Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Mercredi 9 mai 2007

Le travail, la plume et l’Ă©ternitĂ©

Posté dans Politique par groM

Notre modèle républicain est en crise. Cette crise est avant tout morale. Au cœur de celle-ci il y a la dévalorisation du travail.

Le travail c’est la liberté, c’est l’égalité des chances, c’est la promotion sociale.

Nicolas Sarkozy, Congrès de l’UMP, Dimanche 14 janvier 2007

Le travail c’est la libertĂ© … Arbeit macht frei … Notre nouveau PrĂ©sident n’est pas Hitler, il n’est mĂŞme pas fasciste, il est juste un peu autoritaire. Et je comprends très bien quelle Ă©tait l’intention de ce discours de congrès: expliquer l’importance du travail dans la dignitĂ© de l’Homme, une importance rĂ©elle. Mais il y a le choix des mots, et la plume n’est pas libre. Elle est prisonnière de notre histoire. Le travail c’est la libertĂ© … Arbeit macht frei … J’ai beaucoup de mal Ă  chasser cette association.

Et puis un prĂ©sident Ă©lu ne devrait pas, après avoir dĂ©fendu l’identitĂ© nationale et les droits de l’Homme, snober les commĂ©morations du 8 mai. Parce que le 8 mai, c’est aussi le jour de ceux que le travail a rendu libres. Pour l’Ă©ternitĂ©.

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16 commentaires

  1. Passant a dit :

    ValĂ©ry Giscard d’Estaing avait pourtant, en son temps, mis fin aux commĂ©mmorations du 8 mai (en faveur d’une cĂ©lĂ©bration de la construction europĂ©enne) sans que cela ne fasse autant dĂ©bat.

    Il fallut un Mitterrand, qui ne chercha jamais à dissimuler ses nombreuses amitiés parmi les fonctionnaires de Vichy, pour rétablir cette commémmoration, ce qui lui donne désormais une saveur très particulière.

    Jeudi 10 mai 2007 à 07:01

  2. brigetoun ou Brigitte Celerier a dit :

    pour le 8 mai il t’a entendu

    Jeudi 10 mai 2007 à 07:52

  3. groM a dit :

    @Passant: la dĂ©cision de Giscard Ă©tait stupide. La 2ème guerre mondiale a fait 600.000 morts en France, elle mĂ©rite amplement qu’on la respecte. Sous couvert de modernisme, que de c … !

    Quant aux amitiĂ©s de Mitterrand, elles ne me semblent guère plus coupables que celles de De Gaulle, qui a fait de Papon un prĂ©fet de police, et de Giscard, qui en a fait un ministre. Je dois reconnaĂ®tre Ă  Chirac, très criticable par ailleurs, qu’il a eu le mĂ©rite de la cohĂ©rence sur le sujet. Cela s’explique sans doute par une question de gĂ©nĂ©ration: De Gaulle d’abord, Mitterrand ensuite, on du composer pour des raisons de rĂ©conciliation nationale avec les anciens vichystes, d’autant qu’ils Ă©taient nombreux. Chirac, plus jeune, a eu moins Ă  se prĂ©occuper de cela. Avec Sarkozy et sa volontĂ© de ne pas se repentir, je me demande dans quelle direction on va aller.

    Jeudi 10 mai 2007 à 09:54

  4. She-Anh a dit :

    Ne faut-il pas apprendre Ă  pardonner un jour ?

    Par exemple, se cĂ©lèbre actuellement dans l’Aude le centenaire de la rĂ©volte de 1907, parfaitement ignorĂ©e des livres d’histoire, au cours de laquelle l’armĂ©e refusa de tirer sur la foule et fĂ»t par suite brisĂ©e par l’envoi de rĂ©giments parisiens.

    Ne doit-on pas savoir un jour mettre fin aux hypocrites cĂ©rĂ©moniaux anniversaires au profit d’un travail de mĂ©moire qu’effectuerait certainement bien mieux l’Ă©ducation, pour une fois bien plus dans son rĂ´le qu’Ă  enseigner des valeurs morales ?

    Jeudi 10 mai 2007 à 10:03

  5. groM a dit :

    @She-Anh: le fait de commĂ©morer n’empĂŞche pas de pardonner, bien au contraire. De ce point de vue-lĂ , le geste de Mitterrand et Kohl Ă  Verdun est un exemple.

    En ce qui concerne la 2ème guerre mondiale cependant, je suis très attentif Ă  ce que l’on pardonne, et Ă  qui. S’il y a jamais eu une guerre avec des bons et des mĂ©chants, celle-lĂ  s’en rapproche le plus.

    Jeudi 10 mai 2007 à 10:08

  6. She-Anh a dit :

    Si on cherche essentiellement Ă  distinguer les bons des mĂ©chants, je crois utile de souligner que les morts, eux, ils s’en tapent (au mieux, quelqu’un juge pour eux). Quand aux Ă©ventuels coupables, je crois utile de souligner qu’en thĂ©orie, 60 ans après les faits, ils sont Ă  peu près, eux aussi, tous morts comme Papon, qui n’aura sans doute jamais ratĂ© une commĂ©mmoration du 8 mai 1945, sa lĂ©gion d’honneur bien en vue.

    Jeudi 10 mai 2007 à 11:42

  7. groM a dit :

    @She-Anh: Est-ce que le simple fait qu’un Papon y assiste Ă  cela doit disqualifier une commĂ©moration ? Je ne le crois sincèrement pas. Se souvenir des morts, c’est aussi perpĂ©tuer un peu leur existence.

    En fait, je ne comprends donc pas pourquoi vous opposer la pratique des commĂ©morations et celle du “travail de mĂ©moire”, belle expressiond de langue de bois soit dit en passant. Se souvenir peut prendre plusieurs formes, intimitĂ© de la mĂ©moire humaine, travail scolaire, ou bien commĂ©moration publique. Il me semble tout Ă  fait normal que les reprĂ©sentants de l’Etat, au nom de tous les citoyens, se souviennent et rendent hommage Ă  ceux qui ne sont plus.

    C’est vrai que je suis extrĂŞmment conservateur sur cette question. Peut-ĂŞtre est-ce que cela date de ces matins de novembre oĂą on se souvenait, autour d’une Marseillaise erraillĂ©e, de quelques lycĂ©ens de mon lycĂ©e qui, en 1943, furent arrĂŞtĂ©s pendant les Ă©preuves de baccalaurĂ©at, torturĂ©s et dĂ©portĂ©s pour avoir tentĂ© de monter un rĂ©seau de rĂ©sistance, Ă  16 ou 17 ans. Les commĂ©morations, avec tous leurs dĂ©faut, leur solennitĂ© un peu dĂ©suette, conservent une charge d’Ă©motion considĂ©rable.

    Souvenons-nous d’eux, qui n’ont jamais eu l’occasion d’assister Ă  un 8-mai et de porter leurs mĂ©dailles.

    Jeudi 10 mai 2007 à 12:24

  8. She-Anh a dit :

    N’est-ce pas faire insulte aux morts et Ă  leurs familles que de convier leurs bourreaux (et leurs complices, amis, et soutiens : Bousquet, Mitterrand, Papon) Ă  commĂ©mmorer l’horreur ?

    En 2007, mieux vaut peut-ĂŞtre cesser de commĂ©mmorer ces Ă©vènements judicieusement sĂ©lectionnĂ©s parmi tant d’autres d’une certaine version de l’histoire de France (qui laisse de cĂ´tĂ© le gĂ©nocide BamilĂ©kĂ©, les Ă©vènements de Madagascer en 1947, ceux d’AlgĂ©rie et d’Indochine, d’ailleurs pour ces derniers nĂ©cessaires prĂ©curseurs de la guerre du Vietnam, puis du règne des Khmers rouges, j’en passe et des meilleures) et apprendre Ă  bâtir, avec les vivants, loin des bourreaux, de leurs complices, et des hommes qui se complaisent Ă  revĂŞtir leurs oripeaux, un avenir meilleur. Salaam.

    Jeudi 10 mai 2007 à 14:25

  9. groM a dit :

    A vous lire, il semblerait que seuls les assassins frĂ©quentent les commĂ©morations. Vision un peu simpliste ce me semble, d’autant que vous mettez Mitterrand sur le mĂŞme plan que Papon ou Bousquet, ce qui est, malgrĂ© tout ce qu’on peut dire du personnage, d’une mauvaise foi complète.

    Je ne partage pas non plus votre raisonnement qui consiste Ă  mettre sur le dos du colonisateur français la guerre du Vietnam et la dictature Khmer rouge: chacun doit rĂ©pondre de ses actes en proportion de ce qu’il a commis, et jusqu’Ă  preuve du contraire, les 4M de morts cambodgiens ont Ă©tĂ© tuĂ©s par les Khmers rouges et ce sont les amĂ©ricains qui ont couvert de napalm le Nord-Vietnam.

    Et puis rien ne vous oblige Ă  frĂ©quenter l’Arc de triomphe: construisez votre monde meilleur comme bon vous semble, vous avez la chance de pouvoir le faire librement.

    Jeudi 10 mai 2007 à 15:17

  10. Passant a dit :

    Au fait, finalement, les héritiers Lipietz auront bien été déboutés de leur requête visant à faire qualifier de complicité le zèle démontré par la SNCF à déporter efficacement et sans retard une fraction significative des commémmorés ?

    Jeudi 10 mai 2007 à 17:38

  11. apokrif a dit :

    “Arbeit macht frei”

    Original: les points Godwin sont en gĂ©nĂ©ral gagnĂ©s par les commentateurs plutĂ´t que par l’auteur du billet initial.

    Lundi 14 mai 2007 à 19:08

  12. groM a dit :

    Je tiens Ă  remercier sincèrement l’auteur des discours de N. Sarkozy pour m’avoir permis d’accomplir cet exploit.

    Lundi 14 mai 2007 à 21:47

  13. Da Kool Blog a dit :

    Qui a dit

    “Le travail c’est la libertĂ©”

    Allons allons, un effort…
    Orwell, dans 1984?
    Non non.
    Un quelconque gardien de camps de concentration?
    Non plus.  Un effort, je vous prie.
    Toujours pas?
    Aller, un indice.
    Ça va mieux, maintenant?
    Je…

    Mardi 15 mai 2007 à 10:51

  14. The Welsh a dit :

    A l’origine, la notion du travail qui rend libre est posĂ©e dans Hegel et fonde les principes d’une philosophie qui met en relation le maĂ®tre et l’esclave, s’attachant Ă  montrer que la vĂ©ritĂ© n’est pas la simple apparence et que le maĂ®tre, soumis Ă  ses vices et aux besoins que l’esclavec se charge de lui rendre, est finalement prisonnier. A contrario, l’esclave quitte son statut car grâce au travail, il se libère et prend l’ascendant sur son maĂ®tre.
    Les nazis ont tournĂ© cette dialectique en ridicule, tout comme ils ont inscrit, sur le fronton de Buchenwald, la formule “Jedem das Seine” (A chacun son dĂ»)
    PLus qu’une prĂ©cision, il est de mauvaise grâce de faire de Sakozy un fasciste, ou alors, il faut traiter l’ensemble des tĂ©nors des partis, de gauche Ă  droite et au centre, de fascistes pour vouloir rĂ©habiliter la “valeur travail”.

    Vendredi 18 mai 2007 à 14:20

  15. groM a dit :

    @The Welsh: relisez le billet. Je ne dis pas que Sarkozy est fasciste, je fais juste Ă©tat de l’association que sa formule a Ă©veillĂ© dans mon esprit.

    Vendredi 18 mai 2007 à 15:56

  16. BloghorrĂ©e » Restez branchĂ©, Nicolas a dit :

    […] Il y a de cela quelques semaines maintenant, je me suis Ă©mu de la non participation de notre PrĂ©sident-Ă©lu aux commĂ©morations du 8 mai, et je me suis remĂ©morĂ© avec Ă©motion les petits matins de novembre dans mon LycĂ©e. Quelques jours plus tard, le PrĂ©sident de la RĂ©publique annonce que la lettre de Guy MĂ´quet sera lue dans toutes les Ă©coles de France Ă  chaque rentrĂ©e scolaire. […]

    Mercredi 30 mai 2007 à 10:24

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