Bloghorrée

“On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par les paroles”

Samedi 8 mars 2008

Fraiche niouze

Posté dans CAVEJ par groM

Aujourd’hui, j’ai reçu un CD tout frais de droit des sĂ»retĂ©s et de un autre de droit communautaire, qu’on avait pas pu percevoir au dĂ©but de l’annĂ©e. En matière de droit des sĂ»retĂ©s, ce retard vient du fait que le cours a Ă©tĂ© entièrement refait pour inclure l’ordonnance de 2006. Cela est bel et bon. J’ai en revanche du mal Ă  croire que le cours de droit communautaire ait Ă©tĂ© refait pour inclure des dĂ©veloppements sur le traitĂ© de Lisbonne. A titre de preuve, un extrait de la première leçon:

Le traité de Paris avait été conclu pour 50 ans. Le problème de sa révision, de sa prorogation ou de son incorporation dans une autre communauté européenne se posera donc lors de l’année 2002.

Soupir fatigué.

Vendredi 7 mars 2008

6 x 0 = 0

Posté dans Autres par groM

A la suite de l’aimable demande de FrĂ©dĂ©ric Rolin, voilĂ  6 choses absolument sans intĂ©rĂŞt que vous ne savez pas de moi, et destinĂ©es autant Ă  combler votre curiositĂ© malsaine que mon exhibitionnisme latent.

  • A l’âge de 3 ans, Ă©chappant Ă  la surveillance pourtant très attentive de ma maman, je me suis rendu Ă  la boulangerie la plus proche du domicile parental, oĂą, profitant de ma gueule d’ange, j’ai demandĂ© Ă  la dame un sorbet cassis. J’ai emportĂ© le morceau en prĂ©cisant “Une boule seulement, comme ma maman l’a dit“, faisant ainsi fondre la suspicion de la boulangère mais pas la boule de glace, et constituant la première infraction pĂ©nale dont je me suis jamais rendu coupable, celle d’escroquerie. Une brillante carrière de dĂ©linquant - ou d’avocat - s’ouvrait ainsi devant moi.
  • A l’âge de 18 ans, j’ai brisĂ© dans l’oeuf ces brillantes prĂ©dispositions en m’orientant vers des Ă©tudes scientifiques. Je n’ai pas songĂ© une seule seconde Ă  faire du droit, dans ma province c’Ă©tait uniquement pour les fils Ă  papa qui voulaient devenir notaires. L’idĂ©e de faire Sciences Po m’a traversĂ© l’esprit un instant, et puis j’ai reposĂ© le dossier (rose, le dossier).
  • A l’âge de 19 ans (c’Ă©tait en 1995), me rendant au meeting d’entre deux tours de Lionel Jospin au POPB, j’ai croisĂ© Robert Badinter. Je lui ai dit “Merci d’avoir aboli la peine de mort“, il a souri, et il a rĂ©pondu: “Vous savez, j’Ă©tais pas tout seul“. Et bien merci aux autres.
  • A l’âge de 20 ans, j’ai eu mon premier contact avec le droit au cours d’une inititation Ă  cette noble matière proposĂ©e dans mon Ă©cole d’ingĂ©nieurs. Le professeur tenait absolument Ă  nous faire part des subtilitĂ©s de l’ancien article 1er du code civil - ce qui, en termes juridiques, n’est pas forcĂ©ment le plus intĂ©ressant, mais passons - et utilisait une loi fictive condamnant Ă  la peine de mort les porteurs de pull rouge. Depuis, j’Ă©vite les pulls rouges, au cas oĂą.
  • A l’âge de 30 ans, j’ai entraĂ®nĂ© un collègue dans la spirale infernale du CAVEJ. Le pauvre est en première annĂ©e et ça lui plaĂ®t: sa femme va me maudire.
  • Quand j’aurai atteint l’âge de 32 ans et que j’aurai une licence en droit, je vais hĂ©siter entre une maĂ®trise droit public et une maĂ®trise droit des affaires. Ce sera un combat terrible: d’un cĂ´tĂ© l’amour, de l’autre l’intĂ©rĂŞt; d’un cĂ´tĂ© la modestie de l’Ă©tude, de l’autre les ors de la richesse; d’un cĂ´tĂ© les forces de l’esprit, de l’autre celles de l’argent. Qui triomphera de ce combat terrible ?

Je repasse la patate Ă  Somni, Calamo, Obiter Dicta, Erasoft, Thomas, De Lege Ferenda.

Jeudi 6 mars 2008

I had a dream …

Posté dans Autres par groM

Cette nuit, j’ai fait un rĂŞve.

Non, non, je vous rassure, je n’ai pas vu un monde meilleur, oĂą noirs et blancs seraient tous frères: j’ai beau parfois rĂŞver des trucs bizarre, il me reste quand mĂŞme un fondement de rĂ©alisme tapi au fond du cortex.

Non, plus Ă©goĂŻstement, j’ai rĂŞvĂ© que j’avais pris 20 Ă  mon partiel de droit administratif. Je me souviens que les annotations du correcteur se terminaient pas ces mots: “Excellente copie, mais j’Ă©pargnerai votre modestie en ne vous demandant pas l’autorisation de la publier“. Quel dommage !

Le problème, c’est que j’ai aussi rĂŞvĂ© que j’avais pris 3 Ă  mon partiel de droit des sociĂ©tĂ©s. LĂ , je ne me souviens pas des annotations, juste de leur aspect rageur et tourmentĂ©. Le papier avait autant souffert de la blessure du stylo correcteur que de l’injure de mon devoir. Et je me souviens très bien m’ĂŞtre dit: “C’est pas grave avec un 20 en stratif“. En plus d’ĂŞtre rĂ©aliste, vous dis-je, je suis optimiste.

Et puis je me suis rĂ©veillĂ©. LĂ , j’ai fini de reprendre pied dans la rĂ©alitĂ©, et je me suis souvenu: en fĂ©vrier, j’ai passĂ© uniquement le droit des sociĂ©tĂ©s et pas le stratif.

Et merde.

Mardi 4 mars 2008

Rural !

Posté dans Autres, Droit administratif par groM

S’il est bien quelque chose qu’on n’apprend pas sur les bancs des facultĂ©s de droit, en tout cas lors des premières annĂ©es, c’est bien l’aspect profondĂ©ment humain des professions juridiques. Le juge qui envoie en prison, l’avocat qui explique la peine Ă  la famille du condamnĂ©, l’huissier qui le saisit, tous sont confrontĂ©s, plus ou moins durement, au facteur humain. Le publiciste seul, pourrait, Ă  cet Ă©gard, s’estimer un peu Ă©pargnĂ©. Mais il aurait bien tort : la victime estropiĂ©e par un dommage de travaux publics ou le propriĂ©taire expropriĂ© sont lĂ  pour lui rappeler.

A dĂ©faut de frĂ©quenter les juridictions de l’expropriation, les nĂ©ophytes pourront, comme moi, lire avec profit « Rural ! Chronique d’une collision politique » de Davodeau.

« Rural ! » est un reportage en bande dessinée, qui devait, à l’origine, traiter de la vie dans une exploitation agricole « bio », quelque part dans l’Anjou profond. Mais hélas, l’autoroute A87 est venue mettre un terme à ce projet, et l’auteur, qui avait pu devenir familier avec ceux qui vivaient sur ce bout de terre, changeant son fusil d’épaule, nous raconte par le menu une opération d’expropriation.

Tout commence donc avec les travaux d’archéologie préventive ; se poursuit, l’arrêté de cessibilité obtenu, avec la démolition des immeubles placés sur le tracé ; un flashback nous ramène à l’enquête publique ou à la contestation de la déclaration d’utilité publique devant le Conseil d’Etat.

Mais, au-delĂ  de ce rappel de la procĂ©dure administrative de l’expropriation - curieusement, la phase judiciaire est quasi absente du rĂ©cit, on rĂ©alise ce que les champs dans lesquels les archĂ©ologues travaillent reprĂ©sentent comme effort pour ceux qui les ont exploitĂ©s ; que cette bicoque qu’on dĂ©molit, et qu’on indemnise pour une misère, reprĂ©sente 10 ans de travaux pour ses propriĂ©taires ; que l’enquĂŞte publique, mĂŞme dĂ©mocratisĂ©e, est le jouet des puissances locales ; et que la contestation devant le Conseil d’Etat n’est qu’une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e, celle du pot de terre conte le pot de fer.

On parle peu de l’expropriation. C’est bien dommage, car c’est bien un domaine où la puissance de l’Etat traite sans mansuétude les individus. « Rural ! » en est un nouveau témoignage.

PS: Merci donc Ă  notre chargĂ© de TD, dont j’ignore le nom, de nous en avoir donnĂ© la rĂ©fĂ©rence.

Mercredi 27 février 2008

Droit et passion du droit sous la Vème République

Posté dans Droit civil, Politique par groM

A la première lecture de Droit et passion du droit sous la Vème République, on est agacé, tant les opinions de Jean Carbonnier interfèrent avec l’exposé de ses idées. Et les opinions, fussent-elles celles d’un auguste doyen, sont sans grand intérêt. Ainsi devine-t-on fort bien l’admiration de l’homme pour la Vème République consulaire, celle du général De Gaulle, ce « soldat heureux » - et en contrepoint, l’animosité ironique devant le « double Septennat » mitterrandien, éternellement coupable d’avoir réduit le droit à « un pullulement de libertés individuelles et de droits subjectifs ».

Mais passé l’agacement, à la deuxième lecture, les idées reviennent. Et celles de Jean Carbonnier, qui a écrit ce livre à l’âge de 88 ans, sont d’une remarquable clarté. Partant du postulat qu’un système juridique idéal répond à trois prédicats de base (limitation du nombre de normes au regard des besoins sociaux, positions claires sur les rapports entre droit et autres systèmes normatifs, comme la morale ou la religion, résistance du droit objectif à la pulvérisation en droits subjectifs), Carbonnier démontre de manière très convaincante comment « la passion du droit » qui anime notre pays depuis le début de la Vème République a eu pour résultat d’éloigner considérablement notre système juridique de ces canons. Cette maladie, dont le symptôme le plus visible est une inflation normative historiquement sans précédent, se traduit également par une ineffectivité croissante du droit.

A l’appui de sa dĂ©monstration, Carbonnier Ă©tudie d’abord le système normatif, des cabinets ministĂ©riels aux palais de justice, puis prend appui sur les Ă©volutions contemporaines dans un certain nombre de domaines prĂ©cis, comme le droit communautaire, le droit pĂ©nal ou le droit de la famille. Et on sait dans ce dernier domaine l’autoritĂ© qui est celle de l’auteur de la rĂ©forme du divorce de 1975.

Si la démonstration est très convaincante, notamment à l’aune des évolutions ultérieures (l’ouvrage arrête son étude en 1995), s’agissant des causes sociologiques de cette inflation normative, on est beaucoup plus sceptique sur d’autres points, et l’on en vient à se demander si la subjectivité de l’auteur n’a pas atteint son objectivité scientifique.

Le troisième postulat de Carbonnier, la résistance à la « pulvérisation » en droits subjectifs, semble en effet bien faible. Par pulvérisation, il faut entendre la référence faite, dans chaque loi contemporaine, à des droits subjectifs. Ainsi par exemple, celle au « droit au logement » dans le code de l’habitation, « d’atteinte à la vie » dans le code pénal de 1994, comme si celles-ci venaient porter atteinte à un « droit à la vie » que personne avant ne songeait à nier. Cette place grandissante affaiblirait, selon Carbonnier, les institutions positives du droit objectif, en poussant trop loin la position de l’individu face aux intérêts de la société.

Il est peu dire que l’argument n’emporte pas la conviction. Si on peut, au regard de la loi sur le droit au logement opposable pour ne citer qu’un exemple, partager cet agacement, l’histoire enseigne tout de même que peu d’Etats ont eu trop à se plaindre du pullulement de droits subjectifs, alors que beaucoup d’individus ont eu à souffrir de la violence du droit objectif. Dès lors, on peut avancer, a contrario, que ce pullulement, rappel constant des droits des individus, est fonctionnel et non dysfonctionnel.

On devine aussi, sous l’amour du droit objectif, la nostalgie de la grande Ă©poque de Portalis. On sent, sous la glorification de la coutume (« la rĂ©ception approchera la perfection lorsque l’application de la règle sera devenu un comportement sinon mĂ©canique, du moins usuel […] le droit, dit-on alors, est entrĂ© dans les mĹ“urs, la loi s’est transformĂ©e en coutume et c’est sa rĂ©ussite »), la nostalgie d’une sociĂ©tĂ© figĂ©e, ou Ă  tout le moins, d’un droit figĂ©. Au regard de l’efficacitĂ© du contrĂ´le de constitutionnalitĂ© national, on est franchement mal Ă  l’aise quand Carbonnier en vient Ă  attaquer le cour europĂ©enne des droits de l’Homme, au double motif qu’elle met en Ĺ“uvre un système juridique supranational et que ses dĂ©cisions sont imprĂ©gnĂ©es, selon lui de l’idĂ©ologie libertaire nordique.

Car derrière cet idéal, c’est le refus du droit conçu comme facteur d’évolution radical de la société qui domine. Comme peut être finalement reçu comme coutume ce qui bouleverse les habitudes ? Peut-être est-ce possible en période longue, ainsi de certaines lois révolutionnaires, tellement ancrées dans notre inconscient collectif que leur intégration contemporaine est aussi forte que le choc qu’elle provoquèrent à leur promulgation. Mais dans cette conception, le droit semble bien impuissant à agir en période courte sur la société. Ainsi, en voulant défendre le droit objectif, Carbonnier discrédite-t-il finalement l’action politique, qui est l’un des principaux points d’appui de ce même droit objectif.

Droit et passion du droit sous la Vème République, emporté par la passion du droit, en oublierait-il la finalité du droit ?

Dimanche 24 février 2008

Sujet de droit administratif

Posté dans Autres, Droit administratif par groM

Concernant le droit administratif, voici le sujet auquel je n’ai pas rĂ©pondu, faute de m’ĂŞtre estimĂ© prĂŞt en l’Ă©tat de l’instruction: CE, 19 fĂ©vrier 2007 RĂ©gion Champagne-Ardennes. Evidemment, a posteriori, j’aurais pu y rĂ©pondre, mais bon, pas de regrets: soit on compte sur la chance, soit on compte sur soi.

Dimanche 24 février 2008

Pari perdu

Posté dans Droit civil, Droit privĂ©, CAVEJ par groM

Bon, histoire de se changer les idées avec un sujet léger, le pari est raté, puisque nous avons eu droit à cet arrêt: Cass. Com. 22 novembre 2005.

VoilĂ  mon plan:

I. Le strict contrĂ´le des conditions de reprise

A. Le mécanisme de reprise: interprétation stricte des conditions du décret de 78

B. Le refus de l’approbation implicite

II. Le contrôle de la révocation des dirigeants

A. Un contrôle plus poussé du contradictoire ?

B. Mais l’exigence d’une faute dolosive est toujours la mĂŞme

Jeudi 21 février 2008

De pire en pire

Après le garde des sceaux qui demande au Parlement de voter une loi qu’il sait inconstitutionnelle, voilĂ  la chancellerie qui fait chanter le conseil constitutionnel pour faire passer une loi inconstitutionnelle. Car c’est bien du chantage: j’imagine dĂ©jĂ  les dĂ©clarations outragĂ©es contre le conseil (et ses membres chiraquiens) si la petite loi sur la rĂ©tention de sĂ»retĂ© est censurĂ©e et que l’un des condamnĂ©s figurant sur la liste en question rĂ©cidive.

Nourrir la rĂ©flexion … qu’en termes choisis ces choses-lĂ  sont dites.

Jeudi 21 février 2008

Ouvrons les paris (2): droit des sociétés

Posté dans Droit civil, CAVEJ par groM

En cette pĂ©riode oĂą l’examen du cours de droit des sociĂ©tĂ©s approche, procĂ©dons par raisonnement Ă©liminatoire: connaissant la liste des sujets prĂ©sentĂ©s en TD, qui ont une forte probabilitĂ© de faire l’objet d’un examen; connaissant la tendance des sujets de commentaire d’arrĂŞt de ces dernières annĂ©es Ă  utiliser des arrĂŞts rĂ©cents; connaissant l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ralement supĂ©rieur des arrĂŞts publiĂ©s au bulletin; connaissant enfin la proportion de sujets tirĂ©s des arrĂŞts de la chambre commerciale, il nous reste trois arrĂŞts publiĂ©s en 2007 qui feraient de beaux candidats sujets d’examen:

Bon, et puis mĂŞme si les probabilitĂ©s ne sont pas avec nous, ou si elles le sont et que, Mme G’Sell lisant ce blog, elle change in articulo mortis les sujets, cela fait toujours de quoi se prĂ©parer …

Vendredi 15 février 2008

GAPF2: le droit des biens

Posté dans Droit administratif, CAVEJ par groM

Comme promis hier, une nouvelle fiche est disponible: Grands arrĂŞts, petites fiches du droit administratif des biens.

La formule est la mĂŞme, une très courte fiche sur chaque arrĂŞt, histoire de se remettre en mĂ©moire facilement ce que dit l’arrĂŞt. Le programme est celui du cours de L3 (1er semestre) de Mme Chaperon, au CAVEJ. Les recommandation de prudence sont aussi les mĂŞmes: ne me faites pas une confiance aveugle, lisez les arrĂŞts vous-mĂŞmes.

Maintenant, bonne lecture !