Bloghorrée

Extrêmiste de la laïcité depuis 1976

Archive de la catégorie Droit privĂ©

Mercredi 4 octobre 2006

Convergences

Posté dans Autres, Etranger, Droit privĂ© par groM

Entendant pas plus tard qu’hier un avocat, par ailleurs brillant, opposer, sans doute Ă  des fins pĂ©dagogiques, le droit d’auteur au copyright, j’aimerais dĂ©fendre exactement la thèse inverse et illustrer les points de convergence qui existent entre les deux modèles. La suite

Dimanche 1 octobre 2006

On va pas en faire un fromage …

Posté dans Autres, Droit pĂ©nal par groM

Ce matin, muni de ma liste de commissions et de ma progĂ©niture, j’errais dans les allĂ©es peu hospitalières d’un supermarchĂ© de banlieue parisienne, quand, arrivĂ© au rayon fromage, j’avisai un camembert artisanal de bonne apparence, dont je m’emparai bientĂ´t. LĂ , stupeur: un examen rapide de l’emballage m’apprit que celui-ci n’Ă©tait point de fabrication normande, mais bien d’origine rambolitaine. Moi qui Ă©tait persuadĂ© que le Camembert Ă©tait protĂ©gĂ© par une AOC … dieu merci, le droit et LĂ©gifrance volèrent Ă  mon secours et Ă©clairèrent bientĂ´t ma lanterne. La suite

Vendredi 29 septembre 2006

10ème Chambre

Posté dans Autres, Droit pĂ©nal par groM

Hier Ă©tait diffusĂ© 10ème Chambre, instants d’audience, un documentaire de Raymond Depardon qui prĂ©sente le quotidien d’une des chambres correctionnelles du TGI de Paris. Je ne m’Ă©tendrai pas sur la manière dont Depardon a obtenu le droit de filmer: au regard du droit positif, ce film est une bizarrerie.

Si ce document est assez agrĂ©able - sentiment Ă©trange s’agissant de violences conjugales, de port d’armes prohibĂ©es ou bien de conduite en Ă©tat d’ivresse, on le doit sans doute Ă  la sĂ©lection faite des prĂ©venus. Entre ceux qui dĂ©tonnent et ceux qui touchent, peu laissent indiffĂ©rents, d’autant que les dĂ©bats mettent particulièrement bien en lumière leur personnalitĂ©.

A vrai dire, c’est lĂ  une diffĂ©rence notable avec les audiences correctionnelles auxquelles j’ai pu assister, oĂą les mĂŞmes faits sont souvent expĂ©diĂ©s bien plus rapidement, oĂą les prĂ©venus sont souvent beaucoup moins bavards, oĂą les rĂ©quisitions du ministère public sont moins pĂ©dagogiques, et oĂą les juges passent moins de temps Ă  Ă©couter les prĂ©venus ou les victimes.

Que l’on me comprenne bien: je ne dis pas que les gens de justice sont d’affreux cabots qui fignolent le travail devant les camĂ©ras pour mieux l’expĂ©dier lorsqu’elles sont Ă©teintes. Non, mon impression est que leur approche est ici clairement pĂ©dagogique. Profitant de la prĂ©sence inhabituelle de la camĂ©ra, ils veulent montrer le fonctionnement de la justice pĂ©nale Ă  tous, et dĂ©ploient pour cela un effort particulier.

Est-ce que je peux m’approcher Madame le juge ? J’ai quelque chose Ă  vous dire …
- Non, je prĂ©fèrerai pas. L’audience est publique et Mme le procureur de la RĂ©publique doit entendre tout ce que vous dites
- Alors je préfère pas.

Plus que le parquet, c’est bien la sociĂ©tĂ© tout entière qui doit entendre ce qui se passe dans les tribunaux. 10ème Chambre est un premier pas.

Mardi 19 septembre 2006

Le combat est encore long

Posté dans Politique, Droit pĂ©nal par groM

Il y a 25 ans, Robert Badinter demandait Ă  l’AssemblĂ©e Nationale d’abolir la peine de mort en France, accomplissant ainsi une promesse de campagne dont certains avaient prĂ©dit qu’elle couterait la victoire Ă  François Mitterrand.

Il en finissait ainsi avec ces petits matins blĂŞmes qu’il avait trop bien connus, ces derniers verres de rhum, ces seaux d’eau jetĂ©s sur le pavĂ© pour enlever les traces de sang de la violence d’Etat.

A cette occasion, nous avons eu Ă©videmment droit Ă  la traditionnelle interview de Robert Badinter sur TF1. Si j’ai toujours plaisir Ă  l’entendre raconter son combat, les pĂ©ripĂ©ties en sont maintenant bien connues et cette interview a, comme disent les journalistes, un petit goĂ»t de marronnier.

Cette annĂ©e toutefois, je perçois un changement dans le traitement mĂ©diatique de la peine de mort. Pour la première fois, les mĂ©dias m’ont semblĂ© la tenir pour acquise, et mettre en Ă©vidence les statistiques qui plaident en sa faveur, comme la diminution d’un facteur 2 du taux d’homicide dans les pays abolitionnistes comme la France, le Canada ou la Belgique. Nous n’avons pas eu droit aux hystĂ©riques qui veulent la rĂ©tablir “pour les meurtiers d’enfants, bien sĂ»r”.

Mais le combat est encore long. En IndonĂ©sie, trois paysans vont bientĂ´t ĂŞtre exĂ©cutĂ©s. Un exemple, parmi tant d’autres, en Arabie Saoudite, en Chine, en Lybie, aux Etats-Unis, qui montre comment la peine de mort est instrumentalisĂ©e Ă  des fins politiques.

Lundi 11 septembre 2006

Dure, dure, la durée

Posté dans Droit civil, Droit privĂ© par groM

Nous continuons notre série de billets sur le droit d’auteur avec une courte note sur la problématique de la durée du droit d’auteur.

En France, la durĂ©e pendant laquelle une Ĺ“uvre de l’esprit est protĂ©gĂ©e, c’est-Ă -dire la pĂ©riode au cours de laquelle l’auteur ou ses descendants disposent d’un monopole d’exploitation, est celle du vivant de l’auteur, Ă  laquelle s’ajoute soixante dix annĂ©es. Elle est fixĂ©e par l’article L. 123-1 du code de la propriĂ©tĂ© intellectuelle.

Si un auteur rédige un livre à 30 ans, et a le bon goût de mourir à 80, son œuvre est donc protégée pour une durée totale de 120 ans. Sur ces 120 ans, 50 bénéficieront à l’auteur, et 70 – 20 ans de plus – bénéficieront à ses ayants-droit. Et ces ayants-droit pourront être nombreux : avec une espérance de vie de 80 ans et un écart entre les générations de 30 ans, ce sont bien 3 générations qui profiteront successivement de la rente du glorieux aïeul.

La constitution des Etats-Unis résume assez bien l’équilibre à trouver entre d’une part les intérêts de l’auteur, et d’autre part l’intérêt du public : « To promote the Progress of Science and useful Arts, by securing for limited Times to Authors and Inventors the exclusive Right to their respective Writings and Discoveries »

Notre droit d’auteur lui oublie cet équilibre, et en voulant protéger les auteurs, il crée une forte incitation à la non-création. L’auteur d’une œuvre réussie n’a aucune intérêt matériel à en créer de nouvelle : il est assuré de jouir, pour le restant de son existence, des fruits de l’exploitation de ses travaux antérieurs. Les héritiers sont tout autant « désincités », puisqu’ils profitent même des fruits des travaux des autres. Est ainsi créée une trappe à stérilité pour les auteurs à succès et leurs descendants.

Encore pourrait-on justifier une telle durée si l’exploitation des œuvres artistiques nécessitait de gros investissements. Mais, comparée à des industries comme la chimie ou l’industrie du médicament, qui rappelons-le, sont protégées principalement par des brevets d’une durée bien inférieure (20 ans), les investissements nécessaires pour publier un livre ou disque sont dérisoires. En 120 ans, on ose espérer qu’ils seront rentabilisés ! Dans la pratique, je soupçonne même que l’essentiel des bénéfices d’une œuvre soit, sauf cas de celles qui deviennent des « classiques », essentiellement tirés dans la période qui suit immédiatement la première parution.

Pour que le droit d’auteur retrouve la fonction d’encouragement qui est la sienne tout en permettant aux auteurs de vivre de leur œuvre, pour qu’il ne serve pas à légitimer des rentes de situation pour les industries du divertissement, il est donc impératif de raccourcir la durée de la protection et de l’attacher non pas à la personne de l’auteur mais à l’œuvre.

Vendredi 8 septembre 2006

Le domaine public en matière de droit d’auteur

Posté dans Droit civil, Droit privĂ© par groM

Nous allons ici nous intĂ©resser au domaine public au sens du droit de la propriĂ©tĂ© intellectuelle. Bizarrement, si ce terme fait l’objet d’une consĂ©cration assez large, comme en tĂ©moignent les nombreux arrĂŞts de la Cour de Cassation qui l’utilisent en la matière, il n’est dĂ©fini nulle part dans le code de la propriĂ©tĂ© intellectuelle. Tout au plus celui-ci y fait-il rĂ©fĂ©rence de manière incidente Ă  deux reprises, ici et lĂ . Nous allons donc d’abord le dĂ©finir, avant de voir s’il est possible pour un auteur de mettre de sa propre initiative ses oeuvres dans le domaine public; question intĂ©ressante, notamment pour les commentateurs de Laurent Guerby. La suite

Vendredi 11 août 2006

Le droit dans la Chine ancienne

Posté dans Etranger, Droit public, Droit privĂ© par groM

Par l’intermédiaire de Frédéric Rolin, j’ai découvert avec un grand plaisir les anciens numéros de la Revue Internationale de Droit Comparé, mis à disposition sur le site Persée. J’avertis en passant mes patients lecteurs que vous risquez d’avoir de temps en temps des échos de ce qu’on y trouve, tant le contenu en est riche. Commençons donc aujourd’hui par le droit dans la tradition chinoise, un article de Xioaping Li, en m’excusant par avance pour les approximations et les erreurs qui pourraient être faites ici.

Cette article est plus particulièrement dĂ©diĂ© Ă  trois de mes collègues, qui ont eu la chance d’aller en Chine rĂ©cemment. La suite

Mercredi 9 août 2006

Le droit d’auteur et le droit de propriĂ©tĂ©

La rĂ©cente dĂ©cision n°2006-540 DC du conseil constitutionnel sur la loi relative au droit d’auteur et droits voisins dans la sociĂ©tĂ© de l’information a fait couler beaucoup d’encre dans la blogosphère (ici, lĂ , lĂ , et encore lĂ ). Le conseil a ainsi affirmĂ© avec force dans son considĂ©rant n°15 que:

les finalitĂ©s et les conditions d’exercice du droit de propriĂ©tĂ© ont subi depuis 1789 une Ă©volution caractĂ©risĂ©e par une extension de son champ d’application Ă  des domaines nouveaux ; que, parmi ces derniers, figurent les droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle et notamment le droit d’auteur et les droits voisins.

La question de savoir si le droit d’auteur ressort du droit de propriĂ©tĂ© fait dĂ©bat. Jules notamment soutient que la position du Conseil est très contestable. Ce billet vise Ă  approfondir un peu le dĂ©bat, en commençant par quelques dĂ©finitions (I) avant d’essayer de superposer les deux notions (II). La suite

Jeudi 27 juillet 2006

Les groupes de combat

L’actualitĂ© juridique est chargĂ©e ces temps-ci. Deux nouvelles importantes mĂ©riteraient un billet: d’une part l’adoption en conseil des ministre d’un projet de loi visant Ă  inclure dans le code pĂ©nal la rĂ©pression des crimes de guerre, d’autre part la dissolution, par dĂ©cret du PrĂ©sident de la RĂ©publique, du groupuscule antisĂ©mite connu sous le nom de Tribu Ka. C’est Ă  cette dernière nouvelle que nous nous intĂ©ressons ici, et plus largement Ă  la lĂ©gislation sur les milices et groupes de combat. Celle-ci prĂ©voit en effet non seulement des sanctions administratives (I) comme celles qui ont Ă©tĂ© prises contre Tribu Ka, mais Ă©galement des sanction pĂ©nales (II). Leur coexistence est toutefois pleinement justifiĂ©e (III). La suite

Mardi 18 juillet 2006

L’arbitrage

Posté dans Droit civil, Droit public, Droit privĂ© par groM

L’arbitrage est une des formes les plus anciennes et si, l’on peut oser, des plus naturelles de règlement des litiges. Il s’agit ici pour les deux parties en prĂ©sence d’accepter de faire trancher leur litige par un ou plusieurs tiers. Cette justice privĂ©e prĂ©sente certains d’avantages : elle est consensuelle, puisque la lĂ©gitimitĂ© de l’arbitre est reconnue par les parties ; elle est discrète, puisque la procĂ©dure d’arbitrage n’est pas publique, ce qui est un atout dans un certain nombre de domaines, en particulier en matière commerciale ; elle est rapide, puisqu’elle s’affranchit des lourdeurs de la justice d’Etat ; du point de vue de celui-ci, elle est gratuite, puisque ce sont les parties qui prennent Ă  leur charge la rĂ©munĂ©ration du ou des arbitre(s) ; enfin, il est possible que les arbitres se prononcent non en droit, mais en Ă©quitĂ© si les parties le leur demandent au titre de l’amiable composition. L’arbitrage prĂ©sente cependant quelques dĂ©sagrĂ©ments: il peut ĂŞtre difficile de trouver des arbitres incontestables et leur rĂ©munĂ©ration peut ĂŞtre un problème. La suite