L’application de la loi pĂ©nale dans le temps
Petite soeur de la prĂ©cĂ©dente, cette nouvelle fiche est consacrĂ©e Ă l’application de la loi pĂ©nale dans le temps.
Qui a dit que ce blog était scolaire en ce moment ?
Petite soeur de la prĂ©cĂ©dente, cette nouvelle fiche est consacrĂ©e Ă l’application de la loi pĂ©nale dans le temps.
Qui a dit que ce blog était scolaire en ce moment ?
Une nouvelle fiche, cette fois consacrĂ©e aux règles d’application de la loi pĂ©nale dans l’espace. Bonne lecture.
Suite Ă l’incendie d’un bus a Marseille, agression au cours de laquelle une jeune femme a Ă©tĂ© grièvement brĂ»lĂ©e, le Monde nous informe que le Premier Ministre, Dominique de Villepin, a annoncĂ© “l’Ă©largissement des poursuites pour “tous ceux qui participent Ă un guet-apens”, qui “pourront ĂŞtre dĂ©sormais poursuivis et sanctionnĂ©s“.
Encore une fois s’agissant de la politique pĂ©nale du gouvernement, et risquant pour ma part courageusement les sanctions prĂ©vues pour la rĂ©cidive en matière de violence volontaire faite Ă la procĂ©dure pĂ©nale, j’ai du mal Ă voir quelle est la nouveautĂ© ici.
La loi permet Ă©videmment de punir le ou les auteurs d’une infraction. En outre, l’article 121-6 du code pĂ©nal indique dĂ©jĂ que “sera puni comme auteur le complice de l’infraction.” L’article 121-7 dispose pour sa part qu’”est complice d’un crime ou d’un dĂ©lit la personne qui sciemment, par aide ou assistance, en a facilitĂ© la prĂ©paration ou la consommation. Est Ă©galement complice la personne qui par don, promesse, menace, ordre, abus d’autoritĂ© ou de pouvoir aura provoquĂ© Ă une infraction ou donnĂ© des instructions pour la commettre.”
VoilĂ qui permet dĂ©jĂ de punir ceux qui, activement, participent Ă la prĂ©paration ou Ă l’action des incendies de bus, qu’ils soient coauteurs ou complices. Celui qui “aide“, c’est Ă dire celui qui tend le bidon d’essence est un complice de celui qui jette l’allumette. Dans un tel cas, avec une victime qui risque la mort ou qui, dans le meilleur des cas, restera mutilĂ©e Ă vie, je gage que les juges traiteront les complices avec la mĂŞme sĂ©vĂ©ritĂ© que les auteurs principaux. L’infraction retenue dĂ©pendra alors du sort de la victime et de l’Ă©lĂ©ment moral retenu. Dans le “meilleur” des cas, c’est Ă dire si la victime survit et s’il est reconnu que les auteurs n’avaient pas l’intention d’aller plus loin que l’incendie du bus, la qualification comprendra l’incendie volontaire ayant entraĂ®nĂ© une infirmitĂ© permanente, crime prĂ©vu par l’article 322-9 du code pĂ©nal et rĂ©primĂ© par 30 ans de rĂ©clusion et 150.000 euros d’amende.
Il est Ă©galement possible de sanctionner les suiveurs, ceux qui sont sur place sans qu’il soit possible de dĂ©montrer qu’ils ont participĂ© activement Ă la chose, ne serait-ce que du chef de non-assistance Ă personne en danger. La sanction est moins forte, mais sur l’Ă©chelle des responsabilitĂ©s, ceux-lĂ ont sur les Ă©paules un poids moins lourd. La tâche dĂ©licate ici sera bien sĂ»r de dĂ©partager ceux qui ont Ă©tĂ© acteurs de ceux qui ont Ă©tĂ© simples spectateurs, voire simple passants.
On peut s’Ă©tonner par ailleurs que le Premier Ministre n’ait pas proposĂ© de faire figurer parmi les circonstances aggravantes de l’article 322-9 celle qui consiste Ă s’attaquer Ă un moyen de transport public. On voit mal en foi de quoi l’atteinte Ă des forĂŞts dĂ©sertes serait plus sĂ©vèrement sanctionnĂ©e que l’atteinte Ă un moyen de transport oĂą se trouvent un nombre potentiellement grand de passagers.
Dans tous les cas, la dĂ©claration du Premier Ministre laisse entendre qu’il faut un changement de la loi pour permettre la rĂ©pression de tels actes. C’est inexact et peu honnĂŞte.
L’affaire de Porcheville est maintenant appelĂ©e par l’huissier. Les deux avocates s’avancent, suivies du prĂ©venu.
AussitĂ´t s’engage un dĂ©bat sur deux exception in limine litis: avant que l’examen de l’affaire ne commence, les avocates souhaitent soulever des points de procĂ©dure. Mais pour comprendre tout le sel de ces exceptions, il nous faut rĂ©sumer un peu l’affaire. La suite
Je me suis rendu hier au tribunal correctionnel de Versailles pour assister au jugement sur le fond dans l’affaire de l’agression de Porcheville, affaire qui, comme l’auront compris les plus perspicaces de mes lecteurs, m’intĂ©resse Ă titre indirect. Contrairement Ă la dernière fois, l’audience fut très intĂ©ressante. En voici un rapide compte-rendu, en espĂ©rant ne pas trop prĂŞter le flanc aux critiques des pĂ©nalistes de l’audience … La suite
Ce matin, muni de ma liste de commissions et de ma progĂ©niture, j’errais dans les allĂ©es peu hospitalières d’un supermarchĂ© de banlieue parisienne, quand, arrivĂ© au rayon fromage, j’avisai un camembert artisanal de bonne apparence, dont je m’emparai bientĂ´t. LĂ , stupeur: un examen rapide de l’emballage m’apprit que celui-ci n’Ă©tait point de fabrication normande, mais bien d’origine rambolitaine. Moi qui Ă©tait persuadĂ© que le Camembert Ă©tait protĂ©gĂ© par une AOC … dieu merci, le droit et LĂ©gifrance volèrent Ă mon secours et Ă©clairèrent bientĂ´t ma lanterne. La suite
Hier Ă©tait diffusĂ© 10ème Chambre, instants d’audience, un documentaire de Raymond Depardon qui prĂ©sente le quotidien d’une des chambres correctionnelles du TGI de Paris. Je ne m’Ă©tendrai pas sur la manière dont Depardon a obtenu le droit de filmer: au regard du droit positif, ce film est une bizarrerie.
Si ce document est assez agrĂ©able - sentiment Ă©trange s’agissant de violences conjugales, de port d’armes prohibĂ©es ou bien de conduite en Ă©tat d’ivresse, on le doit sans doute Ă la sĂ©lection faite des prĂ©venus. Entre ceux qui dĂ©tonnent et ceux qui touchent, peu laissent indiffĂ©rents, d’autant que les dĂ©bats mettent particulièrement bien en lumière leur personnalitĂ©.
A vrai dire, c’est lĂ une diffĂ©rence notable avec les audiences correctionnelles auxquelles j’ai pu assister, oĂą les mĂŞmes faits sont souvent expĂ©diĂ©s bien plus rapidement, oĂą les prĂ©venus sont souvent beaucoup moins bavards, oĂą les rĂ©quisitions du ministère public sont moins pĂ©dagogiques, et oĂą les juges passent moins de temps Ă Ă©couter les prĂ©venus ou les victimes.
Que l’on me comprenne bien: je ne dis pas que les gens de justice sont d’affreux cabots qui fignolent le travail devant les camĂ©ras pour mieux l’expĂ©dier lorsqu’elles sont Ă©teintes. Non, mon impression est que leur approche est ici clairement pĂ©dagogique. Profitant de la prĂ©sence inhabituelle de la camĂ©ra, ils veulent montrer le fonctionnement de la justice pĂ©nale Ă tous, et dĂ©ploient pour cela un effort particulier.
“Est-ce que je peux m’approcher Madame le juge ? J’ai quelque chose Ă vous dire …
- Non, je prĂ©fèrerai pas. L’audience est publique et Mme le procureur de la RĂ©publique doit entendre tout ce que vous dites
- Alors je prĂ©fère pas.”
Plus que le parquet, c’est bien la sociĂ©tĂ© tout entière qui doit entendre ce qui se passe dans les tribunaux. 10ème Chambre est un premier pas.
Il y a 25 ans, Robert Badinter demandait Ă l’AssemblĂ©e Nationale d’abolir la peine de mort en France, accomplissant ainsi une promesse de campagne dont certains avaient prĂ©dit qu’elle couterait la victoire Ă François Mitterrand.
Il en finissait ainsi avec ces petits matins blĂŞmes qu’il avait trop bien connus, ces derniers verres de rhum, ces seaux d’eau jetĂ©s sur le pavĂ© pour enlever les traces de sang de la violence d’Etat.
A cette occasion, nous avons eu Ă©videmment droit Ă la traditionnelle interview de Robert Badinter sur TF1. Si j’ai toujours plaisir Ă l’entendre raconter son combat, les pĂ©ripĂ©ties en sont maintenant bien connues et cette interview a, comme disent les journalistes, un petit goĂ»t de marronnier.
Cette annĂ©e toutefois, je perçois un changement dans le traitement mĂ©diatique de la peine de mort. Pour la première fois, les mĂ©dias m’ont semblĂ© la tenir pour acquise, et mettre en Ă©vidence les statistiques qui plaident en sa faveur, comme la diminution d’un facteur 2 du taux d’homicide dans les pays abolitionnistes comme la France, le Canada ou la Belgique. Nous n’avons pas eu droit aux hystĂ©riques qui veulent la rĂ©tablir “pour les meurtiers d’enfants, bien sĂ»r”.
Mais le combat est encore long. En IndonĂ©sie, trois paysans vont bientĂ´t ĂŞtre exĂ©cutĂ©s. Un exemple, parmi tant d’autres, en Arabie Saoudite, en Chine, en Lybie, aux Etats-Unis, qui montre comment la peine de mort est instrumentalisĂ©e Ă des fins politiques.
L’actualitĂ© juridique est chargĂ©e ces temps-ci. Deux nouvelles importantes mĂ©riteraient un billet: d’une part l’adoption en conseil des ministre d’un projet de loi visant Ă inclure dans le code pĂ©nal la rĂ©pression des crimes de guerre, d’autre part la dissolution, par dĂ©cret du PrĂ©sident de la RĂ©publique, du groupuscule antisĂ©mite connu sous le nom de Tribu Ka. C’est Ă cette dernière nouvelle que nous nous intĂ©ressons ici, et plus largement Ă la lĂ©gislation sur les milices et groupes de combat. Celle-ci prĂ©voit en effet non seulement des sanctions administratives (I) comme celles qui ont Ă©tĂ© prises contre Tribu Ka, mais Ă©galement des sanction pĂ©nales (II). Leur coexistence est toutefois pleinement justifiĂ©e (III). La suite
Versailles, 8ème chambre, 14h. L’affaire-star du jour est l’audience de jugement de A., poursuivi pour l’agression dĂ©sormais cĂ©lèbre d’une enseignante du LycĂ©e Antoine Lavoisier de Porcheville, agression qu’un autre Ă©lève a filmĂ© sur son tĂ©lĂ©phone portable et diffusĂ© abondamment. La suite