Bloghorrée

Extrêmiste de la laïcité depuis 1976

Archive de la catégorie Politique

Dimanche 12 mars 2006

La lumière vint de la matraque

Posté dans Politique, Droits de l'homme par groM

Hier, ma femme, mon fils et moi avons visitĂ© l’exposition Lumières Ă  la BNF. Excellente visite: pas grand-monde Ă  la caisse, espaces agrĂ©ables - mĂŞme si Ă©tonnament mal adaptĂ© Ă  la poussette, musĂ©ographie claire Ă  dĂ©faut d’ĂŞtre multilingue, mais surtout contenu passionnant. Que d’Ă©motion devant les manuscrits du Contrat Social ou de l’Esprit des Lois; quelle brillante dĂ©monstration de l’actualitĂ© des Lumières est faite grâce aux Ă©ditions originales du TraitĂ© des dĂ©lits et des peines de Beccaria, du Mahommet de Voltaire, ou bien encore des oeuvres architecturales de Bentham, qui se proposait d’adopter le système panoptique pour l’usine, l’hĂ´pital, l’Ă©cole et la prison. Pour une fois enfin, les moyens audiovisuels sont utilisĂ©s avec pertinence: les interventions de Plantu sur l’attitude de la presse vis-Ă -vis des puissants, de Marjan Satrapi sur la tolĂ©rance religieuse ou bien encore d’universitaires Ă  propos l’impact des Lumières sur les autres continents tombent parfaitement Ă  propos.

Nous avons ensuite repris notre voiture pour rentrer chez nous. Sur le chemin, nous avons pris la rue Saint-Jacques et, juste après le boulevard Saint-Germain, nous sommes tombĂ©s nez-Ă -nez avec les CRS qui barraient encore l’accès Ă  la Sorbonne. Les vĂ©hicules grillagĂ©s bloquaient le passage. La perspective montante de la rue scĂ©narisait, dans la lumière jaune des rĂ©verbères, le dĂ©ploiement des cars, canons Ă  eau et autres vĂ©hicules anti-Ă©meutes jusqu’Ă  la rue Soufflot. La violence lĂ©gale Ă©tait Ă  la parade; l’appareil rĂ©pressif Ă©tait au repos. Avait-il trop peinĂ© face Ă  300 Ă©tudiants ?

Si notre sociĂ©tĂ© n’a d’autre contrat social Ă  offrir Ă  sa jeunesse que le choix entre le CPE ou la matraque, gageons que la violence n’a pas fini de se donner en spectacle.

Mardi 7 mars 2006

Génération DADVSI

Je signale, suite au prĂ©cĂ©dent billet, l’excellente relation faite ici et lĂ  par Samuel de la manière dont le gouvernement a Ă©jectĂ© l’amendement sur la licence globale. J’en profite pour m’Ă©tonner que les groupes parlementaires ne disposent manifestement pas des compĂ©tences juridiques nĂ©cessaires Ă  leur action, et observer avec intĂ©rĂŞt que, avec le projet de loi DADVSI et après la question des brevets logiciels, c’est toute une gĂ©nĂ©ration qui fait son Ă©ducation politique par le biais de ces projets contestĂ©s.

Samedi 25 février 2006

A Zlabia

Posté dans Politique, Droits de l'homme par groM

Dans un commentaire, une lectrice, Zlabia, fait grief Ă  l’occident d’invoquer la libertĂ© d’expression comme une arme pour opprimer les musulmans. J’aimerais ici rĂ©agir Ă  son propos.

Je passerai sur la dĂ©nonciation que vous faites de la libertĂ© d’expression Ă  gĂ©omĂ©trie variable, car je la partage, Zlabia. Il est facile - et vendeur - de dĂ©fendre la libertĂ© contre l’intĂ©grisme, il est beaucoup plus risquĂ© par contre de contrarier les lobbies qui remplissent vos pages de pub. Je ne dĂ©fendrai pas non plus les caricatures en elles-mĂŞmes, qui me semblent douteuses au moins et haĂŻssables au plus, pas plus que je ne contesterai le dĂ©sir de provocation qui a prĂ©sidĂ© Ă  leur publication dans certains mĂ©dias. Mais nos convergences s’arrĂŞtent Ă  peu près lĂ .

Je conteste, tout d’abord, l’amalgame que vous pratiquez. Vous parlez de l’occident comme d’un front uni La suite

Mercredi 8 février 2006

Le CPE

Posté dans Politique par groM

Juste pour contrarier le Figaro qui, à l’aune des blogs, estimait faible la mobilisation contre le CPE, voici un billet sur le sujet que je vais essayer de garder rationnel. Je vous prie de croire que c’est dur : quand Villepin répète à l’envie que plus social tu meurs, sans pour autant dire en quoi le CPE est social, quand le même Villepin nous explique que la modernité c’est le retour à une législation qui rappelle par certains aspects l’embauche à la journée du XIXème siècle, j’ai beaucoup de mal à rester zen. Je vous rassure : je suis aussi agacé par la position du PS sur la question, sur laquelle je garderai le silence prudent de celui qui n’en pense pas moins. La suite

Vendredi 20 janvier 2006

Garfieldd

Posté dans Politique, Droits de l'homme par groM

J’avais promis Ă  Thomas un billet sur la notion de pornographie, mise crĂ»ment en lumière par l’affaire Garfieldd. Mais avant cela, j’aimerai me placer sur un terrain plus politique et rappeler Ă  notre très dĂ©mocrate et très chrĂ©tien ministre de l’Ă©ducation nationale que des rĂ©volutions ont dĂ©jĂ  dĂ©marrĂ©, dans notre vieux pays, après que le pouvoir eut pris de mesures dĂ©raisonnablement restrictives de la libertĂ© de la presse.

J’en conviens, l’ambiance n’est plus Ă  brĂ»ler l’ElysĂ©e ou la rue de Grenelle, et il ne faut pas comparer directement les blogs et la presse. Mais les blogs sont lĂ , et bien lĂ , et ils constituent une forme d’expression et d’information que les citoyens apprĂ©cient de plus en plus. Aussi regrettable que cela soit pour un pouvoir Chiraquien en fin de règne, et plus gĂ©nĂ©ralement pour une classe politique inapte Ă  tracer clairement des perspectives d’avenir, beaucoup de citoyens ont, comme Garfieldd, des choses qui dĂ©rangent Ă  dire. La bronca que cette affaire a dĂ©clenchĂ©e montre suffisament que cela n’est pas prĂŞt de s’arrĂŞter.

Merci Garfieldd.

Vendredi 20 janvier 2006

Le droit de vote des étrangers et DSK

Je dois avouer que la question du droit de vote des étrangers m’a longtemps embarassé.

Pourtant d’habitude assez proche des positions de Bertrand Delanoë, c’est avec un certain malaise que je l’ai entendu comparer, en 2004, l’accession au droit de vote des étrangers résidant depuis plus de 10 ans en France à l’abolition de la peine de mort. Pour souhaitable que l’on puisse considérer ces réformes, je trouve regrettable de mettre sur le même plan l’assassinat légal et la privation du vote pour les étrangers. Jusqu’à preuve du contraire, celle-ci reste le droit commun de la plupart des états du monde, et à invoquer les combats les plus nobles pour les causes plus ordinaires, on ne grandit ni les premiers, ni les secondes.

Dans le mĂŞme ordre d’idĂ©e j’écarte l’argument qu’il faudrait donner le droit de vote aux Ă©trangers au motif qu’ils payent des impĂ´ts et que cela leur donne des droits. Le suffrage n’est plus censitaire depuis 1848 et, heureusement, les citoyens qui ne payent pas d’impĂ´ts directs peuvent voter. Il y a donc quelque paradoxe aussi Ă  soutenir cette thèse, d’autant que l’essentiel de l’impĂ´t est dĂ©cidĂ© par l’AssemblĂ©e Nationale, Ă  l’élection de laquelle il n’a jamais Ă©tĂ© question de faire participer les Ă©trangers.

Ce préliminaire fait, quels sont les arguments en présence ?

Pour

En faveur de ce droit de vote, on trouve d’abord une pratique européenne. Ainsi, la plupart des états de l’Union européenne, suivant une recommandation du Parlement Européen de 1989, accordent le droit de vote aux résidents étrangers, selon des modalités variables. L’Irlande est la plus généreuse, où ils peuvent voter après 6 mois de présence. L’Espagne est beaucoup plus rigide, puisqu’elle conditionne le droit de vote à des mesures de réciprocité de la part des autres états, et qu’elle n’a, à l’heure actuelle, d’accord qu’avec la Norvège. Au-delà de la pratique, on notera que le conseil de l’Europe a rédigé une Convention sur la participation des étrangers à la vie publique au niveau local dont le chapitre C invite les états signataire à donner ce droit de vote – tout en leur donnant la possibilité d’émettre des réserves sur le sujet. On notera que la France n’a pas encore signé ce traité.

En faveur également d’une telle mesure, on trouve l’argument sociologique, qui voudrait que le suffrage soit un facteur d’intégration des populations étrangères, et stimule leur intérêt pour la vie publique et donc, partant, leur intégration à la société française.

A gauche enfin et surtout, force est de constater que la présence de cette mesure dans les 110 propositions de 1981 en a fait un mythe intouchable. Remarquons toutefois que le gouvernement Jospin, s’il a fait voter le 4 avril 2000 un projet de loi constitutionnelle en ce sens par l’Assemblée nationale, a renoncé à le présenter devant le Sénat pour s’éviter un combat perdu d’avance.

Contre

Car une partie significative de la droite, y compris, jusqu’à une date récente, Nicolas Sarkozy, était très sensibles aux arguments opposés à cette mesure. Parmi ceux-ci, citons bien sûr le lien indéfectible entre nationalité et exercice du suffrage, que Dominique de Villepin soulignait encore récemment ; la peur de voir apparaître un vote communautaire dans les communes à forte composante étrangère ; l’impact enfin qu’aurait une telle mesure sur l’exercice de la souveraineté nationale, puisque les conseillers municipaux, qui aurait été en partie élus par des étrangers, forment les gros bataillon du collège électoral du Sénat.

Des arguments pour la plupart inopérants

Malheureusement, aucun de ces arguments, en pour comme en contre, ne me semble très pertinent.

S’il y a une pratique des états européens concernant le droit de vote des étrangers, cette pratique est tellement hétérogène qu’elle forme un continuum qui va quasiment du vote immédiat au non vote des étrangers. Dès lors, on ne peut y voir une « coutume régionale » et la France ne saurait se sentir engagée dans un sens ou dans l’autre. Rien ne l’oblige non plus à ratifier la convention du conseil de l’Europe ou à suivre la recommandation du Parlement Européen. Cela pourrait par contre être pertinent dans le cadre d’une politique de « bon voisinage ».

Commençons par démonter la peur du vote communautaire. Les études montrent que si les étrangers avaient le droit de vote, leur suffrage serait républicain et assez proche du suffrage des nationaux.

L’atteinte à la souveraineté nationale me semble alors un argument complètement théorique. Pour que celle-ci soit touchée, il faudrait que le vote des étrangers puisse avoir un effet notablement différent de celui des nationaux non seulement au niveau des communes, mais au niveau du Sénat. Le système de scrutin indirect, le fait que les étrangers ne pourraient sans doute pas être adjoints ou maires, le fait qu’ils voteraient globalement comme les nationaux, tous ces paramètres rendent le problème hautement improbable en pratique. Ceci dit, ce n’est pas pour ça que localement ne pourraient se produire des phénomènes de focalisation communautaire.

L’argument selon lequel le vote favoriserait l’intérêt pour la société d’accueil et préviendrait ces phénomènes ne me semble malheureusement pas très concluant. Je ne vois pas en quoi les étrangers seraient plus désireux de voter que les français, qui le sont peu ; et le fait de se sentir rejeté par ses « concitoyens » peut même décourager certains de voter. J’ai pour ma part habité dans deux pays étrangers. Dans l’un d’eux, enfant, je me suis senti violemment rejeté par mes camarades de classe. Jamais je n’y aurais exercé mon droit de suffrage - si jamais je l’avais eu.

Pour finir, notons que le lien « indéfectible » entre nationalité et suffrage est juridiquement inopérant, mais sentimentalement très fort. Noël Mamère, lorsqu’il était rapporteur du projet de loi constitutionnelle évoqué plus haut, a fort bien démontré qu’il était possible de distinguer citoyenneté et nationalité. On peut citer, en allant dans le même sens, l’élection de l’américain Thomas Paine à la Convention ou celle de Garibaldi à l’Assemblée, en 1870, et noter que l’histoire n’a retenu que celui qui l’a défendu, Victor Hugo, pour oublier ceux qui avaient refusé au révolutionnaire Italien le droit de représenter le peuple Français.

La naturalisation oui - mais une naturalisation facile

La nationalité et la citoyenneté font partie, avec la langue, la culture, de ce qui fonde le sentiment d’appartenance commune. Ce sentiment d’appartenance, surtout à l’heure actuelle, n’a rien d’une évidence. Il semble donc légitime que les étrangers qui sont amenés, non seulement à demeurer en France, mais aussi à s’intéresser à notre vie publique, manifestent par un acte positif leur désir de rejoindre la communauté nationale. Et comment mieux le faire qu’en demandant la nationalité Française ? Il est par contre peu évident que le fait de donner automatiquement le droit de vote fasse naître ou progresser un quelconque sentiment, bien au contraire.

La proposition formulĂ©e aujourd’hui par Dominique Strauss-Kahn que l’inscription sur les listes Ă©lectorales des Ă©trangers qui rĂ©pondent aux conditions de durĂ©e de sĂ©jour vaille demande de naturalisation me semble donc reprĂ©senter un juste point d’équilibre entre d’une part, la nĂ©cessaire reconnaissance des droits des personnes qui vivent durablement sur notre sol et d’autre part le besoin qu’a la communautĂ© nationale de se construire par un sentiment d’appartenance commune. Issus d’une immigration familiale, les Ă©trangers qui vivent en France ont pour la plupart vocation Ă  rester toute leur vie chez nous. Proposons-leur de devenir Français, plutĂ´t que d’en faire des citoyens de seconde zone et, dans le mĂŞme temps, de les soumettre Ă  toutes les vexations administratives possibles.

Vendredi 6 janvier 2006

Mitterrand

Posté dans Politique, Citations par groM

Puisqu’il faut cĂ©lĂ©brer les 10 ans de la mort du premier prĂ©sident de gauche de la Vème RĂ©publique, La citation du jour est un extrait d’une interview donnĂ©e par celui-ci peu après son entrĂ©e en fonction:

  • La journaliste: Est-ce que vos amis ont changĂ© leur manière de s’adresser Ă  vous depuis que vous ĂŞtes prĂ©sident de la RĂ©publique ?
  • François Mitterrand: Oui. Il le fallait.
  • La journaliste: Pourquoi ?
  • François Mitterrand: Parce que je suis le PrĂ©sident de la RĂ©publique Française.

Je n’apprĂ©cie pas tout dans l’hĂ©ritage de Mitterrand. Mais j’aime indĂ©niablement cette espèce de virtu Stendhalienne, qui le fit dĂ©barquer sous les obus Ă  Sarajevo en 94 ou aller, accompagnĂ© d’un seul garde du corps, dire d’homme Ă  homme Ă  Khadafi que s’il allait plus loin au Tchad, ce serait la guerre.

C’est la virtu qui nous manque le plus aujourd’hui.

Vendredi 23 décembre 2005

La citation du jour

Posté dans Politique, Droits de l'homme, Citations par groM

Lu dans Libération de ce jour:

“Ce n’est pas parce qu’une personne n’est pas condamnĂ©e qu’elle n’a pas commis d’infraction.”

Nicolas Sarkozy, avocat, ministre de l’intĂ©rieur, Ă  propos des personnes jugĂ©es, souvent en comparution immĂ©diate, pour les Ă©meutes dans les banlieues. Je suis vraiment curieux de savoir ce qu’il veut dire dans la mesure oĂą je doute que ces personnes aient fait l’objet de mesures de la troisième voie … Dès lors, est-ce que le ministre sous-entend (encore) que les juges font n’importe quoi ?

Mardi 6 décembre 2005

Nos sénateurs

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

L’assemblĂ©e nationale nationale s’apprĂŞte Ă  examiner un projet de loi qui se propose d’allonger d’un an le mandat d’une partie des sĂ©nateurs.

La raison officiellement invoquĂ©e est celle de la surcharge du calendrier Ă©lectoral pour 2007. Qu’on en juge: cette annĂ©e aurait comptĂ© bien sĂ»r l’Ă©lection prĂ©sidentielle, mais aussi des lĂ©gislatives, des cantonales, des municipales et des sĂ©natoriales ! Le risque Ă©tait grand de voir les Ă©lecteurs se dĂ©sintĂ©resser de tant de scrutins diffĂ©rents. Un prĂ©cĂ©dent projet de loi a donc prorogĂ© d’un an le mandat des conseillers municipaux et gĂ©nĂ©raux jusqu’en mars 2008, repoussant d’autant les Ă©lections municipales et cantonales.

Mais comme les conseillers municipaux et gĂ©nĂ©raux forment les gros bataillons des grands Ă©lecteurs du sĂ©nat, il Ă©tait donc logique de faire Ă©lire les sĂ©nateurs après leur renouvellement plutĂ´t qu’avant. Faire le contraire aurait Ă©tĂ© pour le moins douteux, puisque cela aurait conduit Ă  ne pas changer le collège des grands Ă©lecteurs, et donc Ă  maintenir pour 6 ans le rapport de forces au sein de la haute-assemblĂ©e. Le projet en question repousse donc en septembre 2008 le renouvellement du SĂ©nat, et, en Ă©change de cette annĂ©e supplĂ©mentaire, rĂ©duit d’un an le mandat des sĂ©nateurs qui seront Ă©lus en 2008. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Mais …

Mais c’est tout bĂ©nĂ©fice pour le gouvernement. En cas de victoire de la droite, personne ne contestera la lĂ©gitimitĂ© de ces Ă©lus qui seront finalement restĂ© en place durant 7 ans, alors que tout le monde Ă©tait d’accord pour trouver que cette durĂ©e Ă©tait injustifiĂ©e pour le mandat de prĂ©sident de la RĂ©publique. En cas de dĂ©faite par contre, la droite disposera pendant un an de contre-pouvoirs efficaces contre un gouvernement de gauche: le sĂ©nat empĂŞchera les Ă©volutions constitutionnelles et retardera l’examen des projets de loi; les municipalitĂ©s contre-balanceront des pouvoirs nationaux et rĂ©gionaux aux mains des socialistes.

Bref, ce qui peut apparaĂ®tre comme une mesure purement technique est en fait une consolidation du pouvoir de la prĂ©sente majoritĂ©. On notera que personne n’a en revanche eu l’idĂ©e d’anticiper les municipales Ă  2006, alors que renouveler les instances locales au bout de 5 ans n’aurait pas Ă©tĂ© scandaleux. Mais le pouvoir, fut-il municipal, est tellement dur Ă  avoir qu’on ne le lache pas comme ça.

Vendredi 7 octobre 2005

Malaises

Posté dans Politique par groM

Deux micro faits divers auxquels j’ai assistĂ© Ă  15 jours d’intervalle. Simple coĂŻncidence ou tendance de fond, je ne prĂ©tends pas qu’ils aient une valeur probante quelconque. Les seules chose dont je suis sĂ»r, c’est que c’est tout bĂ©nĂ©fice pour les fachos et qu’ils m’ont mis profondĂ©ment mal Ă  l’aise. [Modification après commentaire]

Fin septembre, boulevard de Port-Royal. Je me rends Ă  mes examens, et arrivĂ© sur place vers 13h30, je rentre dans une boulangerie pour acheter un sandwich. Alors que j’attendais depuis 1 minute ou deux, j’entends une voix puissante et aggressive qui dit: “A la boucherie ils les ont pris mes tickets restaurant !” La boulangère lève les yeux et lui rĂ©pond, manifestement excĂ©dĂ©e: “Ils font ce qu’ils veulent, Ă  la boucherie, mais ce n’est pas des chèques restaurant que vous avez, mais des chèques services ! Nous on les prend pas !
- Ouai ! C’est toujours pareil ! C’est parce que je suis Arabe ! Vous ĂŞtes raciste !

Je tiens Ă  signaler que, jusque lĂ , je n’avais pas remarquĂ© cette caractĂ©ristique. La boulangère:
- Bhen voyons …
- Espèce de vieille peau ! Je t’emmerde !
- Et bien nous aussi !
” (intervention de la deuxième boulangère)
Sur ce, le gars tourne les talons et s’en va. La stupĂ©faction cède la place au soulagement. Moi: “je voudrais un sandwich … je peux payer avec un ticket restaurant, alors ?

Hier soir, dans le train. ArrivĂ©e Ă  la gare de La DĂ©fense, vers 19h30. Je suis installĂ© en bout de wagon, dans une place Ă  quatre, avec une personne en diagonale par rapport Ă  moi. Dans la foule qui monte, un couple âgĂ©, entre soixante-dix et quatre-vingt ans. Derrière, une dame. Je me dĂ©calle en face de mon voisin pour que le couple puisse discuter commodĂ©ment. Celui-ci, pensant que la dame Ă©tait une connaissance du couple, se lève pour aller prendre une autre place et leur permettre d’ĂŞtre cĂ´te-Ă -cĂ´te. Alors que le vieux monsieur attend pour le laisser passer, on entend la dame situĂ©e derrière crier:
“- Mais vous allez vous assoir ! On n’a pas idĂ©e de laisser les gens debout !” La scène avait durĂ©e 10 secondes depuis l’entrĂ©e en gare. Le Monsieur, complètement soufflĂ©:
- Mais une minute madame: je laisse ce monsieur changer de place !
- Je suis fatiguée moi !
- Et moi, je suis plus âgé que vous !
- Et moi, je fais le jeûne, et je vais pas me laisser emmerder par des gens qui bouffent toute la journée !
” Silence stupĂ©fait dans le wagon.
- Ca vous regarde, Madame !
Tout ce petit monde finit par s’assoir. Le couple Ă©change Ă  voie basse des commentaires. “C’est pas la peine de me regarder avec vos yeux !” reprend l’hystĂ©rique. Je me tourne vers elle, la fusille du regard. Le monsieur me dit: “Ne dites rien, c’est pas la peine.“. Elle se baisse vers son sac Ă  main et en sort des fruits secs, qu’elle commence Ă  manger.