Miserere ?
Bon, il va falloir patienter encore un peu avant de chanter le Te Deum. Après 24h d’utilisation de Legifrance IV, il convient d’apporter quelques bĂ©mols Ă l’enthousiasme qui m’a fait tressaillir hier et envoyer un mail de fĂ©licitation au Webmestre. Sans aller jusqu’Ă voir dans la nouvelle version du site la fin du Service Public A La Française, force est de constater qu’il manque encore quelques petites choses pour en faire un outil performant.
Les points qui demeurent à améliorer.
La prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du site demeure d’une austĂ©ritĂ© incroyable. Sans aller jusqu’Ă demander que l’interface soit marrante, on observe quand mĂŞme dans d’autres domaines des progrès dans les services ouverts aux citoyens. Ainsi, le site du chèque emploi-service universel parvient-il Ă marier une excellente ergonomie avec une sobriĂ©tĂ© de bon aloi, tout en mettant de ci et de lĂ quelques touches de fantaisie, notamment avec le choix des couleurs. Malheureusement, le droit, c’est pas rigolo, et la seule marque de fantaisie de Legifrance est le sceau de la RĂ©publique qui apparaĂ®t en arrière plan de la première page. Dommage, il ne manque pas grand’chose.
Si l’ergonomie fait de grands progrès dans la consultation des codes, un certain nombre de petites choses pourraient encore progresser:
- Le choix des polices utilisées pour les sommaires de code est inadéquat: trop de tailles différentes, et des tailles trop importantes pour les intitulés de livres ou de titre, par rapport notamment au titre du code. Voir par exemple ici.
- Le fait de masquer ou dĂ©masquer le menu de navigation entraĂ®ne un rechargement de la page. C’est pĂ©nible, surtout qu’un coup de javascript devrait pouvoir Ă©viter cela.
- Lorsqu’on fait une recherche sur plusieurs mots dans le menu de navigation, il n’y a pas moyen de rechercher l’expression exacte. Si vous indiquez vingt salariĂ©s, le moteur de recherche vous rend tous les articles qui contiennent vingt ou salariĂ©s. Dans le code du travail, on peut pas dire que ça aide beaucoup.
- Lorsqu’on clique sur un rĂ©sultat de recherche, on saute non pas sur le rĂ©sultat prĂ©cis de la recherche, mais sur le chapitre correspondant. Ce ne serait pas gĂŞnant - au contraire, avoir le contexte d’un article est très pratique - si la page Ă©tait centrĂ©e sur le bon article. Il faut ici chercher l’occurrence exacte, et il m’est arrivĂ© que le surlignement des mots recherchĂ©s ne fonctionne pas, ce qui rend les choses encore plus difficiles.
Dans un autre domaine, si Legifrance fait de grands progrès dans le domaine des références croisées, on se demande par contre pourquoi:
- Quand on consulte un article de code, il faut aller sur “en savoir plus sur cet article” pour pouvoir aller sur un article citĂ© dans le texte. Une cross-rĂ©fĂ©rence en ligne serait beaucoup plus pratique.
- Quand une dĂ©cision de jurisprudence est affichĂ©e, pourquoi, alors que les textes citĂ©s sont indiquĂ©s sous la dĂ©cision, on ne peut cliquer dessus pour sauter directement Ă l’article en question.
Enfin, le dernier point, et qui est catastrophique Ă mon sens, est le caractère complètement abscond des URL utilisĂ©es. Un exemple concret: si vous voulez consulter l’article 1384 du code civil, il faut aller sur: http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idArticle=LEGIARTI000006438840&idSectionTA=LEGISCTA000006136352&cidTexte=LEGITEXT000006070721&dateTexte=20080117
On comprend la structure de cette adresse, qui indique vraisemblablement la rĂ©fĂ©rence de l’article et de la section auquel il appartient dans la base de donnĂ©e LEGI, ainsi que la date Ă laquelle on veut considĂ©rer le texte en question. Mais c’est quand mĂŞme très compliquĂ©, et surtout, cela impose aux utilisateurs des contraintes qui ne sont imposĂ©es que par l’implĂ©mentation. RĂ©sultat concret pour moi: plus moyen d’utiliser la fonctionnalitĂ© de mots clĂ©s de Firefox pour visualiser facilement les articles du code civil. Avant, je tapais “ccivil 1384″ dans la barre d’adresse de Firefox, cela s’expandait en http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnArticleDeCode?code=CCIVILL0.rcv&art=1384, bonheur, voluptĂ© et accès direct, et maintenant, ça marche plus, tristesse.
Toujours sur les adresses, on observera l’incompatibilitĂ© entre l’ancien schĂ©ma d’adressage et le nouveau - ne serait-il pas possible d’Ă©crire un proxy pour passer de l’un Ă l’autre ?
[Edit du 18/01/2008: la compatibilitĂ© avec le système d’adressage antĂ©rieur a l’air d’ĂŞtre rĂ©tablie. Excellente nouvelle.]
Passons maintenant au point le plus contentieux: l’accès Ă la jurisprudence, en particulier administrative, semble dramatiquement buggĂ©. La bonne nouvelle, c’est que la non-fonctionnalitĂ© atteint un tel point qu’il est vraisemblable que des efforts considĂ©rables seront faits pour corriger cela. On a signalĂ© l’absence des dĂ©cisions de 2007 du Conseil d’Etat, les rĂ©sultats Ă©tranges de certains champs de recherche, je ne rajouterais rien, si ce n’est les effets Ă©tranges du surlignage des termes de la recherche dans la page de visualisation des arrĂŞts.
D’excellentes intentions
Toutes ces petites misères ne doivent pas cacher d’excellentes intentions. La navigation dans les codes est beaucoup plus plaisante. Les Ă©crans de recherche sont beaucoup plus clairs. La prĂ©sentation des textes est plus agrĂ©able. Le maudit mĂ©canisme de session a enfin disparu - en tout cas dans ses aspects gĂŞnants. L’export de code en PDF semble prĂ©vu. Certaines fonctionnalitĂ©s sont bien mieux mises en valeur, comme par exemple les fonctionnalitĂ©s pour voir les Ă©tats d’un texte au cours du temps (”abrogĂ©”, “en vigueur” …). Tout cela va dans le bon sens.
En fait, en y rĂ©flĂ©chissant, je pense que si l’on est si exigeant avec LĂ©gifrance, c’est que ce service se rapproche, par bien des aspects, des services professionels que l’on peut obtenir contre argent sonnant et trĂ©buchant. On devient exigeant, Ă force. Et on se prend Ă rĂŞver, avec FrĂ©dĂ©ric Rolin, de pouvoir stocker dans des dossiers le rĂ©sultat de ses recherches, voir de pouvoir annoter certains articles, ou rechercher directement Ă partir d’un texte la jurisprudence qui l’applique.
Maintenant, il faut en tirer les consĂ©quences de cette ardeur du public. Legifrance a besoin d’un vĂ©ritable support en ligne, qui permette de reporter les bugs, de suggĂ©rer des fonctionnalitĂ©s, et d’en suivre la mise en oeuvre. Legifrance a besoin d’un mode de dĂ©veloppement plus incrĂ©mental, qui permette de ne pas attendre 4 ans pour avoir des nouvelles fonctionnalitĂ©s. Legifrance a besoin de mĂ©thodes de mise en production plus strictes, notamment en termes de validation.
A dĂ©faut de connaĂ®tre les moyens consacrĂ©s Ă ce projet, je ne jetterai pas la pierre Ă l’Ă©quipe technique. En tant que citoyen, j’espère vraiment qu’on leur donne ce qu’il faut pour s’acquitter d’une mission de service public aussi importante.
Mista a dit :
Il faut quand même saluer la possibilité de télécharger les codes au format PDF dans leur intégralité dans un futur proche.
L’Ă©tudiante boursière (mais fauchĂ©e) que je suis, se rĂ©jouis de cette avancĂ©e technologique !
Samedi 19 jan 2008 à 13:33
groM a dit :
@Mista: oui, tout Ă fait, quand ce sera en service ! MĂŞme pour un avocat pĂ©tĂ© de thunes, c’est super d’avoir tous les codes dans son palm …
Samedi 19 jan 2008 à 15:29
somni a dit :
Et toujours pas de jurisprudence pour 2007
(
Dimanche 20 jan 2008 à 20:46
5YL a dit :
Quand on voit Westlaw par exemple, on se dit lĂ©gitimement qu’on a 1 million d’annĂ©es de retard! Ah les bon services publics Ă la française! Pourvu que ça dure!
Vendredi 25 jan 2008 à 11:51
groM a dit :
@5YL: essayer de chercher de la documentation juridique belge ou italienne, vous verrez ce sur quoi Legifrance a des annĂ©es-lumières d’avance ! Et puis, sauf erreur de ma part, Westlaw est payant.
Vendredi 25 jan 2008 à 14:01
EraBlog - Légifrance 2008 : avis consolidé (I) a dit :
[…] LĂ©gifrance est dĂ©sormais stabilisĂ©, et, surtout, de libre accès. J’ai eu quelques jours pour me faire mon petit point de vue personnel ; j’ai aussi pris un peu de temps pour voir les rĂ©actions de Grom, Pr. Rolin, StĂ©phane Cottin, et Eolas (notamment). Certains se sont mĂŞme dĂ©jĂ exprimĂ©s Ă ce sujet dans un prĂ©cĂ©dent billet. […]
Mardi 29 jan 2008 à 21:24
Art a dit :
Votre billet initiait une possible interrogation “A dĂ©faut de connaĂ®tre les moyens consacrĂ©s Ă ce projet,…” pour laquelle une rĂ©ponse prĂ©cise est fournie sur la site des JO Ă l’adresse
Réalisation portant sur la refonte
du systéme de production des
bases de données juridiques
05.01.2006 SWORD 75012 3 961 793,99 Euros.
Mercredi 30 jan 2008 à 16:14
groM a dit :
@Art: merci pour l’information; la somme est effectivement significative. Maintenant, il n’y a plus qu’Ă connaĂ®tre les dĂ©tails techniques de l’opĂ©ration
Mercredi 30 jan 2008 à 16:27