A civil action
Sur la recommandation d’un collègue anglais, j’ai fait l’acquisition d’A civil action, de Johnathan Harr. C’est, paraĂ®t-il, une lecture quasi-obligatoire pour les Ă©tudiants en droit amĂ©ricains; c’est aussi un compte-rendu passionnant de la manière dont fonctionne le système amĂ©ricain de justice civile, en particulier celui de la responsabilitĂ© civile (tort law): suite Ă la pollution de l’eau qu’ils boivent, plusieurs enfants d’un mĂŞme quartier sont frappĂ©s de leucĂ©mie et cinq d’entre eux meurent. L’affaire est prise en main par un cabinet d’avocats spĂ©cialisĂ©s, dirigĂ© par Jan Schlichtmann. Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas spoiler votre lecture.
On a tendance, en France, Ă dĂ©noncer facilement le caractère extrĂŞmement procĂ©durier des amĂ©ricains; Ă cet Ă©gard, le cas de l’indemnisation obtenue dans l’affaire Liebeck c. McDonalds (160.000 $ de dommages et intĂ©rĂŞts compensateurs et 2 millions de dommages et intĂ©rĂŞts punitifs) peut sembler topique. Mais la caricature est assez facile. A civil action rappelle en particulier le risque que courent les demandeurs lorsqu’ils tentent de faire prĂ©valoir leurs droits (seul 1 sur 3 y parvient), mais aussi les risques que courent les avocats. Dans la mesure oĂą une grande partie de l’administration de la preuve leur revient, ils doivent avancer des sommes considĂ©rables, lors de l’avant-procès, pour rechercher des preuves viables.
A civil action rappelle aussi un autre fait bien souvent passĂ© sous silence lorsqu’on caricature le système judiciaire amĂ©ricain: la plupart des cas se terminent par un compromis (settlement), dans lequel les parties se mettent d’accord sur un montant d’indemnisation raisonnable. Mme Liebeck, pour continuer avec elle, avait ainsi proposĂ© Ă McDonalds un settlement de seulement 20.000 $.
A civil action
Johnathan Harr
Vintage Books publisher - ISBN 978-0-679-77267-5
Rubin a dit :
Excellent conseil de lecture et très bon billet !
J’ajouterai, en outre, qu’un intĂ©rĂŞt rĂ©el mais rarement Ă©voquĂ© en France des class actions est leur rĂ´le rĂ©gulateur, notamment dans les domaines du droit de la consommation ou de l’environnement, oĂą ces procĂ©dures donnent aux individus les moyens de faire valoir leurs droits de façon efficace contre les grandes entreprises.
Une sorte de garde-fou judiciaire, en somme.
Dimanche 12 oct 2008 à 19:12
Rubin a dit :
J’ai un peu l’esprit d’escalier : ton billet m’a incitĂ© Ă donner Ă mon tour mon conseil de lecture en la matière. http://blog.sfadj.com/2008/10/de-l-utilit-des-actions-collectives.html
Dimanche 12 oct 2008 à 19:24
erasoft a dit :
Mon prochain billet sur Erablog sera consacrĂ© Ă la ‘compensation culture’. Juste pour t’enlever le sentiment grisant de donner les thèmes de la blogosphère juridique, c’Ă©tait dĂ©jĂ prĂ©vu depuis une semaine, parce que c’est un sujet vraiment prenant
Dimanche 12 oct 2008 à 20:19
groM a dit :
Merci pour le conseil de lecture, ça faisait longtemps que je cherchais, un peu mollement il est vrai, une bonne introduction au droit américain.
Dimanche 12 oct 2008 à 20:19
groM a dit :
@erasoft: bhen voyons, je sais bien que je suis ta seule source d’inspiration
Dimanche 12 oct 2008 à 20:26
Pram a dit :
N’y-t-il pas eu un film (”Erin Brockovich” 2000 avec Julia Roberts) qui a Ă©tĂ© inspirĂ© par cet ouvrage? Quoiqu’il en soit, pour ceux qui veulent s,initier au au “Tort Law” Ă l’amĂ©ricaine je les invite Ă se projeter cet excellent film dont l’actrice principale ne fait qu’ajouter au plaisir de le voir.
Par ailleurs quand les Français auront enfin accès dans leur code civil aux “recours collectifs” (Excellente traduction française quĂ©bĂ©coise de “Class Action”… En effet depuis 15 ans le code civil quĂ©bĂ©cois, lui-mĂŞme inspirĂ© du code NapolĂ©on applique ce droit sans problème…), ils pourront enfin faire fonctionner le droit français dans le meilleur intĂ©rĂŞt des droits individuels de la consommation et de l’environnement dans ce pays. Ă€ cela j’ajoueterais bien Ă©videmment le droit individuel de contester, en France (et pas seulement devant la Cour europĂ©enne…) la constitutionnalitĂ© d’une loi française directement devant le Conseil constitutionnel. lequel n’est actuellement qu’un ersatz de cour constitutionnelle.
Lundi 13 oct 2008 à 12:02
groM a dit :
@Pram: non Erin Brockovich, c’est une autre affaire, mĂŞme s’il y a des similitudes. D’ailleurs, je l’ai vue faire de la pub pour sa law firm Ă la tĂ©lĂ© aux USA pas plus tard qu’avant hier. Autres lieux, autres moeurs …
Lundi 13 oct 2008 à 12:07