Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Dimanche 10 décembre 2006

Le Conseil Constitutionnel en images (1)

Posté dans Droit constitutionnel par groM

Nous allons donc commencer notre visite du Conseil Constitutionnel derrière StĂ©phane Cottin. L’entrĂ©e du Conseil est on ne peut plus discrète: au dĂ©tour d’une colonnade du Palais Royal, au n°2 de la rue Montpensier, une discrète entrĂ©e, munie de l’indispensable plaque dorĂ©e. Passage par l’accueil, Ă©tonnament rĂ©duit pour une institution aussi fameuse, puis arrivĂ©e de StĂ©phane, qui commence aussitĂ´t Ă  m’expliquer l’endroit.

L’homme est passionnĂ©; on le serait Ă  moins, le bâtiment est fascinant. Des murs porteurs de 2 mètres 60, des “cloisons” de 60 cm dans lesquels il a fallu forer les passages de gaines du rĂ©seau informatique, des fenĂŞtres d’Ă©poque dont le verre de 7 cm est supposĂ© rĂ©sister Ă  une roquette anti-char, l’endroit est un Ă©tonnant mĂ©lange de tradition et de modernitĂ©.

Alors que nous montons Ă  l’Ă©tage, nous arrivons dans un couloir oĂą trĂ´ne un petit bureau: c’est l’anti-chambre du bureau du PrĂ©sident du Conseil, Pierre Mazeaud. On se croirait vraiment dans West-Wing Etat de Grâce, manque seulement le Marines garde rĂ©publicain de service, remplacĂ© par un huissier. LĂ , moment de chance: le PrĂ©sident est hors de son bureau, l’huissier nous propose d’y jeter un oeil, je me prĂ©cipite. Choc: la pièce donne une telle impression d’espace, avec ses 6 mètres 20 de plafond et sa vue imprenable sur les jardins du Palais Royal, qu’il faut un instant pour la digĂ©rer. La digestion faite, je prends trois photos.

Bureau Président Conseil Constitutionnel

La première prouve que le PrĂ©sident du Conseil Constitutionnel boit de l’Evian lorsqu’il travaille dans ce qui fut la chambre Ă  coucher de la Princesse Marie-Clotilde de Savoie et du Prince JĂ©rĂ´me Bonaparte. Pour ma part, je carbure plutĂ´t Ă  la Vittel quand je travaille dans ce qui fut la chambre de l’adolescent boutonneux des anciens propriĂ©taires, mais je ne pense pas que cela soit disqualifiant.

Bureau Président Conseil Constitutionnel

La seconde montre le globe sur lequel le PrĂ©sident ne doit pas manquer de mĂ©diter lorsqu’il rĂ©flĂ©chit Ă  la meilleure manière de dĂ©fendre nos libertĂ©s publiques. Je n’ai pu m’empĂŞcher, pour ma part, de rĂ©flĂ©chir Ă  la triste condition de l’homme public qui voit son bureau envahi par de parfaits inconnus curieux de connaĂ®tre sa marque d’eau minĂ©rale prĂ©fĂ©rĂ©e. C’est lĂ  que j’ai rĂ©alisĂ© combien ma table de travail Ă©tait un endroit privĂ© pour moi. C’est lĂ  enfin que j’ai rĂ©alisĂ© combien la vie d’homme public consistait en une soumission quasi permanente au regard des autres. Est-ce une contrainte ou un plaisir ? Sans doute les deux Ă  la fois.

Un autre plaisir de la fonction doit venir du fait de pouvoir choisir son bureau dans le catalogue du mobilier national. Si le Président a longtemps utilisé une des rares vétérantes des guerres napoléoniennes, à savoir cette magnifique table à carte de campagne en acajou blond et à tiroirs:

Table Ă  cartes

Il utilises dĂ©sormais ce qui fut le bureau de CambacĂ©rès et, peut-ĂŞtre, la table sur laquelle fut rĂ©digĂ©e la dĂ©claration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. VoilĂ  qui donne Ă  rĂ©flĂ©chir au moment d’examiner la constitutionnalitĂ© de la loi relative Ă  la prĂ©vention de la dĂ©linquance. Enfin … si quelqu’un la dĂ©fère.

Nous sommes ensuite passĂ©s sur la galerie dite d’OrlĂ©ans qui domine les jardins du Palais Royal, alors dĂ©serts grâce Ă  la tempĂŞte qui balayait hier la capitale. Vous apprĂ©cierez donc la tonalitĂ© humide de cette vue du Conseil d’Etat (au bout de la galerie):


La Galerie vers le CE

Avant d’admirer les galeries du Palais Royal ainsi que le jardin:

Les galeries du Palais Royal

Je dois avouer avoir une tendresse particulère pour cette photo. J’apprĂ©cie particulièrement le contraste, la gĂ©omĂ©trie et les nuages sombres qui dominent l’ensemble.

Les galleries du Palais Royal

Les galleries du Palais Royal

Parfois les ombres du Palais Royal tournent Ă  l’abstrait …

Les galleries du Palais Royal

… de quoi mĂ©diter sur le sort du monde en attendant la suite de notre reportage photographique !

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11 commentaires

  1. Frédéric Rolin a dit :

    Sans vouloir ruiner la valeur sentimentale d’une table, la DDH est une oeuvre collective et il est fort peu probable que Mounier et consorts se soient rĂ©unis sur la mĂŞme table Ă  tour de rĂ´le… Mais beau reportage. Il ne manque qu’une photo du guide…

    Dimanche 10 dĂ©c 2006 à 03:42

  2. groM a dit :

    Vous savez bien comment ça se passe quand il faut produire dans l’urgence: il y a une personne Ă  table qui Ă©crit et quinze autres autour qui lui expliquent ce qu’elle devrait faire … :-)

    Cette histoire de bureau est quand mĂŞme rigolote sur le plan symbolique: que le PrĂ©sident du Conseil Constitutionnel Ă©tabli par de Gaulle ait travaillĂ© pendant longtemps sur une table napolĂ©onienne, c’est troublant. Que seul un prĂ©sident socialiste ait au “l’audace” de changer pour une table de la pĂ©riode rĂ©volutionnaire, ça l’est encore plus. Surtout s’il est vrai, comme le dit StĂ©phane, que c’est parce qu’il ne supportait plus que ses stylos roulent au fond du tiroir de la fameuse table Ă  cartes !

    J’approuve le choix non pas tant Ă  cause du symbole ou des crayons mais bien Ă  cause des pieds: il a sous cette table Ă  carte des croisillons qui doivent ĂŞtre très malpratiques pour les gens de grande taille.

    PS: vous aurez bien un photo de l’auteur dans la seconde partie du reportage.

    Dimanche 10 dĂ©c 2006 à 10:30

  3. somni a dit :

    Superbes photos, merci, on s’y croirait :-)

    Dimanche 10 dĂ©c 2006 à 14:50

  4. Sailermoon a dit :

    Magnifiques photos, ça fait rêver

    Lundi 11 dĂ©c 2006 à 19:38

  5. Denys a dit :

    Rien ne semble avoir vraiment changĂ© depuis l’Ă©poque Roland Dumas. A l’Ă©poque, comme dans bien des vieux palais de la RĂ©publique, et par la faute, racontait-t-on, du terrorisme des Monuments Historiques qui interdisaient de percer les murs, l’installation Ă©lectrique Ă©tait cauchemardesque.

    Mardi 12 dĂ©c 2006 à 00:15

  6. diane roman a dit :

    un vrai talent! Le poids des mots, dĂ©sormais le choc des photos… Paris Match embauche, parait-il, depuis que certain dĂ©part prĂ©cipitĂ© a Ă©tĂŞtĂ© le journal ;-)

    Mardi 12 dĂ©c 2006 à 22:11

  7. groM a dit :

    @Denys: peut-ĂŞtre, je n’y Ă©tais pas Ă  l’Ă©poque. J’ai pas prĂŞtĂ© une attention particulière aux prises, mais l’ensemble m’a donnĂ© l’impression d’ĂŞtre plutĂ´t très bien entretenu. StĂ©phane pourra sans doute donner des prĂ©cisions techniques.

    @Diane: vous savez, je crois que la ligne Ă©ditoriale ne me conviendrait pas vraiment …

    Mercredi 13 dĂ©c 2006 à 10:51

  8. Serge Slama a dit :

    Beau reportage.

    Comment fait-on pour faire venir un groupe d’Ă©tudiants, suivant un cours de contentieux constitutionnel, visiter le lieu?

    Une chose est sĂ»re en tout cas, le globe ou la table de Cambacèrès n’a pas dĂ» beaucoup inspirer le PrĂ©sident du CC sur la “meilleure manière de dĂ©fendre nos libertĂ©s publiques”, dans la mesure oĂą depuis quelques annĂ©es cela semble ĂŞtre le cadet des soucis de juge de la ruue de Montpensier.
    Mais au moins il veille Ă  ce que les lois soient claires, intelligibles, normatives et pas dans le domaine du règlement et aussi, ne l’oublions pas, Ă  ce que les directives ne remettent pas en cause “l’identitĂ© constitutionnelle de la France”…
    Le langage de la qualité et de la normativité prime sur celui de la protection des droits fondamentaux.

    Dimanche 17 dĂ©c 2006 à 13:03

  9. groM a dit :

    @Serge Slama:

    Pour la visite organisĂ©e, je n’en ai aucune idĂ©e, je vous suggère de contacter directement StĂ©phane Cottin.

    Sinon, ne vous inquiétez pas pour nos libertés publiques: en étant un peu cyniques, reconnaissons que la CEDH fait plus pour elles ces temps derniers que le CC et le CE réunis ;-)

    Dimanche 17 dĂ©c 2006 à 18:22

  10. diane roman a dit :

    Oh la, Serge… ce n’est peut-ĂŞtre pas le procĂ©dĂ© le plus diplomatique pour demander une visite… ;-)

    Dimanche 17 dĂ©c 2006 à 22:43

  11. Serge Slama a dit :

    Diane, il faut distinguer l’institution des hommes qui l’incarnent actuellement.
    Le CC c’est d’abord et avant tout Cassin, Badinter, Vedel, etc. etc.

    Par exemple je peux ne pas approuver la majorité parlementaire actuelle et amener des étudiants visiter le Palais Bourbon.

    Estimer que le SĂ©nat est une “anomalie” mais aller tchachter Ă  Public SĂ©nat…

    Dimanche 17 dĂ©c 2006 à 23:52

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