Arcelor (3): N’ayez pas peur !
Voici la suite du billet consacré à l’arrêt Arcelor du 8 février dernier.
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Voici la suite du billet consacré à l’arrêt Arcelor du 8 février dernier.
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J’ai dit dans le billet prĂ©cĂ©dent tout le bien que je pense de Solange. En y rĂ©flĂ©chissant, j’en pense encore plus de bien. Solange Ă©tablit en fait un système oĂą la garantie des droits est assurĂ©e de manière très satisfaisante puisque redondante.
D’une part, le niveau de protection garanti en pratique correspond au niveau le plus Ă©levĂ© fourni par le droit interne et le droit communautaire chacun de leur cĂ´tĂ©. Dans le cas (improbable j’en conviens) oĂą le niveau de protection offert par l’un ou l’autre diminue, l’autre ordre vient en relève, et le conflit qui ne manquerait pas d’en rĂ©sulter aurait une rĂ©sonnance europĂ©enne.
D’autre part, quand bien mĂŞme il n’y a pas de diffĂ©rence significative en termes de protection offerte, une telle institution crĂ©e une saine Ă©mulation entre des ordres juridiques et pousse Ă un mieux-disant en termes de protection des libertĂ©s.
Also liebe ich Solange !
Le rĂ©cent arrĂŞt Arcelor du Conseil d’Etat a fait l’objet de commentaires aussi Ă©clairĂ©s qu’abondants dans la blogosphère. Je me permets d’ajouter avec retard quelques commentaires Ă ceux dĂ©jĂ parus ici et lĂ . La suite
En cette pĂ©riode de NoĂ«l, BloghorrĂ©e vous offre le second opus de sa visite exclusive dans les locaux du Conseil Constitutionnel. Aujourd’hui, nous entrons dans le saint des saints, dans la salle des sĂ©ances, ancien cabinet de travail de la princesse Clothilde de Savoie, qui, comme son ancienne chambre, maintenant occupĂ©e par un roturier, jouit d’une vue inĂ©galable sur les galeries du Palais-Royal.

Ce qui frappe le visiteur attentif, c’est la fraĂ®cheur des dĂ©corations murales. RĂ©alisĂ©es dans des tons de bleu, d’or et de blanc, celles-ci ont Ă©tĂ© peintes sur des panneaux de bois qui doublent en totalitĂ© les murs porteurs, dont ils sont sĂ©parĂ©s par un vide d’une soixantaine de centimètres. C’Ă©tait autrefois fort pratique pour faire circuler le petit personnel - que l’on imagine nombreux - et maintenant, les tuyauteries et autres câblages.

La salle des sĂ©ances, donc, doit ĂŞtre prĂŞte Ă tout instant Ă recevoir le Conseil. Imaginez un instant que le PrĂ©sident de la RĂ©publique dĂ©cède ou, Ă dĂ©faut, que les propos incendiaires du ministre de l’intĂ©rieur mettent tellement le feu aux banlieues qu’il dĂ©cide de recourir Ă l’article 16: le Conseil Constitutionnel sera prĂŞt. L’ordre protocolaire autour de la table est dĂ©fini; chaque conseiller dispose d’une petite plaque Ă son nom, certainement au cas oĂą un membre de droit, Ă la mĂ©moire aussi agile que l’âge avancĂ©, oublierait le nom de ses collègues, mais aussi du petit matĂ©riel du parfait Conseiller Constitutionnel (crayon, gomme, tampon).
Trois places dotées de modernes écrans plats permettent aux trois juristes du service juridique du Conseil de fournir aux délibérants les informations dont ils ont besoin - en espérant que Légifrance ne soit pas en rade au mauvais moment.

Pour garder en tĂŞte quelques sains principes durant les dĂ©libĂ©rĂ©s, le PrĂ©sident Badinter fit accrocher aux murs quelques textes de la pĂ©riode rĂ©volutionnaire. Le plus notable est la Constitution de 1793, un des textes les plus progressistes de notre histoire, qui n’hĂ©sitait pas affirmer mâlement que quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacrĂ© des droits et le plus indispensable des devoirs ou bien encore que tout individu qui usurperait la souverainetĂ© soit Ă l’instant mis Ă mort par les hommes libres. Cette constitution fit l’objet d’une Ă©trange promulgation: elle fut enterrĂ©e dans une arche de cèdre. Ce fut peut-ĂŞtre la seule fois dans l’histoire oĂą les français surent combler le gouffre existant entre pratique politique et thĂ©orie constitutionnelle.

Heureusement, quand le dĂ©libĂ©rĂ© est terminĂ©, les membres du Conseil peuvent aller mĂ©diter dans l’oratoire de la princesse Clothilde, qui jouxte la salle des sĂ©ances. Une charmante petite pièce, dont la voĂ»te n’est pas sans rappeler les cieux Ă©toilĂ©s. Un petit enfer Ă photographier sans trĂ©pier, ce qui explique la belle zĂ©brure que vous voyez sur la photo. Un endroit Ă©tonnant, un peu foĂ©tal, qui dĂ©tonne avec les vastes volumes de la salle des sĂ©ances et du bureau du PrĂ©sident.

Il est l’heure d’aller ouvrir les huĂ®tres. Bonne soirĂ©e Ă tout le monde et joyeux NoĂ«l.
Nous allons donc commencer notre visite du Conseil Constitutionnel derrière StĂ©phane Cottin. L’entrĂ©e du Conseil est on ne peut plus discrète: au dĂ©tour d’une colonnade du Palais Royal, au n°2 de la rue Montpensier, une discrète entrĂ©e, munie de l’indispensable plaque dorĂ©e. Passage par l’accueil, Ă©tonnament rĂ©duit pour une institution aussi fameuse, puis arrivĂ©e de StĂ©phane, qui commence aussitĂ´t Ă m’expliquer l’endroit.
L’homme est passionnĂ©; on le serait Ă moins, le bâtiment est fascinant. Des murs porteurs de 2 mètres 60, des “cloisons” de 60 cm dans lesquels il a fallu forer les passages de gaines du rĂ©seau informatique, des fenĂŞtres d’Ă©poque dont le verre de 7 cm est supposĂ© rĂ©sister Ă une roquette anti-char, l’endroit est un Ă©tonnant mĂ©lange de tradition et de modernitĂ©.
Alors que nous montons Ă l’Ă©tage, nous arrivons dans un couloir oĂą trĂ´ne un petit bureau: c’est l’anti-chambre du bureau du PrĂ©sident du Conseil, Pierre Mazeaud. On se croirait vraiment dans West-Wing Etat de Grâce, manque seulement le Marines garde rĂ©publicain de service, remplacĂ© par un huissier. LĂ , moment de chance: le PrĂ©sident est hors de son bureau, l’huissier nous propose d’y jeter un oeil, je me prĂ©cipite. Choc: la pièce donne une telle impression d’espace, avec ses 6 mètres 20 de plafond et sa vue imprenable sur les jardins du Palais Royal, qu’il faut un instant pour la digĂ©rer. La digestion faite, je prends trois photos. La suite
Cette semaine sur Bloghorrée, en exclusivité mondiale taratata!!
Vous vouliez savoir quelle Ă©tait la marque d’eau minĂ©rale officielle du Conseil ? ConnaĂ®tre la hauteur sous plafond de la salle des sĂ©ances ? Avoir la preuve qu’il existait un treizième Ă©tage et demi oĂą sont rangĂ©s les vieux Ă©crans et les stagiaires ? Toutes les rĂ©ponses bientĂ´t sur BloghorrĂ©e !
L’auteur de ce blog tient particulèrement Ă remercier StĂ©phane Cottin, chef du service du greffe du Conseil Constitutionnel et par ailleurs auteur Ă©mĂ©rite de Service Doc, excellent blog dĂ©diĂ© Ă la documentation juridique.
En ces temps oĂą les dĂ©pouilles de l’hĂ©ritage Gaulliste font l’objet d’âpres Ă©changes entre chiraquiens et sarkozystes, Philippe Bilger, dont on connait le positionnement politique sarkozyste,Ă©crit que “Le gaullisme, c’est l’obligation de rĂ©sistance et l’exigence de lĂ©gitimitĂ©.”
Mais cette obligation de rĂ©sistance, cette exigence de lĂ©gitimitĂ© ne se retrouve pas toujours lĂ oĂą on l’attend. Le Conseil d’Etat, qui fut beaucoup critiquĂ© pour son rĂ´le durant la guerre, a ainsi donnĂ© une magnifique leçon de Gaullisme. Et pas Ă n’importe qui: au gĂ©nĂ©ral de Gaulle lui-mĂŞme.
Peu après les accords d’Evian, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle avait soumis au rĂ©fĂ©rendum, et fait ratifier par le peuple français, une loi qui l’autorisait “Ă arrĂŞter, par voie d’ordonnance ou, selon le cas, par dĂ©cret en conseil des ministres, toutes mesures lĂ©gislatives ou rĂ©glementaires relatives Ă l’application” des accords. En se fondant sur cette habilitation rĂ©fĂ©rendaire, il avait, par ordonnance du 1er juin 1962, créé une “cour militaire de justice”, qui avait condamnĂ© Ă mort le, 17 septembre 1962, le sieur Canal. Avec les sieurs Robin et Godot, Ă©galement condamnĂ©s, celui-ci intenta un recours en annulation visant l’ordonnance.
Le conseil d’Etat, dans un raisonnement en deux parties, a tout d’abord assimilĂ© les ordonnances prises en vertu d’une habilitation rĂ©fĂ©rendaire aux ordonnances de l’article 38, ce qui a lui permis d’y accrocher son contrĂ´le. Se plaçant ensuite dans la ligne de sa thĂ©orie des circonstances exceptionnelles, et appliquant strictement les termes de l’habilitation rĂ©fĂ©rendaire, il a ensuite pu infliger un revers cinglant au gĂ©nĂ©ral: “considĂ©rant qu’il ne rĂ©sulte pas de l’instruction que, eu Ă©gard Ă l’importance et Ă la gravitĂ© des atteintes que l’ordonnance attaquĂ©e apporte aux principes gĂ©nĂ©raux du droit pĂ©nal, en ce qui concerne notamment la procĂ©dure qui y est prĂ©vue et l’exclusion de toute voie de recours, la crĂ©ation d’une telle juridiction d’exception fĂ»t nĂ©cessitĂ©e par l’application des” accords d’Evian.
C’est ainsi que Canal fut sauvĂ©, selon le GAJA, la veille de son exĂ©cution, et que le juge administratif montra un “esprit de rĂ©sistance et une exigence de lĂ©gitimitĂ©” remarquables. Le gĂ©nĂ©ral eut sa revanche: l’article 50 de la loi du 15 janvier 1963 (article qui ne figure mĂŞme pas dans le rĂ©sumĂ© fourni par LĂ©gifrance en lien) ratifia l’ordonnance censurĂ©e par le juge du Palais Royal; en lui donnant valeur lĂ©gislative, et en Ă©vitant le saisine du Conseil Constitutionnel, de Gaulle eut finalement gain de cause, mais au prix d’une atteinte caractĂ©risĂ©e au principe de sĂ©paration des pouvoirs.
Canal et ses acolytes n’Ă©taient sans doute pas des gens très sympathiques. Mais ils servirent au moins de rĂ©vĂ©lateur Ă une dĂ©rive du Gaullisme institutionnel. EspĂ©rons que ce ne soit pas de celui-ci que se rĂ©clament Nicolas Sarkozy et consorts.
Paxatagore Ă©voquait rĂ©cemment le changement de position de Dominique Strauss-Kahn par rapport Ă la question institutionnel. Alors qu’il se dĂ©clarait prĂ©alablement partisan d’un rĂ©gime prĂ©sidentiel, il prĂ´ne dĂ©sormais une “parlementarisation” de la Vème RĂ©publique, couplĂ©e Ă un changement de rĂ´le du PrĂ©sident de la RĂ©publique, pour que celui-ci soit “acteur” plutĂ´t qu’”arbitre“. Paxatagore pense que DSK “ passera les habits de prĂ©sident dans les mensurations de la Ve RĂ©publique avec le mĂŞme plaisir que François Mitterrand“. Ayant l’occasion de poser la question au principal interessĂ© directement, j’aimerais apporter quelques prĂ©cisions. La suite
Selon la biographie officielle figurant sur le site du premier ministre, Nicolas Sarkozy aurait été député de la 6ème circonscription des Hauts-de-Seine sans interruption de 1988 à 2002. Selon la même biographie, il a été plusieurs fois ministre durant cette période: de 93 à 94 au budget et de 94 à 95 comme ministre de la communication.
Comme l’article 23 de la constitution dispose que “les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire“, on peut en dĂ©duire deux choses.
La première est que cette biographie est inexacte: est-ce un effet de la bienveillance connue du premier ministre Ă l’Ă©gard du second (ministre) ? Sans doute pas: la biographie du ministère de l’intĂ©rieur est sur la mĂŞme ligne.
La seconde est que les fonctions de dĂ©putĂ© de Nicolas Sarkozy ont donc bien Ă©tĂ© interrompues, et qu’un supplĂ©ant bien intentionnĂ© a galamment dĂ©missionnĂ© pour qu’il puisse reprendre son siège de dĂ©putĂ© en quittant ses fonctions gouvernementales. Renseignements pris, il s’agit de l’inestimable JoĂ«lle Ceccaldi Reynaud, connue pour sa mĂ©ritoire contribution Ă la cĂ©lĂ©britĂ© de Christophe GrĂ©bert.
Le monde est décidemment bien petit.
Comme, promis voici la suite des remarques consacrĂ©es aux arrĂŞtĂ©s “anti-jeunes” de Montfermeil et Ă leur suspension par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Grâce Ă François, je peux dĂ©sormais renvoyer les lecteurs aux textes intĂ©graux des arrĂŞtĂ©s incriminĂ©s et des ordonnances du juge des rĂ©fĂ©rĂ©s les suspendant. Nous avions vu, dans un billet prĂ©cĂ©dent, la manière dont les parties en prĂ©sence on pu justifier de leur intĂ©rĂŞt Ă agir. Nous allons maintenant nous intĂ©resser au coeur du problème, tout d’abord Ă la condition d’urgence (I) avant de voir en quoi les arrĂŞtĂ©s en question portaient “une atteinte grave et manifestement illĂ©gale” Ă une libertĂ© fondamentale (II).
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