Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Archive de la catégorie Politique

Mercredi 26 juillet 2006

Colère

Posté dans Politique par groM

Suite Ă  un article de Jules sur la proposition socialiste de Service Civil Obligatoire, j’ai postĂ© sur le blog du projet socialiste un commentaire, oĂą perçait d’abord mon agacement devant le pseudo-consensualisme de la mesure (”Il doit ĂŞtre un contrat entre un jeune, de 18 Ă  25 ans, et l’Etat“), oĂą j’apportais ensuite mon approbation Ă  un commentaire prĂ©cĂ©dent (qui ne souhaitait pas que ce service soit rĂ©servĂ© aux seuls “jeunes des quartiers“) et oĂą, enfin, j’exposais ma crainte que ce service civil ne serve qu’Ă  faire baisser artificiellement les statistiques du chĂ´mage. Suite Ă  ce post, Ă  chacune de mes connexions ultĂ©rieures sur ce site, j’ai pu voir mon commentaire, assorti d’une mention qui disait en substance: “en attente de modĂ©ration“.

Aujourd’hui, par contre, lorsque je me connecte sur le site en question, rien.

De deux choses l’une: soit le site du projet socialiste - qui utilise un relookage mĂ©diocre du template par dĂ©faut de Wordpress - est mal foutu et, Ă  cause de quelque subtilitĂ© de cookie qui m’Ă©chappe, mon commentaire est toujours en attente de modĂ©ration et je ne le vois pas; soit mon commentaire a Ă©tĂ© censurĂ©.

Dans le premier cas, je pardonne, mĂŞme si un parti qui veut gouverner la France devrait quand mĂŞme ĂŞtre en mesure de gĂ©rer correctement un site Web, au moins un site Web qui ne donne pas de faux espoirs aux Ă©lecteurs potentiels. Dans le deuxème cas, je suis profondĂ©ment en colère: si ce site ne vise qu’Ă  recueillir les avis des bĂ©ni-oui-oui qui sont toujours d’accord avec tout, je lui prĂ©dis de tomber bien vite dans l’oubli. Et, c’est le militant qui parle, si la plume au sein du Parti doit ĂŞtre serve, je vous garantis que la parole, elle, demeurera libre.

Dimanche 2 juillet 2006

Dessine-moi un parti politique (2)

Posté dans Politique par groM

Deuxième volet de notre promenade au travers des partis politiques, avec aujourd’hui le Front National (FN), parti mystĂ©rieux qui cristallise toutes les angoisses françaises, mais dont on sait finalement bien peu de choses malgrĂ© les 60.000 adhĂ©rents qu’il revendique et son succès Ă©lectoral du 21 avril 2002. La suite

Jeudi 29 juin 2006

Un exemple d’incompatibilitĂ© ministĂ©rielle

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Selon la biographie officielle figurant sur le site du premier ministre, Nicolas Sarkozy aurait été député de la 6ème circonscription des Hauts-de-Seine sans interruption de 1988 à 2002. Selon la même biographie, il a été plusieurs fois ministre durant cette période: de 93 à 94 au budget et de 94 à 95 comme ministre de la communication.

Comme l’article 23 de la constitution dispose que “les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire“, on peut en dĂ©duire deux choses.

La première est que cette biographie est inexacte: est-ce un effet de la bienveillance connue du premier ministre Ă  l’Ă©gard du second (ministre) ? Sans doute pas: la biographie du ministère de l’intĂ©rieur est sur la mĂŞme ligne.

La seconde est que les fonctions de dĂ©putĂ© de Nicolas Sarkozy ont donc bien Ă©tĂ© interrompues, et qu’un supplĂ©ant bien intentionnĂ© a galamment dĂ©missionnĂ© pour qu’il puisse reprendre son siège de dĂ©putĂ© en quittant ses fonctions gouvernementales. Renseignements pris, il s’agit de l’inestimable JoĂ«lle Ceccaldi Reynaud, connue pour sa mĂ©ritoire contribution Ă  la cĂ©lĂ©britĂ© de Christophe GrĂ©bert.

Le monde est décidemment bien petit.

Dimanche 25 juin 2006

Dessine-moi un parti politique (1)

Posté dans Politique, Droit public par groM

Peu de gens savent comment fonctionne un parti politique. Ce n’est pourtant pas de la “science de fusĂ©e”, pour reprendre une expression anglaise: ce n’est ni plus ni moins qu’une personne morale dont l’objet social est la prise du pouvoir politique et dont les règles de fonctionnement gèrent la rĂ©partition du pouvoir interne entre ses membres. Evidemment, il rĂ©sulte de cette rĂ©partition du pouvoir interne une option sur la future rĂ©partition externe du pouvoir (suivez mon regard sur ce qui se passe Ă  l’UMP). La suite

Dimanche 18 juin 2006

Outreau ? C’est oĂą Outreau ?

Posté dans Politique par groM

Je partage tout Ă  fait l’indignation d’Eolas Ă  propos de l’enterrement de première classe dont le rapport de la commission d’enquĂŞte sur l’affaire d’Outreau va faire l’objet, par les soins dĂ©vouĂ©s du garde des sceaux. Toutefois, mon point de vue est un peu diffĂ©rent de celui du pĂ©naliste qui, tous les jours, fait face Ă  l’absurditĂ© du système et tente d’en prĂ©venir les effets les plus nuisibles; il est politique. La suite

Mardi 16 mai 2006

Créativité constitutionnelle (suite)

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Lu dans le Monde: “M. Chirac n’a-t-il pas, lui-mĂŞme, prĂ©fĂ©rĂ© Ă©viter au premier ministre de mesurer son crĂ©dit auprès des dĂ©putĂ©s de l’UMP en lui refusant l’autorisation d’engager la responsabilitĂ© du gouvernement ?

Lu dans la constitution, Ă  l’article 49: “Le Premier Ministre, après dĂ©libĂ©ration du Conseil des Ministres, engage devant l’AssemblĂ©e Nationale la responsabilitĂ© du Gouvernement sur son programme ou Ă©ventuellement sur une dĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale. […] Le Premier Ministre peut, après dĂ©libĂ©ration du Conseil des Ministres, engager la responsabilitĂ© du Gouvernement devant l’AssemblĂ©e Nationale sur le vote d’un texte.

Lu dans le TLFI: “DÉLIBÉRER, verbe trans. A. Examiner, peser tous les Ă©lĂ©ments d’une question avec d’autres personnes, ou Ă©ventuellement en soi-mĂŞme, avant de prendre une dĂ©cision, pour arriver Ă  une conclusion.

OĂą il est confirmĂ© que l’opinion du Premier Ministre pèse bien peu face Ă  celle du PrĂ©sident de la RĂ©publique.

Lundi 15 mai 2006

Montfermeil (1): pour qui sonne le glas

Grâce à Matthieu Rouveyre, me voilà ainsi en possession du texte des fameuses ordonnances du tribunal administratif de Cergy-Pontoise par lesquelles les arrêtés du maire de Montfermeil restreignant la liberté de circulation des mineurs sur le territoire de sa commune ont été suspendues. Je ne mets pas en ligne les décisions en question car la copie que j’ai est sous forme de fax, ce qui se prête mal à une numérisation. Mais je suis sûr que François, qui nous médite un article beaucoup plus complet sur le même sujet et qui a ou aura bientôt une copie haute définition, s’en chargera.

Suspension et non pas annulation. Le MJS a en effet choisi la voie du référé-liberté, défini par l’article L521-2 du code de justice administrative, qui permet au juge des référé d’« ordonner tout mesure nécessaire à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illicite ». Il faut pour cela que la demande soit justifiée par l’urgence.
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Lundi 3 avril 2006

Et les ordonnances de Mitterrand ?

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Je dois avouer que je suis surpris qu’aucun constitutionnaliste avisĂ© ne m’ait jetĂ©, en rĂ©ponse au billet prĂ©cĂ©dent, une phrase perfide du style “Suspendre une loi promulguĂ©e, c’est pas pire que de refuser de signer une ordonnance“, en rĂ©fĂ©rence au refus du PrĂ©sident Mitterrand de signer, en 1986, certaines des ordonnances Ă©dictĂ©es par le gouvernement Chirac.
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Vendredi 31 mars 2006

Super promulgateur

Posté dans Droit constitutionnel, Politique, CPE par groM

Je demande au Gouvernement de prendre toutes les dispositions nĂ©cessaires pour qu’en pratique, aucun [CPE] ne puisse ĂŞtre signĂ© sans intĂ©grer pleinement l’ensemble de ces modifications” dĂ©clarait tout Ă  l’heure Jacques Chirac lors de son intervention tĂ©lĂ©visĂ©e après avoir dĂ©clarĂ© son intention de promulguer la loi.

La promulgation est l’acte par lequel le PrĂ©sident de la RĂ©publique constate qu’une loi a Ă©tĂ© rĂ©gulièrement adoptĂ©e et ordonne aux agents de l’Etat de l’exĂ©cuter. Pour ĂŞtre parfaitement explicites, les dĂ©crets de promulgation comportent mĂŞme une formule magique: “la prĂ©sente loi sera exĂ©cutĂ©e comme loi de l’Etat“.

La promulgation doit intervenir dans les 15 jours qui suivent le vote de la loi. La doctrine considère gĂ©nĂ©ralement que c'’est une compĂ©tence liĂ©e, ce qui signifie que le PrĂ©sident n’a pas l’opportunitĂ© de dĂ©cider de promulguer ou pas. Et il y a une bonne raison Ă  cette analyse.

Le Parlement, les Ă©lus de la Nation, ont votĂ© la loi sur l’Ă©galitĂ© des chances et le Conseil constitutionnel vient de juger cette loi en tout point conforme aux principes et aux valeurs de la RĂ©publique. En dĂ©mocratie, cela a un sens et doit ĂŞtre respectĂ©.” Les règles relatives Ă  la promulgation mĂ©ritent tout autant d’ĂŞtre respectĂ©es, n’en dĂ©plaisent Ă  Jacques Chirac, car le constituant n’a pas entendu lui donner un droit de vĂ©to sur les lois votĂ©es par le Parlement. Ce pouvoir serait scandaleux et exorbitant; il reviendrait Ă  court-circuiter le Parlement, et on imagine les effets dĂ©vastateurs d’une telle dĂ©cision en pĂ©riode de cohabitation.

Au delĂ  de la “crĂ©ativitĂ©” juridique de notre PrĂ©sident, qui pourrait ĂŞtre cocasse, Jacques Chirac est donc encore une fois responsable d’un affaiblissement des institutions dont il devrait ĂŞtre le garant. Et, paradoxalement, il pourrait forcer les pourfendeurs du CPE Ă  attaquer le Premier ministre devant le Conseil d’Etat, si jamais celui-ci signait un dĂ©cret visant Ă  faire obstacle Ă  la loi sur l’Ă©galitĂ© des chances.

On marche vraiment sur la tĂŞte.

Mercredi 29 mars 2006

La solidarité gouvernementale

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Un petit billet rapide, pour rĂ©agir aux nombreux commentaires de presse sur “la petite musique de la diffĂ©rence ” que ferait entendre le ministre de l’intĂ©rieur par rapport au Premier Ministre.

Le principe qui prĂ©vaut (encore) dans notre constitution est celui de la solidaritĂ© des membres du gouvernement, et de leur responsabilitĂ© politique collective devant le parlement. C’est la vieille règle des rĂ©gimes parlementaires que la constitution de 1958 reprend Ă  son compte.

L’article 10 indique ainsi que le gouvernement “est responsable devant le parlement“. Lorsque le gouvernement engage sa responsabilitĂ© devant l’AssemblĂ©e sur “un programme ou Ă©ventuellement sur une dĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale” (article 49 alinĂ©a 1), lorsqu’il l’engage sur “le vote d’un texte” (article 49 alinĂ©a 3), c’est Ă  chaque fois après en avoir dĂ©cidĂ© collectivement en Conseil des Ministres. MĂŞme chose pour les projets de lois, qui sont dĂ©libĂ©rĂ©s en conseil des ministres avant d’ĂŞtre dĂ©posĂ©s sur le bureau d’une des assemblĂ©es (article 39).

Dans le cas de la loi sur l’Ă©galitĂ© des chances, on ne peut donc pas dire que M. Sarkozy n’ait pas Ă©tĂ© prĂ©venu, et qu’il n’ait pas eu l’opportunitĂ© de faire entendre une Ă©ventuelle divergence de vue avant que la situation ne s’envenime. Si Jean-Pierre Chevènement a pu dĂ©clarer avec un brin de vulgaritĂ© qu’”un ministre ça ferme sa gueule ou ça dĂ©missionne,” le ministre d’Etat semble lui prendre la position strictement inverse, au risque de malmener un peu plus des institutions dĂ©jĂ  bien amoindries. Mais peut-ĂŞtre est-ce aussi le moment idĂ©al pour lâcher le char de l’Etat et Ă©viter d’ĂŞtre entraĂ®nĂ©, avec lui, dans le mur.