La codification peut ĂŞtre corsĂ©e …
J’Ă©tais plongĂ© tantĂ´t dans la dĂ©cision du Conseil Constitutionnel n° 2001-454 DC du 17 juillet 2002 sur la loi relative Ă la Corse quand, au dĂ©tour du considĂ©rant n°8, je saisis d’une main assurĂ©e mon Code GĂ©nĂ©ral des CollectivitĂ©s Territoriales (le CGCT pour les intimes) afin d’en extraire l’article L. 4424-2 dont parlait ledit considĂ©rant. Et lĂ , stupeur: au lieu des dispositions relatives au pouvoir de l’AssemblĂ©e de Corse de proposer des adaptations Ă la rĂ©glementation nationale, je tombe bel et bien sur un article portant sur les compĂ©tences de la Corse en matière d’Ă©ducation. Gasp.
Mon CGCT datant de 2003, j’incrimine aussitĂ´t l’incurie d’une maison d’Ă©dition bien connue, et me prĂ©cipite vers LĂ©gifrance. HĂ©las, l’incurie de cette dernière, dĂ©jĂ dĂ©noncĂ©e dans nos colonnes et dans d’autres, me retourne un Server not Found dans les gencives. Regasp.
Il m’a donc fallu attendre 2 heures pour que LĂ©gifrance refonctionne (pour ĂŞtre complètement honnĂŞte il a peut-ĂŞtre refonctionnĂ© avant, mais j’Ă©tais devant Clochemerle) et comprendre que c’est trop rapidement que j’avais foulĂ© au pied l’honneur de l’Ă©dition juridique nationale.
La dĂ©cision du Conseil Constitutionnel porte en effet sur la loi n° 2002-92 du 22 janvier 2002 et le considĂ©rant n°8 sur l’article 1er de celle-ci. Celui-ci réécrit les articles L4424-1 et L4424-2 du CGCT. Le Conseil fait donc rĂ©fĂ©rence Ă “la nouvelle rĂ©daction” de ces articles. Mais lĂ oĂą ça devient subtil, c’est que l’article 3 de la loi, lui, dĂ©place immĂ©diatement les disposition des nouveaux et très temporaires articles L4424-1 et L4424-2 vers les articles L4422-15 et L4422-16. L4424-1 et L4424-2 n’auront donc existĂ©, sous cette forme, qu’entre les articles 1 et 3 de la loi.
Si, si, la simplification du droit est en marche !
Thomas a dit :
Il serait bon que le législateur finisse par découvrir les mérites du contrôle de version !
Dimanche 26 nov 2006 à 15:43
groM a dit :
Oui, effectivement. Ce serait super pour gĂ©rer les conflits de loi dans le temps d’avoir un truc dans le genre “cvs do -D code_penal”
Cette loi m’a vraiment Ă©voquĂ© un gros patch couplĂ© Ă un script d’install mal Ă©crit
Dimanche 26 nov 2006 à 16:20
Krysztof von Murphy a dit :
Je suis un adepte du contrôle de version mais après il ne faudra plus se plaindre que les textes de loi deviennent incompréhensibles des simples mortels. Le bon côté est que le jour où la loi sera du code informatique, on pourra vérifier que ça compile et appliquer des méthodes formelles :-b
Mercredi 29 nov 2006 à 08:59
groM a dit :
@Krysztof: presque
Tout au plus pourra être sûr que les problématiques de conflits de loi dans le temps sont solubles simplement.
Pour ce qui est de la formalisation du language juridique, il existe quelques initiatives dans ce sens. Mais pour l’instant, c’est assez restreint: il s’agit de DTD XML dont le but est de dĂ©crire les droits acquis afin qu’ils puissent ĂŞtre implĂ©mentĂ©s par un DRM. Autant dire qu’on est loin d’une “loi compilable”.
Bref, les raison techniques, politiques et humaines, plaident pour que la loi demeure du language naturel pour un certain temps
Mercredi 29 nov 2006 à 10:58
groM a dit :
Dans mon premier commentaire, il fallait lire:
cvs checkout -D $date_de_l_infraction code_penal
Mercredi 29 nov 2006 à 11:07
Apokrif a dit :
Un exemple de vrai cafouillage:
Circulaire relative Ă l’article 127 de la loi du 15 mai 2001 visant Ă introduire dans le code de l’organisation judiciaire les dispositions relatives aux compĂ©tences des tribunaux de commerce
http://www.justice.gouv.fr/actua/bo/dacs85a.htm :
« Les articles 631, 634, 636 Ă 638 et 640 de l’ancien code de commerce ont Ă©tĂ© abrogĂ©s, par erreur, par l’article 3 de la loi du 17 dĂ©cembre 1991 confĂ©rant aux chefs de cour le pouvoir de dĂ©lĂ©guer des magistrats du siège de la cour d’appel pour exercer des fonctions judiciaires dans les tribunaux du ressort de la cour d’appel, modifiant le code de l’organisation judiciaire et donnant force de loi audit code.
Dès lors, les tribunaux de commerce n’avaient plus compĂ©tence pour statuer dans toutes les matières Ă©numĂ©rĂ©es par ces articles.
La loi n° 2001-420 du 15 mai 2001 relative aux nouvelles régulations économiques, parue au Journal officiel du 16 mai 2001, a, dans son article 127, rétabli cette compétence. »
Jeudi 7 dĂ©c 2006 à 20:30
Palpatine Duguit a dit :
AbrogĂ© par erreur, et rĂ©introduit 10 ans après… C’est rassurant..
Vendredi 8 dĂ©c 2006 à 09:17
groM a dit :
Oui, il ne manquerait plus que l’urgence ait Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e pour finir de tourner en ridicule le lĂ©gislateur.
Ceci dit, dans le cas dont je parle dans l’article, c’est plutĂ´t l’illisibilitĂ© du texte de loi qui me dĂ©range. D’autant que la dĂ©cision du conseil constitutionnel Ă©tudie les articles sous leur ancien numĂ©ro - donc cela ajoute Ă la confusion.
Vendredi 8 dĂ©c 2006 à 10:30