Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Archive du mois de mars 2008

Dimanche 30 mars 2008

Pauvre PMF

Posté dans CAVEJ par groM

Entre une dissert de droit des sĂ»retĂ©s (Les obligations d’information en matière de cautionnement) et une petite fiche de libertĂ©s fondamentales, un petit cri d’indignation dans le vide.

J’ai dĂ©couvert de près hier le centre Pierre Mendès-France de l’universitĂ© Paris 1. Je ne vous cache pas que la photo en lien est aussi flatteuse que trompeuse.

C’est la fameuse tour seventies du 90 rue de Tolbiac. L’entrĂ©e ressemble Ă  celle d’un parking souterrain. Dans la cour, des rubans rouges et blancs dĂ©limitent des zones qu’il est interdit de frĂ©quenter car on risque de se prendre sur le coin de la figure une vitre tombĂ©e des Ă©tages (il doit pourtant bien y avoir Ă  Paris 1 un publiciste qui connaisse la notion de dĂ©faut normal d’entretien d’un ouvrage public, non ?). L’intĂ©rieur est sombre, mal entretenu. Les amphis sont situĂ©s en sous-sol; ils sont tagguĂ©s, bas de plafond. L’espace est furieusement non fonctionnel. Bref, Ă  cĂ´tĂ© de ça, le centre Saint-Hippolyte est une merveille de confort et une cathĂ©drale de lumière.

Franchement, Pierre Mendès-France n’a pas mĂ©ritĂ© ça; et les Ă©tudiants non plus. Les syndicats Ă©tudiants devraient sincèrement faire une prioritĂ© des conditions d’Ă©tudes. Pour autant que je voie tant sur le site de l’UNEF, que sur celui de l’UNI, l’amĂ©lioration des conditions de travail dans les universitĂ©s n’a pourtant pas l’air de faire partie de leurs prĂ©occupations majeures.

Jeudi 27 mars 2008

Bonne nuit les petits

Posté dans Autres par groM

Je ne vous le cache pas, j’ai peu le temps de bloguer en ce moment.

J’aurais pourtant des choses Ă  Ă©crire: une rĂ©ponse Ă  Calamo sur le projet de loi Olivennes, une sĂ©ance de glose sur la section 6 de la GPL v3, un commentaire sur les contrats administratifs que passe la DGE dans le cadre des pĂ´les de compĂ©titivitĂ© … La liste est longue.

Mais voilĂ , j’ai pas le temps.

La faute au boulot, d’abord (Patron, au fait, mon 4/5 payĂ© 5/4 c’est d’accord ?).

La faute au droit des sĂ»retĂ©s ensuite, que je mets un temps infini Ă  ingĂ©rer. J’arrive pĂ©niblement, au bout de 56 pages Ă  terminer Ă  peu près ce qui Ă©tait au programme de la sĂ©ance de TD d’il y a 15 jours.

La faute enfin Ă  ma paresse naturelle, pour terminer. J’avoue, Ă  minuit, j’ai un peu la flemme de me mettre au projet de loi Olivennes. Alors, en attendant que d’avoir retrouvĂ© mon dynamisme naturel quelques loisirs, je vous souhaite la bonne nuit.

Jeudi 13 mars 2008

Un instant de recueillement

Posté dans Autres par groM

Au moment oĂą nous quitte Lazare Ponticelli, dernier poilu de la grande guerre et, superbe symbole, immigrĂ© italien, j’ai une une pensĂ©e pour quelques personnes chères.

Pour Joseph, d’abord, mort pour la France le 16 aoĂ»t 1916 Ă  Maurepas (Somme), Ă  l’âge de 31 ans. TuĂ© Ă  l’ennemi, dit pudiquement son acte de dĂ©cès; c’Ă©tait une grenade.

Pour Joseph ensuite, fils posthume du prĂ©cĂ©dent, mort en 1940 Ă  Dunkerque, et qui a le triste honneur de figurer sur deux monuments aux morts: sur celui de sa ville natale, mais aussi sur celui de la ville oĂą sa famille s’Ă©tait rĂ©fugiĂ©e.

Pour Charles, nĂ© en 1911, qui avait vu, enfant, un avion de chasse exploser dans la rue en bas de chez lui, et qui a dĂ» attendre cinq longues annĂ©es de guerre avant d’avoir des enfants.

Pour Alexis, né en 1914, qui a donné 10 années de sa vie à la France, service militaire en 34-35, mobillisation en 38-39, guerre en 40, captivité en 40-45, et que son capitaine, le con, força à aller chercher, sous des obus de 150 allemands, le casque Adrian laissé en arrière.

Pour AndrĂ©, mĂ©canicien dans l’armĂ©e de l’air, qui a rejoint la France libre en traversant, avec sa femme, le Sahara en voiture.

Pour Pierre, parachutiste en AlgĂ©rie, qui n’en est pas revenu le mĂŞme.

Le voilĂ , le prix du sang et des larmes.

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

[Et un merci particulier Ă  ma Maman, qui a corrigĂ© un certain nombre d’approximations dans la version initiale de ce billet]

Samedi 8 mars 2008

Fraiche niouze

Posté dans CAVEJ par groM

Aujourd’hui, j’ai reçu un CD tout frais de droit des sĂ»retĂ©s et de un autre de droit communautaire, qu’on avait pas pu percevoir au dĂ©but de l’annĂ©e. En matière de droit des sĂ»retĂ©s, ce retard vient du fait que le cours a Ă©tĂ© entièrement refait pour inclure l’ordonnance de 2006. Cela est bel et bon. J’ai en revanche du mal Ă  croire que le cours de droit communautaire ait Ă©tĂ© refait pour inclure des dĂ©veloppements sur le traitĂ© de Lisbonne. A titre de preuve, un extrait de la première leçon:

Le traité de Paris avait été conclu pour 50 ans. Le problème de sa révision, de sa prorogation ou de son incorporation dans une autre communauté européenne se posera donc lors de l’année 2002.

Soupir fatigué.

Vendredi 7 mars 2008

6 x 0 = 0

Posté dans Autres par groM

A la suite de l’aimable demande de FrĂ©dĂ©ric Rolin, voilĂ  6 choses absolument sans intĂ©rĂŞt que vous ne savez pas de moi, et destinĂ©es autant Ă  combler votre curiositĂ© malsaine que mon exhibitionnisme latent.

  • A l’âge de 3 ans, Ă©chappant Ă  la surveillance pourtant très attentive de ma maman, je me suis rendu Ă  la boulangerie la plus proche du domicile parental, oĂą, profitant de ma gueule d’ange, j’ai demandĂ© Ă  la dame un sorbet cassis. J’ai emportĂ© le morceau en prĂ©cisant “Une boule seulement, comme ma maman l’a dit“, faisant ainsi fondre la suspicion de la boulangère mais pas la boule de glace, et constituant la première infraction pĂ©nale dont je me suis jamais rendu coupable, celle d’escroquerie. Une brillante carrière de dĂ©linquant - ou d’avocat - s’ouvrait ainsi devant moi.
  • A l’âge de 18 ans, j’ai brisĂ© dans l’oeuf ces brillantes prĂ©dispositions en m’orientant vers des Ă©tudes scientifiques. Je n’ai pas songĂ© une seule seconde Ă  faire du droit, dans ma province c’Ă©tait uniquement pour les fils Ă  papa qui voulaient devenir notaires. L’idĂ©e de faire Sciences Po m’a traversĂ© l’esprit un instant, et puis j’ai reposĂ© le dossier (rose, le dossier).
  • A l’âge de 19 ans (c’Ă©tait en 1995), me rendant au meeting d’entre deux tours de Lionel Jospin au POPB, j’ai croisĂ© Robert Badinter. Je lui ai dit “Merci d’avoir aboli la peine de mort“, il a souri, et il a rĂ©pondu: “Vous savez, j’Ă©tais pas tout seul“. Et bien merci aux autres.
  • A l’âge de 20 ans, j’ai eu mon premier contact avec le droit au cours d’une inititation Ă  cette noble matière proposĂ©e dans mon Ă©cole d’ingĂ©nieurs. Le professeur tenait absolument Ă  nous faire part des subtilitĂ©s de l’ancien article 1er du code civil - ce qui, en termes juridiques, n’est pas forcĂ©ment le plus intĂ©ressant, mais passons - et utilisait une loi fictive condamnant Ă  la peine de mort les porteurs de pull rouge. Depuis, j’Ă©vite les pulls rouges, au cas oĂą.
  • A l’âge de 30 ans, j’ai entraĂ®nĂ© un collègue dans la spirale infernale du CAVEJ. Le pauvre est en première annĂ©e et ça lui plaĂ®t: sa femme va me maudire.
  • Quand j’aurai atteint l’âge de 32 ans et que j’aurai une licence en droit, je vais hĂ©siter entre une maĂ®trise droit public et une maĂ®trise droit des affaires. Ce sera un combat terrible: d’un cĂ´tĂ© l’amour, de l’autre l’intĂ©rĂŞt; d’un cĂ´tĂ© la modestie de l’Ă©tude, de l’autre les ors de la richesse; d’un cĂ´tĂ© les forces de l’esprit, de l’autre celles de l’argent. Qui triomphera de ce combat terrible ?

Je repasse la patate Ă  Somni, Calamo, Obiter Dicta, Erasoft, Thomas, De Lege Ferenda.

Jeudi 6 mars 2008

I had a dream …

Posté dans Autres par groM

Cette nuit, j’ai fait un rĂŞve.

Non, non, je vous rassure, je n’ai pas vu un monde meilleur, oĂą noirs et blancs seraient tous frères: j’ai beau parfois rĂŞver des trucs bizarre, il me reste quand mĂŞme un fondement de rĂ©alisme tapi au fond du cortex.

Non, plus Ă©goĂŻstement, j’ai rĂŞvĂ© que j’avais pris 20 Ă  mon partiel de droit administratif. Je me souviens que les annotations du correcteur se terminaient pas ces mots: “Excellente copie, mais j’Ă©pargnerai votre modestie en ne vous demandant pas l’autorisation de la publier“. Quel dommage !

Le problème, c’est que j’ai aussi rĂŞvĂ© que j’avais pris 3 Ă  mon partiel de droit des sociĂ©tĂ©s. LĂ , je ne me souviens pas des annotations, juste de leur aspect rageur et tourmentĂ©. Le papier avait autant souffert de la blessure du stylo correcteur que de l’injure de mon devoir. Et je me souviens très bien m’ĂŞtre dit: “C’est pas grave avec un 20 en stratif“. En plus d’ĂŞtre rĂ©aliste, vous dis-je, je suis optimiste.

Et puis je me suis rĂ©veillĂ©. LĂ , j’ai fini de reprendre pied dans la rĂ©alitĂ©, et je me suis souvenu: en fĂ©vrier, j’ai passĂ© uniquement le droit des sociĂ©tĂ©s et pas le stratif.

Et merde.

Mardi 4 mars 2008

Rural !

Posté dans Autres, Droit administratif par groM

S’il est bien quelque chose qu’on n’apprend pas sur les bancs des facultĂ©s de droit, en tout cas lors des premières annĂ©es, c’est bien l’aspect profondĂ©ment humain des professions juridiques. Le juge qui envoie en prison, l’avocat qui explique la peine Ă  la famille du condamnĂ©, l’huissier qui le saisit, tous sont confrontĂ©s, plus ou moins durement, au facteur humain. Le publiciste seul, pourrait, Ă  cet Ă©gard, s’estimer un peu Ă©pargnĂ©. Mais il aurait bien tort : la victime estropiĂ©e par un dommage de travaux publics ou le propriĂ©taire expropriĂ© sont lĂ  pour lui rappeler.

A dĂ©faut de frĂ©quenter les juridictions de l’expropriation, les nĂ©ophytes pourront, comme moi, lire avec profit « Rural ! Chronique d’une collision politique » de Davodeau.

« Rural ! » est un reportage en bande dessinée, qui devait, à l’origine, traiter de la vie dans une exploitation agricole « bio », quelque part dans l’Anjou profond. Mais hélas, l’autoroute A87 est venue mettre un terme à ce projet, et l’auteur, qui avait pu devenir familier avec ceux qui vivaient sur ce bout de terre, changeant son fusil d’épaule, nous raconte par le menu une opération d’expropriation.

Tout commence donc avec les travaux d’archéologie préventive ; se poursuit, l’arrêté de cessibilité obtenu, avec la démolition des immeubles placés sur le tracé ; un flashback nous ramène à l’enquête publique ou à la contestation de la déclaration d’utilité publique devant le Conseil d’Etat.

Mais, au-delĂ  de ce rappel de la procĂ©dure administrative de l’expropriation - curieusement, la phase judiciaire est quasi absente du rĂ©cit, on rĂ©alise ce que les champs dans lesquels les archĂ©ologues travaillent reprĂ©sentent comme effort pour ceux qui les ont exploitĂ©s ; que cette bicoque qu’on dĂ©molit, et qu’on indemnise pour une misère, reprĂ©sente 10 ans de travaux pour ses propriĂ©taires ; que l’enquĂŞte publique, mĂŞme dĂ©mocratisĂ©e, est le jouet des puissances locales ; et que la contestation devant le Conseil d’Etat n’est qu’une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e, celle du pot de terre conte le pot de fer.

On parle peu de l’expropriation. C’est bien dommage, car c’est bien un domaine où la puissance de l’Etat traite sans mansuétude les individus. « Rural ! » en est un nouveau témoignage.

PS: Merci donc Ă  notre chargĂ© de TD, dont j’ignore le nom, de nous en avoir donnĂ© la rĂ©fĂ©rence.