Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Mardi 19 juin 2007

Quels examens pour les étudiants en droit ?

Posté dans Autres par groM

Le fait d’avoir passĂ© rĂ©cemment des examens a suscitĂ© chez moi un certain nombre de rĂ©flexions sur la forme que devraient prendre ces examens, dans un monde idĂ©al dĂ©pourvu de la tradition, des lourdeurs, et des contraintes budgĂ©taires de l’universitĂ© d’une part, et de l’instinct grĂ©gaire et truandeur des Ă©tudiants d’autre part.

Il me semble que les examens ont deux fonctions, et qu’il conviendrait, dans chaque matière, de faire en sorte que ces deux fonctions soient correctement remplies.

Il y a d’abord la fonction de vĂ©rification de l’acquisition des connaissances. Fonction peu noble, mais Ă´ combien utile pour dĂ©terminer si un Ă©tudiant est en mesure de poursuivre utilement ses Ă©tudes. Pour exercer cette fonction, un examen oral - en pressant un peu l’Ă©tudiant - ou un Ă©crit court mais dense me semblent bien adaptĂ©s. J’ai une petite prĂ©fĂ©rence pour l’oral, qui permet Ă  l’interrogateur de sentir les faiblesses et de les exploiter :-)

Il y a ensuite la fonction pĂ©dagogique: il s’agit lĂ  de donner, sous la pression additionnelle de l’examen, qui est la meilleure approximation possible de la pression professionnelle, un travail qui sera reprĂ©sentatif de ce que le juriste aura Ă  accomplir lors de sa vie professionnelle, justement.

L’examen oral est aussi pertinent pour cet objectif: plaidoirie et consultations se font essentiellement Ă  l’oral. Peut ĂŞtre alors ces exercices pourraient-ils se substituer en partie Ă  la simple restitution de cours.

Mais le travail juridique est aussi beaucoup un travail Ă©crit, parfois longuement mĂ»ri, en piochant Ă  volontĂ© dans les bibliothèques et les bases de donnĂ©es en ligne. Aussi serait-il sans doute souhaitable que les Ă©tudiants aient Ă©galement parmi leurs Ă©preuve une Ă©preuve Ă©crite, Ă  faire Ă  la maison, avec toute documentation utile, en un temps limitĂ©, une semaine par exemple. En contre-partie, il est Ă©vident qu’il devrait s’agir de traiter une ou plusieurs question(s) approfondie(s), Ă  la marge du cours. La rĂ©daction d’une assignation ou d’une citation, d’un mĂ©moire introductif, d’un mĂ©moire en dĂ©fense, c’est selon, pourraient donc constituer une Ă©preuve utile. Il va de soi (si, si !) que pour corser l’affaire, chaque Ă©tudiant devrait avoir Ă  traiter un cas diffĂ©rent. Et dans un monde idĂ©al toujours, chaque Ă©tudiant devrait avoir un accès Ă  une base de donnĂ©e juridique en ligne (lĂ  aussi, c’est indispensable d’apprendre Ă  s’en servir correctement).

Et, me direz-vous, quid du commentaire d’arrĂŞt ou de la dissertation ? Les jette-je Ă  la trappe ? Et bien non, ils sont tout Ă  fait utiles aussi, et ils permettent de dĂ©montrer que l’on possède non seulement l’intĂ©gralitĂ© de son cours, mais qu’on la possède avec le recul nĂ©cessaire.

En résumé, dans notre monde idéal, chaque trimestre les épreuves suivantes seraient organisées dans les unités fondamentales:

  • Un oral de 15 minutes (cas pratique) avec une prĂ©paration de 5 minutes;
  • Un commentaire d’arrĂŞt ou une dissertation de 3 heures en temps limitĂ©, avec le code civil ou le GAJA;
  • Un cas rĂ©el dĂ©licat Ă  rĂ©diger chez soi, en une semaine, avec toute la documentation.

Dans les autres matières, je verrais bien un écrit de deux heures, avec une partie de restitution du cours et un cas pratique.

Par ailleurs, il me semble que le droit se caractĂ©rise par son Ă©volutivitĂ© et l’existence de domaines pointus qui ne seront de toute manière pas traitĂ©s en cours. Aussi serait-il intĂ©ressant que chaque Ă©tudiant, une fois par an, ait Ă  rĂ©aliser un exposĂ© sur un domaine du droit qui n’est pas traitĂ© au programme de son annĂ©e ou d’une annĂ©e antĂ©rieure. Cela encouragerait l’initiative, la culture gĂ©nĂ©rale et l’auto-formation.

Un monde idĂ©al, vous disais-je …

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10 commentaires

  1. Eolas a dit :

    La proposition est loin d’ĂŞtre bĂŞte, et j’en profite pour souligner combien le commentaire d’arrĂŞt est une Ă©preuve fondamentale dans la pratique du droti car il apprend Ă  lire une dĂ©cision et Ă  la comprendre.

    Pour l’Ă©preuve libre, une semaine me paraĂ®t bien trop. Je donnerais les sujets le vendredi soir, pour un rendu le lundi. Mais quid de l’aspect individuel ? Les Ă©tudiants auront tout intĂ©rĂŞt Ă  travailler ensemble sur leurs cas, or la notation restera individuelle.

    Mardi 19 juin 2007 à 15:00

  2. GRAD a dit :

    un cas réel à rédiger chez soi? pour un examen?
    Et bien sur aucun étudiant ne se tournera vers papa_ maman_tonton ou ne songera à payer même un prof particulier pour superviser le cas. Soyons sérieux..
    Il y a des écoles pour apprendre ca: l ecole du barreau , de la magistrature

    Mardi 19 juin 2007 à 15:05

  3. groM a dit :

    Comme je l’ai dit, dans un monde idĂ©al

    @Eolas: Pour ce qui est de la durĂ©e, que cela soit une semaine ou trois jours ne change pas grand chose sur le principe. Après, effectivement, on pourrait imaginer des travaux collectifs, mais c’est un bouleversement encore plus terrible que je n’ose mĂŞme pas envisager …

    @GRAD: vous voyez, ça, c’est un truc qui ne viendrait pas Ă  l’esprit d’un Ă©lève dans une Ă©cole d’ingĂ©nieurs. Mais par contre, en mĂ©decine ou en droit, cela a l’air d’ĂŞtre plus dans l’ordre du possible. Etonnant, non ? Je suis peut-ĂŞtre naĂŻf, mais d’une part, je crois que les profs qui se prĂŞteraient Ă  ça devraient avoir honte, et d’autre part, que les Ă©tudiants qui font ça sont bien Ă  plaindre. Dans tous les cas, on peut discuter des coefficients.

    Et puis je trouve qu’attendre l’Ă©cole du barreau ou de la magistrature pour savoir Ă  quoi ressemble une assignation ou un mĂ©moire introductif, c’est un peu dommage.

    Mardi 19 juin 2007 à 15:22

  4. Zkark a dit :

    @Eolas: l’Ă©tudiant en droit a aussi une vie le week-end. Si si.

    Le commentaire d’arrĂŞt me semble fondamental en droit administratif. En droit civil c’est autre chose, les dĂ©cisions sont, en gĂ©nĂ©ral (encore que…), beaucoup plus lisibles. Quelques commentaires d’arrĂŞt au dĂ©but mais surtout des cas pratiques ensuite.
    Enfin, en droit les oraux sont souvent l’occasion d’apprendre son cours par coeur. Et si cela peut ĂŞtre l’occasion de dĂ©crocher une bonne note, il n’en reste quand mĂŞme pas grand-chose l’annĂ©e d’après.

    Mardi 19 juin 2007 à 22:58

  5. groM a dit :

    @Zhark: vous bossez jamais les week-ends ? C’est les vacances, les Ă©tudes de droit :-) !

    Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites du commentaire d’arrĂŞt. Je ne trouve pas les dĂ©cisions de la Cass toujours super lumineuses; certaines sont parfois mĂŞme proches du haĂŻku. Le CE n’a pas le monopole de la concision ! Le commentaire d’arrĂŞt est donc Ă  mon sens très utile aussi bien en stratif qu’en civil.

    Mercredi 20 juin 2007 à 11:22

  6. Graziano a dit :

    Bonjour groM,

    Juste quelques remarques et idées rapides pour soutenir votre propos:

    1) Pour commencer, soyons clairs, les examens tels qu’ils sont actuellement organisĂ©s (a Lyon seulement ?) sont impropres Ă  la formation de bons juristes. En effet, bien souvent, sur 7 ou 8 matières au programme, 5 au minimum font l’objet d’une question de cours (Ă  traiter en 1h ou 1h 30) avec 2 sujets au choix. Bilan: il suffit Ă  l’Ă©tudiant de bachoter la moitiĂ© du cours quelques jours avant le dĂ©but de l’Ă©preuve pour rĂ©colter une note tout Ă  fait honorable…Ă©tant entendu que deux jours après l’Ă©preuve les connaissances se seront bien sĂ»r envolĂ©es. Il ne faudra pas s’Ă©tonner, ensuite, de la rĂ©ussite des Ă©tudiants en sciences po Ă  l’ENM (ou Ă  l’exam d’avocat…). Conclusion: il faut, me semble-t-il, favoriser les Ă©preuves de rĂ©flexion nĂ©cessitant de l’Ă©tudiant un vĂ©ritable effort dans l’organisation de ses idĂ©es et qui laissent une empreinte indĂ©lĂ©bile dans sa mĂ©moire (cf: examen de M. Lacombe Ă  ses Ă©tudiants en droit constitutionnel).

    2) Il faut dĂ©velopper les examens oraux (je ne dĂ©veloppe pas mais il y aurait Ă  dire)…le problème Ă©tant qu’ils monopolisent le professeur pendant plusieurs jours, voir plusieurs semaines…

    3) Il faut encourager le travail de recherche. Je suis certain que 8 Ă©tudiants en Master sur 10 sont incapables d’effectuer des recherches prĂ©cises, pertinentes et rapides. La recherche nĂ©cessite une mĂ©thode particulière si l’on ne veut se noyer dans le flot de la documentation juridique. Or ce travail est le quotidien du juge, de l’avocat, ou du juriste…

    4) Enfin je suis tout Ă  fait d’accord sur le fait qu’il est absurde d’attendre d’ĂŞtre Ă  l’ENM ou Ă  l’Ă©cole des avocats pour apprendre Ă  rĂ©diger une requĂŞte. La pratique doit nĂ©cessairement complĂ©ter la thĂ©orie qui en constitue le prĂ©alable indispensable ! Le problème: qui va corriger ces copies alors que je connais des professeurs qui, jamais, n’ont rĂ©digĂ© la moindre requĂŞte ???

    Cordialement.

    Mercredi 20 juin 2007 à 12:58

  7. groM a dit :

    Merci Graziano. Je suis tout Ă  fait d’accord sur votre point numĂ©ro 1. Ainsi la diffĂ©rence, chez moi, entre le cours de droit pĂ©nal gĂ©nĂ©ral, qui s’enfuie dĂ©jĂ  des limbes de ma courte mĂ©moire, et le cour de droit administratif, dont, Ă  force d’avoir mangĂ© et fichĂ© des arrĂŞts, je me souviendrais je pense longtemps.

    Sur le point 2, s’il faut dĂ©velopper les examens oraux, encore faut-il qu’il aient une certaine durĂ©e et ne se rĂ©duisent pas Ă  la simple rĂ©citation du cours. C’est difficile du fait des contraintes matĂ©rielles.

    Sur les points 3 et 4, que dire sinon que nous sommes d’accord ? :-) Le fait que certains profs de droit n’aient pas pratiquĂ© ne m’inquiète pas outre mesure: s’il fallait que tous ceux qui enseignent l’informatique aient une expĂ©rience dans l’industrie du logiciel, il n’y aurait pas beaucoup de profs d’informatique :-)

    Mercredi 20 juin 2007 à 16:58

  8. Zkark a dit :

    @GroM: j’ai commencĂ© Ă  apprĂ©cier le droit privĂ© avec les premiers cas pratiques que j’ai fait en civil 2ème annĂ©e. Intelligemment, l’Ă©quipe enseignante nous avait fait jusqu’alors bosser sur des commentaires, chose fort utile mais quelque peu rĂ©barbative Ă  la longue. Lorsque nous sommes passĂ©s au concret, les choses devinrent dĂ©jĂ  plus intĂ©ressantes. D’autant que le droit des obligations se prĂŞte vraiment bien Ă  l’exercice de cas pratiques alambiquĂ©s. J’ai encore eu des cas pratiques en droit des contrats spĂ©ciaux, et depuis, je dors avec mon PrĂ©cis Dalloz et je vĂ©nère chaque soir Simler, TerrĂ© et Lequette. Et Denis Mazeaud pour ses notes Ă©clairĂ©es. Car en effet, les ex-camarades de Guy Canivet sont parfois des petits filous.

    Sinon, le week-end, je rattrape mon sommeil de la semaine!

    Mercredi 20 juin 2007 à 21:18

  9. omadhawn a dit :

    J’ai fait ma maĂ®trise (pardon, 1ère annĂ©e de Master) au Canada (McGill-MontrĂ©al), et j’ai eu des Ă©preuves dans certaines matières pour lesquelles nous avions 48 heures Ă  la maison (il arrive que certaines Ă©preuves soient plus courtes ou plus longues), donc Ă©videmment nous avions le droit de consulter tout document.

    Pour ce qui est de faire les Ă©preuves Ă  plusieurs, certes, j’ai entendu dire que certaines personnes le faisaient, effectivement… Moi j’avais l’impression qu’après avoir maudit pendant des annĂ©es ces examens pour lesquels on nous demande d’apprendre par cĹ“ur des notes de cours (quel est l’intĂ©rĂŞt des cours en amphi tels qu’ils sont dispensĂ©s aujourd’hui ?), enfin, j’avais la possibilitĂ© de voir mes connaissances/compĂ©tences Ă©valuĂ©es de manière intelligente, j’allais sĂ»rement pas donner raison Ă  ceux qui objecteraient qu’une telle mĂ©thode permet la « triche » (aide extĂ©rieur).

    Ce n’est pas uniquement les examens qui étaient différents, mais également l’enseignement. Chaque cours était à préparer en lisant de la jurisprudence/doctrine (articles/arrêts choisis par les profs), pour que les étudiants soient en mesure de discuter, donner leur avis sur le thème de la séance (et poser des questions). Mais en aucun cas le prof n’était là pour dicter des notes de cours…(on sait lire, non ? les manuels, ça sert à ça).

    Alors non, c’est pas possible de faire ça avec des étudiants en première année de droit en France (ni les suivantes, d’ailleurs). Trop d’étudiants. Alors quoi faire ? Sélection ? On dira ce qu’on voudra, mais il y en a déjà une, de sélection. Chaque année, les redoublements. Et ensuite, même si certains parviennent douloureusement à obtenir un diplôme de maîtrise (pardon, une première année de Master, qui n’est pas diplômante), ils feront quoi… Peut-être qu’une sélection plus précoce leur aurait été bénéfique. Ça ferait aussi moins de personnes dans un amphi.

    Samedi 21 juil 2007 à 04:20

  10. groM a dit :

    @omadhawn: tout Ă  fait d’accord !

    Samedi 21 juil 2007 à 07:48

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