me semble un pente glissante …
Dimanche 29 oct 2006 à 09:39
Passant a dit :
En actant quelques conclusions de la dernière rĂ©forme institutionnelle (de 2000) qui avait clairement pour vocation de subordonner l’assemblĂ©e au prĂ©sident, je propose une solution plus simple : renouvellement de l’assemblĂ©e par cinquième tous les ans.
Dimanche 29 oct 2006 à 15:14
BloghorrĂ©e » SĂ©golèèèèèèèèèèèèèèèèèène !! Sans façon, merci. a dit :
[…] PS: En plus, il est bien DSK, il rĂ©pond aux questions qu’on lui pose, il aime les dĂ©bats, et il ne dit pas trop de bĂŞtises. Vous pouvez déposer un commentaire, ou un rétrolien depuis votre site. RSS 2.0 […]
Lundi 13 nov 2006 à 17:26