L’or et l’argent
Le lecteur attentif l’aura compris, je suis bien occupĂ© en ce moment. Un agenda professionnel dense (la rentrĂ©e des classes est aussi celle des projets manifestement) se combine avec des rĂ©visions intenses de droit des affaires, d’Ă©conomie monĂ©taire et d’anglais. Il en rĂ©sulte une inertie du flux RSS de ce site qui ne doit pas ĂȘtre prise pour une disparition.
Cela dit, l’actualitĂ© rĂ©cente me confirme un aspect intĂ©ressant mais dĂ©licat du droit.
Lorsque la rĂ©gion Poitou-Charentes a dĂ©cidĂ© par dĂ©libĂ©ration d’exclure des subventions rĂ©gionales les entreprises qui auraient recours au CNE, je me suis fendu d’un article pour expliquer en quoi, Ă mon humble avis, cette dĂ©libĂ©ration Ă©tait illĂ©gale. Les commentaires (qui peuvent ĂȘtre d’aussi cruels rappels que les articles
), rappellent que cette opinion fut, dans une large mesure, partagée par les lecteurs de ces lieux. Résultat des courses: le TA de Poitier a validé la légalité de la délibération.
Lorsque le ministre des comptes publics a annoncĂ© que l’exonĂ©ration des intĂ©rĂȘts de prĂȘts immobiliers ne concernerait que les prĂȘts conclus aprĂšs le 6 mai, je me suis fendu d’un autre billet, pour prĂ©voir triomphalement qu’une telle mesure Ă©tait constitutive d’une rupture d’Ă©galitĂ© face aux charges publiques, et qu’elle Ă©tait donc inconstitutionnelle. Au final, aprĂšs que le gouvernement eĂ»t finalement dĂ©cidĂ© de rendre la mesure rĂ©troactive, le Conseil Constitutionnel prend le contre-pied complet de mon raisonnement. D’aucuns prĂ©tendent que la dĂ©cision fut politique, mais en tout Ă©tat de cause, je me suis encore plantĂ©.
La parole est d’argent, mais le silence est d’or: amis lecteurs, ne prenez pas comme parole d’Ă©vangile ce que je peux Ă©lucubrer !
Eolas a dit :
Cher groM, on voit que vous dĂ©butez encore dans le droit. On ne reconnaĂźt jamais s’ĂȘtre trompĂ©, et au contraire on insinue que ce sont les autres qui se sont trompĂ©s.
Démonstration :
Je n’ai pas rĂ©ussi Ă me procureur une copie de cette dĂ©cision, mais si le tribunal Ă©carte le moyen tirĂ© d’une discrimination, on peut se demander si l’argument tirĂ© du dĂ©tournement de procĂ©dure, qui ne semble pas avoir Ă©tĂ© soulevĂ© (voilĂ l’erreur d’autrui), n’aurait pas prospĂ©rĂ©. En effet, si exclure les CNE du bĂ©nĂ©fice des subventions rĂ©gionales ne crĂ©e effectivement aucune discrimination puisqu’il suffira aux entreprises voulant bĂ©nĂ©ficier de subventions de recourir Ă d’autres types de contrat de travail, le mobile politique clairement affichĂ© par la prĂ©sidente de la rĂ©gion d’opposition Ă cette mesure emblĂ©matique du gouvernement en place alors qu’elle mĂȘme ne cachait pas son ambition de se prĂ©senter aux Ă©lections suivantes, et qui a sans doute Ă©tĂ© dĂ©terminant dans la dĂ©cision attaquĂ©e, constitue un tel dĂ©tournement de pouvoir (Ce 28 novembre 1875, Pariset), les pouvoirs confĂ©rĂ©s au Conseil RĂ©gional par l’article L. 1511-2 du CGCT n’Ă©tant pas destinĂ© Ă manifester l’opposition de la majoritĂ© du Conseil RĂ©gional Ă une politique sociale du gouvernement.
Malheureusement, un tel moyen n’Ă©tant pas d’ordre public, il n’appartenait pas au tribunal de le soulever d’office.
Et voilà votre réputation sauvée.
Mercredi 5 sept 2007 à 13:04
groM a dit :
Croyez bien que ma position serait fort diffĂ©rente si mon intĂ©rĂȘt pour le droit Ă©tait alimentaire, et si ce blog Ă©tait un vecteur professionel. Mais dieu merci, mon intĂ©rĂȘt n’est qu’intellectuel, et je peux encore m’amuser de moi-mĂȘme …
Et puis comme je le disais Ă Somni en commentaire, ce n’est qu’une dĂ©cision de TA, nous verrons si l’affaire va plus loin
Mercredi 5 sept 2007 à 13:47
Anonymous a dit :
Mercredi 5 sept 2007 à 16:03
groM a dit :
Alors l’honneur est sauf
Mercredi 5 sept 2007 à 16:19
Bob a dit :
“…aprĂšs que le gouvernement eĂ»t finalement dĂ©cidĂ©…”
Je croyais qu’on mettait un indicatif aprĂšs “aprĂšs que”…
Mercredi 5 sept 2007 à 18:40
groM a dit :
Tu veux dire que mes imparfaits du subjonctifs sont aussi mauvais que mes analyses juridiques ? Fichtre, il faut que j’en tire les consĂ©quences
Mercredi 5 sept 2007 à 20:10
groM a dit :
L’honneur est sauf aussi en ce qui concerne l’imparfait du subjonctif, le Robert citant Gide pour illustrer cet emploi: “AprĂšs que Vincent eĂ»t fermĂ© sa porte“. Et, faisant mon profit des leçons de maĂźtre Eolas, je tairai soigneusement que l’illustre ouvrage signale le caractĂšre critiquĂ© de cette forme audacieuse, mais si … oups ! silence !
Mercredi 5 sept 2007 à 21:15
Criticus a dit :
Bonjour,
Je vous invite Ă dĂ©couvrir Criticus, blog politique membre du rĂ©seau “Kiwis, le Cercle des blogueurs disparus”.
Bien cordialement,
Roman Bernard, Criticus
http://criticusleblog.blogspot.com/
Jeudi 6 sept 2007 à 23:44
BloghorrĂ©e » Cette fois, ça y est ! a dit :
[…] Moyenne sur l’annĂ©e: 13,522 (j’aime les trois chiffres aprĂšs la virgule). Par rapport Ă mes derniĂšres impressions, c’est assez conforme, sauf que je me suis fait allumer en droit des affaires. Concernant cet incident malencontreux, je vais faire plaisir Ă Eolas: c’est moi qui avait raison, aucun doute, j’ai les meilleurs auteurs pour moi. Vous pouvez déposer un commentaire, ou un rétrolien depuis votre site. RSS 2.0 […]
Lundi 22 oct 2007 à 11:46