Bloghorrée

Extrêmiste de la laïcité depuis 1976

Archive de la catégorie Politique

Vendredi 7 octobre 2005

Malaises

Posté dans Politique par groM

Deux micro faits divers auxquels j’ai assistĂ© Ă  15 jours d’intervalle. Simple coĂŻncidence ou tendance de fond, je ne prĂ©tends pas qu’ils aient une valeur probante quelconque. Les seules chose dont je suis sĂ»r, c’est que c’est tout bĂ©nĂ©fice pour les fachos et qu’ils m’ont mis profondĂ©ment mal Ă  l’aise. [Modification après commentaire]

Fin septembre, boulevard de Port-Royal. Je me rends Ă  mes examens, et arrivĂ© sur place vers 13h30, je rentre dans une boulangerie pour acheter un sandwich. Alors que j’attendais depuis 1 minute ou deux, j’entends une voix puissante et aggressive qui dit: “A la boucherie ils les ont pris mes tickets restaurant !” La boulangère lève les yeux et lui rĂ©pond, manifestement excĂ©dĂ©e: “Ils font ce qu’ils veulent, Ă  la boucherie, mais ce n’est pas des chèques restaurant que vous avez, mais des chèques services ! Nous on les prend pas !
- Ouai ! C’est toujours pareil ! C’est parce que je suis Arabe ! Vous ĂŞtes raciste !

Je tiens Ă  signaler que, jusque lĂ , je n’avais pas remarquĂ© cette caractĂ©ristique. La boulangère:
- Bhen voyons …
- Espèce de vieille peau ! Je t’emmerde !
- Et bien nous aussi !
” (intervention de la deuxième boulangère)
Sur ce, le gars tourne les talons et s’en va. La stupĂ©faction cède la place au soulagement. Moi: “je voudrais un sandwich … je peux payer avec un ticket restaurant, alors ?

Hier soir, dans le train. ArrivĂ©e Ă  la gare de La DĂ©fense, vers 19h30. Je suis installĂ© en bout de wagon, dans une place Ă  quatre, avec une personne en diagonale par rapport Ă  moi. Dans la foule qui monte, un couple âgĂ©, entre soixante-dix et quatre-vingt ans. Derrière, une dame. Je me dĂ©calle en face de mon voisin pour que le couple puisse discuter commodĂ©ment. Celui-ci, pensant que la dame Ă©tait une connaissance du couple, se lève pour aller prendre une autre place et leur permettre d’ĂŞtre cĂ´te-Ă -cĂ´te. Alors que le vieux monsieur attend pour le laisser passer, on entend la dame situĂ©e derrière crier:
“- Mais vous allez vous assoir ! On n’a pas idĂ©e de laisser les gens debout !” La scène avait durĂ©e 10 secondes depuis l’entrĂ©e en gare. Le Monsieur, complètement soufflĂ©:
- Mais une minute madame: je laisse ce monsieur changer de place !
- Je suis fatiguée moi !
- Et moi, je suis plus âgé que vous !
- Et moi, je fais le jeûne, et je vais pas me laisser emmerder par des gens qui bouffent toute la journée !
” Silence stupĂ©fait dans le wagon.
- Ca vous regarde, Madame !
Tout ce petit monde finit par s’assoir. Le couple Ă©change Ă  voie basse des commentaires. “C’est pas la peine de me regarder avec vos yeux !” reprend l’hystĂ©rique. Je me tourne vers elle, la fusille du regard. Le monsieur me dit: “Ne dites rien, c’est pas la peine.“. Elle se baisse vers son sac Ă  main et en sort des fruits secs, qu’elle commence Ă  manger.

Mardi 27 septembre 2005

Clément ose tout

En lisant le Libération de ce matin, je suis resté pantois.

L’article explique que le ministre de la justice Pascal ClĂ©ment, garde des sceaux et ancien avocat, se propose de faire adopter une loi qui oblige les dĂ©linquants sexuels Ă  porter un bracelet Ă©lectronique. Le problème, c’est qu’une telle loi contreviendrait Ă  l’article 8 de la dĂ©claration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui dispose que: “nul ne peut ĂŞtre puni qu’en vertu d’une loi Ă©tablie et promulguĂ©e antĂ©rieurement au dĂ©lit” en ce qu’elle s’appliquerait aussi aux dĂ©linquants dĂ©jĂ  condamnĂ©s. Et rappelons-le, depuis la cĂ©lèbre dĂ©cision 71-44 DC du 16 juillet 1971, la dĂ©claration fait partie du “bloc de constitutionnalitĂ©” que le Conseil constitutionnel entend faire respecter.

Ce n’est certes pas la première fois qu’un gouvernement dĂ©sire prendre des mesures inconstitutionnelles. Jusqu’Ă  la rĂ©forme de 1974, seuls le PrĂ©sident de la RĂ©publique, le Premier ministre, le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale et le prĂ©sident du SĂ©nat pouvaient dĂ©fĂ©rer les lois au Conseil Constitutionnel entre leur vote et leur promulgation. Et sauf erreur de casting (par exemple dans les annĂ©es 60 quand le PrĂ©sident du SĂ©nat Gaston Monerville faisait de la rĂ©sistance), le contrĂ´le du conseil est demeurĂ© extrĂŞmement … lĂ©ger. Depuis la rĂ©forme de 74, la saisine est Ă©galement ouverte Ă  60 dĂ©putĂ©s ou 60 sĂ©nateurs, ce qui a permis une extension sans prĂ©cĂ©dent du contrĂ´le de constitutionnalitĂ© dans notre pays et permis Ă  l’opposition de faire entendre sa voie dans des contextes parfois difficiles. La gauche peut donc tout Ă  fait saisir le Conseil sur le projet de Pascal ClĂ©ment et selon toute probabilitĂ©, obtenir la censure d’une partie significative des dispositions. On peut mĂŞme se demander Ă  lire l’article s’il n’y aurait pas 60 dĂ©putĂ©s de droite pour signer une telle saisine, cironstance inhabituelle qui montre l’ineptie complète dans laquelle se trouve le ministre.

Mais Pascal ClĂ©ment a trouvĂ© la solution. Il compte bien faire endosser la responsabilitĂ© politique d’un refus Ă  ceux qui feraient censurer cette loi, parlementaires ou membres du conseil constitutionnel: “je ne veux pas assumer la responsabilitĂ© politique de dire que nous ne pouvons rien faire pour les dĂ©tenus en stock“, aurait-il dĂ©clarĂ©. Notons au passage le mĂ©pris que cela implique pour l’intellect des victimes de violences sexuelles, la manière particulièrement inhumaine de parler des dĂ©tenus et l’absence totale de courage politique qui transpirent de cette dĂ©claration. Nous avons malheureusement l’habitude de telles caractĂ©ristiques dans le monde politique. Mais qu’un ministre, chargĂ© d’apposer le sceau de la RĂ©publique quand la constitution est modifiĂ©e, se permette de faire chanter la reprĂ©sentation nationale et le Conseil Constitutionnel, ça, je ne l’avais jamais entendu.

[Ajout du 28 septembre:]
un article du Monde sur cette question

Mercredi 14 septembre 2005

La Rochelle: Propositions institutionnelles

Posté dans Droit constitutionnel, Politique par groM

Après les vagues provoquĂ©es par les propositions du PS en matière de droit civil (j’attends d’ailleurs toujours des commentaires sur l’indĂ©pendance du parquet), voici l’Ă©tat de la discussion en matière institutionnelle. Soyons ambitueux, la question est: quelle RĂ©publique pour la France ?

Deux grandes tendances s’opposent: les parlementaristes d’une part, les prĂ©sidentialistes d’autre part. Le second camp est nettement moins garni, et ne compte que deux tĂ©nors: DSK et Lang, qui veulent tout deux une Ă©volution de notre système vers le système amĂ©ricain. S’ils poussent jusqu’au bout la logique des Ă©volutions rĂ©centes (quinquennat et “remise en ordre du calendrier institutionnel”), force est de constater que l’adaptation du système prĂ©sidentiel chez nous reste un pari.

  • Les mentalitĂ©s sont marquĂ©es par l’empreinte du cĂ©sarisme façon NapolĂ©on 1er ou NapolĂ©on III, voire dans une moindre mesure celui de de Gaulle, et l’ascension de Sarkozy me laisse Ă  penser que nous avons une faiblesse congĂ©nitale pour les hommes providentiels. L’histoire montre parfois que la providence peut se foutre des peuples, et je ne suis pas sĂ»r qu’un système qui organise l’irresponsabilitĂ© politique soit très souhaitable dans ce contexte.
  • Le système prĂ©sidentiel demande des Ă©quilibres subtiles et une coopĂ©ration des organes qui n’est pas dans notre culture dĂ©mocratique. Nous avons une tendance nĂ©vrotique, en France, Ă  ne croire que dans les vertus salvatrices de la crise. Je ne veux viser personne, mais le rĂ©fĂ©rendum du 29 mai en est un exemple topique. Le système prĂ©sidentiel aboutirait donc sans doute chez nous Ă  des blocages.

Je fais donc mienne l’approche de la majoritĂ©, qui veut un renouvellement de nos institutions qui, pour reprendre la formule consacrĂ©e, “revalorise le rĂ´le du parlement”. Il y a, lĂ  aussi, plusieurs Ă©coles:

  • Marc Dolez, le premier fĂ©dĂ©ral du Nord, prĂ´ne un retour aux Ă©quilibres institutionnels de la IVème RĂ©publique. Pour lui, il faut mĂŞme revenir sur l’Ă©lection du PrĂ©sident de la RĂ©publique au suffrage universel direct, et donner la plĂ©nitude du pouvoir exĂ©cutif au Premier Ministre.
  • Montebourg a une position lĂ©gèrement diffĂ©rente: pour lui, le PrĂ©sident doit toujours ĂŞtre Ă©lu au suffrage universel direct pour 7 ans, mais ses pouvoirs doivent effectivement ĂŞtre proches de ceux qu’il avait sous la IVème. L’idĂ©e est que les Français ne comprendraient pas que l’on revienne sur cette Ă©lection.

Pour ces deux-lĂ , le mode de scrutin doit garantir que le système ne sera pas en proie Ă  l’instabilitĂ© gouvernementale comme c’Ă©tait le cas sous la IVème.

La majoritĂ© elle, prĂ´ne une RĂ©publique “Ă  la Portugaise” avec un prĂ©sident Ă©lu au suffrage universel direct mais dotĂ© de pouvoir relativement Ă©tendus. Si je connais pas grand’chose sur la constitution portugaise, je dois avouer que je suis un peu perplexe sur ce que celle-ci apporterait: d’après ce que j’en ai entendu dire (je sais, la source est peu fiable …) elle est quand mĂŞme très proche de celle de la Vème RĂ©publique.

Il me semble par ailleurs observer un consensus en faveur d’une “dĂ©politisation” partielle du conseil constitutionnel par le biais d’une rĂ©forme qui en ferait une cour constitutionnelle. Proposition dont je ne peux que me rĂ©jouir.

Je suis pour ma part plutĂ´t partisan d’un rĂ©gime parlementaire “pur”, d’une part car il a fait ses preuves un peu partout, d’autre part car il est en quelques sortes un standard en Europe. L’Ă©pouvantail du “retour Ă  la IVème impuissante” sera agitĂ©, mais tout le monde sait que la question fondamentale Ă©tait bien celle du mode de scrutin, et non de l’organisation des pouvoirs publics. Quant Ă  la question de l’Ă©lection du prĂ©sident, je partage pour une fois les vues de Marc Dolez:

  • Il ne sert pas Ă  grand’chose d’Ă©lire au suffrage universel direct un prĂ©sident qui n’a pas de pouvoirs significatifs, sauf Ă  lui donner une lĂ©gitimitĂ© telle qu’un jour celui-ci aura certainement envie d’augmenter ses pouvoirs, revenant ainsi Ă  la Vème;
  • Si on constate la personnalisation des pouvoirs modernes, et que l’on regrette que le PrĂ©sident perde cet atout, il est tout Ă  fait possible de reporter cette focalisation sur la personne du Premier Ministre. C’est exactement ce qui se passe en Allemagne ou en France, et je ne pense pas qu’un Tony Blair soit moins lĂ©gitime qu’un Chirac.

La question institutionnelle est donc Ă  marquer d’une pierre blanche pour moi: je partage sur ce point-lĂ  davantage les vues des minoritaires que celles de mes Ă©lĂ©phants prĂ©fĂ©rĂ©s !

Mardi 30 août 2005

La Rochelle: des idées pour la Justice

Posté dans Droit civil, Politique par groM

La table ronde sur le thème de la Justice regroupait l’inĂ©vitable Arnaud Montebourg, dont il faut reconnaĂ®tre la fougue Ă  dĂ©faut d’en partager les choix politiques, Marylise Lebranchu, garde des sceaux sous le gouvernement de Lionel Jospin, ainsi que Dominique Barella, de l’USM.

Les propositions principales ont été les suivantes:

  • Dans le domaine de l’accès Ă  la justice: l’idĂ©e est de simplifier certaines particularitĂ©s des mĂ©tiers de la justice et d’abaisser le coĂ»t afin de rĂ©duire la difficultĂ© Ă  accĂ©der au système judiciaire.
    • Suppression du monopole des huissiers pour la signification des dĂ©cisions de justice et usage de la lettre recommandĂ©e A/R Ă  la place. L’idĂ©e est que le coĂ»t avancĂ©, qui peut certes ĂŞtre remboursĂ© dans les dĂ©pens, est inutile : la lettre recommandĂ©e A/R remplirait relativement bien cette fonction. Il n’est donc ni sain, ni justifiĂ©, de maintenir cette rente des huissiers de justice.
    • Suppression du concept d’avocat postulant. Les avocats ne peuvent dĂ©poser les pièce de procĂ©dure nĂ©cessaires Ă  une instance dans un tribunal autre que celui de leur barreau, alors qu’ils peuvent y plaider. Ils ont donc recours Ă  un correspondant de ce barreau pour ce faire, c’est ce qu’on appelle l’avocat postulant. Ce privilège ne se justifie absolument pas et le coĂ»t induit encore moins.
    • Suppression de la charge d’avouĂ© Ă  la cour d’appel. Seuls peuvent postuler devant les cours d’appel les avouĂ©s Ă  la cour, titulaire d’une charge ministĂ©rielle. L’idĂ©e serait d’autoriser n’importe quel avocat Ă  postuler devant les cour d’appel, afin de baisser le coĂ»t mais aussi de supprimer une fonction qui a, par bien des aspects, des relents d’ancien rĂ©gime. Les avocats Ă  la cour de cassation et au conseil d’Etat seraient eux maintenus car leurs compĂ©tences sont très spĂ©cifiques et justifient d’un cursus particulier.
  • Dans le domaine des moyens, force est de constater que ceux de la justice Française sont insuffisants. Nous nous classons dans le peloton de queue des pays en termes de ressources par habitant; le nombre de juges est le mĂŞme aujourd’hui qu’en 1970, et les tribunaux et greffes sont surchargĂ©s, alors mĂŞme que les procĂ©dures Ă  juge unique se sont multipliĂ©es. Il faut donc obligatoirement augmenter les moyens humains de la justice. C’est particulièrement vrai dans le domaine de l’application des peines, trop souvent insuffisante. Il est par contre vrai que toute augmentation significative des moyens ne pourra avoir d’effet visible avant plusieurs annĂ©es, car, comme cela a Ă©tĂ© rĂ©pĂ©tĂ© par les participants: “On ne trouve pas les magistrats sous les sabots d’un cheval“.
  • Un point qui a fait dĂ©bat est celui de l’Ă©chevinage, c’est Ă  dire la participation des citoyens aux dĂ©cisions de justice. C’est le cas actuellement dans les tribunaux de commerce, les conseils de prud’homme ou les cours d’assises. Dominique Barella y Ă©tait très favorable, au nom d’une meilleure participation des citoyens Ă  l’administration de la justice, mais les reprĂ©sentants PS nettement moins. En matière correctionnelle en particulier, ils trouvaient contestable la proposition d’ajouter deux juges non-professionnels en remplacement de deux des magistrats professionnels actuels, avec le risque que cela induit de dĂ©cisions dĂ©magogiques. Je partage cette inquiĂ©tude: dans les cours d’assises, ce risque est pondĂ©rĂ© par le plus grand nombre de jurĂ©s et de magistrats professionnels, ainsi que la durĂ©e des dĂ©bats. Je ne pense pas qu’il soit souhaitable, Ă  l’heure des dĂ©rives sĂ©curitaires sarkoziennes, de faire ce genre de rĂ©forme. Par ailleurs, l’importante question de la dĂ©signation de tels juges demeure complètement ouverte.
  • En matière de justice de proximitĂ©, les juges du mĂŞme nom ont Ă©tĂ© vigoureusement dĂ©noncĂ©s. L’Ă©chelon de proximitĂ© doit ĂŞtre le tribunal d’instance - qui a remplaçé d’ailleurs les juges de paix en 1958 - auquel il faut redonner de la vigueur.
  • Et bien entendu, en matière pĂ©nale, une rĂ©vision complète des lois Perben-Sarkozy pour garantir les droits de la dĂ©fense.
  • [Rajout suite aux commentaires du siège] concernant l’importante question de l’indĂ©pendance du parquet. Marylise Lebranchu a soulignĂ© qu’elle Ă©tait partagĂ©e sur la question: si elle s’est effectivement abstenue d’Ă©mettre des instructions nominales pendant son temps place VendĂ´me, elle ne s’est pas privĂ©e en revanche d’Ă©mettre des instructions de politique gĂ©nĂ©rale, sans pour autant toucher au cadre lĂ©gislatif. Arnaud Montebourg a soulignĂ© l’importance des instructions nominales dans certaines affaires touchant la sĂ»retĂ© de l’Ă©tat, et a proposĂ© qu’il y ait obligation d’un dĂ©bat au Parlement sur la politique pĂ©nale, c’est-Ă -dire, concrètement, sur les instructions gĂ©nĂ©rales Ă©mises par le mininstre en direction des parquets.

    La question de la politique pĂ©nale pose en effet un problème de sĂ©curitĂ© juridique: il est très contestable que pour les mĂŞmes dĂ©lits, les rĂ©quisitions du parquet soient très diffĂ©rentes, l’exemple Ă©tant le dĂ©tenteur de 100g de cannabis non poursuivi Ă  un endroit et qui prend 6 mois fermes dans un autre. Cela rend le système moins lĂ©gitime aux yeux des justiciables.

    Il semble donc que le balancier soit sur le point de trouver un Ă©quilibre entre la politique de mainmise stricte de Perben et l’indĂ©pendance totale du parquet. Une proposition (qui m’est personnelle) serait d’Ă©numĂ©rer limitativement les dĂ©lits et crimes qui peuvent faire l’objet d’instructions nominales. Cette liste comprendrait principalement les atteintes Ă  la sociĂ©tĂ© et Ă  la sĂ»retĂ© de l’Ă©tat. J’ai en effet tendance Ă  croire que les instructions nominales servent plus Ă  Ă©viter des ennuis aux amis politiques qu’Ă  forcer un parquet rĂ©calcitrant Ă  poursuivre l’auteur d’un attentat ayant fait 15 morts … Par contre, dans ces derniers cas, il me semble important que le pouvoir politique puisse marquer d’une certaine manière sa dĂ©termination.

J’attends avec impatience les commentaires des professionnels de la justice sur ces propositions, en particulier des huissiers, avocats et avouĂ©s :-)

A suivre: un article sur les propositions du PS en matière institutionnelle.

Lundi 29 août 2005

La Rochelle: Les médias

Posté dans Politique par groM

Il m’a semblĂ© interessant de commencer ce cycle d’articles consacrĂ©s Ă  l’universitĂ© d’Ă©tĂ© de La Rochelle par un billet sur les mĂ©dias. J’ai en effet Ă©tĂ© frappĂ© par les distorsions entre la rĂ©alitĂ© que j’ai vĂ©cue et les comptes-rendus qu’en a fait la presse.

Ma rĂ©alitĂ© tout d’abord. Après le climat effectivement dĂ©lĂ©tère lors des dernières semaines de campagne rĂ©fĂ©rendaire, je craignais des dĂ©bordement Ă  La Rochelle. Manière de dire, incidemment, que je sais faire la diffĂ©rence entre ce qui est effectivement dĂ©lĂ©tère et ce qui ne l’est pas. Toujours est-il que les “ateliers” proposĂ©s aux militants, qui comprenaient, systĂ©matiquement, de reprĂ©sentants de plusieurs courants, mais aussi des “nonistes” et des “ouistes”, se sont dĂ©roulĂ©s très courtoisement, et que, Ă  ma propre surprise, sont apparus bien davantage de points de convergence que de divergence. Cela n’excluait pas bien sĂ»r les petites piques et les pointes d’ironie. Mais après tout, nous somme en pĂ©riode de congrès et c’est la règle du jeu. En ce qui concerne les “grands” discours, la tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale des “Ă©lĂ©phants” Ă©tait assez modĂ©rĂ©e, mĂŞme si je reconnais que je n’ai pu aller Ă©couter Fabius, et que je ne sais donc pas ce qu’il a dit. Les plus percutants ont Ă©tĂ© David Lebon, le chef du MJS - le mouvement de jeunes du PS - et opposant notoire au traitĂ© constitutionnel, et François Hollande, dont l’Ă©nergie Ă  dĂ©fendre l’unitĂ© du Parti et le principe de rĂ©alitĂ© ont Ă©tĂ© fortement apprĂ©ciĂ©s par la salle (et par moi).

Face Ă  cela, j’ai Ă©tĂ© frappĂ© par la manière de travailler de la presse. La rĂ©cupĂ©ration des petites phrases, d’abord. Les grands leaders se pointent, et tournent, tout seuls, en rond, en attendant que la presse ait fini avec leur prĂ©dĂ©cesseur. Quand c’est fait, les journalistes se prĂ©cipitent tous ensemble sur leur nouvelle cible. C’est assez facile de les repĂ©rer dans une foule: c’est le tas de micros et de camĂ©ras qui dĂ©passe. Le journaliste arrivĂ© en retard Ă©crase tout ce qu’il peut en s’Ă©criant convulsivement “tu permets que je travaillle !”, et le grand leader fait se dĂ©clarations dont personne n’entend rien, exceptĂ© les micros. Impressionnant de penser que c’est cela qui va avoir le plus d’Ă©cho au 20 heures. C’est très diffĂ©rent pendant les grands discours: les journalistes sont lĂ  regroupĂ©s sur le cĂ´tĂ© de la scène, dans une zone reservĂ©e munie de tables, par le SO (service d’ordre) du Parti. Les grands journalistes (ceux qu’ont voit Ă  la tĂ©lĂ©) se balladent d’un air dĂ©tachĂ©, et sans avoir l’air très attentifs; les grouillots, cameramen ou perchistes, prennent des vues gĂ©nĂ©rales dont on ne retiendra au montage que 2 secondes au mieux, tandis que les photographes se contorsionnent pour prendre DSK en contre-plongĂ©e.

Vous l’aurez compris, le filtre au travers duquel passe le message politique est peu passant. Surtout quand des images “significatives” sont choisies pour illustrer le montage, par exemple Montebourg en train de regarder le plafond pendant le discours de Hollande. Tout le monde se dit: “il se fait suer”, ou “il pense que Hollande dit n’importe quoi”, alors qu’il se dit peut-ĂŞtre “Tiens, une tâche d’humiditĂ©, faut qu’ils mettent ce que j’ai mis dans la cave”. En attendant, le modeste militant que je suis ne peut que se lamenter de sa faiblesse Ă  combattre les idĂ©es reçues des mĂ©dias. Et trouver, bien seul, que par rapport au dĂ©bats sur le traitĂ© constitutionnel, alors que le lieu laissant craindre le pire (les dĂ©bats avait lieu dans l’ancienne criĂ©e au poisson de La Rochelle), les propos tenus lors de cette universitĂ© d’Ă©tĂ© n’avaient rien des engueulades de poissoniers dont la presse s’est faite l’Ă©cho.

Lundi 29 août 2005

To come: La Rochelle

Posté dans Politique par groM

Pour ceux de mes lecteurs qui l’ignoreraient encore, je suis membre du Parti Socialiste, tendance Hollando-Strausskanienne. Si, si, je vous assure que c’est possible: ils feraient Ă  mon avis un excellent ticket Premier Ministre - PrĂ©sident.

Je vais donc publier dans les jours qui viennent quelques article sur l’universitĂ© d’Ă©tĂ© de La Rochelle, Ă  laquelle j’ai eu la chance de participer. Comme vous pourrez le constater sans surprise, la vision qu’on en a eu de l’intĂ©rieur est bien diffĂ©rente de celle que les mĂ©dias ont pu en donner. Vous aurez donc au moins deux articles sur cet Ă©vènement: un sur le fonctionnement des mĂ©dias tel que j’ai pu l’observer. L’autre sur les pistes de rĂ©flexion actuelles du PS en matière de justice et d’institutions.

Je m’y attaque dès que j’ai un peu mis Ă  jour le site de la section de Versailles, dont je m’occupe et qui mĂ©rite un peu de neuf !

A bientĂ´t !