Fame !
Par Dimitri Houtcieff, j’apprends que le dernier numĂ©ro du Recueill Dalloz contient un Ă©ditorial intitulĂ© Propos iconoclastes sur la “BloghorrĂ©e”, Ă©ditorial qui porte des apprĂ©ciations mitigĂ©es sur la contribution de la bogosphère juridique Ă la doctrine.
D’abord, je me rĂ©jouis de voir BloghorrĂ©e faire la une du Dalloz. Quelle reconnaissance ! Le lecteur attentif ne manquera pas de doucher facilement mon enthousiasme: si le titre inclut bien le nom de ce blog, faute originelle comprise, la prĂ©sence de l’article vise en fait Ă dĂ©noncer une dĂ©rive gĂ©nĂ©rale de la blogosphère. Mais quand bien mĂŞme ces colonnes reprĂ©senteraient l’archĂ©type de cette dĂ©rive, justifiant ainsi leur prĂ©sence dans le titre, je serais très flattĂ© d’ĂŞtre l’objet de la vindicte d’une telle revue !
Pas de rancune pour Dalloz, donc, d’autant que certains des arguments qui sont mentionnĂ©s par Dimitri Houtcieff semblent effectivement valables. La blogosphère, par sa capacitĂ© de rĂ©action, contribue effectivement Ă la crĂ©ation d’un fast droit, pour reprendre les termes de l’auteur. C’est incontestable. Les jugements de prud’hommes sont immĂ©diatement commentĂ©s et Ă©levĂ©s au rang de jurisprudence; les arrĂŞts du conseil d’Etat pratiquement poussĂ©s dans le GAJA de force; un billet qui commente un arrĂŞt vieux d’une semaine est presque has been.
Force est aussi de reconnaĂ®tre les grandes diffĂ©rences de contenu qui existent dans la blogosphère. Entre les articles de doctrine qui paraissent sur droit administratif avant leur publication dans une revue spĂ©cialisĂ©e, les Ă©crits d’honorables agrĂ©gĂ©s et les Ă©lucubrations semi-Ă©thyliques d’Ă©tudiants de deuxième annĂ©e, tout ne se vaut pas, loin de lĂ . Il me semble donc difficile de parler de “la” blogosphère, mĂŞme si des phĂ©nomènes d’endogamie assumĂ©e, comme les agrĂ©gateurs ou les liens croisĂ©s, vont dans le sens d’une communautĂ© de fait. Pour rĂ©sumer, la blogosphère juridique est Ă la fois une et diverse, c’est sa force et sa faiblesse, et c’est pourquoi elle est exigeante Ă l’Ă©gard du lecteur.
Je ne ferais donc pas Ă Dalloz un procès d’intention. Evidemment qu’un Ă©diteur Ă©prouve une certaine mĂ©fiance Ă l’Ă©gard de ce qui peut lui sembler remettre en cause le modèle traditionnel des revues juridiques; Dalloz en l’espèce est plutĂ´t bien disposĂ©, comme en tĂ©moigne l’ouverture d’un blog de bonne tenue et qui a trouvĂ© une certaine place.
Il demeure que les Ă©diteurs juridiques se trouvent Ă l’Ă©gard de la multiplication des contenus juridiques “libres” dans la mĂŞme position que les Ă©diteurs de logiciels propriĂ©taires Ă l’Ă©gard des logiciels libres dans les annĂ©es 90. Ils oscillent donc entre mĂ©fiance (Le logiciel libre, c’est pas sĂ»r, on sait pas d’oĂą ça vient ! pour les uns, Les blogs c’est n’importe quoi ! pour les autres) et attirance (vous pouvez accĂ©der aux sources de mon OS ou bien Tiens, je vais ouvrir un blog pour suivre le mouvement)
Cette mĂ©fiance est injustifiĂ©e Ă mon sens. Comme le souligne le professeur Houtcieff, la blogosphère offre des fonctions complĂ©mentaires Ă celles de l’Ă©dition traditionnelle. Qu’elle serve Ă mettre en ligne des supports de cours, des projets d’articles ou bien Ă vulgariser pour le plus grand nombre des dĂ©cisions de justice, qu’elle soit utilisĂ©e pour resserrer les liens entre Ă©tudiants ou professionnels, rien en cela ne menace les Ă©diteurs. Qu’elle les contraignent Ă Ă©voluer en offrant des services en ligne plus aboutis et plus rĂ©actifs, tant mieux ! Que parfois, elle soit plus lĂ©gère et contribue Ă donner une image vivante du droit, faut-il l’en blâmer ?
In cauda venenum, que les Ă©diteurs se rassurent: leurs revues sont indispensables, ne serait-ce que parce qu’elles satisfont l’orgueil des auteurs. Le dĂ©but de ce billet en est une preuve Ă©clatante.
Tom a dit :
Aviez-vous dĂ©posĂ© le nom “BloghorrĂ©e” ?
Car autant blogorrhĂ©e pourrait ĂŞtre dans le domaine public, honorable contraction de “blogue” et de “logorrhĂ©e”, autant BloghorrĂ©e ne peut dĂ©signer qu’un site : le vĂ´tre.
Soit l’article ne fait que vous visez : ne serait-il pas alors diffamatoire ?
Soit il vise les logorrhĂ©es possibles sur Internet comme dans les meilleures revues, et l’utilisation comme nom commun d’un nom de site honorablement connu doit bien porter atteinte Ă quelques droits subjectifs…
Bien sĂ»r, je plaisante… et je trouve la faute d’orthographe du Dalloz amusante!
Vendredi 16 fĂ©v 2007 à 17:13
groM a dit :
:-)
Vous aurez remarquĂ© que je leur accorde une prĂ©somption simple de bonne foi, d’autant que je n’ai pas lu l’article. Mais je vais essayer de combattre ça (la non-lecture de l’article, et Ă©ventuellement la prĂ©somption)
Vendredi 16 fĂ©v 2007 à 19:03
erasoft a dit :
Hum, je vais attendre encore un peu avant de publier un billet.. Ă nouveau
Est-ce une bizarrerie si la doctrine française est hostile Ă la blogosphère, tandis que les juges amĂ©ricains, et ses cours fĂ©dĂ©rales, citent WikipĂ©dia, que les revues amĂ©ricaines enjoignent leurs lecteurs Ă y participer, et que d’innombrables professeurs de droit s’y rĂ©pandent en analyse ? J’ai vu des cours virtuels de droit constitutionnel amĂ©ricain d’un prof d’Harvard, en 3D. C’est gadget, mais ça relève un Ă©tat d’esprit.
Je suis d’accord pour toutes les critiques que les blogs juridiques (ce qui, donc, ne me concerne pas
) peuvent prendre. En revanche, il faudrait Ă©galement que les professeurs n’hĂ©sitent pas Ă franchir le pas Ă produire leur blog, dans un domaine malgrĂ© tout très marginal. Alors que le citoyen est de plus en plus enclin Ă vĂ©rifier les informations portĂ©es par les mĂ©dias (Elkabbach ? cf. Ă©galement le succès surprenant d’Eolas, troisième blog francophone, alors qu’il est avocat, ce qui n’est guère apprĂ©ciĂ© en France), l’intĂ©rĂŞt des blogs sur Internet, oĂą toute information (et son contraire !) est disponible, il me semble des auteurs de qualitĂ© est impĂ©rative pour structurer un internet intelligent.
P.S : une faute Ă “exigeante” dans “c’est pourquoi elle est exigente Ă l’égard du lecteur.”, c’est quand mĂŞme formidable
Samedi 17 fĂ©v 2007 à 01:37
groM a dit :
La faute est corrigée. Marci Erasoft !
Sinon, judicieuses remarques de blogorrhée comparée
Samedi 17 fĂ©v 2007 à 09:40
diane roman a dit :
Ravie de lire ce billet qui m’apprend plusieurs choses:
!
d’abord que je ne suis qu’honorable, tandis que FrĂ©dĂ©ric Rolin est agrĂ©gĂ©
ensuite que votre blog, dans sa forme comme par ses propos, inspire la presse juridique la plus vénérable. Quelle consécration!
enfin, par vos lecteurs, qu’il existe un cours de droit constitutionnel amĂ©ricain en 3 D. Alors, pour assouvir ma curiositĂ©, mille mercis, Erasoft, si vous pouviez mettre un lien!
bien cordialement
Samedi 17 fĂ©v 2007 à 18:31
groM a dit :
Il est sans doute plus difficile d’ĂŞtre honorable que d’ĂŞtre agrĂ©gĂ©. Mais je vous rassure, les deux mots Ă©taient sĂ©mantiquement insĂ©cables
Lundi 19 fĂ©v 2007 à 11:24