Apprenons à allumer la télé avec un code civil
La vĂ©ritĂ© sort de la bouche des enfants, paraĂźt-il. Et bien sachez, chers lecteurs, que le droit aussi. J’ai ainsi la preuve que mon fils, du haut de ses 16 mois, cherche Ă combattre les honteuses tentations positivistes de son pĂšre.
Pour nous en convaincre, prenons d’un cĂŽtĂ© le droit de propriĂ©tĂ©, qui comme chacun sait est un des droits “naturels et imprescriptibles de l’Homme” et de l’autre un charmant bambin de 16 mois vif, curieux de nature et dotĂ© du mĂȘme oeil pĂ©tillant que son papa.
Le charmant bambin vagabonde donc dans le domicile familial, Ă la recherche de quelque objet ludique grĂące auquel il ne manquera pas de s’instruire des lois (de la physique, je vous rassure). Ne voilĂ -t-il pas qu’il avise ce sceptre moderne qu’est la tĂ©lĂ©commande: il se prĂ©cipite aussitĂŽt et s’en empare.
Si la puissance paternelle, par les bruits curieux du tĂ©lĂ©viseur alertĂ©, se prĂ©cipite dans un seul trait de temps et, faute de pouvoir faire sanctionner pĂ©nalement sa descendance, confisque l’objet ayant servi Ă commettre cette infraction disciplinaire, l’affaire s’arrĂȘte lĂ .
Si au contraire, maintenue ailleurs par un intĂ©rĂȘt supĂ©rieur (comme par exemple la rĂ©daction compulsive de petites fiches), la mĂȘme puissance paternelle tarde Ă intervenir pour rĂ©tablir l’ordre public, le charmant bambin tentera aussitĂŽt de tester les propriĂ©tĂ©s physiques de l’objet. En bon propriĂ©taire, il est conscient de son droit le plus absolu Ă abuser de ses biens.
Et si le pĂšre, finalement arrachĂ© Ă ses prĂ©cieuses fiches, tente nĂ©anmoins l’opĂ©ration de confiscation, celle-ci se heurtera de maniĂšre certaine Ă une rĂ©bellion caractĂ©risĂ©e nĂ©cessitant le recours Ă des moyens coercitifs. Le charmant bambin, la bouche contractĂ©e, se traĂźnera par terre d’un air lamentable en poussant des cris qui feront penser aux voisins qu’il est temps d’alerter l’aide sociale Ă l’enfance, tout en se cramponnant Ă la tĂ©lĂ©commande (le bambin, pas les voisins).
Car comprenez-le bien, Ă 16 mois, l’enfant sait dĂ©jĂ qu’en fait de meubles, possession vaut titre.
Etonnant, non ?
PEG a dit :
Excellent billet GroM, qui montre bien les relations qui existent entre droit positif, morale, instincts universels, et mĂȘme droit naturel. Je vous recommande la philosophie du droit!
Mais en plus, l’inculcation Ă votre enfant de la propriĂ©tĂ© me fait penser Ă ce livre sur les kibboutz, expĂ©riences pseudo-communistes, oĂč l’on apprenait aux enfants que la propriĂ©tĂ© Ă©tait une institution malĂ©fique, et oĂč on les punissait pour essayer d’acquĂ©rir usus, fructus OU abusus exclusif sur un quelconque jouet.
Et les psycholoques qui ont enquĂȘtĂ© sur ces enfants devenus adultes se sont rendus compte qu’ils n’avaient pas d’apprĂ©ciation pour les arts, la musique ou la littĂ©rature. Et surtout qu’ils Ă©taient incapables d’Ă©motions fortes et d’attachements personnels forts.
L’apprentissage de la propriĂ©tĂ©, c’est aussi l’apprentissage de l’attachement, de l’Ă©motion et de l’amour. Bref, vous n’avez pas idĂ©e Ă quel point 544 est du droit naturel. Et votre enfant est en bonne voie!
Vendredi 9 mar 2007 à 08:56
Ibn Kafka a dit :
Bravo! J’ai Ă©tĂ© aussi frappĂ© de voir, en observant mes filles d’un an et quatre ans, Ă quel point elles avaient le sens de la propriĂ©tĂ© privĂ©e, mais aussi le peu de cas qu’elles faisaient de l’interdiction de se rendre justice soi-mĂȘme, et Ă quel point mes tendances papa gĂąteau pouvaient rapidement laisser place Ă la tentation de l’ordre, juste ou non…
Vendredi 9 mar 2007 à 11:10
groM a dit :
@Ibn Kafka: comme dirait le
Conseil d’EtatGoethe, mieux vaut une injuste qu’un dĂ©sordreVendredi 9 mar 2007 à 11:16
Ibn Kafka a dit :
Effectivement, et aujourd’hui, Goethe est sans doute proche des pensĂ©es de bien des Afghans, Somaliens et Irakiens…
Vendredi 9 mar 2007 à 12:40
fustel de coulanges a dit :
oui mais en vertu de l’article 545 nul ne peut etre contraint de cĂ©der sa propriĂ©tĂ©, si ce n’est pour cause d’autoritĂ© parentale….
Mardi 3 avr 2007 à 21:26