Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Archive de la catégorie Droits de l'homme

Dimanche 12 novembre 2006

Le Gaullisme, c’est quoi ?

En ces temps oĂą les dĂ©pouilles de l’hĂ©ritage Gaulliste font l’objet d’âpres Ă©changes entre chiraquiens et sarkozystes, Philippe Bilger, dont on connait le positionnement politique sarkozyste,Ă©crit que “Le gaullisme, c’est l’obligation de rĂ©sistance et l’exigence de lĂ©gitimitĂ©.

Mais cette obligation de rĂ©sistance, cette exigence de lĂ©gitimitĂ© ne se retrouve pas toujours lĂ  oĂą on l’attend. Le Conseil d’Etat, qui fut beaucoup critiquĂ© pour son rĂ´le durant la guerre, a ainsi donnĂ© une magnifique leçon de Gaullisme. Et pas Ă  n’importe qui: au gĂ©nĂ©ral de Gaulle lui-mĂŞme.

Peu après les accords d’Evian, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle avait soumis au rĂ©fĂ©rendum, et fait ratifier par le peuple français, une loi qui l’autorisait “Ă  arrĂŞter, par voie d’ordonnance ou, selon le cas, par dĂ©cret en conseil des ministres, toutes mesures lĂ©gislatives ou rĂ©glementaires relatives Ă  l’application” des accords. En se fondant sur cette habilitation rĂ©fĂ©rendaire, il avait, par ordonnance du 1er juin 1962, créé une “cour militaire de justice”, qui avait condamnĂ© Ă  mort le, 17 septembre 1962, le sieur Canal. Avec les sieurs Robin et Godot, Ă©galement condamnĂ©s, celui-ci intenta un recours en annulation visant l’ordonnance.

Le conseil d’Etat, dans un raisonnement en deux parties, a tout d’abord assimilĂ© les ordonnances prises en vertu d’une habilitation rĂ©fĂ©rendaire aux ordonnances de l’article 38, ce qui a lui permis d’y accrocher son contrĂ´le. Se plaçant ensuite dans la ligne de sa thĂ©orie des circonstances exceptionnelles, et appliquant strictement les termes de l’habilitation rĂ©fĂ©rendaire, il a ensuite pu infliger un revers cinglant au gĂ©nĂ©ral: “considĂ©rant qu’il ne rĂ©sulte pas de l’instruction que, eu Ă©gard Ă  l’importance et Ă  la gravitĂ© des atteintes que l’ordonnance attaquĂ©e apporte aux principes gĂ©nĂ©raux du droit pĂ©nal, en ce qui concerne notamment la procĂ©dure qui y est prĂ©vue et l’exclusion de toute voie de recours, la crĂ©ation d’une telle juridiction d’exception fĂ»t nĂ©cessitĂ©e par l’application des” accords d’Evian.

C’est ainsi que Canal fut sauvĂ©, selon le GAJA, la veille de son exĂ©cution, et que le juge administratif montra un “esprit de rĂ©sistance et une exigence de lĂ©gitimitĂ©” remarquables. Le gĂ©nĂ©ral eut sa revanche: l’article 50 de la loi du 15 janvier 1963 (article qui ne figure mĂŞme pas dans le rĂ©sumĂ© fourni par LĂ©gifrance en lien) ratifia l’ordonnance censurĂ©e par le juge du Palais Royal; en lui donnant valeur lĂ©gislative, et en Ă©vitant le saisine du Conseil Constitutionnel, de Gaulle eut finalement gain de cause, mais au prix d’une atteinte caractĂ©risĂ©e au principe de sĂ©paration des pouvoirs.

Canal et ses acolytes n’Ă©taient sans doute pas des gens très sympathiques. Mais ils servirent au moins de rĂ©vĂ©lateur Ă  une dĂ©rive du Gaullisme institutionnel. EspĂ©rons que ce ne soit pas de celui-ci que se rĂ©clament Nicolas Sarkozy et consorts.

Dimanche 21 mai 2006

Montfermeil (2) : suite et fin

Comme, promis voici la suite des remarques consacrĂ©es aux arrĂŞtĂ©s “anti-jeunes” de Montfermeil et Ă  leur suspension par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Grâce Ă  François, je peux dĂ©sormais renvoyer les lecteurs aux textes intĂ©graux des arrĂŞtĂ©s incriminĂ©s et des ordonnances du juge des rĂ©fĂ©rĂ©s les suspendant. Nous avions vu, dans un billet prĂ©cĂ©dent, la manière dont les parties en prĂ©sence on pu justifier de leur intĂ©rĂŞt Ă  agir. Nous allons maintenant nous intĂ©resser au coeur du problème, tout d’abord Ă  la condition d’urgence (I) avant de voir en quoi les arrĂŞtĂ©s en question portaient “une atteinte grave et manifestement illĂ©gale” Ă  une libertĂ© fondamentale (II).
La suite

Lundi 15 mai 2006

Montfermeil (1): pour qui sonne le glas

Grâce à Matthieu Rouveyre, me voilà ainsi en possession du texte des fameuses ordonnances du tribunal administratif de Cergy-Pontoise par lesquelles les arrêtés du maire de Montfermeil restreignant la liberté de circulation des mineurs sur le territoire de sa commune ont été suspendues. Je ne mets pas en ligne les décisions en question car la copie que j’ai est sous forme de fax, ce qui se prête mal à une numérisation. Mais je suis sûr que François, qui nous médite un article beaucoup plus complet sur le même sujet et qui a ou aura bientôt une copie haute définition, s’en chargera.

Suspension et non pas annulation. Le MJS a en effet choisi la voie du référé-liberté, défini par l’article L521-2 du code de justice administrative, qui permet au juge des référé d’« ordonner tout mesure nécessaire à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illicite ». Il faut pour cela que la demande soit justifiée par l’urgence.
La suite

Mercredi 26 avril 2006

Montfermeil: le MJS dépose un recours

Posté dans Droits de l'homme, Droit administratif par groM

Le Mouvement des Jeunes Socialistes dĂ©pose un recours pour excès de pouvoir contre l’arrĂŞtĂ© municipal qui interdit la circulation des groupes de plus de trois jeunes de 15 Ă  18 ans au centre-ville de Montfermeil.

La libertĂ© de rĂ©union, la libertĂ© d’aller et venir et la libertĂ© d’expression sont d’un coup de plume balayĂ©es alors mĂŞme que cette dĂ©cision n’a fait l’objet d’aucune dĂ©libĂ©ration en conseil municipal” dĂ©clare le communiquĂ© du mouvement. J’espère pour eux que la non-consultation du Conseil Municipal ne fait pas l’objet d’un grief particulier dans leur recours, puisque cet arrĂŞtĂ© est pris au titre des pouvoirs de police, qui sont de la compĂ©tence du seul maire (CE 24 juill. 1934, Souillac).

Nous allons donc bientĂ´t savoir si l’argumentation dĂ©veloppĂ©e dans un billet prĂ©cĂ©dent est suivie par le Tribunal Administratif de Cergy.

Lundi 24 avril 2006

Montfermeil: R.E.P. et R.I.P.

Posté dans Droits de l'homme, Droit administratif par groM

J’Ă©voquais dans un billet prĂ©cĂ©dent un arrĂŞtĂ© municipal pris par le maire de Montfermeil (Vous noterez que j’ai rĂ©sistĂ© Ă  la tentation de coller au substantif “arrĂŞtĂ©” un adjectif peu flatteur mais, pour paraphraser certains lieu-communards, nous faisons du droit, pas de la littĂ©rature). Examinons donc l’arrĂŞtĂ© en question dans la perspective d’un recours pour excès de pouvoir. Nous laisserons de cotĂ© les autres possibilitĂ©s pour attaquer cet acte: le rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ©, le dĂ©fĂ©rĂ© prefectoral ou l’exception d’illĂ©galitĂ© devant le tribunal de police. La suite

Lundi 24 avril 2006

Le prix du jour

Posté dans Droits de l'homme, Droit administratif par groM

Le prix du scandale juridique du jour est attribuĂ© sans hĂ©sitation Ă  M. Xavier Lemoine, maire de Montfermeil, pour son arrĂŞtĂ© interdisant au “jeunes” de 15 Ă  18 ans de se dĂ©placer Ă  tout heure du jour et de la nuit dans le centre-ville de sa commune.

EspĂ©rons que cet arrĂŞtĂ© ignoble fera rapidement l’objet d’un recours pour excès de pouvoir (ou d’un rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© ?) devant le tribunal administratif. La course Ă©lectorale pour 2008 prend dĂ©cidemment des accents bien poujadistes.

Un prochain billet devrait suivre ce soir sur les raisons qui devraient pousser le tribunal administratif Ă  annuler ou suspendre l’acte en question.

Dimanche 23 avril 2006

Les langues régionales

“LANNION, LANNUON 32 km”, “GUINGAMP, GWENGAMP 17km”: n’ayant pas mis les pieds en CĂ´tes-du-Nord - pardon, en CĂ´tes-d’Armor - depuis longtemps, j’ai Ă©tĂ© assez surpris de voir fleurir dans cette rĂ©gion les panneaux billingues Français-Breton, en particulier autour de Lannion. Avec en prime le sentiment d’ĂŞtre un peu Ă  l’Ă©tranger, puisque les doubles indications m’ont rappelĂ© la Belgique. Sentiment d’absurditĂ© Ă©galement, puisque nous n’avons pas croisĂ© un seul locuteur Breton durant notre sĂ©jour. Ces panneaux routiers m’ont en tout cas donnĂ© envie de m’intĂ©resser au statut juridique des langues rĂ©gionales. On commence donc ici avec les aspects constitutionnels et conventionnels; de prochains billets traiterons des autres aspects.

Quand Ă  l’inscription en langue rĂ©gionale sur les panneaux routiers (en particulier les panneaux d’entrĂ©e et de sortie d’agglomĂ©ration, rĂ©fĂ©rence EB10 et EB20), le texte d’autoritĂ© semble ĂŞtre une lettre circulaire de 1979 publiĂ©e au bulletin officiel du ministère chargĂ© de l’Ă©quipement. Malheureusement, l’Ă©dification de nos bons lecteurs s’arrĂŞtera lĂ , puisque ce texte est introuvable en ligne, et que les informations glânĂ©es sur Internet sont discordantes, certaines sources faisant Ă©tat d’une autorisation, d’autres d’une interdiction de cette pratique. La suite

Jeudi 23 mars 2006

Abdul Rahman

Posté dans Autres, Droits de l'homme, Etranger par groM

Amnesty International a publiĂ© le 22 marc un communiquĂ© sur le cas D’Abdul Rahman, citoyen Afghan qui risque dans son pays la peine de mort pour s’ĂŞtre converti au christianisme il y a de cela seize ans.

Il serait absolument inacceptable qu’un pays oĂą tant de gens sont morts pour dĂ©fendre les droits de l’Homme (y compris, rappelons-le, des soldats français) mène Ă  son terme une procĂ©dure aussi scandaleuse et ubuesque. Le gouvernement se doit d’agir avec dĂ©termination pour dĂ©noncer le caractère inacceptable de ces poursuites.

(Via Koz)

Dimanche 12 mars 2006

La lumière vint de la matraque

Posté dans Politique, Droits de l'homme par groM

Hier, ma femme, mon fils et moi avons visitĂ© l’exposition Lumières Ă  la BNF. Excellente visite: pas grand-monde Ă  la caisse, espaces agrĂ©ables - mĂŞme si Ă©tonnament mal adaptĂ© Ă  la poussette, musĂ©ographie claire Ă  dĂ©faut d’ĂŞtre multilingue, mais surtout contenu passionnant. Que d’Ă©motion devant les manuscrits du Contrat Social ou de l’Esprit des Lois; quelle brillante dĂ©monstration de l’actualitĂ© des Lumières est faite grâce aux Ă©ditions originales du TraitĂ© des dĂ©lits et des peines de Beccaria, du Mahommet de Voltaire, ou bien encore des oeuvres architecturales de Bentham, qui se proposait d’adopter le système panoptique pour l’usine, l’hĂ´pital, l’Ă©cole et la prison. Pour une fois enfin, les moyens audiovisuels sont utilisĂ©s avec pertinence: les interventions de Plantu sur l’attitude de la presse vis-Ă -vis des puissants, de Marjan Satrapi sur la tolĂ©rance religieuse ou bien encore d’universitaires Ă  propos l’impact des Lumières sur les autres continents tombent parfaitement Ă  propos.

Nous avons ensuite repris notre voiture pour rentrer chez nous. Sur le chemin, nous avons pris la rue Saint-Jacques et, juste après le boulevard Saint-Germain, nous sommes tombĂ©s nez-Ă -nez avec les CRS qui barraient encore l’accès Ă  la Sorbonne. Les vĂ©hicules grillagĂ©s bloquaient le passage. La perspective montante de la rue scĂ©narisait, dans la lumière jaune des rĂ©verbères, le dĂ©ploiement des cars, canons Ă  eau et autres vĂ©hicules anti-Ă©meutes jusqu’Ă  la rue Soufflot. La violence lĂ©gale Ă©tait Ă  la parade; l’appareil rĂ©pressif Ă©tait au repos. Avait-il trop peinĂ© face Ă  300 Ă©tudiants ?

Si notre sociĂ©tĂ© n’a d’autre contrat social Ă  offrir Ă  sa jeunesse que le choix entre le CPE ou la matraque, gageons que la violence n’a pas fini de se donner en spectacle.

Dimanche 26 février 2006

La prison

Posté dans Droits de l'homme, Droit pĂ©nal par groM

En 1996, alors que j’Ă©tais Ă©tudiant dans une Ă©cole d’ingĂ©nieur, j’ai eu l’opportunitĂ© de donner des cours d’informatique Ă  des fonctionnaires de l’administration pĂ©nitentiaire qui souhaitaient voir leur carrière Ă©voluer: de gardiens - matons pour reprendre leur propre terme - ils voulaient devenir personnel administratif. Le cours n’Ă©tant pas particulièrement palpitant (utilisation de Windows 3.11), nous avons un peu discutĂ© de la vie carcĂ©rale. Cela m’a rapidement convaincu que je ne me lancerai jamais dans une carrière criminelle.

Quelques anecdotes donc, qui se rapportent Ă  la maison d’arrĂŞt de Fresnes, telles qu’Ă  l’Ă©poque. J’aimerais ĂŞtre sĂ»r que cela n’existe plus maintenant, mais rien n’est moins sĂ»r. La suite