Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Archive du mois de mai 2007

Mercredi 30 mai 2007

Restez branché, Nicolas

Posté dans Politique par groM

Il y a de cela quelques semaines maintenant, je me suis ému de la non participation de notre Président-élu aux commémorations du 8 mai, et je me suis remémoré avec émotion les petits matins de novembre dans mon Lycée. Quelques jours plus tard, le Président de la République annonce que la lettre de Guy Môquet sera lue dans toutes les écoles de France à chaque rentrée scolaire.

Il y a de cela quelques jours, j’expose que la dĂ©duction des intĂ©rĂŞts de prĂŞts immobiliers est susceptible, telle qu’elle est exposĂ©e par M. Woerth, de rompre l’Ă©galitĂ© devant les charges publiques entre contribuables, selon qu’ils ont ou non acquis leur bien avant ou après le 6 mai. J’apprends hier que le PrĂ©sident de la RĂ©publique, dĂ©savouant son ministre, assure les français que le principe d’Ă©galitĂ© sera respectĂ©.

Un doute affreux m’Ă©treint donc: Monsieur Nicolas Sarkozy, PrĂ©sident de la RĂ©publique, coprince d’Andorre et chanoine du Latran lirait-il ce blog ?

Si je peux alors me permettre une suggestion, qu’on lise la fameuse lettre de Guy MĂ´quet le 7 mai. Cela permettra de donner du sens Ă  aux Ă©vènements anciens que commĂ©more le 8 mai, et cela Ă©vitera ceci. Sinon, j’aurais certainement d’autres suggestions dans l’avenir, so stay tuned, Nicolas Oups … Restez branchĂ©, Nicolas.

PS:
1/ Non, je ne compte pas accepter le sous-commissariat aux questions blogosphérique du gouvernement Fillon II.
2/ Comment ça, soudainement flagorneur ? C’est de la courtoisie rĂ©publicaine.
3/ Merci de ne pas me spammer avec les demandes d’intercession pour de l’immobilier dans les Hauts-de-Seine.

Vendredi 25 mai 2007

Le principe d’Ă©galitĂ© ne sera pas gravĂ© dans la pierre

Posté dans Droit constitutionnel par groM

Le ministre des comptes publics et de la fonction publique, M. Eric Woerth a rĂ©cemment prĂ©cisĂ© les modalitĂ© d’application d’une des mesures phares du programme du gouvernement, la dĂ©ductibilitĂ© des intĂ©rĂŞts de prĂŞts immobiliers. D’après les propos rapportĂ©s par Le Monde: “les intĂ©rĂŞts des emprunts immobiliers pourront ĂŞtre dĂ©duits des revenus, Ă  hauteur de 20 %, ce qui correspond au taux d’imposition moyen des mĂ©nages“, tandis que la mesure “sera applicable aux rĂ©sidences principales dont l’acte authentique de vente a Ă©tĂ© signĂ© après le 6 mai 2007, jour de l’Ă©lection du prĂ©sident de la RĂ©publique“.

C’est cette dernière disposition qui nous intĂ©resse ici. Comment justifier la rupture d’Ă©galitĂ© entre les contribuables qui ont accĂ©dĂ© Ă  la propriĂ©tĂ© avant le 6 mai de ceux qui ont accĂ©dĂ© Ă  la propriĂ©tĂ© depuis ?

On le sait en effet, il appartient au lĂ©gislateur, lorsqu’il Ă©tablit une imposition, d’en dĂ©terminer librement l’assiette, sous la rĂ©serve des principes et des règles de valeur constitutionnelle ; qu’en particulier, pour assurer le respect du principe d’Ă©galitĂ©, il doit fonder son apprĂ©ciation sur des critères objectifs et rationnels (CC, 98-403 DC du 29 juillet 1998). La question qui se pose ici est bien celle du caractère objectif et rationnel du critère discriminatoire choisi pour opĂ©rer la distinction.

Le caractère objectif du critère ne fait pas de doute. La date de signature de l’acte authentique fait preuve jusqu’Ă  inscription en faux. Elle est parfaitement dĂ©terminĂ©e, sans incertitude. Rien Ă  dire de ce cĂ´tĂ©-lĂ .

Quid en revanche du caractère rationnel ?

Le Conseil constitutionnel a pu juger que “le principe d’Ă©galitĂ© ainsi invoquĂ© ne s’oppose pas Ă  ce que le lĂ©gislateur dĂ©roge Ă  l’Ă©galitĂ© pour des raisons d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral dès lors que les diffĂ©rences de traitement qui en rĂ©sultent sont en rapport direct avec l’objet de la loi qui l’Ă©tablit” (CC, 96-380 DC du 23 juillet 1996). On en dĂ©duit que la rationnalitĂ© d’une mesure ne peut ĂŞtre valablement apprĂ©ciĂ©e qu’au regard de l’objet de la loi, et que cet objet doit Ă©videmment relever de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral. En l’espèce, il s’agit ici de favoriser l’accession Ă  la propriĂ©tĂ©. Le caractère d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral de ce type de mesure ne fait guère de doute.

Pour rĂ©pondre Ă  l’objectif de la loi, il est donc loisible au lĂ©gislateur de faire bĂ©nĂ©ficier d’une dĂ©duction les contribuables qui n’ont pas encore accĂ©dĂ© Ă  la propriĂ©tĂ© au moment de son entrĂ©e en vigueur.

Mais d’après les dĂ©clarations de M. Woerth, cette loi fera l’objet d’une rĂ©troactivitĂ© limitĂ©e, puisqu’elle trouvera Ă  s’appliquer aux propriĂ©tĂ©s acquises après le 6 mai. Cela signifie donc que les contribuables propriĂ©taires d’un bien acquis entre le 6 mai et la date d’entrĂ©e en vigueur de la loi seront exonĂ©rĂ©s dans les conditions ci-dessus, alors que les contribuables propriĂ©taires d’un bien acquis antĂ©rieurement ne le seront pas. Or, Ă  l’Ă©gard de l’objectif incitatif annoncĂ© de la loi, ces contribuables sont dans une situation de parfaite Ă©galitĂ©: aucune mesure incitative ne peut avoir d’effet Ă  leur Ă©gard, puisqu’ils auront dĂ©jĂ  acquis un bien au moment de l’entrĂ©e en vigueur de ce texte. Il y a donc, de notre point de vue, rupture d’Ă©galitĂ© devant les charges publiques.

Cette rupture est un peu attĂ©nuĂ©e si l’on distingue les propriĂ©taires qui ont acquis leur bien entre la date d’annonce de la mesure et la date d’entrĂ©e en vigueur de la loi. En effet, eux peuvent se prĂ©valoir du caractère dĂ©terminant de l’annonce gouvernementale dans leur dĂ©cision d’achat. Mais elle demeure pour les propriĂ©taires ayant acquis un bien entre le 6 et le 23 mai, date de l’annonce.

En fait de critère objectif, la date du 6 mai ne semble correspondre qu’Ă  une chose, le jour de la victoire de Nicolas Sarkozy Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle. Ce choix relève dès lors plutĂ´t de la pure opportunitĂ© politique. Alors que l’existence mĂŞme d’une loi d’amnistie est discutĂ©e cette annĂ©e, l’association de mesures fiscales nouvelles avec le rĂ©sultat de l’Ă©lection prĂ©sidentielle ressemble fortement Ă  un substitut. Autant dire qu’on est loin de la dĂ©rogation “Ă  l’Ă©galitĂ© pour des raisons d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral”. Il ne reste plus qu’Ă  espĂ©rer que l’opposition, telle qu’elle sortira des urnes le 17 juin prochain, disposera des moyens d’en contester la constitutionnalitĂ©.

Mardi 22 mai 2007

Haut-commissaire ? Non, secrĂ©taire d’Etat !

Posté dans Droit constitutionnel par groM

Je m’interrogeais rĂ©cemment sur le statut juridique fait Ă  M. Martin Hirsch, le haut-commissaire aux solidaritĂ©s actives contre la pauvretĂ©, et notamment sur la question de savoir si celui-ci devait ĂŞtre considĂ©rĂ© comme un membre du gouvernement.

On le sait, le titre de haut-commissaire ne fait pas partie de ceux qui sont habituellement attribuĂ©s Ă  des membres du gouvernement. Il Ă©voque d’avantage la dĂ©nomination de commissaire de la RĂ©publique qui fut attribuĂ©e un temps aux prĂ©fets après 1981, ou bien encore celle de Haut-commissaire qui fut utilisĂ©e pour dĂ©signer le reprĂ©sentant de l’Etat Français en AlgĂ©rie après les accords d’Evian. Dans tout les cas, le commissaire est un reprĂ©sentant de l’Etat, qui est subordonnĂ© hiĂ©rarchiquement au gouvernement et dont la nomination est discrĂ©tionnaire.

La qualitĂ© de membre du gouvernement est bien diffĂ©rente. Elle obĂ©it Ă  des motifs politiques; elle emporte d’abord l’obligation de solidaritĂ© gouvernementale, notamment Ă  l’Ă©gard du contrĂ´le politique exercĂ© par l’AssemblĂ©e Nationale; elle permet enfin d’assister au conseil des ministres, ce qui implique le droit de participer aux dĂ©cisions collĂ©giales, comme par exemple la dĂ©cision d’engager la responsabililtĂ© du gouvernement devant le Parlement.

Il exite par ailleurs une hiĂ©rarchisation du gouvernement: les ministres d’Etat, d’abord, disposent souvent d’une autoritĂ© politique supĂ©rieure Ă  celle des autres ministres de plein exercice (et, si mes souvenirs sont bons, d’un traitement plus Ă©levĂ©). Les secrĂ©taires d’Etat sont dĂ©lĂ©guĂ©s auprès premier ministre ou bien d’un ministre de plein exercice, ce qui signifie concrètement qu’ils lui sont subordonnĂ©s. Enfin, suivant les gouvernements, ils peuvent assister en totalitĂ© au conseil des ministres, ou seulement aux discussions relevant de leur compĂ©tence. Dans ce cas-lĂ , ils sont soumis dans les faits aux dĂ©cisions du reste du collège ministĂ©riel.

C’est donc dans le dĂ©cret du 18 mai 2007 relatif Ă  la composition du gouvernement qu’il faut chercher la rĂ©ponse Ă  notre interrogation initiale. M. Hirsch s’y voit en effet consentir, malgrĂ© son titre un peu baroque, le droit d’assister au conseil des ministres, “pour les affaires relevant de ses attributions“. Il est donc assimilable, sur le plan juridique, Ă  un secrĂ©taire d’Etat, d’autant que, contrairement Ă  certaines dĂ©clarations relatives Ă  son indĂ©pendance, le dĂ©cret indique qu’il est dĂ©lĂ©guĂ© auprès du Premier ministre.

Le gouvernement Fillon I semble en outre opter pour une hiĂ©rarchisation discrète mais très claire des secrĂ©taires d’Etat. Les Ă©lĂ©ments allogènes, comme M. Hirsch, qui peut apparaĂ®tre comme un franc-tireur, M. Besson, qui Ă©tait au PS il n’y a pas si longtemps, et M. Bussereau, d’obĂ©dience chiraco-raffariniste, ne se voient reconnaĂ®tre que le droit d’assister aux conseil des ministres pour les affaires relevant de leurs attributions. Les Ă©lĂ©ments peut-ĂŞtre plus fiables sur le plan politique, comme M. Karoutchi, un Sarkozyste de souche, et M. Jouyet, un haut-fonctionnaire assez neutre, ont eux le droit d’assister Ă  tous les conseils des ministres, ce qui est heureux attendu que leur attributions, les relations avec le Parlement et les affaires EuropĂ©ennes, exigent une excellente connaissance gĂ©nĂ©rale des dossiers gouvernementaux.

En tout Ă©tat de cause, il sera intĂ©ressant de voir comment M. Hirsch conciliera sa volontĂ© d’indĂ©pendance avec la nĂ©cessaire solidaritĂ© gouvernementale. Ses dĂ©claration rĂ©centes laissent dĂ©jĂ  Ă  penser que cela risque d’ĂŞtre dĂ©licat. A moins, tout simplement, que le PrĂ©sident de la RĂ©publique ne prĂ©fère avoir quelques trublions près de lui pour mieux gĂ©rer les contestations extĂ©rieures.

PS: sur un sujet connexe, j’en profite pour signaler le billet du toujours passionnant FrĂ©dĂ©ric Rolin au sujet de la rĂ©partition des services entre les diffĂ©rents ministères.

Vendredi 18 mai 2007

REP contre IEP

Posté dans Droit administratif par groM

Suite Ă  l’amicale et insistante pression de Serge Slama, voici quelques moyens de droit qu’il serait possible, Ă  mon sens, de faire valoir pour demander l’annulation de l’arrĂŞtĂ© du 21 mars 2007. Pour mĂ©moire, on rappellera que ce texte est pris en application de la loi n° 71-1130 du 31 dĂ©cembre 1971, qui rĂ©glemente les dĂ©termine les conditions d’accès Ă  la profession d’avocat, et qu’il confère aux mentions “carrières judiciaires” et “droit Ă©conomique” du diplĂ´me de l’IEP de Paris l’Ă©quivalence Ă  la maĂ®trise en droit.

Pour fixer le contexte, il est intĂ©ressant de s’intĂ©resser un instant au statut des diffĂ©rents IEP. LE statut de l’IEP de Paris est rĂ©gi par le dĂ©cret n°85-497 du 10 mai 1985. Sous l’appellation communĂ©ment utilisĂ©e de “Sciences Po” se cache d’une part une fondation nationale des sciences politiques, qui dispose des moyens matĂ©riels nĂ©cessaires Ă  l’enseignement, et d’autre part l’institut lui-mĂŞme, qui est issu de l’ancienne Ă©cole libre des sciences politiques. Les IEP de province, eux, sont des EPA rattachĂ©s Ă  un Ă©tablissement public Ă  caractère scientifique, en pratique une universitĂ© comme en tĂ©moigne le dĂ©cret n°89-901 du 18 dĂ©cembre 1989.

De manière très classique, nous verrons donc d’abord les moyens de lĂ©galitĂ© externe (I) et ensuite de lĂ©galitĂ© interne (II) qu’il serait possible de faire valoir contre cet arrĂŞtĂ©.

I. Moyens de légalités externe

Ce n’est pas ici la compĂ©tence des auteurs de l’arrĂŞtĂ© (A) qu’il faut contester. Il y a peut-ĂŞtre en revanche un moyen Ă  chercher du cĂ´tĂ© de la compĂ©tence de l’autoritĂ© qui a Ă©tabli la mention “carrières judiciaires” de Sciences Po (B).

A. La compĂ©tence des autoritĂ©s signataires de l’arrĂŞtĂ©

La loi n° 71-1130 du 31 dĂ©cembre 1971 dispose tout d’abord, dans son article 11 que nul ne peut ĂŞtre avocat Ă  moins d’”ĂŞtre titulaire […] d’au moins une maĂ®trise en droit ou de titres ou diplĂ´mes reconnus comme Ă©quivalents pour l’exercice de la profession par arrĂŞtĂ© conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et du ministre chargĂ© des universitĂ©s“. Ce texte fonde donc la compĂ©tence du ministre de la justice et du ministre de l’Ă©ducation nationale pour signer cet arrĂŞtĂ©.

Une rapide consulation du texte de l’arrĂŞtĂ© montre cependant que celui-ci a Ă©tĂ© signĂ©, par dĂ©lĂ©gation du garde des sceaux, par M. Guillaume, directeur des affaires civiles et du sceau, et d’autre part, par dĂ©lĂ©gation du ministre de l’Ă©ducation nationale, par le directeur gĂ©nĂ©ral de l’enseignement supĂ©rieur, M. Monteil. Il s’agit ici de dĂ©lĂ©gations de signature: celles-ci visent Ă  dĂ©charger l’autoritĂ© dĂ©lĂ©gataire, mais non Ă  la dessaisir, elles doivent ĂŞtre nominales, suffisamment prĂ©cises et publiĂ©es. Une rapide recherche dans Legifrance permet de trouver les arrĂŞtĂ©s portant dĂ©lĂ©gation Ă  M. Guillaume, et Ă  M. Monteil. Les deux dĂ©lĂ©gations semblent tout Ă  fait correctes, et donnent effectivement compĂ©tence Ă  leurs bĂ©nĂ©ficiaires pour signer les arrĂŞtĂ©s de la compĂ©tence de leur ministres respectifs.

Ce n’est donc pas ici que l’on prendra en dĂ©faut l’administration. C’est heureux, mais il arrive parfois d’avoir des mauvaises surprises et la vĂ©rification n’est pas superflue.

B. Le défaut potentiel de délibération valable du conseil de direction

Selon l’article 5 du dĂ©cret du 10 mai 1985, un conseil de direction “dĂ©termine la politique gĂ©nĂ©rale de l’Ă©tablissement, notamment en approuvant le contrat d’Ă©tablissement. Il fixe les conditions d’admission des Ă©lèves et l’organisation des Ă©tudes ainsi que les conditions de recrutement des chargĂ©s d’enseignement“. A n’en pas douter, la crĂ©ation des filières “carrière juridique” et “droit Ă©conomique” a dĂ» faire l’objet d’une dĂ©libĂ©ration du conseil de direction. Je n’ai toutefois trouvĂ© dans les PV du conseil de direction aucun vote d’adoption de ces mentions.

De deux choses l’une alors. Soit une telle dĂ©libĂ©ration existe et il est possible, comme l’ont fait les pĂ©titionnaires, d’en obtenir la communication par l’IEP de Paris dans le cadre d’un rĂ©fĂ©rĂ© de l’article L521-3 du code de justice administrative.

Soit cette dĂ©cision n’existe pas et alors force est de constater que la mention “carrières judiciaires” aurait Ă©tĂ© Ă©tablie par une autoritĂ© - l’administrateur ? - incompĂ©tente pour le faire. Il ne serait cependant pas possible de faire annuler directement cette dĂ©cision, le dĂ©lai de recours contentieux Ă©tant largement dĂ©passĂ©. Il est par contre possible de soulever une exception d’illĂ©galitĂ© Ă  l’encontre de la crĂ©ation des mentions “carrière judiciaires” et “droit Ă©conomique”, et partant, de faire annuler l’arrĂŞtĂ© contestĂ©. Mais on en est lĂ  Ă  un moyen de lĂ©galitĂ© interne pour ce qui concerne celui-ci.

II. Moyens de légalités internes

A. Le respect du principe d’Ă©galitĂ©

La première question de droit vient naturellement Ă  l’idĂ©e ici et celle du respect du principe constitutionnel d’Ă©galitĂ© par l’arrĂŞtĂ© litigieux. Envisageons celui-ci sous diffĂ©rents angles:

  • D’un part entre les diffĂ©rents IEP
  • D’autre part entre l’IEP de Paris et les autres titres ou diplĂ´mes reconnus comme donnant accès Ă  la profession d’avocat

1. Le respect de l’Ă©galitĂ© entre les diffĂ©rents IEP

L’arrĂŞtĂ© du 21 mars 2007 ne donne l’Ă©quivalence Ă  la maĂ®trise en droit qu’Ă  la “mention carrières judiciaires” du seul IEP de Paris. Il convient donc de vĂ©rifier si les autres IEP disposent d’une “mention” similaire. Si tel est le cas, et que la formation qui y est dĂ©livrĂ©e est suffisamment proche de celle dĂ©livrĂ©e par l’IEP de Paris, il y aura alors une rupture d’Ă©galitĂ© sans qu’une situation particulière, une nĂ©cessitĂ© d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral ou un texte de loi le justifie. L’arrĂŞtĂ© encourra alors l’annulation (CE 1974 Denoyez-Chorques).

Nous ne nous intĂ©resserons ici qu’aux instituts de Lyon et Bordeaux. Le choix est arbitraire, et l’Ă©tude suivante devrait idĂ©alement ĂŞtre faite Ă  l’Ă©gard de tous les IEP.

  • A Lyon d’abord, la liste des “parcours” du diplĂ´me ne mentionne aucune filière susceptible de mener Ă  la profession d’avocat. Il y a bien une fillière “Affaires juridiques”, mais celle-ci ne me semble pas aussi gĂ©nĂ©raliste que celle offerte par Science Po Paris. La diffĂ©rence de situation entre l’IEP de Lyon et celui de Paris justifie donc que le premier ne bĂ©nĂ©ficie pas de l’Ă©quivalence.
  • A Bordeaux ensuite, la scolaritĂ© permet l’obtention d’un master Droit et sciences politiques en collaboration avec l’universitĂ©. Comme on le sait, la maĂ®trise correspond Ă  la première annĂ©e, validĂ©e, d’un parcours de Master. Dès lors, les Ă©tudiants de Sciences Po Bordeaux qui ont cette filière peuvent se prĂ©valoir directement d’une maĂ®trise en droit et donc n’ont pas besoin de faire l’objet d’une mention spĂ©cifique dans l’arrĂŞtĂ© contestĂ©.

On le voit, cette piste nĂ©cessite une analyse attentive des cursus des diffĂ©rents IEP, qui n’est pas faite ici faute de temps. Ne doutons pas que les auteurs du recours auront davantage de patience.

2. L’Ă©galitĂ© avec les autres diplĂ´mes reconnus

Les autres diplĂ´mes qui ont fait l’objet d’une mesure d’Ă©quivalence sont:


1o Les doctorats en droit ;
2o Les diplĂ´mes d’Ă©tudes approfondies (DEA) et les diplĂ´mes d’Ă©tudes supĂ©rieures spĂ©cialisĂ©es (DESS) des disciplines juridiques ;
3o Les maîtrises de sciences et techniques des disciplines juridiques ;
4o Le diplĂ´me de la facultĂ© libre autonome et cogĂ©rĂ©e d’Ă©conomie et de droit de Paris ;
5o Le titre d’ancien Ă©lève de l’Ecole nationale des impĂ´ts ayant suivi avec succès le cycle d’enseignement professionnel des inspecteurs-Ă©lèves des impĂ´ts ;
6o Le titre d’ancien Ă©lève stagiaire du centre de formation des inspecteurs du travail et de la main-d’oeuvre ou d’ancien Ă©lève de l’Institut national du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle ayant suivi avec succès le cycle de formation d’inspecteur stagiaire ou d’inspecteur-Ă©lève du travail ;
7o Le titre d’ancien greffier en chef stagiaire des services judiciaires ayant suivi avec succès le cycle de formation initiale dispensĂ© par l’Ecole nationale des greffes ;
8o Tout titre ou diplĂ´me universitaire ou technique Ă©tranger exigĂ© pour accĂ©der Ă  une profession juridique rĂ©glementĂ©e dans l’Etat oĂą ce titre a Ă©tĂ© dĂ©livrĂ©.

Tous ces titres ou diplĂ´mes correspondent Ă  des Ă©tudes d’au moins quatre ans en droit, et donc Ă  8 semestres d’Ă©tudes juridiques, Ă  l’exception peut-ĂŞtre du diplĂ´me de la facultĂ© libre autonome et cogĂ©rĂ©e d’Ă©conomie et de droit de Paris qui ne doit plus concerner, en pratique, beaucoup de monde.

Il apparaĂ®t donc en première analyse que les mention “carrières judiciaires” et “droit Ă©conomique” dispensent une formation beaucoup plus courte. Il faut toutefois relativiser cette analyse. Si on raisonne en termes d’heures enseignĂ©es, la diffĂ©rence est beaucoup moins importante. Ainsi, si le cursus Sciences-Po compte 577 heures, le cursus de maĂ®trise du CAVEJ en compte approximativement 630 - dont une trentaine en Ă©conomie. La diffĂ©rence est donc relativement faible, et se limite Ă  quelques matières. Pour ces raisons il apparaĂ®t difficile de trouver une diffĂ©rence de situation apprĂ©ciable: le diplĂ´me de Sciences Po semble bien rĂ©pondre au plus petit commun dĂ©nominateur des diplĂ´mes dĂ©jĂ  Ă©quivalents.

Il semblerait, Ă  voir le texte de leur rĂ©fĂ©rĂ©, que les pĂ©titionnaires envisage de porter l’estocade sur le terrain de l’erreur manifeste d’apprĂ©ciation. On comprend leur intention: voir sanctionner une telle erreur est symboliquement fort; en outre, le contrĂ´le de l’erreur manifeste d’apprĂ©ciation peut ĂŞtre opĂ©rĂ© sur toute dĂ©cision ou presque. Au regard cependant des Ă©lĂ©ments prĂ©cĂ©dents, et sous rĂ©serve qu’ils obtiennent des informations intĂ©ressantes Ă  l’issu de leur rĂ©fĂ©rĂ©, il semble difficile que cette argumentation prospère.

B. La violation de la loi de 1971

Le dernier point qu’il semble possible de faire valoir est celui d’une mauvaise interprĂ©tation de la loi de 1971. L’article 11 de ce texte dispose en effet que

Nul ne peut accéder à la profession d’avocat s’il ne remplit les conditions suivantes :
(…) 2° Etre titulaire, sous réserve des dispositions réglementaires prises pour l’application de la directive C.E.E. n° 89-48 du Conseil des communautés européennes du 21 décembre 1988, et de celles concernant les personnes ayant exercé certaines fonctions ou activités en France, d’au moins une maîtrise en droit ou de titres ou diplômes reconnus comme équivalents pour l’exercice de la profession par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et du ministre chargé des universités

Il faut donc se poser la question de savoir si la mention “carrières judiciaires” de Sciences Po est un diplĂ´me. Pour ce faire, on pourra s’en remettre Ă  la dĂ©finition du droit communautaire, qui figure Ă  l’article premier de la directive en question:

[On entend] par diplĂ´me, tout diplĂ´me, certificat ou autre titre ou tout ensemble de tels diplĂ´mes, certificats ou autres
titres:
- qui a été délivré par une autorité compétente dans un État membre, désignée conformément aux dispositions
législatives, réglementaires ou administratives de cet État,
- dont il rĂ©sulte que le titulaire a suivi avec succès un cycle d’Ă©tudes postsecondaires d’une durĂ©e minimale de
trois ans, ou d’une durĂ©e Ă©quivalente Ă  temps partiel, dans une universitĂ© ou un Ă©tablissement d’enseignement
supĂ©rieur ou dans un autre Ă©tablissement du mĂŞme niveau de formation et, le cas Ă©chĂ©ant, qu’il a suivi avec
succès la formation professionnelle requise en plus du cycle d’Ă©tudes postsecondaires, et
- dont il résulte que le titulaire possède les qualifications professionnelles requises pour accéder à une
profession rĂ©glementĂ©e dans cet État membre ou l’exercer,

On notera tout d’abord que la formulation (”tout diplĂ´me, certificat ou autre titre“) laisse Ă  penser que l’acception Ă  donner au terme de diplĂ´me est large. Dans cette lecture, le fait que l’Ă©quivalence soit reconnue Ă  une seule “mention” du diplĂ´me de l’IEP de Paris ne poserait pas problème.

Par ailleurs, on devine Ă  la formulation du rĂ©fĂ©rĂ© que les pĂ©titionnaires entendent vĂ©rifier que l’obtention de la mention correspond bien au fait de suivre “avec succès un un cycle d’Ă©tudes postsecondaires d’une durĂ©e minimale de trois ans“. Ils ont en effet demandĂ© au juge administratif d’enjoindre au directeur de Sciences Po de leur fournir les moyens de vĂ©rifier, par exemple, “si les modalitĂ©s du contrĂ´le des connaissances permettent de vĂ©rifier la rĂ©alitĂ© de cette formation juridique.” Gageons-le, toutes les conditions vont ĂŞtre passĂ©es au peigne fin.

Conclusion

On le voit, au terme d’une analyse sommaire, le moyen le plus sĂ©rieux rĂ©sulte de flou qui entoure “en l’Ă©tat de l’instruction“, la crĂ©ation des mentions “carrières juridiques” et “droit Ă©conomique”. Les autres moyens semblent beaucoup plus difficiles Ă  faire valoir et rendent le succès d’une mise en cause de l’arrĂŞtĂ© en question pour le moins incertain. Mais peut-ĂŞtre est-ce tout simple parce que les professeurs signataires de la pĂ©tition contestent l’opportunitĂ© de l’arrĂŞtĂ© contestĂ© en mettant en cause sa lĂ©galitĂ©. Cette position, si elle est frĂ©quente, est toujours inconfortable.

Vendredi 18 mai 2007

Le nouveau gouvernement

Posté dans Politique par groM

Je ne rĂ©siste pas Ă  l’idĂ©e de rajouter mon grain de sel sur le nouveau gouvernement, en m’en tenant cependant Ă  des question techniques et non politiques. Encore que …

D’abord, comme annoncĂ© par tous les oracles, il n’y a pas de “Vice-Premier Ministre”. Tout au plus le ministre chargĂ© “de l’Ă©cologie, du dĂ©veloppement et de l’amĂ©nagement durable” devient-t-il le seul ministre d’Etat. Nicolas Hulot semblait dĂ©jĂ , ce matin, se satisfaire de cette situation plus conforme Ă  la tradition rĂ©publicaine. Comme c’est Ă©galement de bonne tradition rĂ©publicaine pour les personnes condamnĂ©es par la justice de trouver facilement Ă  se recaser, toutes nos fĂ©licitations donc au ministre d’Etat, qui trouvera matière Ă  discuter avec Monsieur le dĂ©putĂ©-maire de Levallois, autre pilier de la Sarkosie.

La tradition rĂ©publicaine semble davantage secouĂ©e par l’appointement de Martin Hirsch aux fonctions de “haut commissaire aux solidaritĂ©s actives contre les pauvretĂ©s”. J’ignore ce que cela veut dire, j’ignore mĂŞme si cela est censĂ© ĂŞtre un nouveau poste gouvernemental. Pour Le Monde en effet, le nouveau haut-commissaire est “hors gouvernement” (alors pourquoi diantre est-il mentionĂ© dans la dĂ©claration du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ElysĂ©e annonçant la composition du gouvernement ?) tandis que pour le site du Premier ministre, il en est bien partie. Mystère sur la situation de M. Hirsch, mystère qu’un examen du texte du dĂ©cret permettra peut-ĂŞtre de clarifier.

Dernière remarque sur le plan juridique: le nouveau gouvernement chamboule les limites traditionnelles des dĂ©partements ministĂ©riels. Jules souligne l’obscuritĂ© qui entoure le sort des cultes; les comptes de l’Etat vont ĂŞtre sĂ©parĂ©s de la stratĂ©gie Ă©conomique; le codĂ©veloppement rejoint l’immigration durable nationale; Eolas pressent les difficultĂ©s d’organisation qui vont dĂ©couler de la crĂ©ation de ce nouveau ministère, notamment en matière de compĂ©tence. Enfin, faut-il comprendre Ă  l’intitulĂ© du portefeuille du ministre d’Etat que l’amĂ©nagement du territoire quitte l’intĂ©rieur pour rejoindre l’environnement ? La coupure en deux de Bercy, pour s’en tenir Ă  elle, risque soit de causer un sacrĂ© bazar, soit de finir après les lĂ©gislatives. Mais comme le PrĂ©sident de la RĂ©publique souhaite tenir ses promesses, la première hypothèse me semble plus probable. En tout Ă©tat de cause, si une telle rĂ©organisation n’est pas forcĂ©ment stupide, la pĂ©riode transitoire va ĂŞtre pĂ©nible.

Nous avons donc un gouvernement relativement original sur le plan juridique, mais s’est souvent le cas des premiers gouvernements qui suivent une prĂ©sidentielle. DĂ©sir d’imprimer son style sans doute: peut-ĂŞtre alors faut-il s’attendre Ă  ce que les conseils des ministres soient dĂ©localisĂ©s au bois de Boulogne et que le costume y soit remplacĂ© par le jogging.

Mercredi 9 mai 2007

Messages personnels

Posté dans Autres par groM

… Ă  destination de Serge Slama:

Je suis en train de travailler en arrière-plan Ă  quelques arguments sur l’arrĂŞtĂ© IEP, je ne vous oublie pas mais tout cela pâtit de deux devoirs en cours et de l’approche vertigineusement rapide des examens :-)

… Ă  destination de ceux qui dĂ©testent les machines Ă  voter:

Je suis aussi en train de travailler Ă  un billet sur les moyens de droit qu’il serait possible de faire valoir contre l’arrĂŞtĂ© dĂ©finissant le rĂ©glement technique des machines Ă  voter. Mais les mĂŞmes causent produisant les mĂŞmes effets …

… Ă  destination des amateurs de propriĂ©tĂ© intellectuelle:

MĂŞme chose sur l’opus deux du point sur les MTP.

L’ordre de publication attendu devrait ĂŞtre celui que vous venez de voir.

Mercredi 9 mai 2007

Le travail, la plume et l’Ă©ternitĂ©

Posté dans Politique par groM

Notre modèle républicain est en crise. Cette crise est avant tout morale. Au cœur de celle-ci il y a la dévalorisation du travail.

Le travail c’est la liberté, c’est l’égalité des chances, c’est la promotion sociale.

Nicolas Sarkozy, Congrès de l’UMP, Dimanche 14 janvier 2007

Le travail c’est la libertĂ© … Arbeit macht frei … Notre nouveau PrĂ©sident n’est pas Hitler, il n’est mĂŞme pas fasciste, il est juste un peu autoritaire. Et je comprends très bien quelle Ă©tait l’intention de ce discours de congrès: expliquer l’importance du travail dans la dignitĂ© de l’Homme, une importance rĂ©elle. Mais il y a le choix des mots, et la plume n’est pas libre. Elle est prisonnière de notre histoire. Le travail c’est la libertĂ© … Arbeit macht frei … J’ai beaucoup de mal Ă  chasser cette association.

Et puis un prĂ©sident Ă©lu ne devrait pas, après avoir dĂ©fendu l’identitĂ© nationale et les droits de l’Homme, snober les commĂ©morations du 8 mai. Parce que le 8 mai, c’est aussi le jour de ceux que le travail a rendu libres. Pour l’Ă©ternitĂ©.

Lundi 7 mai 2007

Bulletin d’information n°1

Posté dans Politique par groM

Il semblerait que quelques individus se soient laissĂ©s aller Ă  des dĂ©monstrations parfaitement contre-rĂ©volutionnaires en apprenant la nouvelle victoire de notre Leader, alors qu’ils auraient pu assister Ă  la grande parade de la ligue anti-sexe comme tous les membres du Parti intĂ©rieur normalement constituĂ©s.

Ne doutons pas que le ministère de la vĂ©ritĂ© sache prendre les mesures qui s’imposent pour rĂ©duire ces dangereux malfaiteurs, comme il l’a toujours fait, Ă  commencer par la distribution d’une ration supplĂ©mentaire de Gin de la Victoire.

L’ignorance, c’est la force.