Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Vendredi 16 février 2007

Fame !

Posté dans Autres par groM

Par Dimitri Houtcieff, j’apprends que le dernier numéro du Recueill Dalloz contient un éditorial intitulé Propos iconoclastes sur la “Bloghorrée”, éditorial qui porte des appréciations mitigées sur la contribution de la bogosphère juridique à la doctrine.

D’abord, je me réjouis de voir Bloghorrée faire la une du Dalloz. Quelle reconnaissance ! Le lecteur attentif ne manquera pas de doucher facilement mon enthousiasme: si le titre inclut bien le nom de ce blog, faute originelle comprise, la présence de l’article vise en fait à dénoncer une dérive générale de la blogosphère. Mais quand bien même ces colonnes représenteraient l’archétype de cette dérive, justifiant ainsi leur présence dans le titre, je serais très flatté d’être l’objet de la vindicte d’une telle revue !

Pas de rancune pour Dalloz, donc, d’autant que certains des arguments qui sont mentionnés par Dimitri Houtcieff semblent effectivement valables. La blogosphère, par sa capacité de réaction, contribue effectivement à la création d’un fast droit, pour reprendre les termes de l’auteur. C’est incontestable. Les jugements de prud’hommes sont immédiatement commentés et élevés au rang de jurisprudence; les arrêts du conseil d’Etat pratiquement poussés dans le GAJA de force; un billet qui commente un arrêt vieux d’une semaine est presque has been.

Force est aussi de reconnaître les grandes différences de contenu qui existent dans la blogosphère. Entre les articles de doctrine qui paraissent sur droit administratif avant leur publication dans une revue spécialisée, les écrits d’honorables agrégés et les élucubrations semi-éthyliques d’étudiants de deuxième année, tout ne se vaut pas, loin de là. Il me semble donc difficile de parler de “la” blogosphère, même si des phénomènes d’endogamie assumée, comme les agrégateurs ou les liens croisés, vont dans le sens d’une communauté de fait. Pour résumer, la blogosphère juridique est à la fois une et diverse, c’est sa force et sa faiblesse, et c’est pourquoi elle est exigeante à l’égard du lecteur.

Je ne ferais donc pas à Dalloz un procès d’intention. Evidemment qu’un éditeur éprouve une certaine méfiance à l’égard de ce qui peut lui sembler remettre en cause le modèle traditionnel des revues juridiques; Dalloz en l’espèce est plutôt bien disposé, comme en témoigne l’ouverture d’un blog de bonne tenue et qui a trouvé une certaine place.

Il demeure que les éditeurs juridiques se trouvent à l’égard de la multiplication des contenus juridiques “libres” dans la même position que les éditeurs de logiciels propriétaires à l’égard des logiciels libres dans les années 90. Ils oscillent donc entre méfiance (Le logiciel libre, c’est pas sûr, on sait pas d’où ça vient ! pour les uns, Les blogs c’est n’importe quoi ! pour les autres) et attirance (vous pouvez accéder aux sources de mon OS ou bien Tiens, je vais ouvrir un blog pour suivre le mouvement)

Cette méfiance est injustifiée à mon sens. Comme le souligne le professeur Houtcieff, la blogosphère offre des fonctions complémentaires à celles de l’édition traditionnelle. Qu’elle serve à mettre en ligne des supports de cours, des projets d’articles ou bien à vulgariser pour le plus grand nombre des décisions de justice, qu’elle soit utilisée pour resserrer les liens entre étudiants ou professionnels, rien en cela ne menace les éditeurs. Qu’elle les contraignent à évoluer en offrant des services en ligne plus aboutis et plus réactifs, tant mieux ! Que parfois, elle soit plus légère et contribue à donner une image vivante du droit, faut-il l’en blâmer ?

In cauda venenum, que les éditeurs se rassurent: leurs revues sont indispensables, ne serait-ce que parce qu’elles satisfont l’orgueil des auteurs. Le début de ce billet en est une preuve éclatante.

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6 commentaires

  1. Tom a dit :

    Aviez-vous déposé le nom “Bloghorrée” ?

    Car autant blogorrhée pourrait être dans le domaine public, honorable contraction de “blogue” et de “logorrhée”, autant Bloghorrée ne peut désigner qu’un site : le vôtre.
    Soit l’article ne fait que vous visez : ne serait-il pas alors diffamatoire ?
    Soit il vise les logorrhées possibles sur Internet comme dans les meilleures revues, et l’utilisation comme nom commun d’un nom de site honorablement connu doit bien porter atteinte à quelques droits subjectifs…

    Bien sûr, je plaisante… et je trouve la faute d’orthographe du Dalloz amusante!

    Vendredi 16 fév 2007 à 17:13

  2. groM a dit :

    :-)

    Vous aurez remarqué que je leur accorde une présomption simple de bonne foi, d’autant que je n’ai pas lu l’article. Mais je vais essayer de combattre ça (la non-lecture de l’article, et éventuellement la présomption)

    Vendredi 16 fév 2007 à 19:03

  3. erasoft a dit :

    Hum, je vais attendre encore un peu avant de publier un billet.. à nouveau :)

    Est-ce une bizarrerie si la doctrine française est hostile à la blogosphère, tandis que les juges américains, et ses cours fédérales, citent Wikipédia, que les revues américaines enjoignent leurs lecteurs à y participer, et que d’innombrables professeurs de droit s’y répandent en analyse ? J’ai vu des cours virtuels de droit constitutionnel américain d’un prof d’Harvard, en 3D. C’est gadget, mais ça relève un état d’esprit.

    Je suis d’accord pour toutes les critiques que les blogs juridiques (ce qui, donc, ne me concerne pas :D ) peuvent prendre. En revanche, il faudrait également que les professeurs n’hésitent pas à franchir le pas à produire leur blog, dans un domaine malgré tout très marginal. Alors que le citoyen est de plus en plus enclin à vérifier les informations portées par les médias (Elkabbach ? cf. également le succès surprenant d’Eolas, troisième blog francophone, alors qu’il est avocat, ce qui n’est guère apprécié en France), l’intérêt des blogs sur Internet, où toute information (et son contraire !) est disponible, il me semble des auteurs de qualité est impérative pour structurer un internet intelligent.

    P.S : une faute à “exigeante” dans “c’est pourquoi elle est exigente à l’égard du lecteur.”, c’est quand même formidable ;)

    Samedi 17 fév 2007 à 01:37

  4. groM a dit :

    La faute est corrigée. Marci Erasoft !

    Sinon, judicieuses remarques de blogorrhée comparée :-)

    Samedi 17 fév 2007 à 09:40

  5. diane roman a dit :

    Ravie de lire ce billet qui m’apprend plusieurs choses:
    d’abord que je ne suis qu’honorable, tandis que Frédéric Rolin est agrégé ;-) !
    ensuite que votre blog, dans sa forme comme par ses propos, inspire la presse juridique la plus vénérable. Quelle consécration!

    enfin, par vos lecteurs, qu’il existe un cours de droit constitutionnel américain en 3 D. Alors, pour assouvir ma curiosité, mille mercis, Erasoft, si vous pouviez mettre un lien!

    bien cordialement

    Samedi 17 fév 2007 à 18:31

  6. groM a dit :

    Il est sans doute plus difficile d’être honorable que d’être agrégé. Mais je vous rassure, les deux mots étaient sémantiquement insécables :-)

    Lundi 19 fév 2007 à 11:24

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