Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Archive de la catégorie Droits de l'homme

Lundi 7 avril 2008

Passage de relais

Posté dans Droits de l'homme par groM

Il paraît que le ridicule ne tue pas.

Par contre, on est sûr que la République Populaire de Chine, elle, tue.

Jeudi 21 février 2008

De pire en pire

Après le garde des sceaux qui demande au Parlement de voter une loi qu’il sait inconstitutionnelle, voilĂ  la chancellerie qui fait chanter le conseil constitutionnel pour faire passer une loi inconstitutionnelle. Car c’est bien du chantage: j’imagine dĂ©jĂ  les dĂ©clarations outragĂ©es contre le conseil (et ses membres chiraquiens) si la petite loi sur la rĂ©tention de sĂ»retĂ© est censurĂ©e et que l’un des condamnĂ©s figurant sur la liste en question rĂ©cidive.

Nourrir la rĂ©flexion … qu’en termes choisis ces choses-lĂ  sont dites.

Mercredi 30 janvier 2008

France, terre d’Ă©cueil

Juste un court billet pour signaler l’excellent billet de Serge Slama sur l’excellent blog droit administratif. C’est un peu long, mais c’est passionnant, au carrefour du droit, du rationalisme administratif et de la folie politique.

Mercredi 7 novembre 2007

Comme une poussière d’hommes

J’ai eu le plaisir, grâce Ă  Gallica, de lire la totalitĂ© des leçons donnĂ©es par l’immense LĂ©on Duguit, le cĂ©lĂ©bre chef de file de “l’Ă©cole de Bordeaux”, dite encore “Ă©cole du service public”, Ă  l’universitĂ© de Columbia dans les annĂ©es 1920-1921.

Le moins que l’on puisse dire est que le juriste ne sort pas indemne de cette lecture, dont j’espère, sans trop d’espoir, faire un compte-rendu aussi fidèle que possible.

Il y a tout d’abord la clartĂ© de l’expression. S’il est vrai qu’une langue limpide traduit un esprit puissant, on prend peu de risques Ă  avancer que Duguit disposait des deux.

Il vient ensuite de la lecture de ces confĂ©rences que LĂ©on Duguit n’est n’y rousseauiste, ni marxiste. Ainsi peut-il Ă©crire, avec une franchise Ă  laquelle le recul de l’histoire donne une force troublante: “J-J Rousseau que, par une erreur singulière, on cite souvent comme l’inspirateur des doctrines libĂ©rales de la DĂ©claration des droits promulguĂ©e en 1789, […] est au contraire l’initiateur de toutes les doctrines de dictature et de tyrannie, depuis les doctrines jacobines de 1793 jusqu’aux doctrines bolchĂ©viques de 1920.

On aura davantage de mĂ©fiance Ă  l’Ă©gard des vues de Duguit sur la guerre de 14-18, guerre qui voit selon lui la victoire des Etats-Nations sur les Etats-Souverains, en particulier lorsqu’il reprend le thème contemporain de “la guerre du droit”. LĂ  encore, le recul de l’histoire a montrĂ© ce que cette opposition pouvait avoir d’artificielle - et, malheureusement, de prĂ©caire. Mais je dois avouer quelques tendresse pour cet aveuglement du temps. Les hommes de 14 ont suffisament souffert pour pouvoir se le permettre, et Ă  tout prendre, le mythe dĂ©iste de la souverainetĂ© nationale, dont “la guerre du droit” est un avatar, est plus beau que le froid rĂ©alisme de la doctrine souverainiste.

On souriera enfin avec indulgence quand Duguit, après avoir chantĂ© les louanges de la Cour SuprĂŞme des Etats-Unis et du coup de gĂ©nie que fut Marbury vs. Madison, prophĂ©tise l’arrivĂ©e du contrĂ´le par voie d’exception en France. Nul n’est hĂ©las prophète en son pays.

Mais la qestion qui est vraiment au coeur du propos de Duguit dans ces 13 leçons est celle des rapports entre souverainetĂ© et libertĂ©; une question d’une brĂ»lante actualitĂ©.

Après avoir prĂ©sentĂ© les notions de Nation et de souverainetĂ©, Duguit exprime la contradiction fondamentale que porte le concept de souverainetĂ©: si la souverainetĂ© “une et indivisible” correspond Ă  la volontĂ© d’un corps, la Nation, dont il ne dĂ©montre par ailleurs l’existence comme fait sociologique, rien dans la science positive ne prouve que le fait sociologique national se traduise par l’expression d’une volontĂ© cohĂ©rente. Rien, si ce n’est “parce qu’on y a une vĂ©ritĂ© d’ordre religieux, un article de foi, un dogme.” Rien davantage n’explique les limitations apportĂ©es Ă  la souverainetĂ© des Ă©tats dans l’ordre international.

Dès lors, si la souverainetĂ© n’est que l’expression d’intĂ©rĂŞts particuliers agrĂ©gĂ©s, si le droit naturel est profondĂ©ment individualiste alors que tout dans le fait social fait de l’homme un animal social, comment justifier l’existence et la nĂ©cessitĂ© de dĂ©fendre les droits fondamentaux ?

Duguit expose alors sa thĂ©orie, qu’il baptise de solidariste.

Selon lui, l’homme est, irrĂ©ductiblement, un animal social. Dès lors, la conception individualiste ne peut ĂŞtre que profondĂ©ment erronĂ©e en ce qu’elle oppose les droits de l’individus - ici droit positif - et ceux du groupe social - ici droit naturel. Duguit propose donc un changement de perspective pour rĂ©soudre cette contradiction. Aux “droits de l’Homme”, il substitue des “devoirs de l’Homme”, devoirs avec lesquels la sociĂ©tĂ© ne peut interfĂ©rer qu’autant que leur affirmation empiète sur la possibilitĂ© d’exercice de ces devoirs par les autres hommes. Ainsi, pour ĂŞtre plus concret, la libertĂ© d’entreprise devient-elle un “devoir d’entreprise” de l’homme social; la libertĂ© d’expression un “devoir de faire circuler les idĂ©es”, et ainsi de suite. Le tout pour l’intĂ©rĂŞt commun.

Cette thĂ©orie est fort intĂ©ressante. Elle permet tout d’abord de dĂ©fendre les droits de l’Homme en se fondant non pas sur le droit naturel, mais sur le positivisme, ce qui est nettement plus satisfaisant sur le plan de la construction scientifique.

Elle permet de mieux rendre compte des rapports de limitation qui existent entre les droits individuels et les droits collectifs. Un apport Ă  garder en tĂŞte lorsque l’on entend, par exemple en Chine, que les droits de l’Homme n’y existent pas et que seuls d’hypothĂ©tiques “droits humains” garantissent le citoyen contre l’arbitraire de l’Etat.

La thĂ©orie de Duguit a aussi le mĂ©rite d’intĂ©grer dans un mĂŞme système les droits de l’Etat sur l’individu et les devoirs de l’Etat envers la sociĂ©tĂ©, au premier desquels on trouve l’obligation de “d‘organiser en services publics les activitĂ©s dont l’accomplissement sans interruption est nĂ©cessaire pour la rĂ©alisation de la solidaritĂ© sociale.” Cette brillante synthèse, très cartĂ©sienne, sĂ©duira encore malgrĂ© la crise actuelle de la notion de service public.

Enfin, cette thĂ©orie rĂ©concilie positivisme et humanisme. Car c’est dans l’exercice de ces fameux “devoirs” que l’Homme exerce finalement son libre-arbitre et sa crĂ©ativitĂ©, pour lui-mĂŞme et dans l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral. Un bien beau programme ma foi.


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Pour terminer quelques citations, glânées au fil de la lecture. Juste pour le plaisir de relire Léon Duguit.

Le roi doit assurer l’ordre et la paix par la Justice

Le droit international est fait pour les Etats, et non les Etats pour le droit international” (Jellinek)

Robinson dans son Ă®le n’a pas de droit. L’homme ne peut avoir de droits que lorsqu’il entre en relations avec d’autres hommes.

Gémir, prier et pleurer sont également lâches.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche,
Dans la voie oĂą le sort a voulu t’appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.
” (Vigny)

Les gouvernant sont juridiquement obligĂ©s d’organiser en services publics les activitĂ©s dont l’accomplissement sans interruption est nĂ©cessaire pour la rĂ©alisation de la solidaritĂ© sociale.

“[A propos de la conception solidariste] La propriĂ©tĂ© capitalise n’est pas un droit, elle est une fonction

Le propriĂ©taire capitaliste est vĂ©ritablement investi d’une fonction sociale dĂ©terminĂ©e. Son droit subjectif de propriĂ©tĂ©, je le nie; son devoir social, sa fonction sociale, je l’affirme.

Toutes les classes se valent, parce qu’elles coopèrent toutes Ă  la vie sociale.

“[A propos des classes sociales] des groupements d’individus appartenant Ă  une mĂŞme sociĂ©tĂ© nationale, mais entre lesquels il existe une interdĂ©pendance particulièrement Ă©troite, parce qu’ils accomplissent une besogne de mĂŞme ordre dans la division du travail social.

La souveraineté a la compétence de sa compétence.

Comment donc cette conception de la souverainetĂ© nationale qui, en science positive, ne soutient pas l’examen, a-t-elle occupĂ© et occupe-t-elle encore une place aussi considĂ©rable dans la vie et dans la conscience des peuples modernes ?

L’Etat formidablement puissant, parce qu’il s’appuye sur le dogme de la souverainetĂ© nationale, qui compte de nombreux croyants, règne sans contrepoids sur la masse des individus, dĂ©clarĂ©s tous Ă©gaux, mais isolĂ©s, impuissants, formant comme une poussière d’hommes.

PS: A me relire, il était vraiment tard :-)

Vendredi 21 septembre 2007

Bonne nuit les petits

Posté dans Politique, Droits de l'homme par groM

Le projet de loi sur l’immigration, Ă  propos duquel j’ai dĂ©jĂ  eu l’occasion de m’indigner, contient d’autres tristes surprises:

  • La rĂ©duction du dĂ©lai pour contester les dĂ©cisions de l’OFPRA devant la commission de recours des rĂ©fugiĂ©s passe Ă  15 jours (art. 9 ter du projet). Eolas en dĂ©monte avec justesse l’impact pratique.
  • Le recours ouvert aux demandeurs d’asile contre le refus d’entrer sur le territoire national qui prenait la forme d’une requĂŞte en rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ©, devra dĂ©sormais prendre celle d’une requĂŞte au fond, non susceptible de recours et hors de la prĂ©sence du commissaire du gouvernement (art. 6). LĂ  aussi, les consĂ©quences pratiques sont claires: comment rĂ©diger un recours complet dans les 24h imparties pour ce faire ?
  • L’obligation de quitter le territoire français ne sera plus motivĂ©e (art. 12 quater). “Vous partez ? - Pourquoi ? - Vous partez, on vous dit !
  • Et, dernière mesquinerie, le droit au maintien dans un hĂ©bergement d’urgence (AKA le droit au logement opposable) ne sera ouvert qu’au personnes en situation rĂ©gulière. Quand on voit comment cela va ĂŞtre facile pour les mal-logĂ©s bien de chez nous, on n’a par contre aucune inquiĂ©tude sur la portĂ©e pratique de cette disposition (art. 21). Ca rassure.

Je souhaite donc une bonne nuit, sans rêve, aux députés qui ont voté ce projet de loi.

Mercredi 19 septembre 2007

Le regroupement familial “gĂ©nĂ©tique”: pouaarkh !

Mes bons lecteurs ne vont pas ĂŞtre surpris: je suis fermement opposĂ© au recours “volontaire” Ă  des tests ADN pour prouver la filiation dans les dossiers de regroupement familial. MĂŞme si j’arrive après les apports au dĂ©bat de Jules et du Pr. Rolin, je ne vous Ă©pargnerai pas le fruit de mon indignation. Je vous renvoie en particulier Ă  Jules pour une discussion beaucoup plus Ă©rudite sur la preuve en matière de droit de la famille.

En France, l’usage des tests ADN s’effectue donc dans trois cadres strictement limitĂ©s (A). La proposition de M. Mariani plongerait cet Ă©difice cohĂ©rent dans une mer d’incertitudes (B) aux relents politiques douteux.

A. La situation actuelle

La gĂ©nĂ©tique permet d’abord de prouver la filiation, mais dans les cas oĂą les modes d’Ă©tablissement lĂ©gaux ne parviennent pas Ă  obtenir ce rĂ©sultat. Ainsi, si un enfant est traitĂ© par le mari de sa mère comme son propre fils - c’est la possession d’Ă©tat - le juge, quand bien mĂŞme certains Ă©lĂ©ments iraient dans le sens d’une filiation biologique diffĂ©rente, dĂ©cidera que l’enfant est, juridiquement parlant, le fils de son père. Tout simplement parce qu’il s’agit de garantir la paix sociale, la paix des familles, avant de garantir l’exactitude biologique de la filiation. C’est une affirmation forte que fait lĂ  le droit: il Ă©nonce la prĂ©pondĂ©rance de l’acquis sur l’innĂ©, la prĂ©dominance de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral sur l’intĂ©rĂŞt particulier.

Un autre usage des tests ADN est bien connu. Il s’agit de leur utilisation comme mode de preuve en matière pĂ©nale. “Le fichier national automatisĂ© des empreintes gĂ©nĂ©tiques, placĂ© sous le contrĂ´le d’un magistrat, est destinĂ© Ă  centraliser les empreintes gĂ©nĂ©tiques issues des traces biologiques ainsi que les empreintes gĂ©nĂ©tiques des personnes condamnĂ©es pour l’une des infractions mentionnĂ©es Ă  l’article 706-55 en vue de faciliter l’identification et la recherche des auteurs de ces infractions.” (art. 706-54 CPP).

Outre les personnes condamnĂ©es, “[l]es personnes Ă  l’encontre desquelles il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu’elles aient commis l’une des infractions mentionnĂ©es Ă  l’article 706-55” peuvent Ă©galement voir leur empreinte gĂ©nĂ©tique enregistrĂ©e dans le fichier, en principe tant que cela est utile pour le dossier.

Le dernier cas regroupe bien entendu “[l]es fins mĂ©dicales ou de recherche scientifique.” (art. 16-10 c. civ.). Il ne s’agit pas ici d’une action coercitive, mais encore faut-il que la personne donne un consentement libre et Ă©clairĂ©.

Des sanctions pĂ©nales assurent le respect des règles en vigueur. Ainsi le code pĂ©nal rĂ©prime-t-il, Ă  l’heure actuelle en tout cas, de 3 ans de prison et 45000 euros d’amende, “le fait de pratiquer ou de faire pratiquer sur une personne une recherche biomĂ©dicale sans avoir recueilli le consentement libre, Ă©clairĂ© et exprès de l’intĂ©ressĂ© […]” (art. 223-8) ou bien encore d’un an de prison et 15000 euros d’amende “le fait de dĂ©tourner de leurs finalitĂ©s mĂ©dicales ou de recherche scientifique les informations recueillies sur une personne au moyen de l’examen de ses caractĂ©ristiques gĂ©nĂ©tiques est puni d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende.” (art. 226-26). L’affaire est donc sĂ©rieuse.

B. Une mer d’incertitudes

Mais la proposition de M. Mariani, sous ses apparences de simplicité, plonge cet édifice dans un océan de questions sans réponses.

On sait tout d’abord les difficultĂ©s qu’Ă©prouvent les Ă©trangers Ă  faire avancer leur dossier dans les services consulaires ou prĂ©fectoraux. Ainsi ai-je Ă©voquĂ© dans un rĂ©cent billet les dĂ©lais d’attente parfaitement dĂ©raisonnables opposĂ©s Ă  un de mes collègues en instance de naturalisation. Pas plus tard qu’hier, le journal de 20h de France 2 relatait les difficultĂ©s d’une femme algĂ©rienne Ă  faire venir son mari en France, alors mĂŞme que celui-ci rĂ©pond Ă  toutes les conditions posĂ©es. A l’aune de cette situation, on ne peut que gager que les Ă©trangers qui feront le “choix” de demander un test rencontreront encore plus de difficultĂ©s: entre l’obtention des rendez-vous pour dĂ©poser sa salive (d’aucuns diraient “pour cracher au bassinet”), l’expĂ©dition des Ă©chantillons dans les laboratoires agréés, le frais de poste … il n’est pas Ă©vident que tout cela facilite les choses contrairement Ă  la vision, optimiste, du Pr. Rolin.

On l’a vue plus haut, appliquer de tels tests au demandes de regroupement familial consisterait ensuite Ă  demander aux autres d’accepter ce qu’on l’on refuse en France pour des raisons Ă©thiques. Et que dire par exemple de la dernière tartufferie du premier ministre, qui se propose de ne facturer le prix du test que si la filiation est vĂ©rifiĂ©e ? Peut-il seulement imaginer que, Ă´ surprise, un Ă©tranger soit, comme un français, effondrĂ© d’apprendre que son fils n’est pas le sien ? Et que, cerise sur le gâteau, en consĂ©quence de l’infidĂ©litĂ© de sa femme, il doive en plus payer quelques centaines d’euros Ă  l’ambassade de France ? La paix familiale des Ă©trangers, que l’on refuse de troubler chez nous, mĂ©rite la mĂŞme protection chez eux.

Comme ensuite ĂŞtre sĂ»r que l’administration traitera Ă©quitablement ceux qui exerceront rĂ©ellement cette libertĂ© et refuseront de se soumettre ? Comment s’attendre Ă  ce qu’ils fassent l’objet de la moindre mensuĂ©tude quand on sait la duretĂ© avec laquelle les Ă©trangers sont dĂ©jĂ  traitĂ©s ? Peut-on rĂ©ellement espĂ©rer qu’il existe des recours juridictionnels efficaces contre ce type de discrimination ? Comment faire en sorte que la libertĂ© de choix de l’Ă©tranger, soumis Ă  une pression affective forte, soit prĂ©servĂ©e ? Comment faire en sorte que l’intime conviction du juge ne soit pas elle aussi emportĂ©e face Ă  la volontĂ© de l’Ă©tranger de prĂ©server sa personne d’une mesure contraignante ? Comment ne pas comprendre que, s’il l’on fait payer Ă  l’Ă©tranger le test, on instaure une discrimination par l’argent entre d’une part les pays riches et les autres, et d’autre part entre les plus riches de ces pays, et les autres. Mais peut-ĂŞtre est-ce tout simplement cela, “l’immigration choisie”.

Comment enfin ĂŞtre sĂ»r, enfin, que, au delĂ  des promesses et pour limitĂ©e dans le temps et optionnelle qu’on nous la vende, cette mesure ne fasse pas l’objet d’une extension progressive ? On sait par exemple que les infractions prĂ©vues Ă  l’article 706-55 - celles pour lesquels il est possible de rĂ©aliser un enregistrement dans le FNAEG - ont rapidement Ă©tĂ© Ă©tendues pour inclure dĂ©sormais Ă  peu près tout le code pĂ©nal, alors qu’Ă  l’origine, il ne s’agissait bien entendu que des crimes de nature sexuelle. Une leçon Ă  mĂ©diter.

Il n’est en tout cas pas anodin de proposer l’usage de tests gĂ©nĂ©tiques pour les Ă©trangers. Il y a depuis un certain temps un discours politique qui vise Ă  assimiler sĂ©jour illĂ©gal et dĂ©linquance. On sait que, dans les faits, l’Ă©tranger en sĂ©jour irrĂ©gulier prĂ©fère ĂŞtre discret pour Ă©viter les ennuis, et que les sans-papiers sont surtout coupables du dĂ©lit de sĂ©jour irrĂ©gulier. Mais il n’importe, il est toujours commode d’avoir des boucs Ă©missaires, et les sans-papiers en sont de commodes. Le recours Ă  la gĂ©nĂ©tique facilite l’assimilation des Ă©trangers au contexte dans le lequel cette technique est la plus mĂ©diatisĂ©e, c’est Ă  dire le monde pĂ©nal.

Est-ce volontaire ? J’ose espĂ©rer, sans trop y croire, que non.

Lundi 10 septembre 2007

Tendresse administrative

Posté dans Droits de l'homme, Droit administratif par groM

On sait, comme l’a montrĂ© Serge Slama, que la police des Ă©trangers n’a pas d’autre but que de dĂ©courager, pour le coĂ»t le plus faible possible, les Ă©trangers de rentrer sur le territoire national et de s’y maintenir, en Ă©rigeant face Ă  eux des barrières administratives rĂ©dhibitoires, notamment pour ce qui est de l’accès aux juridictions [Edition suite au commentaire de Graziano]

Au delĂ  du contentieux le plus mĂ©diatique, celui du sĂ©jour des Ă©trangers, se pose Ă©galement la question des procĂ©dures de naturalisation. J’ai ainsi aujourd’hui eu un exemple concret du caractère kafkaĂŻen des procĂ©dures administratives auxquelles doivent faire face les malheureux qui osent demander la nationalitĂ© française.

On sait que le décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 dispose, dans son article 37, que les demandeurs doivent déposer en préfecture un dossier comportant:

1° Une copie intĂ©grale de l’acte de naissance ;

2° La justification par tous moyens de la rĂ©sidence habituelle en France du demandeur pendant les cinq annĂ©es qui prĂ©cèdent le dĂ©pĂ´t de la demande sous rĂ©serve des rĂ©ductions ou dispenses de stage prĂ©vues aux articles 21-18 Ă  21-20 du code civil et, lorsque la demande est prĂ©sentĂ©e au nom d’un mineur, la justification de la rĂ©sidence habituelle de ce dernier pendant les cinq annĂ©es qui prĂ©cèdent le dĂ©pĂ´t de la demande avec le parent qui a acquis la nationalitĂ© française ;

3° Tous documents justifiant qu’il a sa rĂ©sidence en France Ă  la date de la demande ;

4° S’il entend bĂ©nĂ©ficier de l’assimilation de rĂ©sidence prĂ©vue Ă  l’article 21-26 du code civil, toutes justifications permettant de constater qu’il remplit les conditions posĂ©es Ă  cet article ;

5° Le cas échéant, la copie intégrale des actes de naissance de ses enfants mineurs étrangers qui résident avec lui de manière habituelle ou alternativement dans le cas de séparation ou de divorce ainsi que les pièces de nature à établir cette résidence ;

6° Le cas échéant, la copie intégrale du ou des actes de mari age ainsi que les pièces de nature à justifier la dissolution des unions antérieures ;

7° Un extrait de casier judiciaire ou un document Ă©quivalent dĂ©livrĂ© par une autoritĂ© judiciaire ou administrative compĂ©tente du ou des pays oĂą il a rĂ©sidĂ© au cours des dix dernières annĂ©es, ou, lorsqu’il est dans l’impossibilitĂ© de produire ces documents, du pays dont il a la nationalitĂ©.

Tous les documents rédigés en langue étrangère doivent être accompagnés de leur traduction par un traducteur agréé, produite en original.

Un de mes collègues, rĂ©sidant de manière parfaitement lĂ©gale en France depuis 7 ans, a ainsi dĂ©cidĂ© de demander sa naturalisation. Il a d’abord dĂ» prendre rendez-vous pour aller retirer son dossier. Car oui, il faut absolument prendre rendez-vous pour aller retirer 4 feuilles photocopiĂ©es. Non, il n’y a pas moyen de les imprimer depuis un site web, ce serait trop simple, et l’Ă©tranger pourrait gagner du temps.

Il a ensuite rĂ©uni les pièces car, comme l’indiquait le dossier, cela Ă©tait une condition prĂ©alable Ă  l’obtention du second rendez-vous. Il a donc demandĂ© Ă  son pays d’origine un extrait de son casier judiciaire, une copie de son acte de naissance. Il les a fait expĂ©dier en France et traduire par un traducteur assermentĂ©. CoĂ»t des opĂ©rations: 300 euros. A ce tarif-lĂ , on notera tout de mĂŞme que cela fait cher de la page, son casier judiciaire Ă©tant aussi immaculĂ© que celui de Nicolas Sarkozy.

Il a ensuite tĂ©lĂ©phonĂ© Ă  la prĂ©fecture pour obtenir le second rendez-vous. Le service des Ă©trangers Ă©tant fermĂ© en aoĂ»t, ainsi que durant la 1ère semaine de Septembre, il a ainsi pu dĂ©couvrir la riante bande enregistrĂ©e prĂ©vue pour prĂ©venir les usagers de ce lĂ©ger contretemps. LĂ©ger contretemps seulement, puisqu’une fois le service rĂ©ouvert, on lui a suavement annoncĂ© que la première date disponible Ă©tait le 28 aoĂ»t … 2008.

Problème: pour ĂŞtre valable, l’extrait de casier judiciaire doit dater de moins de 6 mois. Et je vous rassure, on ne sait d’oĂą vient cette exigence, le fameux dossier ne comportant Ă©videmment aucune rĂ©fĂ©rence aux textes applicables. Quand Ă  la copie d’acte de naissance, il ne devrait pas y avoir le moindre problème: elle est valable 3 ans. Car c’est vrai que ça se pĂ©rime, un lieu et une date de naissance. Un peu comme les yahourts.

Une fois dĂ©posĂ© le prĂ©cieux dossier et obtenu le rĂ©cĂ©pissĂ© correspondant (car point de dĂ©pĂ´t sans rĂ©cĂ©pissĂ© donnĂ© en main propre Ă  l’issu d’un rendez-vous strictement personnel), il faudra que mon collègue passe l’entretien individuel prĂ©vu par l’article 43 du mĂŞme dĂ©cret, et dont le but est de constat[er] le degrĂ© d’assimilation du postulant Ă  la communautĂ© française ainsi que, selon sa condition, son niveau de connaissance des droits et devoirs confĂ©rĂ©s par la nationalitĂ© française et, sous rĂ©serve des dispositions de l’article 21-24-1 du code civil, sa connaissance de la langue française.

On passera sur la notion de “communautĂ© française” - je ne connais rien d’autre que la Nation, mais je dois ĂŞtre un peu old fashion vieux jeu, on soupirera aux accents sĂ©golĂ©niens des “droits et devoirs”, et l’on se rassurera finalement sur le contenu de cet entretien: “[qui] se dĂ©roule en la seule prĂ©sence du demandeur dans un climat propice Ă  la communication. […] Il faut mettre la personne en confiance, lui parler lentement, ne pas hĂ©siter Ă  rĂ©pĂ©ter, reformuler les questions, l’inciter Ă  s’exprimer.

Etranger, rassure-toi, l’administration française te prend sous son aile paternelle !

Jeudi 19 juillet 2007

Webcast CEDH

Posté dans Droits de l'homme par groM

Le site Internet de la Cour EuropĂ©enne des Droits de l’Homme innove en rendant accessible en vidĂ©o, via la rubrique multimĂ©dia de l’espace Presse, un certain nombre d’audiences de la Cour. Une initiative remarquable, qui permet Ă  tous ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir se rendre Ă  Strasbourg, de voir comment fonctionne la Cour. DĂ©cidĂ©ment, plus ça va, plus c’est facile de faire des Ă©tudes de droit par correspondance !

On pourra voir par exemple, l’audience de l’affaire Maumousseau et Washington c. France.

Un grand bravo Ă  la CEDH !

Lundi 26 mars 2007

Tout part en quenouille … sauf droit-commun

Posté dans Politique, Droits de l'homme par groM

Je suis en train de lire Greffier, de Johann Sfar. C’est un carnet de notes en bande-dessinĂ©e qu’il a rĂ©alisĂ© lors du Procès de Charlie-Hebdo. Une lecture passionnante, non pas tant pour ce qu’on y lit sur la libertĂ© d’expression elle-mĂŞme que pour la qualitĂ© des tĂ©moignages qui y sont rapportĂ©s et l’ambiance du procès. S’il y a des grands procès, celui-ci en a Ă©tĂ© un; s’il y a encore des hommes et des femmes libres, certains y ont tĂ©moignĂ©.


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J’ai le plaisir de vous annoncer la naissance de droit-commun. Un peu dans l’esprit de Lieu-commun, avec lequel il partage une idĂ©e de dĂ©part et certains membres, droit-commun est un agrĂ©gateur qui vous permet de voir toutes nos productions d’un seul clic. Mais le vrai dĂ©nominateur (commun) de droit-commun, c’est surtout la curiositĂ© juridique. Alors si vous avez envie de discuter le bout de doctrine, n’hĂ©sitez pas. Un grand merci aux pères fondateurs du projet.


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J’ai promis Ă  Calamo un billet sur les rapports dĂ©licats qu’entretiennent les mesures techniques de protection, le droit civil, le droit pĂ©nal et le droit de la propriĂ©tĂ© intellectuelle. Je n’ai pas renoncĂ©, mais en ce moment, comme on dit vulgairement, j’en ch… je souffre pour arriver Ă  tenir mon planning de boulot, et donc j’ai peu de temps pour blogguer.


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En parlant de promesses, je crois bien avoir Ă©crit que j’essaierai de bosser en continu sur mes devoirs. Et bien c’est ratĂ©. Le dernier devoir de stratif a Ă©tĂ© une catastrophe organisationnelle: pas plus de 30 minutes en continu, dans le train, en deux crises de larmes de GroMinet, deux repas … Pas facile, d’autant que le 1er devoir du semestre requĂ©rait la connaissance d’Ă  peu près la moitiĂ© du programme dudit semestre. Bref, ça part en quenouille tout ça.


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A propos de quenouille, je suis navré par les récentes déclarations de la candidate socialiste. Si vous trouvez aussi ça incroyable, pensez ce que cela peut être pour ceux qui ont leur carte, surtout quand ils ont adhéré juste après un certain 22 avril 2002. Si on se résume, le PS court derrière Sarko, Sarko court derrière Le Pen, et moi je cours méditer ma lettre de démission.

Mardi 20 février 2007

Les victimes reposent nues

Posté dans Droits de l'homme, Droit administratif par groM

Au lendemain du dĂ©cès de son client, l’avocat de Maurice Papon, Me Francis Vuillemin, a dĂ©clarĂ© publiquement qu’il veillerait “personnellement Ă  ce que l’accompagne dans son tombeau la croix de commandeur de la LĂ©gion d’honneur que Charles de Gaulle lui a remise de ses propres mains, pour l’Ă©ternitĂ©“. Contrairement Ă  ce qu’affirme Me Vuillemin, le GĂ©nĂ©ral de Gaulle n’a jamais remis une quelconque dĂ©coration “pour l’Ă©ternitĂ©“. La RĂ©publique Française est un Ă©tat de droit, et les membres de l’ordre national de la LĂ©gion d’honneur sont, comme d’ailleurs le PrĂ©sident de la RĂ©publique, soumis Ă  la loi. Que dit la loi en l’espèce ? La suite