Le Conseil Constitutionnel en images (2)
En cette pĂ©riode de NoĂ«l, BloghorrĂ©e vous offre le second opus de sa visite exclusive dans les locaux du Conseil Constitutionnel. Aujourd’hui, nous entrons dans le saint des saints, dans la salle des sĂ©ances, ancien cabinet de travail de la princesse Clothilde de Savoie, qui, comme son ancienne chambre, maintenant occupĂ©e par un roturier, jouit d’une vue inĂ©galable sur les galeries du Palais-Royal.

Ce qui frappe le visiteur attentif, c’est la fraĂ®cheur des dĂ©corations murales. RĂ©alisĂ©es dans des tons de bleu, d’or et de blanc, celles-ci ont Ă©tĂ© peintes sur des panneaux de bois qui doublent en totalitĂ© les murs porteurs, dont ils sont sĂ©parĂ©s par un vide d’une soixantaine de centimètres. C’Ă©tait autrefois fort pratique pour faire circuler le petit personnel - que l’on imagine nombreux - et maintenant, les tuyauteries et autres câblages.

La salle des sĂ©ances, donc, doit ĂŞtre prĂŞte Ă tout instant Ă recevoir le Conseil. Imaginez un instant que le PrĂ©sident de la RĂ©publique dĂ©cède ou, Ă dĂ©faut, que les propos incendiaires du ministre de l’intĂ©rieur mettent tellement le feu aux banlieues qu’il dĂ©cide de recourir Ă l’article 16: le Conseil Constitutionnel sera prĂŞt. L’ordre protocolaire autour de la table est dĂ©fini; chaque conseiller dispose d’une petite plaque Ă son nom, certainement au cas oĂą un membre de droit, Ă la mĂ©moire aussi agile que l’âge avancĂ©, oublierait le nom de ses collègues, mais aussi du petit matĂ©riel du parfait Conseiller Constitutionnel (crayon, gomme, tampon).
Trois places dotées de modernes écrans plats permettent aux trois juristes du service juridique du Conseil de fournir aux délibérants les informations dont ils ont besoin - en espérant que Légifrance ne soit pas en rade au mauvais moment.

Pour garder en tĂŞte quelques sains principes durant les dĂ©libĂ©rĂ©s, le PrĂ©sident Badinter fit accrocher aux murs quelques textes de la pĂ©riode rĂ©volutionnaire. Le plus notable est la Constitution de 1793, un des textes les plus progressistes de notre histoire, qui n’hĂ©sitait pas affirmer mâlement que quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacrĂ© des droits et le plus indispensable des devoirs ou bien encore que tout individu qui usurperait la souverainetĂ© soit Ă l’instant mis Ă mort par les hommes libres. Cette constitution fit l’objet d’une Ă©trange promulgation: elle fut enterrĂ©e dans une arche de cèdre. Ce fut peut-ĂŞtre la seule fois dans l’histoire oĂą les français surent combler le gouffre existant entre pratique politique et thĂ©orie constitutionnelle.

Heureusement, quand le dĂ©libĂ©rĂ© est terminĂ©, les membres du Conseil peuvent aller mĂ©diter dans l’oratoire de la princesse Clothilde, qui jouxte la salle des sĂ©ances. Une charmante petite pièce, dont la voĂ»te n’est pas sans rappeler les cieux Ă©toilĂ©s. Un petit enfer Ă photographier sans trĂ©pier, ce qui explique la belle zĂ©brure que vous voyez sur la photo. Un endroit Ă©tonnant, un peu foĂ©tal, qui dĂ©tonne avec les vastes volumes de la salle des sĂ©ances et du bureau du PrĂ©sident.

Il est l’heure d’aller ouvrir les huĂ®tres. Bonne soirĂ©e Ă tout le monde et joyeux NoĂ«l.