Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Archive du mois de février 2008

Mercredi 27 février 2008

Droit et passion du droit sous la Vème République

Posté dans Droit civil, Politique par groM

A la première lecture de Droit et passion du droit sous la Vème République, on est agacé, tant les opinions de Jean Carbonnier interfèrent avec l’exposé de ses idées. Et les opinions, fussent-elles celles d’un auguste doyen, sont sans grand intérêt. Ainsi devine-t-on fort bien l’admiration de l’homme pour la Vème République consulaire, celle du général De Gaulle, ce « soldat heureux » - et en contrepoint, l’animosité ironique devant le « double Septennat » mitterrandien, éternellement coupable d’avoir réduit le droit à « un pullulement de libertés individuelles et de droits subjectifs ».

Mais passé l’agacement, à la deuxième lecture, les idées reviennent. Et celles de Jean Carbonnier, qui a écrit ce livre à l’âge de 88 ans, sont d’une remarquable clarté. Partant du postulat qu’un système juridique idéal répond à trois prédicats de base (limitation du nombre de normes au regard des besoins sociaux, positions claires sur les rapports entre droit et autres systèmes normatifs, comme la morale ou la religion, résistance du droit objectif à la pulvérisation en droits subjectifs), Carbonnier démontre de manière très convaincante comment « la passion du droit » qui anime notre pays depuis le début de la Vème République a eu pour résultat d’éloigner considérablement notre système juridique de ces canons. Cette maladie, dont le symptôme le plus visible est une inflation normative historiquement sans précédent, se traduit également par une ineffectivité croissante du droit.

A l’appui de sa dĂ©monstration, Carbonnier Ă©tudie d’abord le système normatif, des cabinets ministĂ©riels aux palais de justice, puis prend appui sur les Ă©volutions contemporaines dans un certain nombre de domaines prĂ©cis, comme le droit communautaire, le droit pĂ©nal ou le droit de la famille. Et on sait dans ce dernier domaine l’autoritĂ© qui est celle de l’auteur de la rĂ©forme du divorce de 1975.

Si la démonstration est très convaincante, notamment à l’aune des évolutions ultérieures (l’ouvrage arrête son étude en 1995), s’agissant des causes sociologiques de cette inflation normative, on est beaucoup plus sceptique sur d’autres points, et l’on en vient à se demander si la subjectivité de l’auteur n’a pas atteint son objectivité scientifique.

Le troisième postulat de Carbonnier, la résistance à la « pulvérisation » en droits subjectifs, semble en effet bien faible. Par pulvérisation, il faut entendre la référence faite, dans chaque loi contemporaine, à des droits subjectifs. Ainsi par exemple, celle au « droit au logement » dans le code de l’habitation, « d’atteinte à la vie » dans le code pénal de 1994, comme si celles-ci venaient porter atteinte à un « droit à la vie » que personne avant ne songeait à nier. Cette place grandissante affaiblirait, selon Carbonnier, les institutions positives du droit objectif, en poussant trop loin la position de l’individu face aux intérêts de la société.

Il est peu dire que l’argument n’emporte pas la conviction. Si on peut, au regard de la loi sur le droit au logement opposable pour ne citer qu’un exemple, partager cet agacement, l’histoire enseigne tout de même que peu d’Etats ont eu trop à se plaindre du pullulement de droits subjectifs, alors que beaucoup d’individus ont eu à souffrir de la violence du droit objectif. Dès lors, on peut avancer, a contrario, que ce pullulement, rappel constant des droits des individus, est fonctionnel et non dysfonctionnel.

On devine aussi, sous l’amour du droit objectif, la nostalgie de la grande Ă©poque de Portalis. On sent, sous la glorification de la coutume (« la rĂ©ception approchera la perfection lorsque l’application de la règle sera devenu un comportement sinon mĂ©canique, du moins usuel […] le droit, dit-on alors, est entrĂ© dans les mĹ“urs, la loi s’est transformĂ©e en coutume et c’est sa rĂ©ussite »), la nostalgie d’une sociĂ©tĂ© figĂ©e, ou Ă  tout le moins, d’un droit figĂ©. Au regard de l’efficacitĂ© du contrĂ´le de constitutionnalitĂ© national, on est franchement mal Ă  l’aise quand Carbonnier en vient Ă  attaquer le cour europĂ©enne des droits de l’Homme, au double motif qu’elle met en Ĺ“uvre un système juridique supranational et que ses dĂ©cisions sont imprĂ©gnĂ©es, selon lui de l’idĂ©ologie libertaire nordique.

Car derrière cet idéal, c’est le refus du droit conçu comme facteur d’évolution radical de la société qui domine. Comme peut être finalement reçu comme coutume ce qui bouleverse les habitudes ? Peut-être est-ce possible en période longue, ainsi de certaines lois révolutionnaires, tellement ancrées dans notre inconscient collectif que leur intégration contemporaine est aussi forte que le choc qu’elle provoquèrent à leur promulgation. Mais dans cette conception, le droit semble bien impuissant à agir en période courte sur la société. Ainsi, en voulant défendre le droit objectif, Carbonnier discrédite-t-il finalement l’action politique, qui est l’un des principaux points d’appui de ce même droit objectif.

Droit et passion du droit sous la Vème République, emporté par la passion du droit, en oublierait-il la finalité du droit ?

Dimanche 24 février 2008

Sujet de droit administratif

Posté dans Autres, Droit administratif par groM

Concernant le droit administratif, voici le sujet auquel je n’ai pas rĂ©pondu, faute de m’ĂŞtre estimĂ© prĂŞt en l’Ă©tat de l’instruction: CE, 19 fĂ©vrier 2007 RĂ©gion Champagne-Ardennes. Evidemment, a posteriori, j’aurais pu y rĂ©pondre, mais bon, pas de regrets: soit on compte sur la chance, soit on compte sur soi.

Dimanche 24 février 2008

Pari perdu

Posté dans Droit civil, Droit privĂ©, CAVEJ par groM

Bon, histoire de se changer les idées avec un sujet léger, le pari est raté, puisque nous avons eu droit à cet arrêt: Cass. Com. 22 novembre 2005.

VoilĂ  mon plan:

I. Le strict contrĂ´le des conditions de reprise

A. Le mécanisme de reprise: interprétation stricte des conditions du décret de 78

B. Le refus de l’approbation implicite

II. Le contrôle de la révocation des dirigeants

A. Un contrôle plus poussé du contradictoire ?

B. Mais l’exigence d’une faute dolosive est toujours la mĂŞme

Jeudi 21 février 2008

De pire en pire

Après le garde des sceaux qui demande au Parlement de voter une loi qu’il sait inconstitutionnelle, voilĂ  la chancellerie qui fait chanter le conseil constitutionnel pour faire passer une loi inconstitutionnelle. Car c’est bien du chantage: j’imagine dĂ©jĂ  les dĂ©clarations outragĂ©es contre le conseil (et ses membres chiraquiens) si la petite loi sur la rĂ©tention de sĂ»retĂ© est censurĂ©e et que l’un des condamnĂ©s figurant sur la liste en question rĂ©cidive.

Nourrir la rĂ©flexion … qu’en termes choisis ces choses-lĂ  sont dites.

Jeudi 21 février 2008

Ouvrons les paris (2): droit des sociétés

Posté dans Droit civil, CAVEJ par groM

En cette pĂ©riode oĂą l’examen du cours de droit des sociĂ©tĂ©s approche, procĂ©dons par raisonnement Ă©liminatoire: connaissant la liste des sujets prĂ©sentĂ©s en TD, qui ont une forte probabilitĂ© de faire l’objet d’un examen; connaissant la tendance des sujets de commentaire d’arrĂŞt de ces dernières annĂ©es Ă  utiliser des arrĂŞts rĂ©cents; connaissant l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ralement supĂ©rieur des arrĂŞts publiĂ©s au bulletin; connaissant enfin la proportion de sujets tirĂ©s des arrĂŞts de la chambre commerciale, il nous reste trois arrĂŞts publiĂ©s en 2007 qui feraient de beaux candidats sujets d’examen:

Bon, et puis mĂŞme si les probabilitĂ©s ne sont pas avec nous, ou si elles le sont et que, Mme G’Sell lisant ce blog, elle change in articulo mortis les sujets, cela fait toujours de quoi se prĂ©parer …

Vendredi 15 février 2008

GAPF2: le droit des biens

Posté dans Droit administratif, CAVEJ par groM

Comme promis hier, une nouvelle fiche est disponible: Grands arrĂŞts, petites fiches du droit administratif des biens.

La formule est la mĂŞme, une très courte fiche sur chaque arrĂŞt, histoire de se remettre en mĂ©moire facilement ce que dit l’arrĂŞt. Le programme est celui du cours de L3 (1er semestre) de Mme Chaperon, au CAVEJ. Les recommandation de prudence sont aussi les mĂŞmes: ne me faites pas une confiance aveugle, lisez les arrĂŞts vous-mĂŞmes.

Maintenant, bonne lecture !

Vendredi 15 février 2008

Grands arrĂŞts, suite

Posté dans Droit administratif par groM

BientĂ´t sur ce blog, les Grands arrĂŞts, petites fiches du droit adminisratif des biens. 58 arrĂŞts en fiches, toujours aussi approximatives.

Mardi 12 février 2008

Sujet de M1 Droit Public de l’universitĂ© d’Evry

Suite à mon amicale pression pour convaincre les professeurs des universités de mettre davantage de contenu en ligne, Serge Slama, maître de conférence de droit public à l’Université Evry-Val-d’Essonne, a bien voulu que le sujet de M1 Droit public rédigé avec Pascal Caille soit publié dans ces colonnes.

Qu’il en soit vivement remerciĂ©, et puisse son initiative faire des Ă©mules !

Voici donc son sujet pratique de contentieux administratif, qui traite d’un rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© contre un arrĂŞtĂ© du prĂ©sident de l’universitĂ© interdisant le tabac dans les locaux.

PS: Et avec mes excuses pour l’erreur d’aiguillage initiale.

Mardi 12 février 2008

Ouvrons les paris

Posté dans Politique par groM

Alors que le prĂ©sident de la RĂ©publique a, pour de modestes soucis personnels, rĂ©ussi Ă  nous coller une atmosphère de fin de règne en 8 mois au pouvoir, ouvrons les paris: combien de temps faudra-t-il pour que, après nous avoir bassinĂ© avec le rĂ©gime prĂ©sidentiel, il redĂ©couvre les vertus du parlementarisme orlĂ©aniste et change de premier ministre pour rebondir ? En plus, ce pauvre Fillon a l’air plus populaire que lui.

Je parie pour 6 mois au plus.

Dimanche 10 février 2008

Folie anonyme et gratuite

Posté dans Autres par groM

Je plains les spécialistes du droit de la famille. Sincèrement.

Comme vous le savez, LĂ©gifrance, pour respecter les recommandations de la CNIL, a dĂ©cidĂ© d’anonymiser (anonymer ?) les dĂ©cisions de justice. Louable intention, droit Ă  l’oubli et ainsi de suite. Les noms propres des personnes sont donc substituĂ©s par des initiales. Admettons, mĂŞme si cela rend les arrĂŞts complètements illisibles, et mĂŞme si, vu que les noms de sociĂ©tĂ©s ne sont pas toujours anonymisĂ©s, il y a moyen d’en savoir plus que prĂ©vu.

Et bien il y a mieux.

DĂ©sormais les relations de famille sont aussi remplacĂ©es par des initiales. Ainsi dans cet arrĂŞt Negresco X… de 1965 est-il question d’une dame “A …, Z… de la demanderesse”. Le rĂ©sumĂ© de l’arrĂŞt nous apprend que ce Z… Ă©vocateur veut dire “mère”.

Je voudrais vraiment qu’on m’explique l’intĂ©rĂŞt de l’opĂ©ration, alors d’une part que le fait de savoir que Mme A et Mme X sont mère et fille n’est pas une bien grande atteinte Ă  la vie privĂ©e; que d’autre part, il n’y a aucune cohĂ©rence, puisque le mĂŞme arrĂŞt comporte des “Mme A Ă©pouse X” très clairs; et qu’enfin les relations familiales sont une information juridique de première importance dans bien des arrĂŞts, notamment en droit de la famille.