Bloghorrée

Extrêmiste de la laïcité depuis 1976

Archive de la catégorie Droit administratif

Samedi 9 décembre 2006

Pas de blogage avant les devoirs du soir

Posté dans Droit civil, Droit administratif par groM

Et oui, ce week-end risque d’ĂŞtre assez peu actif sur ce site. La faute aux premiers devoirs de droit civil et de droit administratif. Pour ceux que ça intĂ©resse, les dĂ©cisions qui font la matière de ces augustes travaux sont:

Vendredi 1 décembre 2006

Après le CdG, le déluge (de propositions)

Posté dans Droit administratif par groM

Suite au billet du Professeur FrĂ©dĂ©ric Rolin sur le sujet, je vous propose un sondage sur le titre qui devrait ĂŞtre attribuĂ© au bon vieux commissaire du gouvernement dans les juridications administratives. J’ai repris les principales propositions, et vous pouvez en ajouter.

Quel successeur pour le commissaire du gouvernement ?
  • Add an Answer
View Results

Dimanche 26 novembre 2006

La codification peut ĂŞtre corsĂ©e …

Posté dans Droit administratif par groM

J’Ă©tais plongĂ© tantĂ´t dans la dĂ©cision du Conseil Constitutionnel n° 2001-454 DC du 17 juillet 2002 sur la loi relative Ă  la Corse quand, au dĂ©tour du considĂ©rant n°8, je saisis d’une main assurĂ©e mon Code GĂ©nĂ©ral des CollectivitĂ©s Territoriales (le CGCT pour les intimes) afin d’en extraire l’article L. 4424-2 dont parlait ledit considĂ©rant. Et lĂ , stupeur: au lieu des dispositions relatives au pouvoir de l’AssemblĂ©e de Corse de proposer des adaptations Ă  la rĂ©glementation nationale, je tombe bel et bien sur un article portant sur les compĂ©tences de la Corse en matière d’Ă©ducation. Gasp.

Mon CGCT datant de 2003, j’incrimine aussitĂ´t l’incurie d’une maison d’Ă©dition bien connue, et me prĂ©cipite vers LĂ©gifrance. HĂ©las, l’incurie de cette dernière, dĂ©jĂ  dĂ©noncĂ©e dans nos colonnes et dans d’autres, me retourne un Server not Found dans les gencives. Regasp.

Il m’a donc fallu attendre 2 heures pour que LĂ©gifrance refonctionne (pour ĂŞtre complètement honnĂŞte il a peut-ĂŞtre refonctionnĂ© avant, mais j’Ă©tais devant Clochemerle) et comprendre que c’est trop rapidement que j’avais foulĂ© au pied l’honneur de l’Ă©dition juridique nationale.

La dĂ©cision du Conseil Constitutionnel porte en effet sur la loi n° 2002-92 du 22 janvier 2002 et le considĂ©rant n°8 sur l’article 1er de celle-ci. Celui-ci réécrit les articles L4424-1 et L4424-2 du CGCT. Le Conseil fait donc rĂ©fĂ©rence Ă  “la nouvelle rĂ©daction” de ces articles. Mais lĂ  oĂą ça devient subtil, c’est que l’article 3 de la loi, lui, dĂ©place immĂ©diatement les disposition des nouveaux et très temporaires articles L4424-1 et L4424-2 vers les articles L4422-15 et L4422-16. L4424-1 et L4424-2 n’auront donc existĂ©, sous cette forme, qu’entre les articles 1 et 3 de la loi.

Si, si, la simplification du droit est en marche !

Dimanche 12 novembre 2006

Le Gaullisme, c’est quoi ?

En ces temps oĂą les dĂ©pouilles de l’hĂ©ritage Gaulliste font l’objet d’âpres Ă©changes entre chiraquiens et sarkozystes, Philippe Bilger, dont on connait le positionnement politique sarkozyste,Ă©crit que “Le gaullisme, c’est l’obligation de rĂ©sistance et l’exigence de lĂ©gitimitĂ©.

Mais cette obligation de rĂ©sistance, cette exigence de lĂ©gitimitĂ© ne se retrouve pas toujours lĂ  oĂą on l’attend. Le Conseil d’Etat, qui fut beaucoup critiquĂ© pour son rĂ´le durant la guerre, a ainsi donnĂ© une magnifique leçon de Gaullisme. Et pas Ă  n’importe qui: au gĂ©nĂ©ral de Gaulle lui-mĂŞme.

Peu après les accords d’Evian, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle avait soumis au rĂ©fĂ©rendum, et fait ratifier par le peuple français, une loi qui l’autorisait “Ă  arrĂŞter, par voie d’ordonnance ou, selon le cas, par dĂ©cret en conseil des ministres, toutes mesures lĂ©gislatives ou rĂ©glementaires relatives Ă  l’application” des accords. En se fondant sur cette habilitation rĂ©fĂ©rendaire, il avait, par ordonnance du 1er juin 1962, créé une “cour militaire de justice”, qui avait condamnĂ© Ă  mort le, 17 septembre 1962, le sieur Canal. Avec les sieurs Robin et Godot, Ă©galement condamnĂ©s, celui-ci intenta un recours en annulation visant l’ordonnance.

Le conseil d’Etat, dans un raisonnement en deux parties, a tout d’abord assimilĂ© les ordonnances prises en vertu d’une habilitation rĂ©fĂ©rendaire aux ordonnances de l’article 38, ce qui a lui permis d’y accrocher son contrĂ´le. Se plaçant ensuite dans la ligne de sa thĂ©orie des circonstances exceptionnelles, et appliquant strictement les termes de l’habilitation rĂ©fĂ©rendaire, il a ensuite pu infliger un revers cinglant au gĂ©nĂ©ral: “considĂ©rant qu’il ne rĂ©sulte pas de l’instruction que, eu Ă©gard Ă  l’importance et Ă  la gravitĂ© des atteintes que l’ordonnance attaquĂ©e apporte aux principes gĂ©nĂ©raux du droit pĂ©nal, en ce qui concerne notamment la procĂ©dure qui y est prĂ©vue et l’exclusion de toute voie de recours, la crĂ©ation d’une telle juridiction d’exception fĂ»t nĂ©cessitĂ©e par l’application des” accords d’Evian.

C’est ainsi que Canal fut sauvĂ©, selon le GAJA, la veille de son exĂ©cution, et que le juge administratif montra un “esprit de rĂ©sistance et une exigence de lĂ©gitimitĂ©” remarquables. Le gĂ©nĂ©ral eut sa revanche: l’article 50 de la loi du 15 janvier 1963 (article qui ne figure mĂŞme pas dans le rĂ©sumĂ© fourni par LĂ©gifrance en lien) ratifia l’ordonnance censurĂ©e par le juge du Palais Royal; en lui donnant valeur lĂ©gislative, et en Ă©vitant le saisine du Conseil Constitutionnel, de Gaulle eut finalement gain de cause, mais au prix d’une atteinte caractĂ©risĂ©e au principe de sĂ©paration des pouvoirs.

Canal et ses acolytes n’Ă©taient sans doute pas des gens très sympathiques. Mais ils servirent au moins de rĂ©vĂ©lateur Ă  une dĂ©rive du Gaullisme institutionnel. EspĂ©rons que ce ne soit pas de celui-ci que se rĂ©clament Nicolas Sarkozy et consorts.

Jeudi 27 juillet 2006

Les groupes de combat

L’actualitĂ© juridique est chargĂ©e ces temps-ci. Deux nouvelles importantes mĂ©riteraient un billet: d’une part l’adoption en conseil des ministre d’un projet de loi visant Ă  inclure dans le code pĂ©nal la rĂ©pression des crimes de guerre, d’autre part la dissolution, par dĂ©cret du PrĂ©sident de la RĂ©publique, du groupuscule antisĂ©mite connu sous le nom de Tribu Ka. C’est Ă  cette dernière nouvelle que nous nous intĂ©ressons ici, et plus largement Ă  la lĂ©gislation sur les milices et groupes de combat. Celle-ci prĂ©voit en effet non seulement des sanctions administratives (I) comme celles qui ont Ă©tĂ© prises contre Tribu Ka, mais Ă©galement des sanction pĂ©nales (II). Leur coexistence est toutefois pleinement justifiĂ©e (III). La suite

Jeudi 29 juin 2006

Dur, dur, d’ĂŞtre prĂ©fet !

Le teknival 2006 cause dĂ©cidemment bien des ennuis Ă  la prĂ©fète du Morbihan, Mme Allaire. MalgrĂ© un appel Ă  candidature lancĂ© auprès des maires de son dĂ©partement pour leur demander d’accueillir cette manifestation d’envergure, la prĂ©fète a fait chou-blanc. Elle a donc pris un arrĂŞtĂ© de rĂ©quisition de l’aĂ©rodrome de Meucon, levant une vĂ©ritable bronca contre son projet d’organisation de la part des utilisateurs de cette plateforme et des communes avoisinantes. Son arrĂŞtĂ© a d’abord fait l’objet d’une requĂŞte infructueuse en suspension au titre du rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ©. Il est maintenant suspendu Ă  l’issue d’une requĂŞte plus heureuse, en rĂ©fĂ©rĂ©-suspension cette fois, auprès du TA de Rennes. La suite

Jeudi 1 juin 2006

La deuxième vie des fonctionnaires

La question de savoir si un fonctionnaire peut exercer une activitĂ© professionnelle en dehors de son service est intĂ©ressante, puisqu’elle touche Ă  la fois le droit administratif, le droit du travail et mĂŞme le droit pĂ©nal. Ce billet se propose donc de rĂ©pondre Ă  un cas d’Ă©cole: soit un fonctionnaire, M. F., par exemple professeur de mathĂ©matiques, auquel une entreprise E. propose une activitĂ© complĂ©mentaire de consultant en informatique. A quelles conditions M. F. peut-il travailler pour E. (I) ? Et quelles sont les risques que courrent M. F et l’entreprise E. s’ils sortent des sentiers battus (II) ? La suite

Dimanche 21 mai 2006

Montfermeil (2) : suite et fin

Comme, promis voici la suite des remarques consacrĂ©es aux arrĂŞtĂ©s “anti-jeunes” de Montfermeil et Ă  leur suspension par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Grâce Ă  François, je peux dĂ©sormais renvoyer les lecteurs aux textes intĂ©graux des arrĂŞtĂ©s incriminĂ©s et des ordonnances du juge des rĂ©fĂ©rĂ©s les suspendant. Nous avions vu, dans un billet prĂ©cĂ©dent, la manière dont les parties en prĂ©sence on pu justifier de leur intĂ©rĂŞt Ă  agir. Nous allons maintenant nous intĂ©resser au coeur du problème, tout d’abord Ă  la condition d’urgence (I) avant de voir en quoi les arrĂŞtĂ©s en question portaient “une atteinte grave et manifestement illĂ©gale” Ă  une libertĂ© fondamentale (II).
La suite

Lundi 15 mai 2006

Montfermeil (1): pour qui sonne le glas

Grâce à Matthieu Rouveyre, me voilà ainsi en possession du texte des fameuses ordonnances du tribunal administratif de Cergy-Pontoise par lesquelles les arrêtés du maire de Montfermeil restreignant la liberté de circulation des mineurs sur le territoire de sa commune ont été suspendues. Je ne mets pas en ligne les décisions en question car la copie que j’ai est sous forme de fax, ce qui se prête mal à une numérisation. Mais je suis sûr que François, qui nous médite un article beaucoup plus complet sur le même sujet et qui a ou aura bientôt une copie haute définition, s’en chargera.

Suspension et non pas annulation. Le MJS a en effet choisi la voie du référé-liberté, défini par l’article L521-2 du code de justice administrative, qui permet au juge des référé d’« ordonner tout mesure nécessaire à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illicite ». Il faut pour cela que la demande soit justifiée par l’urgence.
La suite

Mardi 2 mai 2006

Surtout, ne pas ratifier !

Posté dans Droit civil, Droit administratif par groM

C’est ce que doit se dire Dominique de Villepin entre deux (sombres) mĂ©ditations sur son avenir politique, lorsqu’il songe Ă  l’ordonnance du 2 aoĂ»t 2005 relative au CNE. Celle-ci n’a pas Ă©tĂ© ratifiĂ©e Ă  ce jour, et demeure donc, comme le savent bien nos bons lecteurs, du domaine du règlement.

Première bonne raison: surtout ne pas faire de vague avec le CNE après la dĂ©route du CPE. L’examen du projet de loi donnerait une tribune inespĂ©rĂ©e Ă  la gauche pour s’attaquer Ă  un contrat qui n’a jusqu’Ă  prĂ©sent fait les frais que de la (modeste) mobilisation syndicale du 1er mai.

Deuxième bonne raison: comme exposĂ© avec brio par Dimitri Houtcieff et ses commentateurs, le Conseil de Prud’hommes de Longjumeau s’est fondĂ© sur la contrariĂ©tĂ© de l’ordonnance avec la maintenant cĂ©lèbre convention n°158 de l’OIT pour dire que le CNE ne peut recevoir d’application en droit français et en opĂ©rer la requalification en CDI. Pas de bol pour les juges Longjumeaux: comme l’ordonnance en question n’a pas Ă©tĂ© ratifiĂ©e, elle est du domaine du règlement (bis) et la jurisprudence du Tribunal des Conflits, que nos bons lecteurs Ă©quipĂ©s de l’inĂ©vitable GAJA trouveront sous le n°41 (TC, 16 juin 1923, Septfonds), est claire: “il appartient Ă  la juridiction administrative seule d[e] contrĂ´ler la lĂ©galitĂ©” des actes règlementaires. Hors il se trouve que le Conseil d’Etat, amenĂ© Ă  statuer au contentieux sur l’ordonnance en question, a rejetĂ© la demande d’annulation des syndicats et ne l’a pas estimĂ©e contraire Ă  la convention n°158. MoralitĂ© del’histoire 1) il est vraisemblable que le jugement de Longjumeau sera infirmĂ© en appel sur ce point 2) ce jugement n’est facilement contestable que parce que l’ordonnance est du domaine du règlement. Aurait-elle Ă©tĂ© ratifiĂ©e, le Conseil de Prud’hommes aurait eu toute compĂ©tence pour examiner sa conformitĂ© vis-Ă -vis d’une norme internationale. Dès lors, plutĂ´t que sur une faute de droit, il aurait fallu contester le caractère raisonnable du dĂ©lai de deux ans, un terrain beaucoup plus glissant pour les juridictions supĂ©rieures, d’autant que le modeste Conseil de Prud’hommes de Longjumeau me semble ici avoir un raisonnement beaucoup plus solide que le Conseil d’Etat.

Surtout, ne pas ratifier, qu’on vous dit !

PS: Ce jugement est encore une preuve que les jugements de première instance sont infiniment plus lisibles que les jugements de nos chères cours suprêmes.