CE Ss. Sec. 22 octobre 2003 Ligue des droits de l’Homme
Comme instament demandĂ© par Calamo, voici mon devoir de droit administratif, avec toutes les bĂŞtises que j’ai pu y mettre. Je demande l’indulgence des lecteurs, mais je suis sĂ»r qu’ils sauront me dire ces choses-lĂ avec dĂ©licatesse et mĂ©nagement. Pour commencer, voici l’arrĂŞt. Le droit civil suivra bientĂ´t.
Répondez aux questions suivantes de façon argumentée en citant la jurisprudence pertinente.
1 - Quel est l’objet de la procédure prévue à l’article 37 alinéa 2 de la Constitution de 1958 ?
La procédure prévue à l’article 37 alinéa 2 de la constitution permet au gouvernement de faire « délégaliser » les textes de « forme législative » pris dans le domaine du règlement.
Il faut replacer cette procédure dans le contexte de la constitution de 1958. Après le légicentrisme quasi-absolu des IIIème et IVème Républiques qui permettait au Parlement de voter des lois dans tous les domaines où il le jugeait nécessaire, empiétant ainsi sur les prérogatives de l’exécutif, la constitution de la Vème République a entendu délimiter les domaines respectifs de la loi et du règlement. D’un critère purement organique de la loi (tout texte voté par le Parlement), l’intention était de passer à un critère composite (tout texte pris dans les matières réservées à la loi et voté directement ou ratifié par le Parlement).
L’article 34 énonce ainsi les domaines pour lesquels le recours à la loi est obligatoire, domaines parmi lesquels on peut citer, dans le contexte de cet arrêt, la détermination des principes fondamentaux de l’aide sociale. Les autres matières, comme en dispose l’article 37 alinéa premier, sont du domaine du règlement. Il n’est toutefois pas interdit à une loi de contenir des disposition de nature réglementaire : le conseil constitutionnel, dans sa décision n° 82-143 DC du 30 juillet 1982 a jugé que le procédé était conforme à la Constitution.
La procédure prévue par l’article 37 alinéa 2 est la contrepartie logique de cette relative souplesse. Elle permet au Premier ministre de faire constater le caractère réglementaire de certaines dispositions organiquement législatives – que celles-ci aient d’ailleurs été prises par une loi, ou une ordonnance ou un décret-loi, afin de les modifier par décret. Pour les textes promulgués avant l’entrée en vigueur de la constitution, un avis du Conseil d’Etat doit être pris ; dans les textes promulgués ensuite, le gouvernement doit saisir le Conseil Constitutionnel qui se prononce sur la nature des dispositions déférées. Si dans le premier cas l’avis du Conseil d’Etat est en théorie facultatif, le fait que le décret modificatif soit soumis au contrôle juridictionnel du même Conseil d’Etat limite fortement toute velléité de s’affranchir de cet avis.
2 - Dans quel but les requérants demandent-ils au Premier ministre de mettre en œuvre cette procédure ?
Les requérants souhaitent enjoindre au Premier ministre de faire constater le caractère réglementaire de l’article 44 de la loi budgétaire du 22 mars 1924 qui dispose que, sous réserves des traités réciproques passés avec les pays étrangers, les réductions de tarifs de train consenties aux familles nombreuses ne sont applicables qu’aux citoyens français et aux originaires des colonies françaises ou des pays de protectorat, cette condition leur apparaissant discriminatoire à l’égard des autres catégories d’étrangers. Une fois la disposition délégalisée, ils souhaitent que le Premier ministre prenne un décret d’abrogation.
La recevabilité de la requête n’est pas évidente. Il serait par exemple possible de considérer qu’une requête de ce type entre dans le cadre de la participation du gouvernement au pouvoir législatif, et que la décision de recourir à la procédure de l’article 37 alinéa 2 fait partie des actes de gouvernement, inattaquables par nature. Ce n’est toutefois pas la position du Conseil d’Etat qui, dans une décision de Section du 3 décembre 1999 Association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire, a jugé que la décision de recourir à cette procédure faisait partie du pouvoir réglementaire susceptible d’un contrôle pour excès de pouvoir.
Cet arrêt présente toutefois une configuration originale par rapport à celui de 1999 : le texte dont il s’agit ici est antérieure à 1958 et l’appréciation de son caractère législatif ou réglementaire relève du Conseil d’Etat et non du Conseil Constitutionnel.
Par ailleurs, on notera que, depuis l’arrêt d’Assemblée Alitalia du 3 février 1989, le juge administratif élève au rang de principe l’obligation pour l’administration d’abroger les règlements illégaux qui lui sont soumis.
Dès lors, il serait logique que le juge administratif se donne la possibilité d’enjoindre au Premier ministre d’abroger une disposition de forme législative prise dans le domaine réglementaire.
3 - L’inconventionnalité éventuelle de l’article 44 de la loi de 1924 a-t-elle une incidence sur la compétence du Premier ministre et pourquoi ?
Le Conseil d’Etat est fidèle à la lettre de l’article 37 de la Constitution. Il affirme ainsi que le Premier ministre ne peut abroger une disposition de forme législative que pour autant qu’elle soit de nature réglementaire.
Cela ne veut pas dire pour autant que l’inconventionnalitĂ© ne sera pas sanctionnĂ©e : les dĂ©cisions individuelles prises en application de la loi de 1924 pourront faire l’objet d’un contrĂ´le pour excès de pouvoir. Dans ce cadre, il sera possible d’invoquer l’inconventionnalitĂ© de loi et la jurisprudence de l’arrĂŞt Nicolo (Conseil d’Etat Ass. 20 octobre 1989, Nicolo)
Par ailleurs, on pourra observer que le Conseil d’Etat répond à une logique d’économie de moyen : ayant démontré que la disposition litigieuse est de nature législative, il n’est donc pas possible de lui appliquer la procédure de l’article 37 et par conséquent inutile de répondre à la question de son inconventionnalité.
4 - Rédigez l’introduction puis indiquez l’intitulé des parties et sous-parties et la conclusion du commentaire que vous feriez de cet arrêt.
Introduction
La lutte contre les discriminations est maintenant devenue en enjeu politique majeur dont les plus hautes autorités se sont emparés. Bien avant son institutionnalisation récente, dont la HALDE, la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité, constitue l’incarnation la plus visible, ce combat a surtout été porté par le milieu associatif. Au sein de celui-ci, le Groupe d’Information et de Soutien aux Travailleurs Immigrés (le GISTI) et la Ligue des Droits de l’Homme (la LDH) sont biens connus des juristes pour leur intense activité juridictionnelle. Cette fois, ce sont les conditions de délivrance de la carte de réduction « famille nombreuses » créée par l’article 8 de la loi du 29 octobre 1921 qui ont attiré leur attention.
Le GISTI et la LDH ont en effet demandé le 30 janvier 2002 au Premier ministre de d’abroger par décret l’article 44 de la loi budgétaire de 1924, toujours en vigueur, et qui réserve l’attribution de cette carte aux « citoyens français et aux originaires des colonies françaises ou des pays de protectorats. » Le Premier ministre a transmis cette demande au ministre des transports qui a indiqué le 2 mai 2002 qu’une telle abrogation n’était pas d’actualité. Le GISTI et la LDH ont donc formé un recours en excès de pouvoir contre la décision de rejet implicite résultant du silence gardé pendant deux mois par le Premier ministre.
Leur argumentation se fonde sur le fait que, d’abord, les dispositions litigieuses seraient de nature réglementaire, et ensuite que leur inconventionnalité avec l’article 14 de la Convention de Européenne sauvegarde des droits de l’Homme relatif à l’interdiction des discriminations permettrait au Premier ministre de les abroger par décret, en utilisation la procédure de l’article 37, alinéa 2, de la Constitution.
Le Conseil d’Etat va rejeter ce raisonnement en s’en tenant à la plus pure orthodoxie constitutionnelle et jurisprudentielle (I). La solution laisse toutefois un certain nombre de problèmes en suspens (II), ce qui laisse présager que l’on entende encore parler devant la haute juridiction de la carte « famille nombreuse ».
I. Une solution orthodoxe
a. La recevabilité suit une logique bien établie
- L’administration doit abroger les règlements illégaux (CE Ass. 3 février 1989 Alitalia)
- Il est possible de faire enjoindre au Premier ministre de recourir à la procédure de l’article 37 pour faire abroger une disposition en forme législative qui empiète sur le domaine du règlement (CE Sect. 3 décembre 1999 Association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire)
b. L’étendue du contrôle du juge sur la mise en œuvre de la procédure de l’article 37, alinéa 2
- C’est un contrôle restreint (contrôle de l’erreur manifeste d’appréciation et de l’erreur de droit), et certainement pas un contrôle d’opportunité.
- Le Premier ministre a une certaine latitude en termes délais pour abroger (CE 3 décembre 1999 précité)
- Il y a cependant dans le prĂ©sent arrĂŞt une originalitĂ© assez logique : le Conseil d’Etat utilise la compĂ©tence qu’il tire de l’article 37 pour dĂ©terminer lui-mĂŞme le caractère lĂ©gislatif ou rĂ©glementaire du texte dĂ©fĂ©rĂ©, en dehors de la procĂ©dure d’avis.
II. Une solution provisoire
a. La question en suspens de l’inconventionnalité
- Question en suspens du fait de l’économie de moyens du Conseil d’Etat.
- Quid de la conventionnalité avec l’article 14 CEDH ?
- La question se pose encore plus pour la directive 2003/109/CE du 25 novembre 2003 sur l’égalité de traitement des résidants de longue durée : la transposition des directives fait l’objet d’une obligation constitutionnelle (article 88-1).
- Toutefois, pas moyen d’abroger le texte législatif : tout au plus peut-on écarter l’application de la loi de 1924 (CE Ass. 28 février 1992 Philip Morris)
- Possibilité de demander au Premier ministre de prendre les mesures de transposition
b. Une insuffisante cohérence juridictionnelle
La question de l’inconventionnalitĂ© n’ayant pas Ă©tĂ© tranchĂ©e, il est possible de la soulever dans les recours Ă©ventuels contre les dĂ©cisions individuelles prises en application du texte de 1924. Au lieu de trancher le problème une fois pour toutes, il y a risque de multiplicitĂ© de dĂ©cisions contradictoires en attendant que le Conseil d’Etat se prononce.
Conclusion
Si l’on peut regretter le caractère finalement provisoire de la dĂ©cision du Conseil d’Etat, il faut toutefois garder Ă l’esprit que la solution Ă©tait dictĂ©e par la voie choisie par les requĂ©rants : leur manière d’invoquer l’inconventionnalitĂ© comme moyen d’étendre la compĂ©tence tirĂ©e de l’article 37 Ă©tait en effet très audacieuse. Sans doute trop pour le Conseil d’Etat.
Il demeure regrettable qu’une question aussi sensible soit laissée dans une situation aussi insatisfaisante. On notera que si cette disposition avait été adoptée sous la Vème République et étudiée par le Conseil Constitutionnel, la question de l’inconventionnalité aurait aussi été laissée de côté (Conseil Constitutionnel, n°75-54 DC du 15 janvier 1975, loi I.V.G). Par contre se serait posée la question de l’atteinte au principe d’égalité, et de la justification de la différence de traitement au regard des finalités poursuivies.
A l’heure où des élus locaux qui réservent une prime de naissance aux seuls nationaux et ressortissants européens sont sanctionnés pénalement (Cass. Crim.17 décembre 2002, Mégret), au moment où la HALDE estime pour sa part inconventionnelle la restriction ici évoquée (délibération du 18 septembre 2006), une clarification aurait été nécessaire. Il va malheureusement falloir attendre encore un peu pour l’avoir.
groM a dit :
C’est marrant comme de changer de support met les fautes de français en support. Et fait ressortir le cĂ´tĂ© marmelade de certains paragraphes.
Snif.
Samedi 16 dĂ©c 2006 à 01:19
Tom a dit :
Sur un point voisin, un arrêt tout récent :
Assemblée du contentieux - Lecture du 11 décembre 2006
N°279517, 283983, CONSEIL NATIONAL DE L’ORDRE DES MEDECINS
“ConsidĂ©rant qu’il rĂ©sulte de ces dispositions que si une ordonnance prise sur le fondement de l’article 38 de la Constitution conserve, aussi longtemps que le Parlement ne l’a pas ratifiĂ©e expressĂ©ment ou de manière implicite, le caractère d’un acte administratif, celles de ses dispositions qui relèvent du domaine de la loi ne peuvent plus, après l’expiration du dĂ©lai d’habilitation confĂ©rĂ©e au gouvernement, ĂŞtre modifiĂ©es ou abrogĂ©es que par le lĂ©gislateur ou sur le fondement d’une nouvelle habilitation qui serait donnĂ©e au gouvernement ; que l’expiration du dĂ©lai fixĂ© par la loi d’habilitation fait ainsi obstacle Ă ce que l’autoritĂ© investie du pouvoir règlementaire fasse droit Ă une demande d’abrogation portant sur les dispositions d’une ordonnance relevant du domaine de la loi, quand bien mĂŞme seraient-elles entachĂ©es d’illĂ©galitĂ©…”
Dimanche 17 dĂ©c 2006 à 12:30
Serge Slama a dit :
Ayant une connaissance assez Ă©troite de cette dĂ©cision, je trouve que vous restituez très bien toutes les dimensions de l’arrĂŞt, tout en l’actualisant avec les Ă©volutions ultĂ©rieures (saisine HALDE, recommandation, annonce du gouvernement de l’abrogation de l’article 44 de la loi de 1924 par un amendement Ă la LFSS 2007 - qui au passage n’a pas Ă©tĂ© dĂ©posĂ©);
J’aurais mis une bonne note!!
Juste qqs remarques (pour compléter):
De forme:
- le titre : c’est un arrĂŞt Gisti et LDH (pas LDH)
- Gisti, c’est depuis 1997, Groupe d’information et de soutien des immigrĂ©s (mĂŞme si je sais que dans les ouvrages de droit, y compris dans le GAJA, le “travailleur” est souvent maintenu ou on trouve “Groupement” ou “aux” immigrĂ©s; Mais le nom est statutairement celui-lĂ ).
- sur la citation de la loi de 1924, il s’agit des “pays du protectorat”. Il faut y ajouter les ressortissants UE depuis 1975 avec la dĂ©cision CJCE Cristini
De fond:
la jurisprudence “Blocage des prix” de 1982 a Ă©tĂ© abandonnĂ©e en avril 2005 par le CC dans la dĂ©cision “Avenir de l’Ecole”. DĂ©sormais, dans le cadre du contrĂ´le de l’article 61 C, le CC retient le grief d’inconstutitonnalitĂ© pour empiètement par le lĂ©gislateur sur le domaine de l’article 37, et ce mĂŞme si le PM n’a pas utilisĂ© la procĂ©dure du fin de non-recevoir (FNR) de l’article 41 C au cours du dĂ©bat parlementaire.
Rappelez tout de mĂŞme que la dĂ©cision AOMSL de 1999 n’avait rien d’Ă©vident car on aurait pu penser que cĂ©tait un acte de gvt, car relation entre pouvoirs publics et que, dès lors, le contrĂ´le exercĂ© par le CC est minimum (d’ailleurs dans AOMSL il n’annule pas la DIR du PM n’ayant pas mi en oeuvre la procĂ©dure de dĂ©classement car il lui reconnaĂ®t une large marge d’apprĂ©ciation).
- Sur la directive de 2003, vous devriez lire plus attentivement l’article 11. Il rĂ©serve des surprises…
- Sur la conclusion: si ça avait Ă©tĂ© adoptĂ© sous la Vème, on peut penser que le CC, s’il Ă©tait saisi, estimerait qu’une telle restriction est contraire au principe d’Ă©galitĂ© de traitement (CC 1971 libertĂ© d’asso ou CC 1973 Tacxation d’office).
Dimanche 17 dĂ©c 2006 à 12:38
Serge Slama a dit :
Ah oui j’oublais: vous faites totalement l’impasse sur l’argumentation retenue par le CE pour estimer que le fait de rĂ©server le bĂ©nĂ©fice de la CFN Ă certaines catĂ©gories de personnes relève de l’article 34 (assimilation Ă un avantage social qui relève “principes fondamentaux de la sĂ©curitĂ© sociale” au sens de l’article 34).
“qu’en instituant, au bĂ©nĂ©fice des familles nombreuses, un rĂ©gime de rĂ©duction sur les tarifs des chemins de fer, l’article 8 de la loi du 29 octobre 1921 a entendu reconnaĂ®tre aux intĂ©ressĂ©s le droit Ă un avantage devant ĂŞtre regardĂ©, pour l’application de l’article 34 de la Constitution, comme relevant des systèmes de protection sociale ; que les rĂ©ductions sur les tarifs de transport par chemin de fer sont, au demeurant, mentionnĂ©es Ă l’article L. 112-2 du code de l’action sociale et des familles, dont les dispositions reprennent celles de l’article 20 du code de la famille et de l’aide sociale, comme Ă©tant au nombre des mesures ayant pour objet d’aider les familles Ă Ă©lever leurs enfants , au mĂŞme titre que les prestations de sĂ©curitĂ© sociale ou les allocations d’aide sociale qui leur sont destinĂ©es”
C’est une interprĂ©tation particulièrement extensive de la notion, ce qui vaut l’arrĂŞt d’avoir Ă©tĂ© essentiellement commentĂ© par des spĂ©cialistes du droit social (v. le Borgetto et Lafore, Droit de l’aide et de l’action sociale, par ex.)
Dimanche 17 dĂ©c 2006 à 12:49
groM a dit :
@Serge Slama:
- Dans un premier temps, je me suis dit “C’est gĂ©nial, Internet, j’ai la double correction gratuitement”. Dans un deuxième temps, je me suis dit que c’Ă©tait un instrument redoutable: j’ai aussi la correction de la correction
Merci beaucoup en tout cas d’avoir pris le temps de me faire part de commentaires aussi utiles.
- Sur la forme, merci pour les prĂ©cisions. J’ignorais notamment le changement d’intitulĂ© du GISTI. En ce qui concerne le nom de l’arrĂŞt, je plaide non coupable: je n’ai fait que reprendre servilement l’intitulĂ© figurant dans l’Ă©noncĂ©.
- Sur le fond:
* J’ignorais complètement la dĂ©cision du CC de 2005. C’est donc le grand retour aux sources avec un contrĂ´le plus strict du domaine de la loi … Est-ce comme cela que l’on veut “revaloriser le rĂ´le du Parlement” ? Il va falloir que j’aille lire la dĂ©cision en question.
* En ce qui concerne mon silence sur le raisonnement qui attribue au domaine de la loi la dĂ©termination des catĂ©gories de bĂ©nĂ©ficiaires de la carte, j’ai observĂ© un silence prudent faute de recul sur la question. La conception du domaine de la loi m’a effectivement semblĂ© maximaliste, mais ne connaissant pas la jurisprudence en la matière, j’ai prĂ©fĂ©rĂ© me taire que dire des bĂŞtises.
* En ce qui concerne la directive de 2003, vous voulez parler du paragraphe 4 de l’article 11 ?
@Tom: Merci pour l’arrĂŞt. DĂ©cidĂ©ment, la jurisprudence autour de l’article 37 bouge beaucoup en ce moment !
Dimanche 17 dĂ©c 2006 à 18:18
diane roman a dit :
Bel arrĂŞt. Et bon commentaire (sous rĂ©serve de l’actualisation des rĂ©fĂ©rences aux dĂ©cisions du Conseil constitutionnel. Votre photoreportage en ses lieux n’a donc pas Ă©tĂ© très studieux!)…
je ne dirais qu’une chose, pour ne pas empiĂ©ter sur la souverainetĂ© d’apprĂ©ciation de votre correcteur: je regrette de ne pas avoir souvent corrigĂ© des copies de deuxième annĂ©e d’aussi bonne qualitĂ© …
Dimanche 17 dĂ©c 2006 à 22:41
Serge Slama a dit :
Bon c’est pas très difficile pour moi: j’ai fait un cours sur les arricles 37 al 2, l’article 41 etc. cette semaine en Contentieux constitutionnel Ă mes Ă©tudiants de M1.
La dĂ©cision “Avenir de l’Ecole” d’avril 2005 est essentielle dans mouvement actuel de lĂ©gistique (”qualitĂ© de la loi”). En fait cette dĂ©cision concrĂ©tise le discours de P. Mazeaud le 3 janvier 2005 lors des voeux au PDR qui avait annoncĂ© la lutte contre la “loi bavarde”. il avait annoncĂ© la censure de ce type de loi. Avenir de l’Ecole est donc non seulement la première dĂ©cision de censure d’une loi noon normative mais Ă©galement elle revient sur Blocage des Prix en estimant quen, dans le cadre de l’article 61C, le CC peut invalider une loi empiĂ©tant sur le domaine de l’article 37.
- sur le caractère d’aide sociale, cette qualification avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© retenue par le CJCE dans l’arrĂŞt Cristni. La HALDE utilise aussi cette argument pour appliquer l’article 14 (non discrimination) combinĂ© Ă l’article 1er du premier protocole (protection des biens), conformĂ©ment Ă CEDH 1996 Gaygusuz et CE 2001 Diop.
Regardez par ex. le commentaire Tourette Ă l’AJDA de cette dĂ©cision ou le Borgetto et Lafore.
- oui, c’est bien le paragraphe 4 sur les “prestations essentielles”, mais Chuuut, pour l’isnstant personne ne s’en est rendu compte…et d’ailleurs personne ne sait Ă quoi renvoie cette notion, pas mĂŞmes les Etats membres
Sinon, juste par curiositĂ©, que pensez-vous du truchement utilisĂ© par le Gisti pour obtenir l’abrogation de cette dĂ©isposition lĂ©gistaltive (le mĂŞme que pour la suppression de l’article 3 de la loi du 23 fĂ©vrier 2005 sur le rĂ´le positif de la colonisation). C’Ă©tait ingĂ©nieux ou tordu?
Dimanche 17 dĂ©c 2006 à 23:46
Laurent GUERBY a dit :
Question de curieux : y-a-t’il des jugements qui Ă©clairent la diffĂ©rence entre loi rĂ©glement (enfin plus que la liste de l’article 37
?
Lundi 18 dĂ©c 2006 à 00:45
groM a dit :
@Laurent: vous parlez de la liste de l’article 34, je suppose ? Celle de l’article 37 est plutĂ´t brève … Sinon, je n’ai pas une liste des jugements qui prĂ©cisent la notion: l’arrĂŞt commentĂ© ici en est un; si vous voulez un panorama global de la frontière entre loi et règlement, vous pouvez vous palucher toutes les dĂ©cision “L” du conseil constitutionnel, qui sont prises en application de l’article 37, ou bien rechercher “article 34″ et “article 37″ dans LĂ©gifrance. Je vous prĂ©viens, il y a du boulot, et jusqu’Ă la dĂ©cision “avenir de l’Ă©cole” (c’est Ă dire vous l’aurez compris jusqu’Ă hier en ce qui me concerne) la distinction avait perdu de sa pertinence
@Diane Roman: Vous me faites rougir
Mais je vous assure - sans fausse modestie - que si j’avais du faire la mĂŞme chose sans ma petite documentation sous la main, le rĂ©sultat n’eĂ»t pas Ă©tĂ© reluisant. De quoi me persuader de me reconvertir dans la photo de monuments historiques plutĂ´t que le droit !
@Serge Slama:
- J’avais bien parcouru le discours de voeux de Pierre Mazeaud, mais j’ai loupĂ© la mise en oeuvre. Mea culpa. Que le conseil constitutionnel retrouve un rĂ´le de gardien de la normativitĂ©, cela me semble relativement sain, mĂŞme si cela n’est pas, Ă mon sens, la prioritĂ©. que j’aimerais qu’il dĂ©pense son Ă©nergie Ă faire de la concurrence Ă la CEDH !
- Bon, je me tairai sur le paragraphe 4. D’ailleurs, c’est un paragraphe dĂ©pourvu de portĂ©e normative puisque, quand on est au RMI par exemple, toutes les prestations sociales sont essentielles.
- Concernant la stratĂ©gie du GISTI: non elle ne me semble pas particulièrement tordue. Leurs juristes devaient ĂŞtre persuadĂ©s du caractère rĂ©glementaire de la mesure pour emprunter cette voie, Ă moins que cela n’ait “juste” Ă©tĂ© un moyen de communication. Après tout, il n’y avait pas beaucoup d’autres moyens d’agir immĂ©diatement contre la loi de 1924. Maintenant qu’il est Ă©tabli que l’article 44 de la loi de 1924 est de nature lĂ©gislative, que faire ? Il y a bien entendu le moyen tirĂ© de l’inconventionnalitĂ© lors de l’examen d’une dĂ©cision individuelle de refus d’attribution de la CFN; il y a aussi, puisque vous avez l’air sĂ»r que la rupture d’Ă©galitĂ© serait inconstitutionnelle, l’argument selon lequel la loi de 1924 aurait Ă©tĂ© implicitement abrogĂ©e par la constitution de 1958. Si le premier arguement a plus de chances de prospĂ©rer, je prĂ©fèrerais pour ma part que le second soit utilisĂ©. Je suis en faveur de tout ce qui peut affaiblir, limiter et finalement faire tomber la thĂ©orie de la loi-Ă©cran.
Lundi 18 dĂ©c 2006 à 11:02
xddb a dit :
L’analyse de la dĂ©cision du Conseil constitutionnel sur la Loi Fillon d’avril 2005 me paraĂ®t excessive. Le CC accepte, s’il est saisi d’un moyen en ce sens par les saisissants, de constater le caractère rĂ©glementaire de dispositions contenues de la loi. Il reprend ce constat dans le dispositif de sa dĂ©cision. En revanche, il ne censure toujours pas la loi au motif qu’elle contiendrait des dispositions matĂ©riellement rĂ©glementaires. Bref, le principe issu de la juriprudence Blocage des prix demeure valable.
La dĂ©cision de 2005 pourrait annoncer la volontĂ© du CC d’instituer une procĂ©dure de dĂ©classement a priori de la loi en complĂ©ment de la procĂ©dure de dĂ©classement a posteriori de l’article 37 al. 2. Pour avoir une confirmation sur ce point, tout dĂ©pendra du Conseil d’Etat. Quelle sera sa rĂ©action s’il est saisi Ă l’avenir d’une recours contre un dĂ©cret qui modifie les dispositions d’une loi dĂ©clarĂ©es matĂ©riellement rĂ©glementaires par le CC Ă l’occasion du contrĂ´le de constitutionnalitĂ© de la loi.
Autre analyse possible: le CC annonce un revirement futur et l’abandon de la jurisprudence Blocage des prix.
Au total, la loi Ă contenu non normatif est inconstitutionnelle. Tel n’est pas encore le cas de la loi Ă contenu rĂ©glementaire.
Mardi 19 dĂ©c 2006 à 13:31
Serge slama a dit :
@ xddb En effet, cher collègue, j’ai manquĂ© de prĂ©cision.
Il procède Ă ce que G. DRAGO qualifie dans son Contentieux constitutionnel français (PUF, 2006, n°335) Ă une “dĂ©lĂ©galisation prĂ©ventive”. Alors ce n’est pas Ă exactement une inconstitutionnalitĂ© (et j’ai donc eu tord de parler “d’invalidation” de la loi puisque la disposition n’est pas annulĂ©e mais dĂ©classĂ©e) mais il le fait dans le cadre du contrĂ´le de constitutionnalitĂ© de l’article 61C, ce qui dès lors interroge sur la procĂ©dure de Fin de non recevoir (article 41) et celle de dĂ©classement (article 37 al2).
http://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2005/2005512/2005512dc.htm
- SUR LA PRÉSENCE DANS LA LOI DE DISPOSITIONS RÉGLEMENTAIRES :
“23. ConsidĂ©rant que les articles 19, 22, 33 et 34 de la loi dĂ©fĂ©rĂ©e se bornent respectivement Ă instituer dans chaque acadĂ©mie une commission sur l’enseignement des langues vivantes Ă©trangères, Ă modifier la terminologie relative Ă un organisme dĂ©jĂ existant, Ă prĂ©voir la crĂ©ation et les conditions d’attribution d’un label de ” lycĂ©e des mĂ©tiers “, Ă dĂ©finir le ” projet d’Ă©cole ou d’Ă©tablissement ” et le règlement intĂ©rieur que doivent adopter les Ă©coles et Ă©tablissements d’enseignement scolaire public ; qu’ils ne mettent en cause ni ” les principes fondamentaux… de l’enseignement “, qui relèvent de la loi en vertu de l’article 34 de la Constitution, ni aucun autre principe ou règle que la Constitution place dans le domaine de la loi ; que ces dispositions ont, Ă l’Ă©vidence, le caractère rĂ©glementaire”
Article 3.- Les articles 19, 22, 33 et 34 de la même loi ont le caractère réglementaire.
C’est bien un revirement par rapport Ă Blocage des prix car il y avait estimĂ©
http://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/1982/82143dc.htm
” l’une et l’autre de ces procĂ©dures ont un caractère facultatif ; qu’il apparaĂ®t ainsi que, par les articles 34 et 37, alinĂ©a 1er, la
Constitution n’a pas entendu frapper d’inconstitutionnalitĂ© une disposition de nature rĂ©glementaire contenue dans une loi, mais a voulu, Ă cĂ´tĂ© du domaine rĂ©servĂ© Ă la loi, reconnaĂ®tre Ă l’autoritĂ© rĂ©glementaire un domaine propre et confĂ©rer au Gouvernement, par la mise en oeuvre des procĂ©dures spĂ©cifiques des articles 37, alinĂ©a 2, et 41, le pouvoir d’en assurer la protection contre d’Ă©ventuels empiĂ©tements de la loi ; que, dans ces conditions, les dĂ©putĂ©s auteurs de la saisine ne sauraient se prĂ©valoir de ce que le lĂ©gislateur est intervenu dans le domaine rĂ©glementaire pour soutenir que la disposition critiquĂ©e serait contraire Ă la Constitution”
@ GroM
Ca m’amuse toujours lorsque, de l’extĂ©rieur, les auteurs des requĂŞtes Gisti sont perçus comme “un bataillon de juristes”. Si vous saviez…
Mais vous avez raison, contre la CFN, la solution - en l’absence de l’amendement promis - sera une procĂ©dure individuelle devant un tribunal d’instance contre un refus d’attribution de la carte par la SNCF avec une exception d’inconventionnalitĂ© de la loi…
Mardi 19 dĂ©c 2006 à 18:03
groM a dit :
Il doit bien y avoir quelques personnes qui ont de vagues notions de droit, pour justifier les 34 occurences trouvées par Légifrance dans la jurisprudence du CE, et les 12 dans celle de la cour de Cassation
Par contre, sur quoi est fondĂ©e la compĂ©tence du TI ? A première vue, j’aurais donnĂ© ça sans hĂ©siter aux juridictions administratives …
Mardi 19 dĂ©c 2006 à 18:59
Serge Slama a dit :
34???? Non pas possible : en tapant Gisti c’est 41 occurences.
Mais c’est une vision faussĂ©e: le Conseil d’Etat se plante sans cesse surle nom (le plus comique c’est l’arrĂŞt Aides et Gisti du 7 juin 2006 sur l’AME
“Vu la requĂŞte, enregistrĂ©e le 28 septembre 2005 au secrĂ©tariat du contentieux du Conseil d’Etat, prĂ©sentĂ©e par l’ASSOCIATION AIDES, dont le siège est 14, rue Scandicci Ă Pantin (93500), reprĂ©sentĂ©e par son prĂ©sident en exercice, l’association GROUPE DE SOUTIEN ET D’INFORMATION POUR LES IMMIGRES, dont le siège est 3, villa Marcès Ă Paris (75011), reprĂ©sentĂ©e par sa prĂ©sidente en exercice”
GSIPI?
Si vous tapez des Ă©lĂ©ments du noms “Groupe” “information” “soutien” “immigrĂ©s”, vous tombez sur 98 occurences!
Il y a en moyenne 3 à 5 arrêts Gisti du CE, en général mentionnés ou publiés au Lebon, par an. Souvent de Section ou Assemblée. 2 au GAJA!!
Le plus ancien Ă©tant celui de 1978, qu’on trouve sur LĂ©gisfrance!
Au total,en 30 ans, je pense qu’il doit y avoir 70 Ă 80 arrĂŞts “Gisti”, y compris les interventions volontaires comme CE rĂ©f. 12 janvier 2001, Mme Hyacinthe et Gisti (le 2ème rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© portĂ© au CE)
Pour la compétence de la juridiction judiciaire ce sont souvent des interventions volontaires du Gisti dans des procédures de rétention.
L’affaire la plus connue: assignation de l’agent judiciaire du trĂ©sor pour les conditions de rĂ©tention au dĂ©pĂ´t des Ă©trangers de la prĂ©f de Paris (”le pire endroit d’enfermement en Europe”, selon Gil Roblès) en voie de fait.
ca a donnĂ© lieu Ă l’arrĂŞt TC 1994 Dulangi et Gisti
Mercredi 20 dĂ©c 2006 à 00:58
Laurent GUERBY a dit :
GroM, oui 34 pardon
.
C’est marrant cette liste de dĂ©cision toutes copier/coller “considĂ©rant que c’est pas dans le 34 donc rĂ©glementaire”.
Est-ce que le gouvernement est obliger de demander l’avis du conseil constitutionnel a chaque fois ?
Jeudi 21 dĂ©c 2006 à 10:17
groM a dit :
@Laurent: lisez la réponse à la question n°1 in fine
Jeudi 21 dĂ©c 2006 à 10:40
groM a dit :
Ca va faire mal … Le corrigĂ© est lĂ .
Jeudi 21 dĂ©c 2006 à 15:19
Calamo a dit :
Je savais bien que je ne serais pas déçu
Au-delĂ , que je laisse un commentaire pertinent est encore plus utopique qu’Ă l’accoutumĂ© !
Jeudi 28 dĂ©c 2006 à 18:35
BloghorrĂ©e » Brèves a dit :
[…] Toujours plus sĂ©rieux: mon devoir de droit administratif m’a Ă©tĂ© rendu. J’en profite pour rĂ©pondre Ă mon correcteur, qui me demandait si j’avais seulement envisagĂ© que les avantages consentis par la carte famille nombreuse puissent ĂŞtre supprimĂ©s ou amoindris afin de faire cesser la discrimination. Politiquement, l’hypothèse ne me semble tout simplement pas envisageable en pĂ©riode Ă©lectorale. Juridiquement, on pourrait assez raisonnablement soutenir que la rĂ©duction des tarifs de train consenties au familles nombreuses est un principe fondamental reconnu par les lois de la RĂ©publique: cette mesure est issue d’une loi antĂ©rieure Ă 1946 (celles de 1924 et 1921) sous un rĂ©gime rĂ©publicain, n’a jamais Ă©tĂ© dĂ©menti, et met en oeuvre une mesure d’aide sociale qui contribue Ă l’exercice effectif de la libertĂ© d’aller et de venir. Le Conseil d’Etat considère lui-mĂŞme que cette mesure relève du domaine de la loi, c’est Ă dire des principes fondamentaux de l’aide sociale. Vous pouvez déposer un commentaire, ou un rétrolien depuis votre site. RSS 2.0 […]
Jeudi 4 jan 2007 à 15:36
Erasoft a dit :
– Hors sujet –
Tu as “supprimĂ©” ton dernier billet, et je n’en reviens pas.
Je l’ai beaucoup apprĂ©ciĂ© ! MĂŞme l’ironie sur Saddam ! L’ironie, je l’ai dans le sang, et j’aurai fait bien pire si j’avais du en parler — notamment rapporter une merveilleuse copie d’Ă©cran de Fox News, bien plus trash que tout ce que l’on pourrait dire, et vue par des millions d’AmĂ©ricains.. !
“cause de mĂ©diocritĂ©” : et moi, alors, je devrais me pendre ! (non, aucun rapport avec Saddam, je vous jure) Je ne fais que me gaver de chocolat alors que mes exams sont dans quelques jours ! Je vais rentrer Ă la fac encore plus con que je n’en suis sorti. Et chacun,
Rha ! J’espère seulement que c’est pas ma remarque sur les PFRLR qui est la cause de tout ça, parce qu’il y aurait une sacrĂ©e rupture de proportionnalitĂ©
Mais si, avec ta famille nombreuse, tu auras le droit de voyager
— Fin du hors-sujet —
Jeudi 4 jan 2007 à 23:48
Erasoft a dit :
J’ai oubliĂ© un bout de phrase dans ma digression : “Et chacun, sait que ce sera une performance”. Ce qui suit un peu ton commentaire sur le blog de Diane Roman
Paraitre plus débile que je ne suis est vraiment un travail à plein temps
Vendredi 5 jan 2007 à 16:11