Bloghorrée

ExtrĂȘmiste de la laĂŻcitĂ© depuis 1976

Archive de la catégorie Droit constitutionnel

Jeudi 29 juin 2006

Un exemple d’incompatibilitĂ© ministĂ©rielle

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Selon la biographie officielle figurant sur le site du premier ministre, Nicolas Sarkozy aurait Ă©tĂ© dĂ©putĂ© de la 6Ăšme circonscription des Hauts-de-Seine sans interruption de 1988 Ă  2002. Selon la mĂȘme biographie, il a Ă©tĂ© plusieurs fois ministre durant cette pĂ©riode: de 93 Ă  94 au budget et de 94 Ă  95 comme ministre de la communication.

Comme l’article 23 de la constitution dispose que “les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire“, on peut en dĂ©duire deux choses.

La premiĂšre est que cette biographie est inexacte: est-ce un effet de la bienveillance connue du premier ministre Ă  l’Ă©gard du second (ministre) ? Sans doute pas: la biographie du ministĂšre de l’intĂ©rieur est sur la mĂȘme ligne.

La seconde est que les fonctions de dĂ©putĂ© de Nicolas Sarkozy ont donc bien Ă©tĂ© interrompues, et qu’un supplĂ©ant bien intentionnĂ© a galamment dĂ©missionnĂ© pour qu’il puisse reprendre son siĂšge de dĂ©putĂ© en quittant ses fonctions gouvernementales. Renseignements pris, il s’agit de l’inestimable JoĂ«lle Ceccaldi Reynaud, connue pour sa mĂ©ritoire contribution Ă  la cĂ©lĂ©britĂ© de Christophe GrĂ©bert.

Le monde est décidemment bien petit.

Dimanche 21 mai 2006

Montfermeil (2) : suite et fin

Comme, promis voici la suite des remarques consacrĂ©es aux arrĂȘtĂ©s “anti-jeunes” de Montfermeil et Ă  leur suspension par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise. GrĂące Ă  François, je peux dĂ©sormais renvoyer les lecteurs aux textes intĂ©graux des arrĂȘtĂ©s incriminĂ©s et des ordonnances du juge des rĂ©fĂ©rĂ©s les suspendant. Nous avions vu, dans un billet prĂ©cĂ©dent, la maniĂšre dont les parties en prĂ©sence on pu justifier de leur intĂ©rĂȘt Ă  agir. Nous allons maintenant nous intĂ©resser au coeur du problĂšme, tout d’abord Ă  la condition d’urgence (I) avant de voir en quoi les arrĂȘtĂ©s en question portaient “une atteinte grave et manifestement illĂ©gale” Ă  une libertĂ© fondamentale (II).
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Mardi 16 mai 2006

Créativité constitutionnelle (suite)

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Lu dans le Monde: “M. Chirac n’a-t-il pas, lui-mĂȘme, prĂ©fĂ©rĂ© Ă©viter au premier ministre de mesurer son crĂ©dit auprĂšs des dĂ©putĂ©s de l’UMP en lui refusant l’autorisation d’engager la responsabilitĂ© du gouvernement ?

Lu dans la constitution, Ă  l’article 49: “Le Premier Ministre, aprĂšs dĂ©libĂ©ration du Conseil des Ministres, engage devant l’AssemblĂ©e Nationale la responsabilitĂ© du Gouvernement sur son programme ou Ă©ventuellement sur une dĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale. […] Le Premier Ministre peut, aprĂšs dĂ©libĂ©ration du Conseil des Ministres, engager la responsabilitĂ© du Gouvernement devant l’AssemblĂ©e Nationale sur le vote d’un texte.

Lu dans le TLFI: “DÉLIBÉRER, verbe trans. A. Examiner, peser tous les Ă©lĂ©ments d’une question avec d’autres personnes, ou Ă©ventuellement en soi-mĂȘme, avant de prendre une dĂ©cision, pour arriver Ă  une conclusion.

OĂč il est confirmĂ© que l’opinion du Premier Ministre pĂšse bien peu face Ă  celle du PrĂ©sident de la RĂ©publique.

Dimanche 23 avril 2006

Les langues régionales

“LANNION, LANNUON 32 km”, “GUINGAMP, GWENGAMP 17km”: n’ayant pas mis les pieds en CĂŽtes-du-Nord - pardon, en CĂŽtes-d’Armor - depuis longtemps, j’ai Ă©tĂ© assez surpris de voir fleurir dans cette rĂ©gion les panneaux billingues Français-Breton, en particulier autour de Lannion. Avec en prime le sentiment d’ĂȘtre un peu Ă  l’Ă©tranger, puisque les doubles indications m’ont rappelĂ© la Belgique. Sentiment d’absurditĂ© Ă©galement, puisque nous n’avons pas croisĂ© un seul locuteur Breton durant notre sĂ©jour. Ces panneaux routiers m’ont en tout cas donnĂ© envie de m’intĂ©resser au statut juridique des langues rĂ©gionales. On commence donc ici avec les aspects constitutionnels et conventionnels; de prochains billets traiterons des autres aspects.

Quand Ă  l’inscription en langue rĂ©gionale sur les panneaux routiers (en particulier les panneaux d’entrĂ©e et de sortie d’agglomĂ©ration, rĂ©fĂ©rence EB10 et EB20), le texte d’autoritĂ© semble ĂȘtre une lettre circulaire de 1979 publiĂ©e au bulletin officiel du ministĂšre chargĂ© de l’Ă©quipement. Malheureusement, l’Ă©dification de nos bons lecteurs s’arrĂȘtera lĂ , puisque ce texte est introuvable en ligne, et que les informations glĂąnĂ©es sur Internet sont discordantes, certaines sources faisant Ă©tat d’une autorisation, d’autres d’une interdiction de cette pratique. La suite

Mardi 4 avril 2006

La VÚme République et demi

Posté dans Droit constitutionnel, CPE par groM

Le Parlement écarté,
Le Conseil Constitutionnel et le Conseil d’Etat ignorĂ©s,
Le Président de la République promulgue la loi Constitutionnelle dont la teneur suit:

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Lundi 3 avril 2006

Et les ordonnances de Mitterrand ?

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Je dois avouer que je suis surpris qu’aucun constitutionnaliste avisĂ© ne m’ait jetĂ©, en rĂ©ponse au billet prĂ©cĂ©dent, une phrase perfide du style “Suspendre une loi promulguĂ©e, c’est pas pire que de refuser de signer une ordonnance“, en rĂ©fĂ©rence au refus du PrĂ©sident Mitterrand de signer, en 1986, certaines des ordonnances Ă©dictĂ©es par le gouvernement Chirac.
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Vendredi 31 mars 2006

Super promulgateur

Posté dans Droit constitutionnel, Politique, CPE par groM

Je demande au Gouvernement de prendre toutes les dispositions nĂ©cessaires pour qu’en pratique, aucun [CPE] ne puisse ĂȘtre signĂ© sans intĂ©grer pleinement l’ensemble de ces modifications” dĂ©clarait tout Ă  l’heure Jacques Chirac lors de son intervention tĂ©lĂ©visĂ©e aprĂšs avoir dĂ©clarĂ© son intention de promulguer la loi.

La promulgation est l’acte par lequel le PrĂ©sident de la RĂ©publique constate qu’une loi a Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement adoptĂ©e et ordonne aux agents de l’Etat de l’exĂ©cuter. Pour ĂȘtre parfaitement explicites, les dĂ©crets de promulgation comportent mĂȘme une formule magique: “la prĂ©sente loi sera exĂ©cutĂ©e comme loi de l’Etat“.

La promulgation doit intervenir dans les 15 jours qui suivent le vote de la loi. La doctrine considĂšre gĂ©nĂ©ralement que c'’est une compĂ©tence liĂ©e, ce qui signifie que le PrĂ©sident n’a pas l’opportunitĂ© de dĂ©cider de promulguer ou pas. Et il y a une bonne raison Ă  cette analyse.

Le Parlement, les Ă©lus de la Nation, ont votĂ© la loi sur l’Ă©galitĂ© des chances et le Conseil constitutionnel vient de juger cette loi en tout point conforme aux principes et aux valeurs de la RĂ©publique. En dĂ©mocratie, cela a un sens et doit ĂȘtre respectĂ©.” Les rĂšgles relatives Ă  la promulgation mĂ©ritent tout autant d’ĂȘtre respectĂ©es, n’en dĂ©plaisent Ă  Jacques Chirac, car le constituant n’a pas entendu lui donner un droit de vĂ©to sur les lois votĂ©es par le Parlement. Ce pouvoir serait scandaleux et exorbitant; il reviendrait Ă  court-circuiter le Parlement, et on imagine les effets dĂ©vastateurs d’une telle dĂ©cision en pĂ©riode de cohabitation.

Au delĂ  de la “crĂ©ativitĂ©” juridique de notre PrĂ©sident, qui pourrait ĂȘtre cocasse, Jacques Chirac est donc encore une fois responsable d’un affaiblissement des institutions dont il devrait ĂȘtre le garant. Et, paradoxalement, il pourrait forcer les pourfendeurs du CPE Ă  attaquer le Premier ministre devant le Conseil d’Etat, si jamais celui-ci signait un dĂ©cret visant Ă  faire obstacle Ă  la loi sur l’Ă©galitĂ© des chances.

On marche vraiment sur la tĂȘte.

Mercredi 29 mars 2006

La solidarité gouvernementale

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Un petit billet rapide, pour rĂ©agir aux nombreux commentaires de presse sur “la petite musique de la diffĂ©rence ” que ferait entendre le ministre de l’intĂ©rieur par rapport au Premier Ministre.

Le principe qui prĂ©vaut (encore) dans notre constitution est celui de la solidaritĂ© des membres du gouvernement, et de leur responsabilitĂ© politique collective devant le parlement. C’est la vieille rĂšgle des rĂ©gimes parlementaires que la constitution de 1958 reprend Ă  son compte.

L’article 10 indique ainsi que le gouvernement “est responsable devant le parlement“. Lorsque le gouvernement engage sa responsabilitĂ© devant l’AssemblĂ©e sur “un programme ou Ă©ventuellement sur une dĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale” (article 49 alinĂ©a 1), lorsqu’il l’engage sur “le vote d’un texte” (article 49 alinĂ©a 3), c’est Ă  chaque fois aprĂšs en avoir dĂ©cidĂ© collectivement en Conseil des Ministres. MĂȘme chose pour les projets de lois, qui sont dĂ©libĂ©rĂ©s en conseil des ministres avant d’ĂȘtre dĂ©posĂ©s sur le bureau d’une des assemblĂ©es (article 39).

Dans le cas de la loi sur l’Ă©galitĂ© des chances, on ne peut donc pas dire que M. Sarkozy n’ait pas Ă©tĂ© prĂ©venu, et qu’il n’ait pas eu l’opportunitĂ© de faire entendre une Ă©ventuelle divergence de vue avant que la situation ne s’envenime. Si Jean-Pierre ChevĂšnement a pu dĂ©clarer avec un brin de vulgaritĂ© qu’”un ministre ça ferme sa gueule ou ça dĂ©missionne,” le ministre d’Etat semble lui prendre la position strictement inverse, au risque de malmener un peu plus des institutions dĂ©jĂ  bien amoindries. Mais peut-ĂȘtre est-ce aussi le moment idĂ©al pour lĂącher le char de l’Etat et Ă©viter d’ĂȘtre entraĂźnĂ©, avec lui, dans le mur.

Dimanche 26 mars 2006

Le dialogue social

S’il est une victime avĂ©rĂ©e du conflit liĂ© au CPE, c’est bien le dialogue social. Dans un pays oĂč celui-ci semble si difficile Ă  mettre en oeuvre, la maniĂšre dont le CPE a Ă©tĂ© gĂ©rĂ© ne pouvait que mettre le feu aux poudre. Nous ne ferons pas ici le procĂšs de Dominique de Villepin: les preuves Ă  charge sont telles, absence de consultation des partenaires sociaux malgrĂ© les engagements solennels du gouvernement, dĂ©faut de consultation du Conseil d’Etat, introduction par voie d’amendement, dĂ©claration d’urgence lĂ©gislative, usage de l’article 49 alinĂ©a 3, refus de nĂ©gocier avec les syndicats de salariĂ©s et d’Ă©tudiants, que le procĂšs ne prĂ©sente plus beaucoup d’intĂ©rĂȘt, ni le verdict de suspens. Il est plus pertinent en revanche de s’intĂ©resser aux moyens de relancer le dialogue social dans l’avenir.

La premiĂšre idĂ©e qui vient Ă  l’idĂ©e ici est de promouvoir le Conseil Economique et Social (CES). L’idĂ©e d’un organe consultatif qui reprĂ©sente “les forces vives” de la Nation n’est pas nouvelle; nĂ©e dans les rangs socialistes au XIXĂšme, il faudra attendre les annĂ©es 20 pour que soit instituĂ© un Conseil Economique consultatif qui, aprĂšs une suspension pendant la guerre, reprendra ses activitĂ©s en 1946 en bĂ©nĂ©ficiant cette fois-ci d’une reconnaissance constitutionnelle. La suite

Mardi 7 mars 2006

Génération DADVSI

Je signale, suite au prĂ©cĂ©dent billet, l’excellente relation faite ici et lĂ  par Samuel de la maniĂšre dont le gouvernement a Ă©jectĂ© l’amendement sur la licence globale. J’en profite pour m’Ă©tonner que les groupes parlementaires ne disposent manifestement pas des compĂ©tences juridiques nĂ©cessaires Ă  leur action, et observer avec intĂ©rĂȘt que, avec le projet de loi DADVSI et aprĂšs la question des brevets logiciels, c’est toute une gĂ©nĂ©ration qui fait son Ă©ducation politique par le biais de ces projets contestĂ©s.