Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Archive du mois de septembre 2007

Vendredi 28 septembre 2007

Trucs et astuces (1)

Posté dans Trucs et astuces par groM

Je viens de crĂ©er une nouvelle catĂ©gorie, intitulĂ©e truc et astuces, dans laquelle les billets dĂ©criront des petits trucs simples, particulièrement quand on cherche de la doc juridique. Pas question ici de traiter de la documentation elle-mĂŞme, d’autres Ă©tant beaucoup plus compĂ©tents que moi pour ce faire: vous y trouverez typiquement des sites intĂ©ressants ou bien des “Comment je fais ça avec lĂ©gifrance ?”.

Nous allons immédiatement commencer avec deux trucs de recherche dans Legifrance.

Recherche d’expressions exactes dans la base de jurisprudence

Dans la recherche experte de jurisprudence, quand on rentre plusieurs mots dans l’une des lignes du formulaire “thème“, les mots de cette ligne sont recherchĂ© par dĂ©faut en mode “Ă  proximitĂ©“. Ainsi, si vous rentrez “abus de droit“, un arrĂŞt contenant la phrase suivante sera sĂ©lectionnĂ© par le moteur de recherche:

… applicable Ă  l’abus notoire dans l’usage ou le non-usage du droit de divulgation …

Vous pouvez d’ailleurs observer que le formulaire, au moment oĂą vous cliquez sur “Rechercher“, effectue un filtrage des mots les plus triviaux, comme ici “de”. C’est ennuyeux.

Maintenant, si vous souhaitez chercher l’expression exacte “abus de droit“, il vous faut changer dans le formulaire thème le menu dĂ©roulant de “Ă  proximitĂ©” vers “expression“. Dès lors, plus de filtrage, et Legifrance recherche exactement l’expression entrĂ©e.

La loi sous gestion de configuration

(Pour les informaticiens) Qui ne s’est jamais demandĂ© pourquoi les diffĂ©rents code n’Ă©taient pas gĂ©rĂ©s sous CVS (je n’ose Ă©voquer ici subversion) ? Après tout, une loi est essentiellement un patch, et il serait très commode de pouvoir faire des diff entre les diffĂ©rentes versions d’un mĂŞme article de loi, tout comme on le fait entre les diffĂ©rentes versions d’un fichier source.

(Pour les autres) Les problèmes de conflits de loi dans le temps exigent, pour pouvoir ĂŞtre analysĂ©s de manière rigoureuse, de connaĂ®tre les diffĂ©rentes versions d’un texte au cours du temps, ainsi que leurs dates d’entrĂ©e en vigueur et d’abrogation.

(Pour tout le monde) Legifrance peut, dans une certaine mesure, vous aider. Par exemple, pour connaĂ®tre les diffĂ©rentes versions au cours de l’histoire de l’article 1384 du code civil, aller sur la page d’accueil, cliquez sur “Recherche experte“, puis sur “Codes lois et règlements“, et “Modifications apportĂ©es par un texte“. Il ne vous reste plus qu’Ă  indiquer, dans l’onglet “Texte modifiĂ©“, “Code civil” dans le champ “Nature du texte” et “1384” dans le champ article.

Et hop !

Lundi 24 septembre 2007

La quille !

Posté dans CAVEJ par groM

Bon, cette fois ça y est: j’ai fini mes examens de deuxième annĂ©e. Ca fait du bien quand ça s’arrĂŞte, et ça me laisse un mois de repos d’ici les rĂ©sultats, les rĂ©inscription e cosi via.

Pour les polards de nos lecteurs, voici les sujets (il s’agissait du droit des biens):

  • Le possesseur de bonne foi;
  • Les caractères du droit de propriĂ©tĂ©;
  • La dĂ©chĂ©ance de l’usufruit;
  • La gestion de l’indivision.

Tout cela en une heure chrono. Bilan des opĂ©rations: cela s’est pas mal passĂ©. Quelques approximations, mais sans doute pas plus que d’habitude. Et puis quelques omissions, mais pas de regrets: je n’aurais pas eu le temps matĂ©riel d’en Ă©crire plus.

Sinon, le centre de la rue saint-hippolyte est assez Ă©gal Ă  lui-mĂŞme, avec quelques bonnes surprises: les tables des amphi ont Ă©tĂ© changĂ©es - elles ne resteront pas longtemps virginales - et une couche de peinture crème a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e sur les chasses d’eau, leur faisant oublier les outrages de la campagne Ă©lectorale. Des conditions idĂ©ales pour composer, somme toute :-)

Lundi 24 septembre 2007

C’est bien la peine d’ĂŞtre un gourou …

Posté dans Autres par groM

Aux États-Unis, notre productivité effective est supérieure. Je sais que la France affiche un taux de productivité horaire plus élevé que le nôtre. Mais c’est une illusion statistique liée à votre taux de chômage presque deux fois plus élevé. Si l’on intégrait des chômeurs dans le calcul, la productivité française dégringolerait.

Alan Greenspan, dans un entretien au Figaro.

Pour faire bonne mesure, je propose qu’on intègre aussi les enfants, les malades et ex-patrons de banques centrales.

Vendredi 21 septembre 2007

Bonne nuit les petits

Posté dans Politique, Droits de l'homme par groM

Le projet de loi sur l’immigration, Ă  propos duquel j’ai dĂ©jĂ  eu l’occasion de m’indigner, contient d’autres tristes surprises:

  • La rĂ©duction du dĂ©lai pour contester les dĂ©cisions de l’OFPRA devant la commission de recours des rĂ©fugiĂ©s passe Ă  15 jours (art. 9 ter du projet). Eolas en dĂ©monte avec justesse l’impact pratique.
  • Le recours ouvert aux demandeurs d’asile contre le refus d’entrer sur le territoire national qui prenait la forme d’une requĂŞte en rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ©, devra dĂ©sormais prendre celle d’une requĂŞte au fond, non susceptible de recours et hors de la prĂ©sence du commissaire du gouvernement (art. 6). LĂ  aussi, les consĂ©quences pratiques sont claires: comment rĂ©diger un recours complet dans les 24h imparties pour ce faire ?
  • L’obligation de quitter le territoire français ne sera plus motivĂ©e (art. 12 quater). “Vous partez ? - Pourquoi ? - Vous partez, on vous dit !
  • Et, dernière mesquinerie, le droit au maintien dans un hĂ©bergement d’urgence (AKA le droit au logement opposable) ne sera ouvert qu’au personnes en situation rĂ©gulière. Quand on voit comment cela va ĂŞtre facile pour les mal-logĂ©s bien de chez nous, on n’a par contre aucune inquiĂ©tude sur la portĂ©e pratique de cette disposition (art. 21). Ca rassure.

Je souhaite donc une bonne nuit, sans rêve, aux députés qui ont voté ce projet de loi.

Mercredi 19 septembre 2007

Le regroupement familial “gĂ©nĂ©tique”: pouaarkh !

Mes bons lecteurs ne vont pas ĂŞtre surpris: je suis fermement opposĂ© au recours “volontaire” Ă  des tests ADN pour prouver la filiation dans les dossiers de regroupement familial. MĂŞme si j’arrive après les apports au dĂ©bat de Jules et du Pr. Rolin, je ne vous Ă©pargnerai pas le fruit de mon indignation. Je vous renvoie en particulier Ă  Jules pour une discussion beaucoup plus Ă©rudite sur la preuve en matière de droit de la famille.

En France, l’usage des tests ADN s’effectue donc dans trois cadres strictement limitĂ©s (A). La proposition de M. Mariani plongerait cet Ă©difice cohĂ©rent dans une mer d’incertitudes (B) aux relents politiques douteux.

A. La situation actuelle

La gĂ©nĂ©tique permet d’abord de prouver la filiation, mais dans les cas oĂą les modes d’Ă©tablissement lĂ©gaux ne parviennent pas Ă  obtenir ce rĂ©sultat. Ainsi, si un enfant est traitĂ© par le mari de sa mère comme son propre fils - c’est la possession d’Ă©tat - le juge, quand bien mĂŞme certains Ă©lĂ©ments iraient dans le sens d’une filiation biologique diffĂ©rente, dĂ©cidera que l’enfant est, juridiquement parlant, le fils de son père. Tout simplement parce qu’il s’agit de garantir la paix sociale, la paix des familles, avant de garantir l’exactitude biologique de la filiation. C’est une affirmation forte que fait lĂ  le droit: il Ă©nonce la prĂ©pondĂ©rance de l’acquis sur l’innĂ©, la prĂ©dominance de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral sur l’intĂ©rĂŞt particulier.

Un autre usage des tests ADN est bien connu. Il s’agit de leur utilisation comme mode de preuve en matière pĂ©nale. “Le fichier national automatisĂ© des empreintes gĂ©nĂ©tiques, placĂ© sous le contrĂ´le d’un magistrat, est destinĂ© Ă  centraliser les empreintes gĂ©nĂ©tiques issues des traces biologiques ainsi que les empreintes gĂ©nĂ©tiques des personnes condamnĂ©es pour l’une des infractions mentionnĂ©es Ă  l’article 706-55 en vue de faciliter l’identification et la recherche des auteurs de ces infractions.” (art. 706-54 CPP).

Outre les personnes condamnĂ©es, “[l]es personnes Ă  l’encontre desquelles il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu’elles aient commis l’une des infractions mentionnĂ©es Ă  l’article 706-55” peuvent Ă©galement voir leur empreinte gĂ©nĂ©tique enregistrĂ©e dans le fichier, en principe tant que cela est utile pour le dossier.

Le dernier cas regroupe bien entendu “[l]es fins mĂ©dicales ou de recherche scientifique.” (art. 16-10 c. civ.). Il ne s’agit pas ici d’une action coercitive, mais encore faut-il que la personne donne un consentement libre et Ă©clairĂ©.

Des sanctions pĂ©nales assurent le respect des règles en vigueur. Ainsi le code pĂ©nal rĂ©prime-t-il, Ă  l’heure actuelle en tout cas, de 3 ans de prison et 45000 euros d’amende, “le fait de pratiquer ou de faire pratiquer sur une personne une recherche biomĂ©dicale sans avoir recueilli le consentement libre, Ă©clairĂ© et exprès de l’intĂ©ressĂ© […]” (art. 223-8) ou bien encore d’un an de prison et 15000 euros d’amende “le fait de dĂ©tourner de leurs finalitĂ©s mĂ©dicales ou de recherche scientifique les informations recueillies sur une personne au moyen de l’examen de ses caractĂ©ristiques gĂ©nĂ©tiques est puni d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende.” (art. 226-26). L’affaire est donc sĂ©rieuse.

B. Une mer d’incertitudes

Mais la proposition de M. Mariani, sous ses apparences de simplicité, plonge cet édifice dans un océan de questions sans réponses.

On sait tout d’abord les difficultĂ©s qu’Ă©prouvent les Ă©trangers Ă  faire avancer leur dossier dans les services consulaires ou prĂ©fectoraux. Ainsi ai-je Ă©voquĂ© dans un rĂ©cent billet les dĂ©lais d’attente parfaitement dĂ©raisonnables opposĂ©s Ă  un de mes collègues en instance de naturalisation. Pas plus tard qu’hier, le journal de 20h de France 2 relatait les difficultĂ©s d’une femme algĂ©rienne Ă  faire venir son mari en France, alors mĂŞme que celui-ci rĂ©pond Ă  toutes les conditions posĂ©es. A l’aune de cette situation, on ne peut que gager que les Ă©trangers qui feront le “choix” de demander un test rencontreront encore plus de difficultĂ©s: entre l’obtention des rendez-vous pour dĂ©poser sa salive (d’aucuns diraient “pour cracher au bassinet”), l’expĂ©dition des Ă©chantillons dans les laboratoires agréés, le frais de poste … il n’est pas Ă©vident que tout cela facilite les choses contrairement Ă  la vision, optimiste, du Pr. Rolin.

On l’a vue plus haut, appliquer de tels tests au demandes de regroupement familial consisterait ensuite Ă  demander aux autres d’accepter ce qu’on l’on refuse en France pour des raisons Ă©thiques. Et que dire par exemple de la dernière tartufferie du premier ministre, qui se propose de ne facturer le prix du test que si la filiation est vĂ©rifiĂ©e ? Peut-il seulement imaginer que, Ă´ surprise, un Ă©tranger soit, comme un français, effondrĂ© d’apprendre que son fils n’est pas le sien ? Et que, cerise sur le gâteau, en consĂ©quence de l’infidĂ©litĂ© de sa femme, il doive en plus payer quelques centaines d’euros Ă  l’ambassade de France ? La paix familiale des Ă©trangers, que l’on refuse de troubler chez nous, mĂ©rite la mĂŞme protection chez eux.

Comme ensuite ĂŞtre sĂ»r que l’administration traitera Ă©quitablement ceux qui exerceront rĂ©ellement cette libertĂ© et refuseront de se soumettre ? Comment s’attendre Ă  ce qu’ils fassent l’objet de la moindre mensuĂ©tude quand on sait la duretĂ© avec laquelle les Ă©trangers sont dĂ©jĂ  traitĂ©s ? Peut-on rĂ©ellement espĂ©rer qu’il existe des recours juridictionnels efficaces contre ce type de discrimination ? Comment faire en sorte que la libertĂ© de choix de l’Ă©tranger, soumis Ă  une pression affective forte, soit prĂ©servĂ©e ? Comment faire en sorte que l’intime conviction du juge ne soit pas elle aussi emportĂ©e face Ă  la volontĂ© de l’Ă©tranger de prĂ©server sa personne d’une mesure contraignante ? Comment ne pas comprendre que, s’il l’on fait payer Ă  l’Ă©tranger le test, on instaure une discrimination par l’argent entre d’une part les pays riches et les autres, et d’autre part entre les plus riches de ces pays, et les autres. Mais peut-ĂŞtre est-ce tout simplement cela, “l’immigration choisie”.

Comment enfin ĂŞtre sĂ»r, enfin, que, au delĂ  des promesses et pour limitĂ©e dans le temps et optionnelle qu’on nous la vende, cette mesure ne fasse pas l’objet d’une extension progressive ? On sait par exemple que les infractions prĂ©vues Ă  l’article 706-55 - celles pour lesquels il est possible de rĂ©aliser un enregistrement dans le FNAEG - ont rapidement Ă©tĂ© Ă©tendues pour inclure dĂ©sormais Ă  peu près tout le code pĂ©nal, alors qu’Ă  l’origine, il ne s’agissait bien entendu que des crimes de nature sexuelle. Une leçon Ă  mĂ©diter.

Il n’est en tout cas pas anodin de proposer l’usage de tests gĂ©nĂ©tiques pour les Ă©trangers. Il y a depuis un certain temps un discours politique qui vise Ă  assimiler sĂ©jour illĂ©gal et dĂ©linquance. On sait que, dans les faits, l’Ă©tranger en sĂ©jour irrĂ©gulier prĂ©fère ĂŞtre discret pour Ă©viter les ennuis, et que les sans-papiers sont surtout coupables du dĂ©lit de sĂ©jour irrĂ©gulier. Mais il n’importe, il est toujours commode d’avoir des boucs Ă©missaires, et les sans-papiers en sont de commodes. Le recours Ă  la gĂ©nĂ©tique facilite l’assimilation des Ă©trangers au contexte dans le lequel cette technique est la plus mĂ©diatisĂ©e, c’est Ă  dire le monde pĂ©nal.

Est-ce volontaire ? J’ose espĂ©rer, sans trop y croire, que non.

Lundi 17 septembre 2007

Bizarrerie syntaxique

Posté dans Droit civil par groM

En lisant l’article 2228 du code civil, j’ai Ă©tĂ© frappĂ© par l’emploi très inhabituel du nous qui y est fait:

La possession est la dĂ©tention ou la jouissance d’une chose ou d’un droit que nous tenons ou que nous exerçons par nous-mĂŞmes, ou par un autre qui la tient ou qui l’exerce en notre nom.

Cela tranche avec le style très impersonnel du code, qui recourt quasi-systĂ©matiquement aux troisièmes personnes du singulier et du pluriel. VĂ©rification faite, il s’agit mĂŞme du seul article de tout le code civil qui utilise le nous, article est demeurĂ© inchangĂ© depuis 1804 (comme il est possible de s’en convaincre ici). Autres temps, autres lettres !

Lundi 17 septembre 2007

Cherchons des poux au conseil de la concurrence …

Posté dans PropriĂ©tĂ© intellectuelle par groM

… en prenant le risque de se prendre dans les gencives un contredit saignant des vrais spĂ©cialistes de la matière.

Je lisais tantĂ´t, sur l’excellent blog d’Erwan Le Morhedec un tout aussi excellent commentaire sous la dĂ©cision n°04-D-13 du 8 avril 2004 que le Conseil de la concurrence a consacrĂ© aux pratiques abusives de la sociĂ©tĂ© des caves de Roquefort sur le marchĂ© des fromages Ă  pâte persillĂ©e. PoussĂ© par le curiositĂ©, je suis allĂ© jusqu’Ă  lire le texte de la dĂ©cision. Et lĂ , surprise: ladite dĂ©cision se termine par:

© Conseil de la concurrence

La suite

Vendredi 14 septembre 2007

Examens (encore)

Posté dans CAVEJ par groM

Aujourd’hui, c’Ă©tait jour d’examen. J’ai donc passĂ© la majeure partie de la journĂ©e Ă  poireauter dans les riants couloirs de la fac, en compagnie des quelques camarades d’infortune, pour passer:

  • Droit commercial: Les conditions et effets de la location-gĂ©rance du fonds de commerce. Un moment un petit peu chaud quand l’interrogatrice m’a dĂ©clarĂ© que le bailleur, dans un contrat de location-gĂ©rance, ne s’appelait pas le bailleur, mais “quelque chose d’autre, comme le loueur”. Moi je veux bien, mais vĂ©rification faite, il faudrait vous mettre d’accord avec la personne qui fait le cours. Ca devrait aller quand mĂŞme.
  • Economie monĂ©taire: Les limites au pouvoir de crĂ©ation de monnaie bancaire. RAS.
  • Anglais: How can civil law and criminal be confronted in the same case ?, suite Ă  quoi l’interrogation a tournĂ© en une aimable conversation sur les difficultĂ©s politiques anglaises.

Bon, il ne reste plus que le droit des biens à passer dans 10 jours et cette interminable deuxième année sera terminée. Avis aux volontaires: il y a un vraiment un saut en volume entre la 1ère et la 2ème année.

Mercredi 12 septembre 2007

Le contrĂ´le par voie d’exception fait son chemin

Grâce Ă  la cĂ©lĂ©ritĂ© du silence des lois, j’ai eu le bonheur d’Ă©couter l’audition de M. Jean-Marc SauvĂ©, vice-prĂ©sident du Conseil d’Etat, devant le comitĂ© de rĂ©flexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage de la Vème RĂ©publique. Bonheur, car outre une clartĂ© d’expression remarquable, M. SauvĂ© a exposĂ© sa vision d’une question qui m’est chère, celle du contrĂ´le de constitutionnalitĂ© des lois.

Sur le plan sociologique tout d’abord, et je serais curieux de voir ce qu’en pensent mes lecteurs, il m’a bien semblĂ© que les membres de la commission, et notamment son PrĂ©sident, faisait preuve d’une certaine dĂ©sinvolture Ă  l’Ă©gard du premier fonctionnaire de notre pays. Ainsi M. SauvĂ© fut-il un peu brusquĂ© par un Edouard Balladur manifestement très dĂ©sireux de tenir son planning. Regrettable intervention: pour une fois que l’on parle Ă  la tĂ©lĂ© d’un sujet intĂ©ressant, mais qui marque sans doute la supĂ©rioritĂ© du politique sur l’administration …

Sur le fond, rappelons tout d’abord que le contrĂ´le de constitutionnalitĂ© est exercĂ© en France par le conseil constitutionnel avant la promulgation des lois. Que dès lors, et contrairement par exemple Ă  ce qui se fait aux Etats-Unis, la loi promulguĂ©e est ainsi protĂ©gĂ©e des reproches que les justiciables pourraient lui adresser quant Ă  sa lĂ©galitĂ© au regard des normes constitutionnelles. D’autre part, en vertu de l’article 55 de la constitution, les traitĂ©s prĂ©valant sur les loi, les juges ordinaires se sont reconnus le droit d’interprĂ©ter et de faire appliquer leur texte lorsqu’ils appliquent la loi, Ă©cartant au besoin la loi inconventionnelle. On aboutit donc Ă  la situation paradoxale que les traitĂ©s sont mieux protĂ©gĂ©s que la constitution.

Par ailleurs, le conseil constitutionnel est une toute petite structure, qui ne serait pas capable en l’Ă©tat de gĂ©rer un aflux qui pourrait se compter en milliers de requĂŞtes. Il faut donc imaginer un système de filtrage pour Ă©viter de le submerger.

C’est donc cette situation que le système imaginĂ© par M. SauvĂ© veut amĂ©liorer, en redonnant toute sa place Ă  la hiĂ©rarchie des normes, au sommet de laquelle se trouve la constitution et en prĂ©servant les ressources du conseil pour les questions les plus importantes.

M. SauvĂ© propose un système oĂą le juge ordinaire qui serait confrontĂ© Ă  une exception d’inconstitutionnalitĂ© surseoirait Ă  statuer et renverrait l’affaire devant la cour suprĂŞme de l’ordre compĂ©tent, conseil d’Etat ou Cour de Cassation. Celle-ci, en fonction de l’importance de la question, se prononcerait elle-mĂŞme ou renverrait Ă  son tour l’affaire devant le conseil constitutionnel.

Les membres de la commission ne se sont pas privĂ©s de demander des prĂ©cisions Ă  M. SauvĂ©. Guy Carcassone a ainsi Ă©tĂ© particulièrement coupant lorsqu’il a demandĂ© s’il y avait jamais une chance que le conseil d’Etat ou la cour de Cassation se dĂ©saisissent au profit du conseil constitutionnel. Denys de BĂ©chillon a demandĂ© la raison pour laquelle il fallait un mĂ©canisme diffĂ©rent pour l’exception d’inconventionnalitĂ© et celle d’inconstitutionnalitĂ©. Au final, j’interprĂŞte la position du VP du conseil d’Etat comme un dĂ©sir de marquer la prĂ©dominance des cours suprĂŞmes sur les juges ordinaires. Faut-il y voir la mĂ©fiance du conseiller d’Etat pour les juges administratifs ou un simple dĂ©sir d’assurer la qualitĂ© des dĂ©cisions ?

En tout Ă©tat de cause, l’audition Ă©tait dense, technique, passionnante. Elle a eu le mĂ©rite de montrer qu’une majoritĂ© se dĂ©gageait au sein du comitĂ© en faveur de la mise en place du contrĂ´le de constitutionnalitĂ© par voie d’exception. Une excellente nouvelle, après les Ă©checs de projets similaires en 1990 et 1993.

M. Sauvé a aussi abordé la question du volume de la production normative et de la sécurité juridique, dont il ne souhaite pas faire un principe constitutionnel. Je passe cela sous silence faute de temps.

Lundi 10 septembre 2007

Tendresse administrative

Posté dans Droits de l'homme, Droit administratif par groM

On sait, comme l’a montrĂ© Serge Slama, que la police des Ă©trangers n’a pas d’autre but que de dĂ©courager, pour le coĂ»t le plus faible possible, les Ă©trangers de rentrer sur le territoire national et de s’y maintenir, en Ă©rigeant face Ă  eux des barrières administratives rĂ©dhibitoires, notamment pour ce qui est de l’accès aux juridictions [Edition suite au commentaire de Graziano]

Au delĂ  du contentieux le plus mĂ©diatique, celui du sĂ©jour des Ă©trangers, se pose Ă©galement la question des procĂ©dures de naturalisation. J’ai ainsi aujourd’hui eu un exemple concret du caractère kafkaĂŻen des procĂ©dures administratives auxquelles doivent faire face les malheureux qui osent demander la nationalitĂ© française.

On sait que le décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 dispose, dans son article 37, que les demandeurs doivent déposer en préfecture un dossier comportant:

1° Une copie intĂ©grale de l’acte de naissance ;

2° La justification par tous moyens de la rĂ©sidence habituelle en France du demandeur pendant les cinq annĂ©es qui prĂ©cèdent le dĂ©pĂ´t de la demande sous rĂ©serve des rĂ©ductions ou dispenses de stage prĂ©vues aux articles 21-18 Ă  21-20 du code civil et, lorsque la demande est prĂ©sentĂ©e au nom d’un mineur, la justification de la rĂ©sidence habituelle de ce dernier pendant les cinq annĂ©es qui prĂ©cèdent le dĂ©pĂ´t de la demande avec le parent qui a acquis la nationalitĂ© française ;

3° Tous documents justifiant qu’il a sa rĂ©sidence en France Ă  la date de la demande ;

4° S’il entend bĂ©nĂ©ficier de l’assimilation de rĂ©sidence prĂ©vue Ă  l’article 21-26 du code civil, toutes justifications permettant de constater qu’il remplit les conditions posĂ©es Ă  cet article ;

5° Le cas échéant, la copie intégrale des actes de naissance de ses enfants mineurs étrangers qui résident avec lui de manière habituelle ou alternativement dans le cas de séparation ou de divorce ainsi que les pièces de nature à établir cette résidence ;

6° Le cas échéant, la copie intégrale du ou des actes de mari age ainsi que les pièces de nature à justifier la dissolution des unions antérieures ;

7° Un extrait de casier judiciaire ou un document Ă©quivalent dĂ©livrĂ© par une autoritĂ© judiciaire ou administrative compĂ©tente du ou des pays oĂą il a rĂ©sidĂ© au cours des dix dernières annĂ©es, ou, lorsqu’il est dans l’impossibilitĂ© de produire ces documents, du pays dont il a la nationalitĂ©.

Tous les documents rédigés en langue étrangère doivent être accompagnés de leur traduction par un traducteur agréé, produite en original.

Un de mes collègues, rĂ©sidant de manière parfaitement lĂ©gale en France depuis 7 ans, a ainsi dĂ©cidĂ© de demander sa naturalisation. Il a d’abord dĂ» prendre rendez-vous pour aller retirer son dossier. Car oui, il faut absolument prendre rendez-vous pour aller retirer 4 feuilles photocopiĂ©es. Non, il n’y a pas moyen de les imprimer depuis un site web, ce serait trop simple, et l’Ă©tranger pourrait gagner du temps.

Il a ensuite rĂ©uni les pièces car, comme l’indiquait le dossier, cela Ă©tait une condition prĂ©alable Ă  l’obtention du second rendez-vous. Il a donc demandĂ© Ă  son pays d’origine un extrait de son casier judiciaire, une copie de son acte de naissance. Il les a fait expĂ©dier en France et traduire par un traducteur assermentĂ©. CoĂ»t des opĂ©rations: 300 euros. A ce tarif-lĂ , on notera tout de mĂŞme que cela fait cher de la page, son casier judiciaire Ă©tant aussi immaculĂ© que celui de Nicolas Sarkozy.

Il a ensuite tĂ©lĂ©phonĂ© Ă  la prĂ©fecture pour obtenir le second rendez-vous. Le service des Ă©trangers Ă©tant fermĂ© en aoĂ»t, ainsi que durant la 1ère semaine de Septembre, il a ainsi pu dĂ©couvrir la riante bande enregistrĂ©e prĂ©vue pour prĂ©venir les usagers de ce lĂ©ger contretemps. LĂ©ger contretemps seulement, puisqu’une fois le service rĂ©ouvert, on lui a suavement annoncĂ© que la première date disponible Ă©tait le 28 aoĂ»t … 2008.

Problème: pour ĂŞtre valable, l’extrait de casier judiciaire doit dater de moins de 6 mois. Et je vous rassure, on ne sait d’oĂą vient cette exigence, le fameux dossier ne comportant Ă©videmment aucune rĂ©fĂ©rence aux textes applicables. Quand Ă  la copie d’acte de naissance, il ne devrait pas y avoir le moindre problème: elle est valable 3 ans. Car c’est vrai que ça se pĂ©rime, un lieu et une date de naissance. Un peu comme les yahourts.

Une fois dĂ©posĂ© le prĂ©cieux dossier et obtenu le rĂ©cĂ©pissĂ© correspondant (car point de dĂ©pĂ´t sans rĂ©cĂ©pissĂ© donnĂ© en main propre Ă  l’issu d’un rendez-vous strictement personnel), il faudra que mon collègue passe l’entretien individuel prĂ©vu par l’article 43 du mĂŞme dĂ©cret, et dont le but est de constat[er] le degrĂ© d’assimilation du postulant Ă  la communautĂ© française ainsi que, selon sa condition, son niveau de connaissance des droits et devoirs confĂ©rĂ©s par la nationalitĂ© française et, sous rĂ©serve des dispositions de l’article 21-24-1 du code civil, sa connaissance de la langue française.

On passera sur la notion de “communautĂ© française” - je ne connais rien d’autre que la Nation, mais je dois ĂŞtre un peu old fashion vieux jeu, on soupirera aux accents sĂ©golĂ©niens des “droits et devoirs”, et l’on se rassurera finalement sur le contenu de cet entretien: “[qui] se dĂ©roule en la seule prĂ©sence du demandeur dans un climat propice Ă  la communication. […] Il faut mettre la personne en confiance, lui parler lentement, ne pas hĂ©siter Ă  rĂ©pĂ©ter, reformuler les questions, l’inciter Ă  s’exprimer.

Etranger, rassure-toi, l’administration française te prend sous son aile paternelle !