Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Vendredi 18 mai 2007

REP contre IEP

Posté dans Droit administratif par groM

Suite Ă  l’amicale et insistante pression de Serge Slama, voici quelques moyens de droit qu’il serait possible, Ă  mon sens, de faire valoir pour demander l’annulation de l’arrĂŞtĂ© du 21 mars 2007. Pour mĂ©moire, on rappellera que ce texte est pris en application de la loi n° 71-1130 du 31 dĂ©cembre 1971, qui rĂ©glemente les dĂ©termine les conditions d’accès Ă  la profession d’avocat, et qu’il confère aux mentions “carrières judiciaires” et “droit Ă©conomique” du diplĂ´me de l’IEP de Paris l’Ă©quivalence Ă  la maĂ®trise en droit.

Pour fixer le contexte, il est intĂ©ressant de s’intĂ©resser un instant au statut des diffĂ©rents IEP. LE statut de l’IEP de Paris est rĂ©gi par le dĂ©cret n°85-497 du 10 mai 1985. Sous l’appellation communĂ©ment utilisĂ©e de “Sciences Po” se cache d’une part une fondation nationale des sciences politiques, qui dispose des moyens matĂ©riels nĂ©cessaires Ă  l’enseignement, et d’autre part l’institut lui-mĂŞme, qui est issu de l’ancienne Ă©cole libre des sciences politiques. Les IEP de province, eux, sont des EPA rattachĂ©s Ă  un Ă©tablissement public Ă  caractère scientifique, en pratique une universitĂ© comme en tĂ©moigne le dĂ©cret n°89-901 du 18 dĂ©cembre 1989.

De manière très classique, nous verrons donc d’abord les moyens de lĂ©galitĂ© externe (I) et ensuite de lĂ©galitĂ© interne (II) qu’il serait possible de faire valoir contre cet arrĂŞtĂ©.

I. Moyens de légalités externe

Ce n’est pas ici la compĂ©tence des auteurs de l’arrĂŞtĂ© (A) qu’il faut contester. Il y a peut-ĂŞtre en revanche un moyen Ă  chercher du cĂ´tĂ© de la compĂ©tence de l’autoritĂ© qui a Ă©tabli la mention “carrières judiciaires” de Sciences Po (B).

A. La compĂ©tence des autoritĂ©s signataires de l’arrĂŞtĂ©

La loi n° 71-1130 du 31 dĂ©cembre 1971 dispose tout d’abord, dans son article 11 que nul ne peut ĂŞtre avocat Ă  moins d’”ĂŞtre titulaire […] d’au moins une maĂ®trise en droit ou de titres ou diplĂ´mes reconnus comme Ă©quivalents pour l’exercice de la profession par arrĂŞtĂ© conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et du ministre chargĂ© des universitĂ©s“. Ce texte fonde donc la compĂ©tence du ministre de la justice et du ministre de l’Ă©ducation nationale pour signer cet arrĂŞtĂ©.

Une rapide consulation du texte de l’arrĂŞtĂ© montre cependant que celui-ci a Ă©tĂ© signĂ©, par dĂ©lĂ©gation du garde des sceaux, par M. Guillaume, directeur des affaires civiles et du sceau, et d’autre part, par dĂ©lĂ©gation du ministre de l’Ă©ducation nationale, par le directeur gĂ©nĂ©ral de l’enseignement supĂ©rieur, M. Monteil. Il s’agit ici de dĂ©lĂ©gations de signature: celles-ci visent Ă  dĂ©charger l’autoritĂ© dĂ©lĂ©gataire, mais non Ă  la dessaisir, elles doivent ĂŞtre nominales, suffisamment prĂ©cises et publiĂ©es. Une rapide recherche dans Legifrance permet de trouver les arrĂŞtĂ©s portant dĂ©lĂ©gation Ă  M. Guillaume, et Ă  M. Monteil. Les deux dĂ©lĂ©gations semblent tout Ă  fait correctes, et donnent effectivement compĂ©tence Ă  leurs bĂ©nĂ©ficiaires pour signer les arrĂŞtĂ©s de la compĂ©tence de leur ministres respectifs.

Ce n’est donc pas ici que l’on prendra en dĂ©faut l’administration. C’est heureux, mais il arrive parfois d’avoir des mauvaises surprises et la vĂ©rification n’est pas superflue.

B. Le défaut potentiel de délibération valable du conseil de direction

Selon l’article 5 du dĂ©cret du 10 mai 1985, un conseil de direction “dĂ©termine la politique gĂ©nĂ©rale de l’Ă©tablissement, notamment en approuvant le contrat d’Ă©tablissement. Il fixe les conditions d’admission des Ă©lèves et l’organisation des Ă©tudes ainsi que les conditions de recrutement des chargĂ©s d’enseignement“. A n’en pas douter, la crĂ©ation des filières “carrière juridique” et “droit Ă©conomique” a dĂ» faire l’objet d’une dĂ©libĂ©ration du conseil de direction. Je n’ai toutefois trouvĂ© dans les PV du conseil de direction aucun vote d’adoption de ces mentions.

De deux choses l’une alors. Soit une telle dĂ©libĂ©ration existe et il est possible, comme l’ont fait les pĂ©titionnaires, d’en obtenir la communication par l’IEP de Paris dans le cadre d’un rĂ©fĂ©rĂ© de l’article L521-3 du code de justice administrative.

Soit cette dĂ©cision n’existe pas et alors force est de constater que la mention “carrières judiciaires” aurait Ă©tĂ© Ă©tablie par une autoritĂ© - l’administrateur ? - incompĂ©tente pour le faire. Il ne serait cependant pas possible de faire annuler directement cette dĂ©cision, le dĂ©lai de recours contentieux Ă©tant largement dĂ©passĂ©. Il est par contre possible de soulever une exception d’illĂ©galitĂ© Ă  l’encontre de la crĂ©ation des mentions “carrière judiciaires” et “droit Ă©conomique”, et partant, de faire annuler l’arrĂŞtĂ© contestĂ©. Mais on en est lĂ  Ă  un moyen de lĂ©galitĂ© interne pour ce qui concerne celui-ci.

II. Moyens de légalités internes

A. Le respect du principe d’Ă©galitĂ©

La première question de droit vient naturellement Ă  l’idĂ©e ici et celle du respect du principe constitutionnel d’Ă©galitĂ© par l’arrĂŞtĂ© litigieux. Envisageons celui-ci sous diffĂ©rents angles:

  • D’un part entre les diffĂ©rents IEP
  • D’autre part entre l’IEP de Paris et les autres titres ou diplĂ´mes reconnus comme donnant accès Ă  la profession d’avocat

1. Le respect de l’Ă©galitĂ© entre les diffĂ©rents IEP

L’arrĂŞtĂ© du 21 mars 2007 ne donne l’Ă©quivalence Ă  la maĂ®trise en droit qu’Ă  la “mention carrières judiciaires” du seul IEP de Paris. Il convient donc de vĂ©rifier si les autres IEP disposent d’une “mention” similaire. Si tel est le cas, et que la formation qui y est dĂ©livrĂ©e est suffisamment proche de celle dĂ©livrĂ©e par l’IEP de Paris, il y aura alors une rupture d’Ă©galitĂ© sans qu’une situation particulière, une nĂ©cessitĂ© d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral ou un texte de loi le justifie. L’arrĂŞtĂ© encourra alors l’annulation (CE 1974 Denoyez-Chorques).

Nous ne nous intĂ©resserons ici qu’aux instituts de Lyon et Bordeaux. Le choix est arbitraire, et l’Ă©tude suivante devrait idĂ©alement ĂŞtre faite Ă  l’Ă©gard de tous les IEP.

  • A Lyon d’abord, la liste des “parcours” du diplĂ´me ne mentionne aucune filière susceptible de mener Ă  la profession d’avocat. Il y a bien une fillière “Affaires juridiques”, mais celle-ci ne me semble pas aussi gĂ©nĂ©raliste que celle offerte par Science Po Paris. La diffĂ©rence de situation entre l’IEP de Lyon et celui de Paris justifie donc que le premier ne bĂ©nĂ©ficie pas de l’Ă©quivalence.
  • A Bordeaux ensuite, la scolaritĂ© permet l’obtention d’un master Droit et sciences politiques en collaboration avec l’universitĂ©. Comme on le sait, la maĂ®trise correspond Ă  la première annĂ©e, validĂ©e, d’un parcours de Master. Dès lors, les Ă©tudiants de Sciences Po Bordeaux qui ont cette filière peuvent se prĂ©valoir directement d’une maĂ®trise en droit et donc n’ont pas besoin de faire l’objet d’une mention spĂ©cifique dans l’arrĂŞtĂ© contestĂ©.

On le voit, cette piste nĂ©cessite une analyse attentive des cursus des diffĂ©rents IEP, qui n’est pas faite ici faute de temps. Ne doutons pas que les auteurs du recours auront davantage de patience.

2. L’Ă©galitĂ© avec les autres diplĂ´mes reconnus

Les autres diplĂ´mes qui ont fait l’objet d’une mesure d’Ă©quivalence sont:


1o Les doctorats en droit ;
2o Les diplĂ´mes d’Ă©tudes approfondies (DEA) et les diplĂ´mes d’Ă©tudes supĂ©rieures spĂ©cialisĂ©es (DESS) des disciplines juridiques ;
3o Les maîtrises de sciences et techniques des disciplines juridiques ;
4o Le diplĂ´me de la facultĂ© libre autonome et cogĂ©rĂ©e d’Ă©conomie et de droit de Paris ;
5o Le titre d’ancien Ă©lève de l’Ecole nationale des impĂ´ts ayant suivi avec succès le cycle d’enseignement professionnel des inspecteurs-Ă©lèves des impĂ´ts ;
6o Le titre d’ancien Ă©lève stagiaire du centre de formation des inspecteurs du travail et de la main-d’oeuvre ou d’ancien Ă©lève de l’Institut national du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle ayant suivi avec succès le cycle de formation d’inspecteur stagiaire ou d’inspecteur-Ă©lève du travail ;
7o Le titre d’ancien greffier en chef stagiaire des services judiciaires ayant suivi avec succès le cycle de formation initiale dispensĂ© par l’Ecole nationale des greffes ;
8o Tout titre ou diplĂ´me universitaire ou technique Ă©tranger exigĂ© pour accĂ©der Ă  une profession juridique rĂ©glementĂ©e dans l’Etat oĂą ce titre a Ă©tĂ© dĂ©livrĂ©.

Tous ces titres ou diplĂ´mes correspondent Ă  des Ă©tudes d’au moins quatre ans en droit, et donc Ă  8 semestres d’Ă©tudes juridiques, Ă  l’exception peut-ĂŞtre du diplĂ´me de la facultĂ© libre autonome et cogĂ©rĂ©e d’Ă©conomie et de droit de Paris qui ne doit plus concerner, en pratique, beaucoup de monde.

Il apparaĂ®t donc en première analyse que les mention “carrières judiciaires” et “droit Ă©conomique” dispensent une formation beaucoup plus courte. Il faut toutefois relativiser cette analyse. Si on raisonne en termes d’heures enseignĂ©es, la diffĂ©rence est beaucoup moins importante. Ainsi, si le cursus Sciences-Po compte 577 heures, le cursus de maĂ®trise du CAVEJ en compte approximativement 630 - dont une trentaine en Ă©conomie. La diffĂ©rence est donc relativement faible, et se limite Ă  quelques matières. Pour ces raisons il apparaĂ®t difficile de trouver une diffĂ©rence de situation apprĂ©ciable: le diplĂ´me de Sciences Po semble bien rĂ©pondre au plus petit commun dĂ©nominateur des diplĂ´mes dĂ©jĂ  Ă©quivalents.

Il semblerait, Ă  voir le texte de leur rĂ©fĂ©rĂ©, que les pĂ©titionnaires envisage de porter l’estocade sur le terrain de l’erreur manifeste d’apprĂ©ciation. On comprend leur intention: voir sanctionner une telle erreur est symboliquement fort; en outre, le contrĂ´le de l’erreur manifeste d’apprĂ©ciation peut ĂŞtre opĂ©rĂ© sur toute dĂ©cision ou presque. Au regard cependant des Ă©lĂ©ments prĂ©cĂ©dents, et sous rĂ©serve qu’ils obtiennent des informations intĂ©ressantes Ă  l’issu de leur rĂ©fĂ©rĂ©, il semble difficile que cette argumentation prospère.

B. La violation de la loi de 1971

Le dernier point qu’il semble possible de faire valoir est celui d’une mauvaise interprĂ©tation de la loi de 1971. L’article 11 de ce texte dispose en effet que

Nul ne peut accéder à la profession d’avocat s’il ne remplit les conditions suivantes :
(…) 2° Etre titulaire, sous réserve des dispositions réglementaires prises pour l’application de la directive C.E.E. n° 89-48 du Conseil des communautés européennes du 21 décembre 1988, et de celles concernant les personnes ayant exercé certaines fonctions ou activités en France, d’au moins une maîtrise en droit ou de titres ou diplômes reconnus comme équivalents pour l’exercice de la profession par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et du ministre chargé des universités

Il faut donc se poser la question de savoir si la mention “carrières judiciaires” de Sciences Po est un diplĂ´me. Pour ce faire, on pourra s’en remettre Ă  la dĂ©finition du droit communautaire, qui figure Ă  l’article premier de la directive en question:

[On entend] par diplĂ´me, tout diplĂ´me, certificat ou autre titre ou tout ensemble de tels diplĂ´mes, certificats ou autres
titres:
- qui a été délivré par une autorité compétente dans un État membre, désignée conformément aux dispositions
législatives, réglementaires ou administratives de cet État,
- dont il rĂ©sulte que le titulaire a suivi avec succès un cycle d’Ă©tudes postsecondaires d’une durĂ©e minimale de
trois ans, ou d’une durĂ©e Ă©quivalente Ă  temps partiel, dans une universitĂ© ou un Ă©tablissement d’enseignement
supĂ©rieur ou dans un autre Ă©tablissement du mĂŞme niveau de formation et, le cas Ă©chĂ©ant, qu’il a suivi avec
succès la formation professionnelle requise en plus du cycle d’Ă©tudes postsecondaires, et
- dont il résulte que le titulaire possède les qualifications professionnelles requises pour accéder à une
profession rĂ©glementĂ©e dans cet État membre ou l’exercer,

On notera tout d’abord que la formulation (”tout diplĂ´me, certificat ou autre titre“) laisse Ă  penser que l’acception Ă  donner au terme de diplĂ´me est large. Dans cette lecture, le fait que l’Ă©quivalence soit reconnue Ă  une seule “mention” du diplĂ´me de l’IEP de Paris ne poserait pas problème.

Par ailleurs, on devine Ă  la formulation du rĂ©fĂ©rĂ© que les pĂ©titionnaires entendent vĂ©rifier que l’obtention de la mention correspond bien au fait de suivre “avec succès un un cycle d’Ă©tudes postsecondaires d’une durĂ©e minimale de trois ans“. Ils ont en effet demandĂ© au juge administratif d’enjoindre au directeur de Sciences Po de leur fournir les moyens de vĂ©rifier, par exemple, “si les modalitĂ©s du contrĂ´le des connaissances permettent de vĂ©rifier la rĂ©alitĂ© de cette formation juridique.” Gageons-le, toutes les conditions vont ĂŞtre passĂ©es au peigne fin.

Conclusion

On le voit, au terme d’une analyse sommaire, le moyen le plus sĂ©rieux rĂ©sulte de flou qui entoure “en l’Ă©tat de l’instruction“, la crĂ©ation des mentions “carrières juridiques” et “droit Ă©conomique”. Les autres moyens semblent beaucoup plus difficiles Ă  faire valoir et rendent le succès d’une mise en cause de l’arrĂŞtĂ© en question pour le moins incertain. Mais peut-ĂŞtre est-ce tout simple parce que les professeurs signataires de la pĂ©tition contestent l’opportunitĂ© de l’arrĂŞtĂ© contestĂ© en mettant en cause sa lĂ©galitĂ©. Cette position, si elle est frĂ©quente, est toujours inconfortable.

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16 commentaires

  1. gavilan a dit :

    RĂ©giment Etranger parachutiste est ce qui m’est venu Ă  l’esprit, Wikipdia me suggère entre autres Recours pour Excès de Pouvoir, ça fait un peu plus sens mais le laĂŻc que je suis peut se tromper.

    Samedi 19 mai 2007 à 02:31

  2. groM a dit :

    WikipĂ©dia a raison. La LĂ©gion n’a rien Ă  voir dans l’histoire, et malgrĂ© la tension, personne ne sautera rue Saint-Dominique :-)

    Samedi 19 mai 2007 à 07:09

  3. Apokrif a dit :

    « Le titre d’ancien élève stagiaire du centre de formation des inspecteurs du travail et de la main-d’oeuvre ou d’ancien élève de l’Institut national du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle ayant suivi avec succès le cycle de formation d’inspecteur stagiaire ou d’inspecteur-élève du travail ;
    7o Le titre d’ancien greffier en chef stagiaire des services judiciaires ayant suivi avec succès le cycle de formation initiale dispensé par l’Ecole nationale des greffes »
    “Tous ces titres ou diplĂ´mes correspondent Ă  des Ă©tudes d’au moins quatre ans en droit”

    Je n’ai pas vĂ©rifiĂ© les programmes, mais pour autant que je sache les concours et formations menant Ă  ces professions ne portent que sur une partie du programme des Ă©tudes universitaires de droit: on peut donc considĂ©rer que les diplĂ´mes de l’IEP, si on leur reproche de ne pas avoir suivi une formation aussi complète qu’Ă  la fac, pourront rĂ©pondre que leur formation n’est pas plus lacunaire que celle des fonctionnaires susmentionnĂ©s (on pourrait d’ailleurs distinguer selon que les diplĂ´mĂ©s ont ou non suivi une formation juridique avant le 2è cycle de l’IEP, Ă  l’IEP ou ailleurs).

    Il y a aussi le problème de la dispense par exemple pour les anciens conseillers de TACAA ou de CRTC, qui peuvent moins s’y connaĂ®tre en droit privĂ© qu’un diplĂ´mĂ© d’IEP.

    On en profite pour (en allant dans votre sens) pour voir que “diplĂ´me” a un sens très large, s’entendant aussi d’un “titre d’ancien Ă©lève” (cf l’arrĂŞt Burbaud de la CJCE).

    Lundi 21 mai 2007 à 20:05

  4. groM a dit :

    Oui, vous avez raison, c’est sans doute sur ce terrain bien glissant que l’affaire risque de se dĂ©rouler. J’ai toute confiance dans les futurs requĂ©rants pour Ă©viter le terrain glissant de l’attaque mĂ©prisante contre les diplĂ´mes non universitaires, mais il demeure que toute cette argumentation risque d’ĂŞtre bien fragile.

    Ceci dit, j’aurais du ajouter dans mon billet que l’analyse que je fais ici est très superficielle, et qu’il peut tout Ă  fait exister, tapi entre un règlement et un dĂ©cret, le moyen qui tue. Nous verrons donc si la facultĂ© le trouve :)

    Lundi 21 mai 2007 à 21:42

  5. Apokrif a dit :

    Une question sur l’exception d’illĂ©galitĂ©: un texte A (par exemple un dĂ©cret) est adoptĂ© , puis une dĂ©cision B est prise sur le fondement de A: si on montre, dans un recours contre B, que A est illĂ©gal, alors B pourra ĂŞtre annulĂ©.

    Mais ici, on n’est pas dans le cas d’un texte qui sert de fondement Ă  un autre: que la crĂ©ation des mentions du master soit lĂ©gale ou non, les dĂ©cisions de l’IEP ne servent pas de base lĂ©gale Ă  l’arrĂŞtĂ© du ministre, elles servent seulement Ă  crĂ©er un objet (les mentions) dont parle l’arrĂŞtĂ© du ministre. L’exception d’illĂ©galitĂ© fonctionne-t-elle dans ce cas ?

    Mardi 22 mai 2007 à 19:10

  6. groM a dit :

    Votre question me fait dire qu’il faut que je creuse ce point. Je le ferai plus tard.

    Mercredi 23 mai 2007 à 10:53

  7. Serge Slama a dit :

    Pas mal du tout: ça vaut le coup de vous mettre amicalement la pression :) ))

    sur l’Ă©galitĂ© je crois que vous inversez le problème. Sauf si le requĂ©rant Ă©tait un IEP lĂ©sĂ© je ne vois pas trop comment on pourrait invoquer l’Ă©galitĂ©.
    Mais vous avez raison qu’en rĂ©alitĂ© des arguments invoquĂ©s sur le moyen de la rupture d’Ă©galtitĂ© abondent dans le sens de l’EMA.

    Mais ĂŞtes-vous sĂ»r que les mentions en cause peuvent juridiquement ĂŞtre qualifiĂ©es de “diplĂ´mes” au sens de la loi de 1971?

    Sinon Aprokrif vous mettez le doigt sur la principale difficultĂ© juridique du dossier (stricto sensu on n’est pas en exception d’illĂ©galitĂ©) - ce qui justifie la stratĂ©gie adoptĂ©e avec le rĂ©fĂ©rĂ© mesure utile et non directement en suspension…
    Sinon dans votre remarque prĂ©cĂ©dente vous ne prenez pas en compte la distinction entre “titre” et “diplĂ´me”.

    Jeudi 24 mai 2007 à 16:41

  8. groM a dit :

    Sur la question de la rupture d’Ă©galitĂ©, un doute m’Ă©treint. Votre remarque me laisse penser qu’un requĂ©rant ne peut se prĂ©valoir d’une rupture d’Ă©galitĂ© que si elle est Ă  son prĂ©judice. Si tel est le cas, le point m’a totalement Ă©chappĂ© jusqu’Ă  prĂ©sent, et je trouverais une telle solution assez regrettable dans le cadre du recours en excès de pouvoir, dont le but est quand mĂŞme de faire respecter le principe de lĂ©galitĂ©.

    Sinon, j’ai beau chercher, je ne vois pas Ă  quoi correspond l’EMA.

    Sur la question de la qualification de “diplĂ´me” de ces mentions, je ne suis sĂ»r de rien :-) En effet, comme je l’ai dit, j’ai l’impression que l’acception du terme “titre ou diplĂ´me” au sens de la directive doit ĂŞtre large; d’un autre cĂ´tĂ©, une lecture littĂ©rale conduit Ă  dire que la mention, qui dĂ©crit une modalitĂ© d’obtention du diplĂ´me de Sciences Po, n’est pas un diplĂ´me en tant que tel. Je n’ai pas trouvĂ© de jurisprudence pertinente sur la question, ni mĂŞme de justification pour pousser dans le sens d’une lecture stricte. J’imagine que vous allez tenter de plaider une lecture stricte.

    Pour rĂ©pondre Ă  Apokrif et au problème de la qualification juridique de la dĂ©cision de l’IEP d’Ă©tablir une mention “carrière juridique”, cette dĂ©cision est indubitablement un acte administratif unilatĂ©ral. Est-il une simple mesure d’ordre intĂ©rieur, ou bien est-ce un acte susceptible de faire grief ? J’ai tendance Ă  penser qu’il fait partie de la seconde partie. Deux justifications Ă  cela: dans la mesure oĂą il contrĂ´le l’obtenition d’un diplĂ´me, il est susceptible de faire grief Ă  ceux qui aspirent Ă  obtenir ce diplĂ´me. Il y aurait d’autre part mauvaise grâce Ă  considĂ©rer comme mesure d’ordre intĂ©rieur un acte qui sert de fondement Ă  une arrĂŞtĂ© interministĂ©riel. Il y a comme une contradiction.

    On peut mĂŞme soutenir que c’est un acte rĂ©glementaire: après tout, il est de portĂ©e gĂ©nĂ©rale et impersonnelle. Enfin, c’est un acte crĂ©ateur de droits: il existe depuis plusieurs annĂ©es, et certains Ă©tudiants ont dĂ©jĂ  obtenu leur diplĂ´me en suivant cette “mention”.

    Maintenant, quel est le rapport entre cet acte administratif et l’arrĂŞtĂ©. Est-ce un motif de fait, ou est-ce un motif de droit qui fonde l’arrĂŞtĂ© ? En y rĂ©flĂ©chissant, c’est peut-ĂŞtre plutĂ´t un motif de fait. Cette solution prĂ©sente beaucoup d’avantages pour le juge: elle dĂ©connecte la question de l’illĂ©galitĂ© de la crĂ©ation de la mention de celle de l’illĂ©galitĂ© de l’arrĂŞtĂ©. Ce qui compte, c’est qu’il y ait un diplĂ´me de sciences Po qui soit obtenu après N heures de droit, tant pis si la dĂ©libĂ©ration du conseil de direction est irrĂ©gulière. Le juge peut vĂ©rifier la rĂ©alitĂ© de l’enseignement, il n’a pas Ă  se poser la question de l’annulation de cet autre acte et de la gestion de la rĂ©troactivitĂ©.

    Bon, j’arrĂŞte.

    Jeudi 24 mai 2007 à 17:57

  9. Serge Slama a dit :

    Sur l’Ă©galitĂ© je me suis mal expliquĂ© en effet. Dès lors qu’on est dĂ©clarĂ© recevable on peut soulever tout moyen de lĂ©galitĂ© puisque c’est un contentieux objectif le REP.
    Mais la reconnaissance de la rupture d’Ă©galitĂ©, couplĂ©e Ă  une injonction/modulation des effets dans le temps, n’aurait-elle pas l’effet inverse de celui qu’on escompte?
    Et mĂŞme sur le fond, il me semble difficile d’Ă©tablir la rupture d’Ă©galitĂ© entre IEP car il difficile de montrer (comme vous le suggĂ©rez) qu’ils sont dans la mĂŞme situation.

    Sur la remarque d’Aprokrif on est bien en prĂ©sence d’actes rĂ©glementaires. D’ailleurs il y a eu plusieurs contentieux contre les dĂ©lib de l’IEPP et de la FNSP sur les droits d’inscription par l’AGE Unef ou par l’Uni sur les conventions ZEP

    http://www.rajf.org/article.php3?id_article=2313

    http://unef-iep.org/joomla/index.php?option=com_content&task=view&id=34&Itemid=50

    Pour contrer un recours de l’AGE unef, il y a mĂŞme eu une validation lĂ©gislative en 1998.
    Idem pour le recours Uni - avec une décision du CC assez connue validant le dispositif.

    Mais en revanche, un acte rĂ©glementaire n’est pas crĂ©ateur de droits. D’ailleurs, il y a un autre arrĂŞt AGE Unef c/ sciences po de 1994 sur l’application immĂ©diate (= en cours d’annĂ©e) d’une rĂ©forme des examens.

    Samedi 26 mai 2007 à 22:24

  10. groM a dit :

    OK, merci pour vos précisions :-)

    Mardi 29 mai 2007 à 10:19

  11. nadya a dit :

    je n ai rien compris a vos truc c est con

    Lundi 4 juin 2007 à 19:07

  12. groM a dit :

    Ah. Quel dommage.

    Lundi 4 juin 2007 à 21:20

  13. Gabriel a dit :

    On est en où dans cette affaire ? Un REP a-t-il été déposé ?

    Lundi 29 oct 2007 à 18:04

  14. groM a dit :

    Oui. Pour plus d’infos, je vous suggère toutefois de vous adresser directement aux requĂ©rants. Pour autant que je sache, un mĂ©moire ampliatif devait ĂŞtre dĂ©posĂ© …

    Lundi 29 oct 2007 à 18:26

  15. Apokrif a dit :

    Y a-t-il un blog ou une page web qui suit le déroulement de la procédure ?

    Samedi 3 nov 2007 à 20:06

  16. groM a dit :

    Le mieux est de demander à Frédéric Rolin.

    Samedi 3 nov 2007 à 22:16

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