Le droit de retrait du Gouvernement
“M. le PrĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale a reçu, le 5 mars 2006, de M. le ministre de la culture et de la communication, une lettre indiquant que l’article premier du projet de loi relatif au droit d’auteur et aux droits voisins dans la sociĂ©tĂ© de l’information (n° 1206) est retirĂ©.” Je dois avouer ma perplexitĂ© devant ce retrait.
Si j’en crois la table analytique du règlement de l’AssemblĂ©e Nationale, ce retrait ne peut ĂŞtre ĂŞtre fait qu’au titre de l’article 84 du règlement, qui dispose que: “Les projets de loi peuvent ĂŞtre retirĂ©s par le Gouvernement Ă tout moment jusqu’Ă leur adoption dĂ©finitive par le Parlement.” D’oĂą je conclus naĂŻvement que le gouvernement ne peut retirer que la totalitĂ© d’un projet, ce qui n’est manifestement pas le cas ici.
A dĂ©faut de trouver une motivation dans le règlement de l’AssemblĂ©e, cherchons dans la constitution. Rien n’indique que nous soyons dans le cadre de l’article 44 de la constitution sur le vote bloquĂ©: “Si le Gouvernement le demande, l’assemblĂ©e saisie se prononce par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion en ne retenant que les amendements proposĂ©s ou acceptĂ©s par le Gouvernement.” Nous ne sommes pas non plus dans le domaine des articles 40 et 41 sur l’irrecevabilitĂ©: personne ne conteste que la licence globale soit du domaine de la loi (c’est une une “imposition” au sens de l’article 34) , et par consĂ©quent elle ne peut diminuer les ressources publiques. Nous ne sommes pas non plus dans le domaine de l’article 44.2: la discussion Ă©tant ouverte, le gouvernement ne peut plus s’opposer aux amendements qui n’auraient pas Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s en commission.
Reste la jurisprudence du Conseil Constitutionnel sur le droit d’amendement. Est-ce que le “droit d’amendement” que l’article 44.1 donne au gouvernement comprend le droit de supprimer un amendement votĂ© par l’AssemblĂ©e Nationale ? Je dois avouer mon ignorance (et mon manque de temps pour me renseigner), mais si tel est le cas, comment ne pas donner raison Ă ceux qui voient dans cette dĂ©cision une marque profonde de mĂ©pris Ă l’Ă©gard du Parlement et de ceux qu’il reprĂ©sente, les citoyens ?