Haut-commissaire ? Non, secrĂ©taire d’Etat !
Je m’interrogeais rĂ©cemment sur le statut juridique fait Ă M. Martin Hirsch, le haut-commissaire aux solidaritĂ©s actives contre la pauvretĂ©, et notamment sur la question de savoir si celui-ci devait ĂŞtre considĂ©rĂ© comme un membre du gouvernement.
On le sait, le titre de haut-commissaire ne fait pas partie de ceux qui sont habituellement attribuĂ©s Ă des membres du gouvernement. Il Ă©voque d’avantage la dĂ©nomination de commissaire de la RĂ©publique qui fut attribuĂ©e un temps aux prĂ©fets après 1981, ou bien encore celle de Haut-commissaire qui fut utilisĂ©e pour dĂ©signer le reprĂ©sentant de l’Etat Français en AlgĂ©rie après les accords d’Evian. Dans tout les cas, le commissaire est un reprĂ©sentant de l’Etat, qui est subordonnĂ© hiĂ©rarchiquement au gouvernement et dont la nomination est discrĂ©tionnaire.
La qualitĂ© de membre du gouvernement est bien diffĂ©rente. Elle obĂ©it Ă des motifs politiques; elle emporte d’abord l’obligation de solidaritĂ© gouvernementale, notamment Ă l’Ă©gard du contrĂ´le politique exercĂ© par l’AssemblĂ©e Nationale; elle permet enfin d’assister au conseil des ministres, ce qui implique le droit de participer aux dĂ©cisions collĂ©giales, comme par exemple la dĂ©cision d’engager la responsabililtĂ© du gouvernement devant le Parlement.
Il exite par ailleurs une hiĂ©rarchisation du gouvernement: les ministres d’Etat, d’abord, disposent souvent d’une autoritĂ© politique supĂ©rieure Ă celle des autres ministres de plein exercice (et, si mes souvenirs sont bons, d’un traitement plus Ă©levĂ©). Les secrĂ©taires d’Etat sont dĂ©lĂ©guĂ©s auprès premier ministre ou bien d’un ministre de plein exercice, ce qui signifie concrètement qu’ils lui sont subordonnĂ©s. Enfin, suivant les gouvernements, ils peuvent assister en totalitĂ© au conseil des ministres, ou seulement aux discussions relevant de leur compĂ©tence. Dans ce cas-lĂ , ils sont soumis dans les faits aux dĂ©cisions du reste du collège ministĂ©riel.
C’est donc dans le dĂ©cret du 18 mai 2007 relatif Ă la composition du gouvernement qu’il faut chercher la rĂ©ponse Ă notre interrogation initiale. M. Hirsch s’y voit en effet consentir, malgrĂ© son titre un peu baroque, le droit d’assister au conseil des ministres, “pour les affaires relevant de ses attributions“. Il est donc assimilable, sur le plan juridique, Ă un secrĂ©taire d’Etat, d’autant que, contrairement Ă certaines dĂ©clarations relatives Ă son indĂ©pendance, le dĂ©cret indique qu’il est dĂ©lĂ©guĂ© auprès du Premier ministre.
Le gouvernement Fillon I semble en outre opter pour une hiĂ©rarchisation discrète mais très claire des secrĂ©taires d’Etat. Les Ă©lĂ©ments allogènes, comme M. Hirsch, qui peut apparaĂ®tre comme un franc-tireur, M. Besson, qui Ă©tait au PS il n’y a pas si longtemps, et M. Bussereau, d’obĂ©dience chiraco-raffariniste, ne se voient reconnaĂ®tre que le droit d’assister aux conseil des ministres pour les affaires relevant de leurs attributions. Les Ă©lĂ©ments peut-ĂŞtre plus fiables sur le plan politique, comme M. Karoutchi, un Sarkozyste de souche, et M. Jouyet, un haut-fonctionnaire assez neutre, ont eux le droit d’assister Ă tous les conseils des ministres, ce qui est heureux attendu que leur attributions, les relations avec le Parlement et les affaires EuropĂ©ennes, exigent une excellente connaissance gĂ©nĂ©rale des dossiers gouvernementaux.
En tout Ă©tat de cause, il sera intĂ©ressant de voir comment M. Hirsch conciliera sa volontĂ© d’indĂ©pendance avec la nĂ©cessaire solidaritĂ© gouvernementale. Ses dĂ©claration rĂ©centes laissent dĂ©jĂ Ă penser que cela risque d’ĂŞtre dĂ©licat. A moins, tout simplement, que le PrĂ©sident de la RĂ©publique ne prĂ©fère avoir quelques trublions près de lui pour mieux gĂ©rer les contestations extĂ©rieures.
PS: sur un sujet connexe, j’en profite pour signaler le billet du toujours passionnant FrĂ©dĂ©ric Rolin au sujet de la rĂ©partition des services entre les diffĂ©rents ministères.
gerando a dit :
Les Ă©lĂ©ments sont allogènes (Ă moins d’ĂŞtre halogènes, mais Bussereau ne m’a jamais paru une lumière).
Mardi 22 mai 2007 à 14:08
groM a dit :
Merci gerando. Cela m’apprendra Ă utiliser des mots compliquĂ©s. Quand Ă Bussereau, ne le connaissant pas davantage que son action gouvernementale passĂ©e, j’en suis rĂ©duit Ă m’en remettre Ă vos lumières …
Mardi 22 mai 2007 à 14:27
erasoft a dit :
Encore que, et pas que sur le plan chimique, il n’est pas dit que les Ă©lĂ©ments allogènes ne soit pas des Ă©toiles. Subtile et dĂ©licate double nĂ©gation…
Il existe une autre hypothèse de haut-commissaire : le haut-commissaire de la RĂ©publique, en Nouvelle-CalĂ©donie, qui n’est en fait qu’une forme diffĂ©rente du prĂ©fet.
Ce qui sera justement intĂ©ressant sera de savoir ce qui relèvera des attributions de Hirsch, et de sa compĂ©tence règlementaire. S’il en a une, il ne s’agira rien d’autre que d’une originalitĂ© dans le titre de ce personnage, et le haut-commissaire ne sera rien d’autre qu’un secrĂ©taire d’Etat. Si, en revanche, il a une fonction tribunicienne, son statut de haut-commissaire sera largement fondĂ©.
Il faudrait aussi voir sa rĂ©munĂ©ration et ses privilèges de fonction, qui diffĂ©rent selon le “grade” dans la hiĂ©rarchie ministĂ©rielle. Soit il est payĂ© comme un secrĂ©taire d’Etat, sans en exercer vĂ©ritablement le fond des attributions, soit il n’est pas payĂ© du tout, parce que la loi n’a jamais créé cette fantaisie que dans des hypothèses spĂ©ciales et particulières. A moins, bien sĂ»r, qu’il ne se fasse rĂ©munĂ©rer sur les fonds spĂ©ciaux, supprimĂ©s depuis 2001…
Mardi 22 mai 2007 à 18:19
Apokrif a dit :
Vu qu’il a un titre ronflant, n’est-ce pas une nomination poudriauzeutesque, prononcĂ©e dans la crainte qu’un n-ième ministre ou secrĂ©taire d’Etat de/Ă la discrimination, aux solidaritĂ©s, etc. ne passse inaperçu ?
Mardi 22 mai 2007 à 19:25
Mon Elysée a dit :
Apokrif, vous semblez mettre en doute ma volontĂ© d’agir pour mon pays avec votre nĂ©ologisme oculaire ? Je me trompe ?
Mardi 22 mai 2007 à 22:34
George a dit :
Comme avait dit Lyndon Johnson, ancien prĂ©sident des Etats-Unis, connu pour sa langue fleurie, il vaut mieux garder quelqu’un (en l’occurrence, il s’agissait de Edgar Hoover, directeur de la CIA) sous la tente afin qu’il « pisse dehors », au lieu de l’avoir dehors (ou de voir partir) et de le laisser « pisser dedans ».
Mercredi 23 mai 2007 à 00:56
erasoft a dit :
@George : Moui, mais je ne suis pas certain que Martin Hirsch soit Ă ce point le dangereux gauchiste que l’on Ă©voque. Il est trop bien Ă©levĂ© pour pisser dedans.
Mercredi 23 mai 2007 à 15:19
groM a dit :
Si j’ose dire, le niveau monte.
Mercredi 23 mai 2007 à 16:35
Serge Slama a dit :
Nouvel exercice: les futures attributions du MIINC (ministère immigration-identité nationale-et coopération) sont-elles contestables?
Jeudi 24 mai 2007 à 16:44
groM a dit :
Le dĂ©cret d’attribution est paru ?
Jeudi 24 mai 2007 à 17:58
vieilledame a dit :
cherchant Ă savoir ce que recouvrait ce titre ronflant, car m’efforçant de savoir Ă quels sauce les pauvres, dont je suis, vont ĂŞtre mangĂ©s, je suis très heureuse de dĂ©couvrir ce site qui fait un travail que devrait faire les journalistes des mĂ©dia (anciens).
Au passage, y a-t-il des droits sur le nĂ©ologisme oculaire : “poudriauzeutesque” il me plait beaucoup et si personne ne proteste, je compte le faire mien !
Dimanche 10 juin 2007 à 15:08
Etudiant en Droit a dit :
Le statut du secrĂ©taire d’Ă©tat est bien connu et dĂ©coule de normes. Donc pour celui lĂ c’est bon.
C’est vrai que le “Haut commissaire du gouvernement” jamais vu, mĂŞme si cela rappel un peu celui de nouvelle calĂ©donie sans avoir aucun rapport.
Il n’a donc pas de statut et on peut considĂ©rer sa fonction comme consultative ou de missionnaire. Martin Hirsch s’est lui mĂŞme rĂ©jouit de ce statut et affirme l’avoir demandĂ© pour pouvoir agir de façon plus libre. Or les autres membres eux sont tenus de s’offir certaines libertĂ©s.
Ce statut n’existe donc pas, et Martin Hisrsch ès fonctions de Haut commissaire vient s’adresser devant le parlement alors mĂŞme que le chef de l’Etat ne le peut…
Moi aussi je demande ès fonctions d’Etudiant en Droit de m’exprimer (après dĂ©cret portant ma nomination bien sĂ»r) devant le Parlement !!!
Jeudi 18 oct 2007 à 02:14
Le bon vieux temps oĂą les militants UMP ne doutaient de rien ! a dit :
[…] Haut-commissaire ? Non, secrĂ©taire d’Ă©tat […]
Dimanche 21 oct 2007 à 18:54