Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Vendredi 7 septembre 2007

Un vol ? Non, un conflit d’intĂ©rĂȘts privĂ©s

Posté dans Droit civil, Droit pĂ©nal par groM

Qu’est-ce qui justifie que, lorsqu’il existe des sanctions prononcĂ©es par l’administration ou une autoritĂ© de rĂ©gulation, viennent s’y ajouter des sanctions prononcĂ©es par une juridiction pĂ©nale ?” (Nicolas Sarkozy, dans son allocution devant le tribunal de commerce de Paris)

M. Sarkozy, malgrĂ© une formation juridique poussĂ©e, semble ne pas bien comprendre la notion de responsabilitĂ©. Etre responsable, c’est rĂ©pondre de ses fautes. Et s’il exite une rĂ©pression pĂ©nale, une rĂ©pression disciplinaire et une rĂ©gime de responsabilitĂ© civile, c’est que les fautes auxquels chacun de ces rĂ©gimes s’intĂ©resse sont de natures diffĂ©rentes.

Le juge pĂ©nal sanctionne le trouble commis envers la sociĂ©tĂ©, le trouble Ă  l’ordre public. Quand il statue sur l’action civile, c’est Ă  dire quand il examine la responsabilitĂ© civile de l’auteur de l’infraction, le juge pĂ©nal fait en sorte de rĂ©parer le dommage subi par la victime de l’infraction. Quand une instance disciplinaire, par exemple professionnelle, rĂ©prime l’auteur d’une infraction, c’est pour punir le trouble subi par le milieu dont elle doit assurer la protection, trouble qui ne recouvre pas forcĂ©ment les mĂȘmes contours. Ainsi le non respect de certaines pratiques professionnelles peut-il ĂȘtre constitutif d’une faute disciplinaire sans pour autant ĂȘtre rĂ©primĂ© pĂ©nalement.

Prenons un exemple: un Ă©lĂšve frappe un professeur. Il est passible de poursuites pour coĂ»ts et blessures volontaires (infraction pĂ©nale). Sa victime peut le poursuivre au civil ou bien au pĂ©nal, par la voie de l’action civile, pour obtenir des dommages-intĂ©rĂȘts (elle engage alors la responsabilitĂ© civile de l’Ă©lĂšve, ou celle de ses parents s’il est mineur). Enfin, le conseil de discipline se rĂ©unit pour prononcer des sanctions disciplinaires (exclusion dĂ©finitive par exemple).

Bizarrement, il semblerait que le PrĂ©sident de la tolĂ©rance zĂ©ro, que le consolateur inlassable des victimes de pĂ©dophiles, considĂšre que, s’agissant de la dĂ©linquance en col blanc, tout cela soit superfĂ©tatoire. Les victimes consommateurs apprĂ©cieront.

Comment comprendre que, dans les cas qui ne mettent en cause que des intĂ©rĂȘts privĂ©s et pĂ©cuniaires, il puisse encore ĂȘtre fait recours au droit pĂ©nal ?

Aaah, ça, alors on se le demande ! Alors si je vole 1.000 euros Ă  mon patron, en piquant discrĂštement dans la caisse par exemple, j’Ă©chappe donc au tribunal correctionnel ? Car aprĂšs tout, le vol simple rĂ©pond Ă  cette prĂ©sidentielle dĂ©finition: il ne met en cause que les intĂ©rĂȘts privĂ©s et pĂ©cuniaires de mon patron … Que voilĂ  une rĂ©forme ambitieuse, qui laisserait de l’air aux juridictions et qui, certainement, permettrait de rĂ©soudre certains problĂšmes de surpopulation carcĂ©rale. Je suis certain que Rachida - dont je tiens Ă  souligner l’Ă©nergie - fera trĂšs bientĂŽt des propositions en ce sens.

Vous pouvez déposer un commentaire, ou un rétrolien depuis votre site. RSS 2.0

13 commentaires

  1. BloghorrĂ©e » The dumbest a dit :

    […] Je crois effectivement que la voie pĂ©nale n’est pas la plus adaptĂ©e dans tous les cas […]

    Vendredi 7 sept 2007 à 14:14

  2. Calamo a dit :

    En mĂȘme temps, Ă  force de faire trois discours quotidiens depuis trois mois sur tous les sujets, GuĂ©ant doit ĂȘtre obligĂ© de recycler. Son brouillon s’inspirait peut-ĂȘtre du plan mĂ©dia sur la double peine ;)

    Vendredi 7 sept 2007 à 15:36

  3. Ddt a dit :

    Moi je partage totalement les vues de Nicolas Sarkozy. C’est un abus de langage de partler d’assassinat dans la mesure oĂč il n’y a lĂ  qu’un conflit d’intĂ©rĂȘts privĂ©s.

    Laissons les familles s’arranger entre elles, l’État et sa Justice n’ont rien Ă  voir lĂ -dedans.

    DĂ©pĂ©nalisons l’homicide.

    Je commence Ă  comprendre le plan de Sarkozy : n’augmentons pas les moyens de la justice, rĂ©duisons le contentieux. Il fallait y penser.

    Dimanche 9 sept 2007 à 12:27

  4. Ca'Paxatagore a dit :

    La pénalisation des affaires sur la touche

    Je signale cet article intĂ©ressant de Jacques Follorou, dans Le Monde datĂ© du 7 septembre, page 2. Il s’agit de revenir sur les propos du prĂ©sident de la RĂ©publique devant le MEDEF : Nicolas Sarkozy veut mettre fin Ă  la pĂ©nalisation de la vie des

    Dimanche 9 sept 2007 à 13:21

  5. Passant a dit :

    Peut-ĂȘtre, plus simplement, devrait-on cesser d’excessifs distingos et qualifier l’abus de biens sociaux de ce qu’il est, c’est Ă  dire, un vol, ou, Ă©ventuellement, un abus de position dominante.

    Dimanche 9 sept 2007 à 19:29

  6. stellar a dit :

    Pour Passant
    Les excessifs distingos rĂ©sultent de la dĂ©claration des droits de l’homme et du citoyen et sont une des bases du droit pĂ©nal occidental (du “monde libre”?). On ne peut sanctionner un acte que si loi l’a prĂ©alablement identifiĂ© comme une infraction et a fixĂ© une peine.

    On ne peut procéder par analogie.
    C’est ainsi que le fait d’aller au restaurant sans vouloir ni pouvoir payer n’est pas un vol (les plats ont Ă©tĂ© remis volontairement par le restaurateur) et n’Ă©tait sanctionable pĂ©nalement jusqu’Ă  ce qu’on crĂ©e le dĂ©lit de grivĂšlerie.

    Dimanche 9 sept 2007 à 20:20

  7. groM a dit :

    Permettez-moi de vous rĂ©concilier: oui, il est lĂ©gitime de sanctionner pĂ©nalement l’ABS car, comme le souligne passant, il se rapproche fortement du vol (par contre, pour l’abus de position dominante, je vois pas le rapport). Et oui, comme le dit stellar, pas de crime sans loi, il faut donc dĂ©finir prĂ©cisĂ©ment ce que l’ABS recouvre.

    Dimanche 9 sept 2007 à 23:06

  8. Anonymous a dit :

    MAIS QUE LORSQUE L’ON A DES PROBLEMES DE LIMITES DE PROPRIETE A POSER L ON FASSE INTERFERER, DE FACON SOUTERAINE, LE PENAL POUR DEPOSSEDER DES CENTAINES DE FRANCAIS PAR CES BIAIS LA, LES PROCES SONT TRAITES AVEC DES TEMOIGNAGES MENSONGERS DIFFAMATOIRES CALOMNIEUX A SOUHAITS.. et PRIS EN CONSIDERATION POUR LE PENAL, COMME AUX TEMPS DES “TRES MAUVAIS DIVORCES”,
    TOUTES CES FACONS SONT INDIGNES DE NOTRE EVOLUTION A NOTRE EPOQUE FAITS DE “PARFAITES-MAGOUILLLES” AU PROFIT D’INDICATEURS-ESCROCS… C EST UNE HONTE …

    DONC SI C EST LE PROJET PRESIDENTIEL DE NETTOYER TOUTE CETTE SALOPERIE QUI RONGE LA FRANCE PROFONDE TADE CE QUE SARKOZY veut nettoyer PAR DE NOUVELLES INITIATIVES ON N A PLUS RIEN A Y PERDRE…. AU POINT OU L’ON EN EST !

    DEPUIS PLUS DE 20 ANS ON S’EN PLAINT, SANS QUE RIEN NE SOIT FAIT, ONB NE VA PAS S’EN PLAINDRE !!

    Mercredi 31 oct 2007 à 11:44

  9. Anonymous a dit :

    J AI TRAVAILLE 40 A

    Mercredi 31 oct 2007 à 11:49

  10. Anonymous a dit :

    aAjourd hui je paie des frais enormes pour obtenir gain de cause pour mes limites de propriĂ©tĂ© que l’on me spolie en me priant de payer aux 2 autres voisins (1 clan familial malsain) alors que j’ai les actes en “bonne-et-due-forme” ‘ J’en suis Ă  plus de 10 000 euros.. pour des biens sur lesquels l’on paie les taxes fonciĂšres depuis plus de 80 ans ; OU L’ON VA ?

    Mercredi 31 oct 2007 à 11:57

  11. groM a dit :

    @Anonymous: je vous suggĂšre d’arrĂȘter de polluer mon site avec vos commentaires orduriers et vos majuscules. Dernier avertissement.

    Mercredi 31 oct 2007 à 13:41

  12. Dupond a dit :

    Bonjour,

    Ă©tant encore novice dans l’Ă©tude du droit, je me demande si une dĂ©cision disciplinaire d’une administration est liĂ©e ou non avec une dĂ©cision d’une juridiction pĂ©nale ? Car, je comprend trĂšs bien que la voie disciplinaire et la voie pĂ©nale aient toutes deux des objets trĂšs diffĂ©rents comme vous le rappellez, mais est-ce que vous pourriez donnez la rĂ©fĂ©rence textuelle ou jurisprudentielle qui permet de dire que les contentieux ne sont pas liĂ©s ?

    Cela m’aiderait beaucoup,
    merci.

    Jeudi 14 fĂ©v 2008 à 18:38

  13. groM a dit :

    Je ne vois pas trop ce que vous voulez dire par “contentieux liĂ©s”. Ce qui est certain, c’est que la sanction disciplinaire peut porter sur des faits qui ont entraĂźnĂ© des sanctions pĂ©nales, et que rĂ©ciproquement, des faits qui entraĂźnent des sanctions pĂ©nales ne donnent pas lieu obligatoirement Ă  des sanctions disciplinaires. Le droit disciplinaire sanctionne avant tout les atteintes Ă  des normes morales professionnelles.

    Pour ce qui est des fondements du droit disciplinaire, celui-ci est souvent dĂ©terminĂ© par la loi: ainsi en est-il pour la discipline des fonctionnaires, ou celle des mĂ©decins ou avocats (voir par exemple la loi 71-1130 sur l’exercice de la profession d’avocat ou la Loi de 83 portant statut gĂ©nĂ©ral des fonctionnaires)

    Vendredi 15 fĂ©v 2008 à 13:02

Laisser un commentaire