La lumière vint de la matraque
Hier, ma femme, mon fils et moi avons visitĂ© l’exposition Lumières Ă la BNF. Excellente visite: pas grand-monde Ă la caisse, espaces agrĂ©ables - mĂŞme si Ă©tonnament mal adaptĂ© Ă la poussette, musĂ©ographie claire Ă dĂ©faut d’ĂŞtre multilingue, mais surtout contenu passionnant. Que d’Ă©motion devant les manuscrits du Contrat Social ou de l’Esprit des Lois; quelle brillante dĂ©monstration de l’actualitĂ© des Lumières est faite grâce aux Ă©ditions originales du TraitĂ© des dĂ©lits et des peines de Beccaria, du Mahommet de Voltaire, ou bien encore des oeuvres architecturales de Bentham, qui se proposait d’adopter le système panoptique pour l’usine, l’hĂ´pital, l’Ă©cole et la prison. Pour une fois enfin, les moyens audiovisuels sont utilisĂ©s avec pertinence: les interventions de Plantu sur l’attitude de la presse vis-Ă -vis des puissants, de Marjan Satrapi sur la tolĂ©rance religieuse ou bien encore d’universitaires Ă propos l’impact des Lumières sur les autres continents tombent parfaitement Ă propos.
Nous avons ensuite repris notre voiture pour rentrer chez nous. Sur le chemin, nous avons pris la rue Saint-Jacques et, juste après le boulevard Saint-Germain, nous sommes tombĂ©s nez-Ă -nez avec les CRS qui barraient encore l’accès Ă la Sorbonne. Les vĂ©hicules grillagĂ©s bloquaient le passage. La perspective montante de la rue scĂ©narisait, dans la lumière jaune des rĂ©verbères, le dĂ©ploiement des cars, canons Ă eau et autres vĂ©hicules anti-Ă©meutes jusqu’Ă la rue Soufflot. La violence lĂ©gale Ă©tait Ă la parade; l’appareil rĂ©pressif Ă©tait au repos. Avait-il trop peinĂ© face Ă 300 Ă©tudiants ?
Si notre sociĂ©tĂ© n’a d’autre contrat social Ă offrir Ă sa jeunesse que le choix entre le CPE ou la matraque, gageons que la violence n’a pas fini de se donner en spectacle.