Mardi 27 mars 2007
Le jeu des quatre erreurs
(Au moins) quatre erreurs juridiques se sont glissĂ©es dans cet article d’un grand quotidien national. Sauras-tu les trouver ?
(Au moins) quatre erreurs juridiques se sont glissĂ©es dans cet article d’un grand quotidien national. Sauras-tu les trouver ?
Yolande a dit :
1 - “Alain Lipietz fait appel de la dĂ©cision de la cour d’appel de Bordeaux” : il faut comprendre sans doute qu’il se pourvoit en cassation devant le Conseil d’Etat (on le voit dans le paragraphe suivant)
2 - “la dĂ©cision de la cour administrative d’appel de Bordeaux, qui vient de casser la condamnation de la SNCF prĂ©cĂ©demment prononcĂ©e par le tribunal administratif de Toulouse” :
2a) la cour administrative d’appel de Bordeaux a rendu un arrĂȘt et non une dĂ©cision : le Conseil d’Etat rend des dĂ©cisions, les CAA des arrĂȘts, et les TA des jugements (dans un autre paragraphe, le journaliste ne reproduit pas l’erreur)
2b) elle n’a pas “cassĂ© la condamnation” puisque, comme juge d’appel, elle n’avait que le pouvoir d’annuler (sur des motifs de procĂ©dures) ou rĂ©former (en droit ou au fond) le jugement du tribunal administratif de Toulouse
3 - “La SNCF nâest pas responsable de la dĂ©portation des juifs vers les camps de concentration” : la CAA n’a pas annulĂ© le jugement sur des motifs de fond (elle a jugĂ© que le TA avait mĂ©connu sa compĂ©tence), elle n’a donc pas dit que la SNCF n’Ă©tait “pas responsable”
4 - “Dans son arrĂȘt, la cour d’appel de Bordeaux a indiquĂ© que la SNCF Ă©tait une personne morale de droit privĂ© relevant de la compĂ©tence des juridictions de l’ordre judiciaire” : Ă vĂ©rifier, mais j’imagine plutĂŽt que l’argumentation a dĂ» tourner autour de l’exĂ©cution ou non d’une mission de service public (le critĂšre de compĂ©tence ne se rĂ©sume pas Ă la personnalitĂ© : des personnes publiques peuvent mener des activitĂ©s privĂ©es dont le contentieux de la responsabilitĂ© est judiciaire et Ă l’inverse, des personnes privĂ©es chargĂ©es d’une mission de service public peuvent relever des juridictions administratives)
Mardi 27 mar 2007 à 17:35
groM a dit :
Bravo Yolande
La seule remarque que j’aurais concernant vos rĂ©ponses est le fait que le CE rende des “dĂ©cisions”. Je ne crois pas m’ĂȘtre jamais vu “cassĂ©” pour avoir employĂ© le terme d’arrĂȘt Ă ce sujet.
Sinon, je surabonde sur le 4. Je crois avoir compris que le point qui faisait dĂ©bat en l’espĂšce Ă©tait le fait de savoir si, oui ou non, la SNCF avait utilisĂ© des prĂ©rogatives de puissanc publique pour accomplir cette effroyable mission.
Mardi 27 mar 2007 à 18:13
Yolande a dit :
Je vous accorde qu’on parle couramment des “arrĂȘts” du Conseil d’Etat, mais le dispositif est prĂ©cĂ©dĂ© d’un “DECIDE” c’est pourquoi on dirait plus correctement “dĂ©cision” - c’Ă©tait d’ailleurs l’un des premiers conseils de mon prof de stratif Ă Sc Po
- “GAJD”, c’est moins facile Ă dire que GAJA…
Mardi 27 mar 2007 à 18:41
erasoft a dit :
Pas d’accord sur le 2. a). Autant un jugement est une dĂ©cision de premiĂšre instance, autant l’arrĂȘt est une dĂ©cision d’appel ou de cassation, jugements et arrĂȘts sont ensemble des dĂ©cisions de justice. Par suite, je casserai bien la deuxiĂšme branche du deuxiĂšme moyen. ^^
Perso, c’est assez incroyable, je n’avais mĂȘme pas compris, avec la lecture rapide que l’on me connait, que la CAA avait rejetĂ© la compĂ©tence du TA. D’ailleurs, France 2 a bien laissĂ© entendre que la SNCF n’Ă©tait pas personnellement responsable. C’est un tel b***** que l’on ne sais mĂȘme plus ce qui est dit.
Mardi 27 mar 2007 à 20:42
groM a dit :
Sur cette brĂ»lante controverse dĂ©cision ou arrĂȘt, deux billets chez “droit administratif”.
Mercredi 28 mar 2007 à 07:33
kalinou1966 a dit :
bonjour
+ 1 avec Yolande au sujet des “dĂ©cisions”… mĂȘme si le terme “arrĂȘt” est Ă©galement autorisĂ©… (dixit mon prof de droit civil)…
vos blogs Ă©tayent mes cours actuels… bonne rĂ©vision que voilĂ …
examen prĂ©vu en juin 2007… je mets dans “mes favoris”…
Samedi 31 mar 2007 à 22:40
groM a dit :
Bon si c’est un prof de civil, tout s’explique …
A l’appui du terme de “dĂ©cision”, il faut noter que c’est le terme employĂ© par le CE lui-mĂȘme dans ses communiquĂ©s de presse (voir un exemple).
Samedi 31 mar 2007 à 23:39
Yolande a dit :
A l’appui du terme de “dĂ©cision”, ledit prof qui nous avait expliquĂ© qu’on ne devrait pas parler d’ “arrĂȘts” du CE est Stirn - mais ce n’est qu’un argument d’autoritĂ©
Dimanche 1 avr 2007 à 13:49
groM a dit :
A contrario, le vocabulaire juridique de GĂ©rard Cornu dĂ©finit l’arrĂȘt comme le nom donnĂ© aux dĂ©cisions juridictionnelles du Conseil d’Etat et Ă celle de toute juridiction portant le nom de cour (Cour de cassation, Cour des comptes, cours d’appel, cours d’assises) qui sont cependant des jugements (au sens gĂ©nĂ©rique)
Il semble donc que la notion de dĂ©cision soit un sur-ensemble de celle d’arrĂȘt, et que, comme chez Jacques Martin, tout le monde ait raison (et 10/10, bien entendu)
Dimanche 1 avr 2007 à 16:28
Apokrif a dit :
Tout simplement: “arrĂȘt” est l’appellation courante des dĂ©cisions juridictionnelles rendues par les juridictions Ă©levĂ©es (au moins juges d’appel ou juges criminels, quoique j’aie des doutes pour les dĂ©cisions du tribunal criminel, des tribunaux supĂ©rieurs d’appel et du tribunal aux armĂ©es) Ă l’exception des juridictions spĂ©cialisĂ©es comme le CNESER (juridiction d’appel, mais qui ne ressemble pas Ă une juridiction).
Dimanche 1 avr 2007 à 23:47
Apokrif a dit :
Sinon je doute qu’il y ait une dĂ©finition prĂ©cise et universelle de ce qui doit ĂȘtre appelĂ© “arrĂȘt” ou non (c’est un peu le mĂȘme problĂšme que pour “magistrat”).
Dimanche 1 avr 2007 à 23:48