Bloghorrée

Extrêmiste de la laïcité depuis 1976

Archive de la catégorie Droits de l'homme

Lundi 24 avril 2006

Montfermeil: R.E.P. et R.I.P.

Posté dans Droits de l'homme, Droit administratif par groM

J’Ă©voquais dans un billet prĂ©cĂ©dent un arrĂŞtĂ© municipal pris par le maire de Montfermeil (Vous noterez que j’ai rĂ©sistĂ© Ă  la tentation de coller au substantif “arrĂŞtĂ©” un adjectif peu flatteur mais, pour paraphraser certains lieu-communards, nous faisons du droit, pas de la littĂ©rature). Examinons donc l’arrĂŞtĂ© en question dans la perspective d’un recours pour excès de pouvoir. Nous laisserons de cotĂ© les autres possibilitĂ©s pour attaquer cet acte: le rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ©, le dĂ©fĂ©rĂ© prefectoral ou l’exception d’illĂ©galitĂ© devant le tribunal de police. La suite

Lundi 24 avril 2006

Le prix du jour

Posté dans Droits de l'homme, Droit administratif par groM

Le prix du scandale juridique du jour est attribuĂ© sans hĂ©sitation Ă  M. Xavier Lemoine, maire de Montfermeil, pour son arrĂŞtĂ© interdisant au “jeunes” de 15 Ă  18 ans de se dĂ©placer Ă  tout heure du jour et de la nuit dans le centre-ville de sa commune.

EspĂ©rons que cet arrĂŞtĂ© ignoble fera rapidement l’objet d’un recours pour excès de pouvoir (ou d’un rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© ?) devant le tribunal administratif. La course Ă©lectorale pour 2008 prend dĂ©cidemment des accents bien poujadistes.

Un prochain billet devrait suivre ce soir sur les raisons qui devraient pousser le tribunal administratif Ă  annuler ou suspendre l’acte en question.

Dimanche 23 avril 2006

Les langues régionales

“LANNION, LANNUON 32 km”, “GUINGAMP, GWENGAMP 17km”: n’ayant pas mis les pieds en CĂ´tes-du-Nord - pardon, en CĂ´tes-d’Armor - depuis longtemps, j’ai Ă©tĂ© assez surpris de voir fleurir dans cette rĂ©gion les panneaux billingues Français-Breton, en particulier autour de Lannion. Avec en prime le sentiment d’ĂŞtre un peu Ă  l’Ă©tranger, puisque les doubles indications m’ont rappelĂ© la Belgique. Sentiment d’absurditĂ© Ă©galement, puisque nous n’avons pas croisĂ© un seul locuteur Breton durant notre sĂ©jour. Ces panneaux routiers m’ont en tout cas donnĂ© envie de m’intĂ©resser au statut juridique des langues rĂ©gionales. On commence donc ici avec les aspects constitutionnels et conventionnels; de prochains billets traiterons des autres aspects.

Quand Ă  l’inscription en langue rĂ©gionale sur les panneaux routiers (en particulier les panneaux d’entrĂ©e et de sortie d’agglomĂ©ration, rĂ©fĂ©rence EB10 et EB20), le texte d’autoritĂ© semble ĂŞtre une lettre circulaire de 1979 publiĂ©e au bulletin officiel du ministère chargĂ© de l’Ă©quipement. Malheureusement, l’Ă©dification de nos bons lecteurs s’arrĂŞtera lĂ , puisque ce texte est introuvable en ligne, et que les informations glânĂ©es sur Internet sont discordantes, certaines sources faisant Ă©tat d’une autorisation, d’autres d’une interdiction de cette pratique. La suite

Jeudi 23 mars 2006

Abdul Rahman

Posté dans Autres, Droits de l'homme, Etranger par groM

Amnesty International a publiĂ© le 22 marc un communiquĂ© sur le cas D’Abdul Rahman, citoyen Afghan qui risque dans son pays la peine de mort pour s’ĂŞtre converti au christianisme il y a de cela seize ans.

Il serait absolument inacceptable qu’un pays oĂą tant de gens sont morts pour dĂ©fendre les droits de l’Homme (y compris, rappelons-le, des soldats français) mène Ă  son terme une procĂ©dure aussi scandaleuse et ubuesque. Le gouvernement se doit d’agir avec dĂ©termination pour dĂ©noncer le caractère inacceptable de ces poursuites.

(Via Koz)

Dimanche 12 mars 2006

La lumière vint de la matraque

Posté dans Politique, Droits de l'homme par groM

Hier, ma femme, mon fils et moi avons visitĂ© l’exposition Lumières Ă  la BNF. Excellente visite: pas grand-monde Ă  la caisse, espaces agrĂ©ables - mĂŞme si Ă©tonnament mal adaptĂ© Ă  la poussette, musĂ©ographie claire Ă  dĂ©faut d’ĂŞtre multilingue, mais surtout contenu passionnant. Que d’Ă©motion devant les manuscrits du Contrat Social ou de l’Esprit des Lois; quelle brillante dĂ©monstration de l’actualitĂ© des Lumières est faite grâce aux Ă©ditions originales du TraitĂ© des dĂ©lits et des peines de Beccaria, du Mahommet de Voltaire, ou bien encore des oeuvres architecturales de Bentham, qui se proposait d’adopter le système panoptique pour l’usine, l’hĂ´pital, l’Ă©cole et la prison. Pour une fois enfin, les moyens audiovisuels sont utilisĂ©s avec pertinence: les interventions de Plantu sur l’attitude de la presse vis-Ă -vis des puissants, de Marjan Satrapi sur la tolĂ©rance religieuse ou bien encore d’universitaires Ă  propos l’impact des Lumières sur les autres continents tombent parfaitement Ă  propos.

Nous avons ensuite repris notre voiture pour rentrer chez nous. Sur le chemin, nous avons pris la rue Saint-Jacques et, juste après le boulevard Saint-Germain, nous sommes tombĂ©s nez-Ă -nez avec les CRS qui barraient encore l’accès Ă  la Sorbonne. Les vĂ©hicules grillagĂ©s bloquaient le passage. La perspective montante de la rue scĂ©narisait, dans la lumière jaune des rĂ©verbères, le dĂ©ploiement des cars, canons Ă  eau et autres vĂ©hicules anti-Ă©meutes jusqu’Ă  la rue Soufflot. La violence lĂ©gale Ă©tait Ă  la parade; l’appareil rĂ©pressif Ă©tait au repos. Avait-il trop peinĂ© face Ă  300 Ă©tudiants ?

Si notre sociĂ©tĂ© n’a d’autre contrat social Ă  offrir Ă  sa jeunesse que le choix entre le CPE ou la matraque, gageons que la violence n’a pas fini de se donner en spectacle.

Dimanche 26 février 2006

La prison

Posté dans Droits de l'homme, Droit pĂ©nal par groM

En 1996, alors que j’Ă©tais Ă©tudiant dans une Ă©cole d’ingĂ©nieur, j’ai eu l’opportunitĂ© de donner des cours d’informatique Ă  des fonctionnaires de l’administration pĂ©nitentiaire qui souhaitaient voir leur carrière Ă©voluer: de gardiens - matons pour reprendre leur propre terme - ils voulaient devenir personnel administratif. Le cours n’Ă©tant pas particulièrement palpitant (utilisation de Windows 3.11), nous avons un peu discutĂ© de la vie carcĂ©rale. Cela m’a rapidement convaincu que je ne me lancerai jamais dans une carrière criminelle.

Quelques anecdotes donc, qui se rapportent Ă  la maison d’arrĂŞt de Fresnes, telles qu’Ă  l’Ă©poque. J’aimerais ĂŞtre sĂ»r que cela n’existe plus maintenant, mais rien n’est moins sĂ»r. La suite

Samedi 25 février 2006

A Zlabia

Posté dans Politique, Droits de l'homme par groM

Dans un commentaire, une lectrice, Zlabia, fait grief Ă  l’occident d’invoquer la libertĂ© d’expression comme une arme pour opprimer les musulmans. J’aimerais ici rĂ©agir Ă  son propos.

Je passerai sur la dĂ©nonciation que vous faites de la libertĂ© d’expression Ă  gĂ©omĂ©trie variable, car je la partage, Zlabia. Il est facile - et vendeur - de dĂ©fendre la libertĂ© contre l’intĂ©grisme, il est beaucoup plus risquĂ© par contre de contrarier les lobbies qui remplissent vos pages de pub. Je ne dĂ©fendrai pas non plus les caricatures en elles-mĂŞmes, qui me semblent douteuses au moins et haĂŻssables au plus, pas plus que je ne contesterai le dĂ©sir de provocation qui a prĂ©sidĂ© Ă  leur publication dans certains mĂ©dias. Mais nos convergences s’arrĂŞtent Ă  peu près lĂ .

Je conteste, tout d’abord, l’amalgame que vous pratiquez. Vous parlez de l’occident comme d’un front uni La suite

Dimanche 12 février 2006

LibertĂ© d’expression: le cadre conventionnel

Posté dans Droits de l'homme, Etranger par groM

Après avoir Ă©voquĂ© le cadre constitutionnel de la libertĂ© d’expression, penchons-nous maintenant sur son traitement dans le cadre conventionnel. Il s’agit ici de dĂ©terminer quels sont les conventions internationales, c’est Ă  dire les traitĂ©s, qui imposent Ă  la France de respecter la libertĂ© d’expression, et suivant quels modalitĂ©s. C’est une question importante, puisque comme le dĂ©clare l’article 55 de la constitution, “Les traitĂ©s ou accords rĂ©gulièrement ratifiĂ©s ou approuvĂ©s ont, dès leur publication, une autoritĂ© supĂ©rieure Ă  celle des lois, sous rĂ©serve, pour chaque accord ou traitĂ©, de son application par l’autre partie.“.

Dans le cadre des Nations Unies d’abord, la France a ratifiĂ© en 1980 le Pacte international relatif aux droits civils et politiques La suite

Mercredi 8 février 2006

LibertĂ© d’expression: l’approche constitutionnelle

« Nul ne doit ĂŞtre inquiĂ©tĂ© pour ses opinions, mĂŞme religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public Ă©tabli par la Loi. » proclame la dĂ©claration de 1789 dans son article 10, Ă©tablissant ainsi le principe de la libertĂ© d’opinion, avant de se prĂ©occuper immĂ©diatement de son corollaire, la libertĂ© d’expression : « La libre communication des pensĂ©es et des opinions est un des droits les plus prĂ©cieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, Ă©crire, imprimer librement, sauf Ă  rĂ©pondre Ă  l’abus de cette libertĂ© dans les cas dĂ©terminĂ©s par la Loi. » Depuis la fameuse dĂ©cision de 1971 du Conseil Constitutionnel, la libertĂ© d’expression fait donc partie du « bloc de constitutionnalitĂ© », c’est-Ă -dire de l’ensemble des exigences Ă  l’égard desquelles le conseil examine la conformitĂ© des lois qui lui sont soumises. La suite

Vendredi 3 février 2006

Expression et répression

Posté dans Droits de l'homme par groM

La libertĂ© d’expression est Ă  la une de l’actualitĂ©. Nous avons tous entendu parler, la blogosphère et la presse bruissant de cette question, de la polĂ©mique créée par la publication dans un journal Danois de caricatures reprĂ©sentant Mahommet dans des postures peu avantageuses. Il y a quelques jours, Philippe Bilger se faisait par ailleurs le dĂ©fenseur acharnĂ© de cette mĂŞme libertĂ© dans un autre contexte, celui de la rĂ©pression du dĂ©lit de nĂ©gation de crime contre l’humanitĂ©. Je dĂ©clarais alors en commentaire sur son billet, « comme tout libertĂ©, la libertĂ© d’expression peut gĂ©nĂ©rer des excès, et causer des troubles Ă  l’ordre public. Il convient alors au lĂ©gislateur de prendre des mesures qui concilient le maintien de l’ordre public avec les libertĂ©s considĂ©rĂ©es. C’est exactement ce que fait la loi Gayssot […] On peut juger que l’Ă©quilibre formulĂ© par [cette loi] n’est pas le bon. Je pense pour ma part qu’il l’est, juridiquement et humainement. […] La Shoah est, qu’on le veuille ou non, un des points de focalisation de la construction de la haine, et cette menace rĂ©elle de trouble Ă  l’ordre public justifie son statut particulier ».

Mais la polémique sur les caricatures de Mahommet illustre la fragilité de la motivation par le trouble à l’ordre public des restrictions à la liberté d’expression. Si on se fondait sur cette seule base, il faudrait certainement interdire ces fameuses caricatures car l’agitation qu’elles semblent créer dans le monde musulman pourrait potentiellement causer un grave trouble à l’ordre public en France. L’ordre public est par ailleurs aussi un ordre social - on le sait depuis Marx - et interdire les formes d’expression qui troublent l’ordre social c’est attaquer directement les droits politiques. Bref, qualifier ce qui dépasse la liberté d’expression est une question délicate et éminemment politique.

Pour discuter sereinement, voici donc un petit tour du cadre juridique de la liberté d’expression à venir dans les jours qui viennent.

  • Le cadre constitutionnel
  • Le cadre conventionnel
  • Le cadre lĂ©gislatif