Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

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Vendredi 31 mars 2006

Super promulgateur

Posté dans Droit constitutionnel, Politique, CPE par groM

Je demande au Gouvernement de prendre toutes les dispositions nĂ©cessaires pour qu’en pratique, aucun [CPE] ne puisse ĂȘtre signĂ© sans intĂ©grer pleinement l’ensemble de ces modifications” dĂ©clarait tout Ă  l’heure Jacques Chirac lors de son intervention tĂ©lĂ©visĂ©e aprĂšs avoir dĂ©clarĂ© son intention de promulguer la loi.

La promulgation est l’acte par lequel le PrĂ©sident de la RĂ©publique constate qu’une loi a Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement adoptĂ©e et ordonne aux agents de l’Etat de l’exĂ©cuter. Pour ĂȘtre parfaitement explicites, les dĂ©crets de promulgation comportent mĂȘme une formule magique: “la prĂ©sente loi sera exĂ©cutĂ©e comme loi de l’Etat“.

La promulgation doit intervenir dans les 15 jours qui suivent le vote de la loi. La doctrine considĂšre gĂ©nĂ©ralement que c'’est une compĂ©tence liĂ©e, ce qui signifie que le PrĂ©sident n’a pas l’opportunitĂ© de dĂ©cider de promulguer ou pas. Et il y a une bonne raison Ă  cette analyse.

Le Parlement, les Ă©lus de la Nation, ont votĂ© la loi sur l’Ă©galitĂ© des chances et le Conseil constitutionnel vient de juger cette loi en tout point conforme aux principes et aux valeurs de la RĂ©publique. En dĂ©mocratie, cela a un sens et doit ĂȘtre respectĂ©.” Les rĂšgles relatives Ă  la promulgation mĂ©ritent tout autant d’ĂȘtre respectĂ©es, n’en dĂ©plaisent Ă  Jacques Chirac, car le constituant n’a pas entendu lui donner un droit de vĂ©to sur les lois votĂ©es par le Parlement. Ce pouvoir serait scandaleux et exorbitant; il reviendrait Ă  court-circuiter le Parlement, et on imagine les effets dĂ©vastateurs d’une telle dĂ©cision en pĂ©riode de cohabitation.

Au delĂ  de la “crĂ©ativitĂ©” juridique de notre PrĂ©sident, qui pourrait ĂȘtre cocasse, Jacques Chirac est donc encore une fois responsable d’un affaiblissement des institutions dont il devrait ĂȘtre le garant. Et, paradoxalement, il pourrait forcer les pourfendeurs du CPE Ă  attaquer le Premier ministre devant le Conseil d’Etat, si jamais celui-ci signait un dĂ©cret visant Ă  faire obstacle Ă  la loi sur l’Ă©galitĂ© des chances.

On marche vraiment sur la tĂȘte.

Dimanche 26 mars 2006

Le dialogue social

S’il est une victime avĂ©rĂ©e du conflit liĂ© au CPE, c’est bien le dialogue social. Dans un pays oĂč celui-ci semble si difficile Ă  mettre en oeuvre, la maniĂšre dont le CPE a Ă©tĂ© gĂ©rĂ© ne pouvait que mettre le feu aux poudre. Nous ne ferons pas ici le procĂšs de Dominique de Villepin: les preuves Ă  charge sont telles, absence de consultation des partenaires sociaux malgrĂ© les engagements solennels du gouvernement, dĂ©faut de consultation du Conseil d’Etat, introduction par voie d’amendement, dĂ©claration d’urgence lĂ©gislative, usage de l’article 49 alinĂ©a 3, refus de nĂ©gocier avec les syndicats de salariĂ©s et d’Ă©tudiants, que le procĂšs ne prĂ©sente plus beaucoup d’intĂ©rĂȘt, ni le verdict de suspens. Il est plus pertinent en revanche de s’intĂ©resser aux moyens de relancer le dialogue social dans l’avenir.

La premiĂšre idĂ©e qui vient Ă  l’idĂ©e ici est de promouvoir le Conseil Economique et Social (CES). L’idĂ©e d’un organe consultatif qui reprĂ©sente “les forces vives” de la Nation n’est pas nouvelle; nĂ©e dans les rangs socialistes au XIXĂšme, il faudra attendre les annĂ©es 20 pour que soit instituĂ© un Conseil Economique consultatif qui, aprĂšs une suspension pendant la guerre, reprendra ses activitĂ©s en 1946 en bĂ©nĂ©ficiant cette fois-ci d’une reconnaissance constitutionnelle. La suite